Travaux de réparation sur une ligne de chemin de fer ou Réparation sur une voie ferrée (en ) est un tableau du peintre russe Constantin Savitski (1844-1905), qu'il a achevé en 1874. Il est conservé à la Galerie Tretiakov à Moscou (inventaire n° 590). Ses dimensions sont de (selon d'autres données de ). D'autres titres sont utilisés pour le désigner comme : Réparation du chemin de fer, Ouvriers du chemin de fer ou encore Réparations sur la voie ferrée.
L'idée de réaliser ce tableau est née pour Savitski durant l'été 1873, quand il a eu l'occasion d'observer les réparations de la ligne de chemin de fer Moscou-Koursk, non loin de la station Iasnaïa Poliana dans le Gouvernement de Toula, près d'où il vivait avec d'autres artistes, parmi lesquels Ivan Chichkine et Ivan Kramskoï. Savinski a poursuivi sa réalisation jusqu'à la fin de l'année 1873, et les dernières modifications ont été apportées en .
Le tableau Travaux de réparation sur la voie ferrée est présenté à la exposition des artistes Ambulants, ouverte à Saint-Petersbourg en , mais qui, en avril de la même année, a déménagé à Moscou. La toile de Savinski a fait bonne impression, et elle est acquise par Pavel Tretiakov. En 1878, sa toile fait partie de celles présentées à l'Exposition universelle de 1878, qui a lieu à Paris.
Le peintre et critique Alexandre Benois écrit qu'avec l'avènement en 1874 du tableau Travaux de réparation sur la voie ferrée, Savinski est devenu un support important des Ambulants, et remarque que sa toile est proche par le thème et l'esprit de la toile Les Bateliers de la Volga d'Ilia Répine. La critique d'art Sophia Goldstein appelle les Travaux de réparation de Savitski « la première œuvre significative d'un maître débutant, qui lui a valu une reconnaissance bien méritée ». Selon le critique d'art Dmitri Sarabianov, Les Bateliers de la Volga et les Travaux de réparation « sont une étape importante dans l'histoire de l'art russe et dans le développement des thèmes populaires dans la peinture russe ».
Histoire
Évènements antérieurs vignette|droite|190px|Portrait de Constantin Savitski par Ivan Kramskoï, (1871, Musée de l'Oblats de Varonej). De 1862 à 1873 (avec des interruptions), Constantin Savitski a étudié à l'Académie russe des Beaux-Arts en classe de peinture d'histoire, où ses maîtres étaient Fiodor Bruni, Alexeï Markov et Pavel Tchistiakov. Dans les années 1868-1870, Savitski a été récompensé par plusieurs petites médailles d'argent (parmi lesquelles l'une pour Chamanchtchik et une pour l'esquisse de la Crucifixion) ; en 1869-1870, par deux grandes médailles d'argent (une pour une étude et une pour le dessin), et en 1871, par une petite médaille d'or pour son Caïn et Abel. À partir de 1871, Savintski a été nommé boursier de l'empereur Alexandre II.
À la même époque, au début des années 1870, le rapprochement de Savitski avec les membres des Ambulants a commencé lors de la première exposition qui s'est ouverte en dans les locaux de l'Académie des beaux-arts. Lors de la deuxième exposition des Ambulants, ouverte en , sont exposées deux toiles de Savitski : Les Enfants et Le Fonctionnaire (dont l'emplacement actuel n'est pas connu). Le succès des expositions des Ambulants a suscité l'irritation et la crainte de la direction de l'Académie des beaux-arts. Pour donner une leçon aux dissidents, lors de la session du du Conseil de l'Académie, Savitiski est exclu des membres de celui-ci. Il est ainsi privé du droit de concourir pour la première médaille d'or, et de celui de devenir pensionnaire pour un voyage à l'étranger. Savitski écrit lui-même à ce propos : « J'ai été exclu subitement, sans me donner la possibilité de me justifier, comme si j'étais coupable de quelque faute, et j'ai ainsi perdu irrémédiablement quelques années de travail à l'Académie ».
Travail sur la toile L'idée de réaliser ce tableau Travaux de réparation sur la voie ferrée est venue à l'esprit de Savitski durant l'été 1873 qu'il passait avec les peintres Ivan Chichkine, Ivan Kramskoï dans le Gouvernement de Toula. Ils vivaient à proximité de la station Kozlova Zasseka (appelée aujourd'hui ), où Savitski observe les travaux du renforcement d'une voie ferrée. Il passe des jours entiers à proximité des travaux et prend des croquis pour son tableau à réaliser. En même temps son ami Ivan Kramskoï travaille au portrait de Léon Tolstoï dans sa propriété de Iasnaïa Poliana.
vignette|droite|250px|Signature et datation de Savitski pour son tableau Travaux de réparation sur la voie ferrée(le chiffre 4 est écrit par dessus le chiffre 3 dans l'année).. À cette époque Kozlova Zasseka (aujourd'hui Iasnaïa Poliana-gare) faisait partie de la ligne de chemin de fer Moscou-Koursk, construite en 1864-1868 avec les fonds publics. En 1871, la ligne a été vendue à une société anonyme privée de Moscou, dirigée par un industriel dénommé Fiodor Tchijov. À partir de 1873, la société propriétaire a décidé d'augmenter la capacité de la ligne en renforçant les terre-pleins et en améliorant les voies. Plus particulièrement il fallait remplir les ballasts et remplacer les rails trop légers.
Ivan Kramskoï, dans une lettre au peintre Ilia Répine du , écrit que « Savitski commence à peindre Les Terrassiers, et a trouvé son sujet sur la ligne de chemin de fer qui passe ici et s'est emballé ». Ce à quoi Répine répond dans une lettre du en appelant Savitski par son patronyme : « Je souhaite une finale brillante à Apollonovitch, son idée est géniale ». Dans une lettre au collectionneur et mécène Pavel Tretiakov datée du Kramskoï écrit : « Savitski travaille à son tableau Les Terrassiers sur le chemin de fer, l'esquisse est bonne, ce qui en sortira on ne peut le dire ».
Savitski a poursuivi son travail pendant l'automne et l'hiver. Le , dans une lettre à Ilia Répine (qui était à l'époque à Paris), Kramskoï lui dit que sa toile se termine petit à petit et qu'elle donne bien. Les derniers achèvements du peintre sont réalisés en , quand il modifie la date de l'année qui de 1873 devient 1874 en retraçant un 4 sur le 3.
Suite de la création Le tableau Travaux de réparation sur une ligne de chemin de fer a été présenté lors de la troisième exposition des artistes Ambulants, ouverte à Saint-Pétersbourg le , mais qui, en avril, a déménagé а Moscou. Dans le catalogue de l'exposition l'œuvre de Savitski figurait sous le titre Réparation à la voie ferrée. La toile a fait bonne impression, selon les dires de Kramskoï, Savitski se distinguant très favorablement. Quelque temps avant l'ouverture de l'exposition, le , Savitski demande à la direction des Ambulants de l'accepter comme membre de leur société. Cette demande a été satisfaite lors de la réunion du conseil d'administration des Ambulants qui s'est tenue après l'ouverture de l'exposition, le .
Ilia Répine a essayé par tous les moyens d'aider Savitski dans sa demande de devenir membre de l'association. Dans une lettre au critique d'art Vladimir Stassov datée du , commentant la prochaine présentation de son tableau Travaux de réparation sur la voie ferrée Répine écrit: « Comme je suis content pour Savitski ! Vous ne pouvez pas vous imaginer ! Je lui souhaite sincèrement d'être un héros ». Dans la même lettre, Répine exprime avec ironie ce qu'il pense du comportement injuste de l'Académie à l'égard de Savitski : «Pour l'Académie je me réjouis aussi. Elle est maudite d'avoir offensé cet homme» . Le succès de Savitski a été perçu par Répine comme la démonstration de l'erreur de l'Académie d'avoir exclu Savitski du registre de ses membres en le privant ainsi de la possibilité de participer au concours pour la première médaille d'or. Dans une autre lettre du , Répine écrit : « Pour Savitski je suis vraiment heureux. Vassili Polenov a vu son tableau non encore terminé et m'en a beaucoup parlé ».
Dans des lettres adressées à Nikolaï Gay et Ivan Kramskoï (datées du ) Pavel Tretiakov demande de transmettre le message à Savitski suivant lequel il est intéressé par l'achat de tableaux de ce dernier pour sa galerie. Le mécène écrit : « Après l'avoir examiné une fois de plus, j'ai décidé d'offrir mille roubles de plus, <…> pour ce prix je serai très heureux de l'acheter, parce que malgré son aspect général ennuyeux, il a de grands mérites ». Dans une lettre adressée à Tretiakov, Savitski remercie le mécène et accepte de vendre son tableau à la condition qu'il ne s'oppose pas à sa présentation dans d'autres villes traversées par la troisième exposition de Ambulants . Il faut remarquer que dans sa lettre à Tretiakov, Savitski donne comme titre à son tableau : Travailleurs sur la voie ferrée, ce qui correspond le mieux à ce qu'il représente. Tretiakov accepte cette condition et c'est ainsi que le tableau voyage avec les autres tableaux de l'exposition à Kharkov, Odessa, Kiev et Riga. Avec la somme reçue pour prix du tableau Savitski a pu organiser son voyage en France.
vignette|gauche|250px|C. Savitski. Pause au travail (1875, collection particulière). La Pause au travail réalisé en 1875 reprend le même thème que les Travaux de réparation (toile, huile, , précédemment dans la collection de G. Beliakov, puis dans celle de N. Arjanikov à Moscou). Ce tableau est également connu sous le titre Pause des terrassiers. Cette toile de Pause au travail est comme l'achèvement du tableau Travaux de réparation sur la voie ferrée. Parfois le tableau Pause au travail est considéré comme une esquisse ou variante de la toile de Savitski intitulée Draguage de la Seine (1875), dont l'emplacement actuel est inconnu.
Un certain nombre de toiles de la collection de Pavel Tretiakov, et parmi celles-ci Travaux de réparation sur la voie ferrée ont été proposées pour être exposées à l'Exposition universelle de 1878, qui devait avoir lieu à Paris. Pour que le tableau de Savitski soit repris dans la liste des toiles pour Paris il fallait surmonter la résistance du président de la commission de sélection Andreï Somov. En particulier les partisans devaient répondre aux critiques qui paraissaient dans la presse dont celles du journaliste et éditeur Andreï Somov (1830 -1909). À propos d'une de ces critiques, Ilia Répine écrit à Ivan Kramskoï : « Je regrette que Savitski soit humilié par un inconnu, qui prétend que son tableau fait penser à celui de Répine Les Bateliers de la Volga. Vassili Polenov dit que c'est absurde ; et surtout que cela crée un grand préjudice à Savitski ». Malgré ces obstacles, le tableau de Savitski est envoyé à l'exposition à Paris où il est très bien accueilli par la critique. En particulier, par l'auteur du recueil Les chefs-d’oeuvre d’art à l’exposition universelle qui a remarqué surtout parmi les exposants russes Nuit ukrainienne d'Arkhip Kouïndji, Les Bateliers de la Volga de Répine et Travaux de réparation de Savitski. Dans la catalogue de l'exposition parisienne la toile de Savitski figure avec son titre en français « Travaux de terrassement sur une ligne de chemin de fer (C. A. Savitzki) ».
Par la suite, le tableau Travaux de réparation sur une ligne de chemin de fer a été exposé dans plusieurs expositions y compris celles de 1923, 1955 et 1971—1972 qui ont eu lieu à la Galerie Tretiakov (une exposition personnelle de Savitski a été organisée en 1955 pour le cinquantième anniversaire de sa mort). La toile a également participé à plusieurs expositions en dehors de l'Ex-URSS.
Description
vignette|droite|300px|Groupe central des brouettiers (fragment du tableau). Le tableau représente le travail acharné des travailleurs occupés au transport des terres et des pierres au cours de la réparation de la voie de chemin de fer. Apparemment, la plupart d'entre eux sont des travailleurs saisonniers, recrutés parmi les paysans. Ils sont épuisés par le travail éreintant auquel les soumet le contremaître représenté en arrière-plan dont l'image présente une allure qui rappelle celle de l'entrepreneur