(en latin : Flavius Theodosius Augustus), aussi connu sous le nom de Théodose le Grand (en latin : Theodosius Magnus), est un empereur romain de l’Antiquité tardive. Né en 347, il règne de 379 jusqu'à sa mort le . C'est le dernier empereur à régner sur l'Empire romain unifié, depuis sa victoire sur Eugène et son général franc Arbogast le à la bataille de la Rivière froide, jusqu'à sa mort le Pierre Maraval, Théodose le Grand, le pouvoir et la foi, 2009, ..

Sources Les sources antiques sur le règne de Théodose sont assez nombreuses et variées et se contredisent fréquemment. C'est pourquoi le personnage possède une image ambiguë. Aujourd'hui encore les historiens cernent mal cet empereur, qualifié de « Grand » également accusé de fanatisme religieux, d'indécision et de mollesse. Il faut juger ce règne à l'aune de la période dramatique que vit l'Empire, invasion des Goths, crise religieuse avec la fin du paganisme, et rester prudent et mesuré dans la présentation de son bilanPierre Maraval, Théodose le Grand, Fayard, 2009..

Dans les sources primaires, nous disposons tout d'abord du Code de Théodose, recueil de lois publié en 438 sous le règne de son petit-fils . Il faut ajouter les Constitutions sirmondiennesIl s'agit d'une compilation de près d'une vingtaine de constitutions impériales consacrées au droit cultuel et généralement publiées en annexes du du Code théodosien.. Certaines lois se retrouvent dans le Code de Justinien, du . Ces recueils permettent de connaître une part non négligeable de l'œuvre législative de Théodose, sans toutefois que celle-ci s'y retrouve dans son intégralité.

Nous disposons aussi de plusieurs discours prononcés devant Théodose par des rhéteurs païens, en particulier ceux de Pacatus à Rome et de Thémistios à Constantinople. Ces discours contiennent chacun un éloge de l'empereur à qui ils s'adressent, indépendamment des attentes de leurs auteurs. À la même période, le sénateur de Rome mais aussi rhéteur, Quintus Aurelius Symmaque, est l'auteur d'une vaste correspondance adressée à un nombre élevé de personnalités proches de Théodose. Enfin, Libanios, sans doute le rhéteur le plus célèbre de l'époque, est l'auteur de plusieurs discours adressés directement à Théodose et, comme Symmaque, d'une importante correspondance avec les principaux notables du règnePierre Maraval, Théodose le Grand, le pouvoir et la foi, Fayard, 2009..

Les principales figures religieuses de l'époque sont aussi une source de renseignements précieux, en particulier leur correspondance. Ainsi celle d'Ambroise de Milan, qui a des relations étroites avec les divers empereurs de cette fin du , et qui est une source importante non seulement sur le règne de Théodose mais aussi sur l'ensemble des événements de la période. Ambroise de plus est l'auteur de l'oraison funèbre de Théodose. Quant à Jean Chrysostome, nous lui devons les Homélies sur les statuesHomiliæ de Statuis., allusion à la révolte de 387 à Antioche et une autre homélie. lors d'un anniversaire de la mort de Théodose quelques années plus tard.

Son règne est à associer à une conjoncture économique et politique difficile. Outre les incursions goths, franques et hunniques, il annonce la division définitive de l'Empire en deux entités : l'Empire romain d'Occident, à dominante latine, et l'Empire romain d'Orient, qui correspond à la sphère du monde grec, et surtout, le délitement du premier qui s'effondrera en 476.

Jeunesse Famille aristocratique hispanique est probablement né le à Cauca., aujourd'hui Coca, une petite ville dans le nord-ouest de la province romaine de Carthaginoise, à proximité de l'actuelle Ségovie. Son père, qui s'appelle Théodose l'Ancien, est un militaire victorieuxIl mate plusieurs révoltes en Bretagne (vers 368), puis devenu maître de la cavalerie en Gaule (en 369) il combat les Alamans et les Sarmates. Enfin vers 373/374 il vient à bout de l'usurpateur Firmus. de , et possède de grandes propriétés dans cette région. Il est exécuté à Carthage au début de l'année 376 pour des raisons restées inconnues, probablement sur ordre de Valens. Ses grands-parents paternels, Flavius Honorius et Thermantia, étaient déjà des chrétiens nicéens, tout comme son père et lui-même. Théodose a aussi un frère, Honorius, dont il adopta plus tard la fille Serena et qui devait avoir une grande influence par son mariage avec le magister militum Stilicon.

Le jeune Théodose passe son enfance dans son Hispanie natale. On ne connaît presque rien de son éducation, à l'exception de l'intérêt qu'il montre pour l'étude de l'histoire. En raison de sa haute naissance, il reçoit probablement une bonne éducation.

Carrière militaire À partir de 368, à 21 ans, il fait partie de l'escorte de son père et entame une carrière militaire. Il prend part avec lui aux campagnes de Bretagne en 368-369, à la campagne contre les Alamans en 370 aux alentours du Rhin (son père accède à ce moment-là à la fonction de magister equitum præsentalis, c'est-à-dire de commandeur de la cavalerie de l'armée) et aux campagnes contre les Sarmates en 372-373 dans les limes du Danube.

Probablement grâce à l'influence de son père, Théodose est promu dux Moesiæ primæ — c'est-à-dire général-en-chef des troupes postées aux frontières de la Mésie première, situées dans les Balkans. Ce type de nomination est à cette époque courant et le jeune Théodose semble être totalement à la hauteur de la tâche. En 373, son père est envoyé en Afrique romaine pour mater la rébellion de l'usurpateur Firmus, pendant que son fils bat en 374 les Sarmates en Pannonie (au sud de l'actuelle Hongrie), après que ces derniers ont franchi le Danube. Ainsi, il prouve sa valeur militaire. L'exécution de son père, pour des raisons restées confuses, entraîne sa disgrâce provisoire entre 376 et 378.

Empereur La mort de l'empereur d'Orient, Valens, à la bataille d'Andrinople (378) alors qu'il n'a pas d'héritier mâle ouvre une vacance du pouvoir dans cette partie de l'empireMartindale, Jones & Morris, John, (1971), "Valentinianus Galates", .. L'empereur d'Occident Gratien confie à Théodose la défense des territoires orientaux qui se trouvaient sous le contrôle de Valens pendant la vacance du pouvoir. Il rétablit si bien l'ordre que Gratien le promeut Auguste le à Sirmium. Il prend ainsi le contrôle de l'Empire en Orient John Julius Norwich, Byzantium, The Early Centuries, New York, Alfred A. Knopf, 1989, ..

Politique de stabilisation des frontières se fixe pour objectif de stabiliser les frontières, d'abord celle du Nord avec les Goths puis celle de l'Est avec les Sassanides.

Fixation de la frontière du Danube

En 380, aux côtés de Gratien, il arrête les Goths en Épire et en Dalmatie. Théodose installe une partie des Ostrogoths en Pannonie, et s'installe lui-même à Constantinople.

a enrôlé dans l'armée romaine des contingents de barbares en leur laissant avoir une organisation autonome — cette politique d'intégration provoque des désaccords au sein de l'aristocratie militaire et parmi les patriciens de naissance romaine ancienne.

En 381, il reçoit Athanaric, roi des Goths, à Constantinople., qui y meurt quinze jours plus tard.

En 382, un traité de paix est conclu entre l'Empire et les Goths. Ils sont installés par foedus en Mésie et en Thrace, avec l'obligation de défendre la frontière. Cette décision, considérée par certains témoins de l'époque comme catastrophique (Hydace de Chaves parle de pace infida, une « paix trompeuse ».) serait l'une des causes les plus immédiates de la fin de l'Empire romain d'Occident. En effet, cette intégration d'un peuple barbare uni et fort dans l'Empire, et du même coup dans l'armée impériale, signe la fin d'un contrôle réel de l'empereur sur ses armées. Cette intégration n'est toutefois pas nouvelle et le contrôle exercé par l'Empereur était déjà très relatif, étant donnés les nombreux coups d'État fomentés par les généraux depuis longtemps. Après le désastre d'Andrinople sous l'empereur Valens, il est vraisemblable que n'a guère eu le choix. Mais le contenu exact du traité ne nous est pas parvenu. La grande majorité des historiens considère qu'il accorde aux Goths la maîtrise d'un territoire, à l'intérieur des frontières de l'Empire, sur lequel ils jouissent de plein droit d'une très grande autonomie ainsi que d'une exemption fiscale. Mais cette interprétation repose sur des bases assez fragiles. Trente ans plus tard, Alaric réclamera des terres pour son peuple : soit ce traité ne leur en a pas promis, soit les successeurs de Théodose ont trahi cet engagementVoir Michel De Jaeghere, Les derniers jours. La fin de l'Empire romain d'Occident, , Paris, Perrin, 2016 : « Annexe. – Le traité de 382 », . Michael Kulikowski, Rome's Gothic Wars: From the Third Century to Alaric, 2006, ..

Traité de paix avec les Sassanides Alors que la guerre avec les Sassanides a fait rage sous Valens, Théodose compose avec le roi , qui envoie une ambassade à Constantinople en 384 pour demander la paix. Elle est signée à Ekeleac en 387. Le traité porte principalement sur le sort de l'Arménie, que les deux grandes puissances se partagent, la part du lion revenant à la Perse.

Politique intérieure forte thumb|Saint Ambroise interdisant l'entrée de l'église de Milan à l'empereur Théodose, coupable du massacre des habitants de Thessalonique en 390.Tableau de Jules Lenepveu - église Saint-Ambroise de Paris.

Affirmation du christianisme nicéen aux dépens de la doctrine arienne Les empereurs , pour l'Empire romain d'Orient, et Gratien, pour l'Empire romain d'Occident, tous deux chrétiens, pratiquent le christianisme nicéen devenue unique religion officielle d'État, par l'édit du , dit édit de Thessalonique : « Tous les peuples doivent se rallier à la foi transmise aux Romains par l'apôtre Pierre, celle que reconnaissent le pontife Damase et Pierre, l'évêque d'Alexandrie, c'est-à-dire la Sainte Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». La foi catholique trinitaire, telle que définie par le concile de Nicée en 325, s'impose donc non seulement face au polythéisme traditionnel mais également au sein du christianisme, face à l'arianisme, qui est une nouvelle fois condamné par le premier concile œcuménique de Constantinople (381).

En avril 390, Buthéric, magister militum chargé de l'Illyrie, arrête un célèbre aurige accusé d'avoir entretenu des relations homosexuelles. La population demande la libération de l'aurige, car des courses de chars doivent bientôt se tenir dans l'hippodrome et c'est un divertissement très populaire. Buthéric refuse et l'affaire dégénère en émeute, provoquant la mort de plusieurs responsables romains dont le magister militum Buthéric. La répression fait de sept mille à dix mille morts, selon les sources... L'évêque Ambroise de Milan excommunie l'empereur afin qu'il fasse repentance. Pendant plusieurs mois, Théodose et Ambroise campent sur leurs positions respectives. Puis Théodose, qui ne peut se passer très longtemps du soutien de l'évêque et de l'accès à sa cathédrale, accepte de venir s'humilier publiquement devant Ambroise pour réintégrer l'Église.

right|thumb|Saint Ambroise convertissant Théodose, toile de Pierre Subleyras, 1745.