L'île ou îlot du Ratier, appelée aussi « île aux oiseaux », est une île artificielle française créée en 2005 au large de Honfleur, en Normandie, sur le banc du Ratier. Son érection à l'entrée de l'estuaire de la Seine contribue à la sauvegarde de la deuxièmeFabrice Gallien, « Les actions du GONm dans l estuaire de la Seine », in Le Petit cormoran, , , Groupe ornithologique normand, Caen, 2003. plus importante réserve ornithologiqueGérard Rocamora & Marc Thauront, Les zones importantes pour la conservation des oiseaux en France, LPO, Rochefort sur mer, 1994 , 339 p. du territoire métropolitain après la Camargue.
Histoire L'estuaire de la Seine est une étape importante pour les oiseaux migrateurs depuis des millénaires entre l'arctique et les côtes de l'Afrique de l'ouest, voire jusqu'au golfe de Guinée. Il se trouve en un point du « couloir de migration ouest atlantique »Christophe Aulert, Pascal Provost, Christophe Bessineton & Christelle Dutilleul, « Les mesures compensatoires et d'accompagnement Port 2000 : retour d'expérience. », in Sciences Eaux & Territoires, n° spécial "Ingéniéries", , IRSTEA, Antony, 2009 . où convergent les espèces venant tant du Groenland, que du Svalbard ou de la Péninsule de Taïmyr.
L’activité maritime et portuaire n'a cessé de dégrader le milieu naturel depuis la fin du . Dès 1849, la canalisation de la Seine maritime, ce cours aval qui avait donné son nom au département, réduisait le parcours Rouen Le Havre de cinq jours à huit heuresChristophe Bessineton, Anna Meskah & al., Les impacts environnementaux des aménagements portuaires dans l’Estuaire de la Seine de Rouen au Havre, , Union portuaire rouennaise, Rouen, 2008.. Les aménagements du port du Havre décidés à la fin du dans le cadre d'un projet intitulé Le Havre port 2000 entraînent en 2002 la disparition partielle d'une zone de halte fréquentée par les oiseaux migrateurs et située sur des terrains appartenant à la Compagnie industrielle maritime« Les Oiseaux de la zone de protection spéciale », , Maison de l'estuaire, Le Havre, octobre 2009.. La est le dépôt de pétrole alimentant une des plus grandes raffineries d'Europe, la raffinerie de Normandie, qui est une propriété de Total. Des mesures compensatoires au profit de la faune aviaire sont décidées. Parmi celles-ci, est prévue la création d'un îlot qui remplace aussi les nombreux bancs de sable qui ont fini par disparaître.
Le site choisi est un point central du banc du Ratier, haut-fond rocheux d'environ qui découvre entièrement à marée basse ses galets et ses vasières sauf dans sa partie nord, appelée la Cailloutière ou banc du Cailloutis et araséeRené Streiff, « L'estuaire de la Seine et le pont de Tancarville. », in L'information géographique, , , , J. B. Baillière & fils, Paris, 1960 . en 1939René Streiff, « L'estuaire de la Seine et le pont de Tancarville. », in L'information géographique, , , , J. B. Baillière & fils, Paris, 1960 ., ainsi que dans son prolongement vers l'ouest, appelé les Ratelets, lesquels s'étirent sur plus de Louis Lambert, L’ostréiculture, la mytiliculture et la conchyliculture, , in É. Le Danois, Manuel des pêches maritimes, , fasc. 4, Office scientifique et techniques des pêches maritimes, Paris, avril 1936. jusqu'au méridien de Sainte-Adresse et de l'embouchure de la Touques. Sur l'ensemble du banc s'étend alors une moulière, aujourd'hui déclassée« Classements sanitaires », in Atlas des zones de production et de reparcage de coquillages, Office international de l'eau, Paris, 2019. mais toujours fréquentée par des pêcheurs à piedsNatura 2000 "baie de Seine orientale" et "littoral augeron". État des lieux et usages., III "Diagnostic socio-économique", , AFB, Vincennes, 22 janvier 2016., où les femmes et enfants de pêcheurs de Hennequeville, de Villerville, de Honfleur et même de FiquefleurL. A. Expilly, Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, "F-K", , [s.e.], Paris, 1764. sont venus pendant des générationsG. Lennier, L'Estuaire de la Seine, , IV, 2, , Journal "Le Havre", Le Havre, 1885. pratiquer en bateau une cueillette au couteau et au râteauLouis Lambert, L’ostréiculture, la mytiliculture et la conchyliculture, , in É. Le Danois, Manuel des pêches maritimes, , fasc. 4, Office scientifique et techniques des pêches maritimes, Paris, avril 1936.. Les nasses à anguilles continueront d'être posées aux alentours jusqu'à leur interdiction, en 2008, en raison des taux de dioxine et de PCBJ. Aribaud, « Interdiction de la pêche des anguilles dans les eaux maritimes littorales du département de la Seine Maritime et dans le fleuve Seine en vue de la consommation et de la commercialisation », Préfecture de Seine maritime, Le Havre, 23 janvier 08..
L'île est construite par le Grand port maritime du HavreChristophe Bessineton, Anna Meskah & al., Les impacts environnementaux des aménagements portuaires dans l’Estuaire de la Seine de Rouen au Havre, , Union portuaire rouennaise, Rouen, 2008. à à l'ouest de l'extrémité de la digue du Ratier. Celle ci, achevée en 1939 après deux années de travaux, est un enrochement rectiligne et submersible orienté plein ouest délimitant depuis la côte de Honfleur le bord sud du chenal d'entrée dans la Seine dans le prolongement de la rive artificielle de Berville-sur-Mer. Les travaux mettant le site à l'abri des marées les plus hautes sont terminés en Vincent Toison, « Inventaire des mesures de gestion des espèces et habitats marins Natura 2000 en sous-région marine (SRM) Manche-mer du Nord », , Agence des aires marines protégées, Brest, 14 mai 2012.. Ils n'ont pas été très différents de ceux qui, deux fois l'an, consistent à déposer les produits de dragage sur le site dit du Kannik ou Kannick (« petite décharge » en breton) au large de la digue de Port 2000 et au sud du Grand Placard, site qui, à l'entrée de la rade de La Carosse, s'est élevé en dix ans de et depuis 1990 affleure sous la merChristophe Bessineton, Anna Meskah & al., Les impacts environnementaux des aménagements portuaires dans l’Estuaire de la Seine de Rouen au Havre, , Union portuaire rouennaise, Rouen, 2008..
Les autres infrastructures compensatoires sont la délimitation, au milieu des dunes du littoral de Gonfreville-l'Orcher, d'une zone de halte pour oiseaux migrateurs ou « reposoir », achevée en et complétée d'une vanne en Christophe Aulert, Pascal Provost, Christophe Bessineton & Christelle Dutilleul, « Les mesures compensatoires et d'accompagnement Port 2000 : retour d'expérience. », in Sciences Eaux & Territoires, n° spécial "Ingénieries", , IRSTEA, Antony, 2009 ., et une nouvelle surface intertidale. Celle ci est créée entre 2003 et 2005 en draguant un méandre de en amont et en aval du pont de Normandie dans la partie nord du lit du fleuve à distance de la Grande vasière de Sandouville mais elle demande des interventions renouvelées. À la fin de l'année 2009, le GPMH aura investi trente neuf millions six cent mil euros pour l'ensemble des travaux à vocation écologique, dont huitChristophe Aulert, Pascal Provost, Christophe Bessineton & Christelle Dutilleul, « Les mesures compensatoires et d'accompagnement Port 2000 : retour d'expérience. », in Sciences Eaux & Territoires, n° spécial "Ingénieries", , IRSTEA, Antony, 2009 . pour la seule île du Ratier. Un peu moins de dix pour cent de ce budget a été provisionné.
Onomastique
L'île du Ratier tire son nom du banc du Ratier, alias Rattier, qui n'est pas un banc de sable mais, comme le banc d'AmfardH. Gadeau de Kerville, « Aperçu de la faune actuelle de la Seine et de son embouchure (depuis Rouen jusqu'au havre) », in G. Lennier, L'Estuaire de la Seine, , IV, 3, , Journal "Le Havre", Le Havre, 1885., son jumeau aujourd'hui intégré à la rive nord du fleuve, et comme la Gambe d'Amfard, que depuis 2005 longe la digue de Port 2000, un écueil platH. Gadeau de Kerville, « Aperçu de la faune actuelle de la Seine et de son embouchure (depuis Rouen jusqu'au havre) », in G. Lennier, L'Estuaire de la Seine, , IV, 3, , Journal "Le Havre", Le Havre, 1885., submergé à marée haute par d'eau. Une légende publiée sinon inventée en 1858 fait de ce banc rocheux caparaçonné de moules le corps d'un , le géant Ratir, capitaine de pirates pétrifié par une fée pour lui avoir désobéiPitre Chevalier, « La légende de la Fée Creunia », in Musée des familles, , , Paris, 1858.. Radhari, de rad, conseil, et hari, armée, est un anthroponyme germanique à l'origine du toponyme Ratiéville, Ratiervilla en latin du J. Adigard des Gautries & F. Lechanteur, « Les Noms des Communes de Normandie - III. », in Supplément aux Annales de Normandie, , n° 2, , Caen, 1962..
Un ratierW. von Wartburg, FEW, XVI, , ATILF, Nancy, 2003., plus communément radier, désigne dans la langue normande du , outre un chasseur de rat comme en français, une rigole longeant le côté bas d'une chausséeH. Moisy, Dictionnaire de patois normand, , Henri Delesques, Caen, 1887. ainsi que, pour un animal, une voie d'échappementL. Du Bois & J. Travers, Glossaire du patois normand, , A. Hardel, Caen, 1856.. Le bas latin rattus, qui a donné rat en langue d'oil comme en langue d'oc, pourrait venir d'un celtique *rattos, correspondant au breton red, course, au rwydd du gallois gorwydd, coursier, au roi de palefroiPierre Malvezin, Glossaire de la langue d'oc, , Société nationale de linguistique, Paris, 1929. et plus certainement au vieux breton réátir, gallois rhead, courant.. Rāt, avec un a longP.-Y. Lambert, La langue gauloise, , Errance, Paris, 1997 ., désigne par métonymie quelque chose qui s'échappe en courant, le muridé mais aussi une eau vive, d'où le verbe rater, laisser s'échapperPierre Malvezin, Glossaire de la langue d'oc, , Société nationale de linguistique, Paris, 1929., et encore ce qui crée du courant, peut être une digue, correspondant alors au vieil irlandais ráth, levée de terreP.-Y. Lambert, La langue gauloise, , Errance, Paris, 1997 .. L'association entre une construction permettant l'écoulement et l'animal qui le fréquente est naturelle et se conserve dans l'occitan ballat ratier, drainRaymond Jourdan, Montagnac, [s.d.],, cité in Robert A. Geuljans, « Glossaire des termes occitans avec leur traduction en français » in Robert A. Geuljans, Dictionnaire étymologique de la langue d’oc, ex Faculté de lettres de l’Université d'Utrecht, Grenoble, 2011., et dans le ratier des châteaux fortsRatier dans les fondations d'une tour.. Le sens hydronymique, partant oronymique, du terme est attesté dans les aires poitevine, nord-occitane et francoprovençaleJean Arsac, « L'eau en Velay », in Nouvelle revue d'onomastique, n° 11-12, , 1988 .. Son degré zéro rit, comme dans Darioritum, signifie guéP.-Y. Lambert, La langue gauloise, , Errance, Paris, 1997 ., rhyd en galloisP.-Y. Lambert, La langue gauloise, , Errance, Paris, 1997 .. Ratier, comme c'est le cas dans les montagnes du centre de l'ancienne Gaule (Ratières, Le Ratier, Serre Ratier, pic du Ratier, ruisseau de RatièreYves Martinent, « Les parcelles cadastrales de Vallon-Pont-d’Arc », , Amis de l’Histoire de la région de Vallon, Vallon-Pont-d'Arc, 2015., Château Ratier, Pont Ratier, Nantes-en-Ratier, Oris-en-Rattier, Ratié, Ratier, Ratiere, Ratierre, Ratiez...), désignerait ainsi une eau courante franchissable à pieds ou ce sur quoi cette eau court. C'est vraisemblablement en ce sens qu'en cauchois, dialecte conservateur qui peut témoigner des parlers augeois oubliés, ratierMichèle Schortz, Spécificités du parler d'Yport, « 2.2.5 "Lexique" », L’Écho des vagues en ligne, Rouen, juin 2002. désigne, de façon plus restreinte, un platier.
Position géographique