L'Observatoire rayons X Lynx, ou simplement Lynx, est un des quatre observatoires spatiaux que l'agence spatiale américaine, la NASA, envisage de développer au cours de la décennie 2025-2035. Lynx est proposé par une équipe pilotée par le Centre de vol spatial Marshall. Il doit observer le mou (0,1 - ) émis par les phénomènes les plus énergétiques de l'univers. Le télescope qui dispose de trois instruments combinant imageur et spectromètres, devrait disposer sur un champ de vue étendu (rayon 10 minutes d'arc) d'une résolution spatiale inférieure à la seconde d'arc soit 50 à mieux que l'observatoire Chandra qu'il doit remplacer. La résolution spectrale de ses instruments atteint .
L'observatoire Lynx doit observer les phénomènes les plus violents à l’œuvre dans l'univers. Il est conçu pour retracer les processus à l'origine de la formation des galaxies et de leur évolution. Il doit permettre l'étude de l'apparition et l'évolution des trous noirs supermassifs dans les premières galaxies. Enfin, il doit recueillir des données sur l'ensemble des processus associés au cycle de vie des étoiles depuis leur formation jusqu'à leur mort. Si le projet est retenu, le télescope sera lancé vers 2039 et placé en orbite autour du . La durée de la mission primaire est de cinq ans et le télescope dispose de consommables (ergols) garantissant une durée de vie minimum de .
Fin 2022 la NASA décide de suivre les recommandations du rapport décennal de l'Académie des sciences des États-Unis relatif à l'astronomie et à l'astrophysique et choisit un projet combinant les caractéristiques de deux des autres propositions : LUVOIR et HabEx. Le nouveau télescope, baptisé HWO, devrait être lancé vers 2040 s'il obtient un financement.
Contexte
Définition des projets prioritaires en astrophysique pour la décennie 2025-2035
Dans les domaines scientifiques, la NASA choisit les projets qu'elle compte développer en s'appuyant sur un rapport établi chaque décennie. Le prochain rapport relatif à l'astronomie et à l'astrophysique (), qui doit être publié en 2020, définira les axes prioritaires dans ces domaines pour la décennie 2025-2035. Dans ce contexte, la NASA a financé l'étude de quatre projets d'observatoire spatial par des équipes comprenant des membres de l'agence spatiale, des chercheurs extérieurs et de représentants de l'industrie. Ces projets sont : LUVOIR, HabEx (), Lynx et OST ().
Les principales caractéristiques de ces projets étudiés sont les suivantes : LUVOIR () est un télescope spatial observant en ultraviolet, visible et proche infrarouge. Il dispose d'un miroir primaire de 8 ou . L'architecture est proche de celle de JWST avec un miroir segmenté et envoyé dans l'espace en position repliée ainsi qu'un grand bouclier thermique. HabEx () est un télescope conçu pour l'observation des exoplanètes en particulier leur atmosphère. Le télescope dispose d'un miroir d'une seule pièce de de diamètre. Pour pouvoir observer les exoplanètes, l'étoile sera masquée par un coronographe. Deux types de coronographe sont étudiés : un coronographe classique et un coronographe de 50 à de diamètre qui serait installé sur un satellite situé à plusieurs milliers de kilomètres du télescope. L'observatoire rayons X Lynx dont les caractéristiques sont détaillées ci-dessous. OST () proposé par une équipe emmenée par le Centre de vol spatial Goddard, est équipé d'un miroir primaire de de diamètre, observera les parties les plus éloignées de l'Univers dans l'infrarouge lointain (8 à ). Pour y parvenir, le télescope doit utiliser des détecteurs particulièrement performants, l'aspect le plus pointu du projet. Son miroir doit être refroidi à et ses détecteurs à à l'aide de cryoréfrigérateurs permettant de se passer de consommables qui limiteraient la durée de vie.
Impact des dépassements des projets JWST et WFIRST
Lorsque la NASA demande initialement en 2016 aux quatre équipes de détailler leur projet, il leur est donné pour consigne de ne prendre en compte aucune limite de coût. De ce fait, plusieurs projets dépassent les de dollars, le projet le plus coûteux atteignant de dollars. Mais en 2018, les deux grands projets astronomiques de la NASA en cours de développement rencontrent des problèmes qui vont avoir des retombées sur ces propositions : le télescope infrarouge JWST continue de subir des dépassements budgétaires (coût multiplié par 8 depuis l'origine et dépassant les de dollars) et calendaires (décalage du calendrier de ) tandis que WFIRST voit également son coût doubler passant de 2 à de dollars en 2018. Dans ce contexte, la NASA demande en aux quatre équipes de proposer deux versions de leur projet : la première version ne tient pas compte des contraintes de budget tandis que la deuxième doit rentrer dans une enveloppe comprise entre 3 et de dollars. Les quatre études sont finalisées au cours de l'été 2019. Il est prévu que leur contenu soit pris en compte par le rapport décennal de la NASA fixant les priorités pour la décennie 2025-2035 qui sera publié au printemps 2020. Ce dernier, qui synthétise les attentes de la communauté des astronomes et astrophysiciens, pourrait recommander un projet mais il pourrait également, renoncer au développement de ces télescopes de grande taille pour ne pas retomber dans les errements du projet JWST.
Objectifs scientifiques
Les rayons X sont émis par les événements les plus violents se produisant dans l'univers, ce qui permet à Lynx, spécialisé dans l'observation de ces longueurs d'onde, d'étudier ces phénomènes. Compte tenu de cette capacité du télescope spatial, les principaux objectifs de la mission sont les suivants : Préciser les processus qui aboutissent à la formation des galaxies et à leur évolution Les phénomènes aboutissant à la concentration puis à l'évolution de la matière physique pour former les principales structures du cosmos sont en grande partie déclenchés par des processus violents qui produisent et dispersent de grandes quantités d'énergie et de matériaux métalliques dans l'espace sous forme de matière visible chaude et ionisée. Lynx doit cartographier les nuages de gaz chauds situés à proximité des galaxies et dans les régions intergalactiques ainsi que détailler les différentes modalités d'échanges d'énergie. Retracer la genèse des trous noirs supermassifs situés au cœur des galaxies Les trous noirs présents au sein des galaxies se forment dès la formation de celles-ci. Lynx doit détecter les premiers trous noirs supermassifs situés au centre des premières galaxies de l'univers. Celles-ci auront été identifiées au préalable par la télescope spatial infrarouge JWST lancé en 2021. Lynx doit mesurer la croissance de ces trous noirs à compter de leur apparition et apporter des éléments sur la manière dont ces objets célestes évoluent avec leur galaxie hôte. L'analyse du émis est le moyen idéal d'observer ces jeunes trous noirs. Recenser de manière exhaustive les processus à l'origine de la naissance des étoiles, de leur évolution et de leur mort. Lynx doit étudier avec une profondeur inégalée et dans une large gamme d'énergie les processus jouant un rôle essentiel dans la formation et la mort des étoiles, dans l'évolution de leur structure interne, dans les interactions entre l'étoile et ses planètes, dans la formation des éléments chimiques composant celles-ci et dans les événements cosmiques violents. Le télescope spatial doit accroître nos connaissances sur les étoiles à neutrons par l'étude des d'étoiles binaires X dans les galaxies aussi éloignées que et identifier la contrepartie des ondes gravitationnelles détectées par les observatoires terrestres.
Caractéristiques techniques
L'observatoire spatial Lynx est un engin spatial d'environ , long de pour un diamètre de en position de stockage durant le lancement. Il est composé de quatre modules principaux. Le premier de ces modules porte l'obturateur mobile qui protège la partie optique ainsi que les panneaux solaires. Le télescope proprement dit, long de , comprend trois parties. La première partie est constituée d'une optique Wolter-Schwarzschild (LMA pour ), de collimateurs et d'un réseau de diffraction escamotable. Le banc optique (OBA pour ) est un long tube reliant le LMA au module ISIM (). Ce dernier regroupe les trois instruments scientifiques chargés d'analyser le recueilli. L'engin spatial est stabilisé trois axes avec une précision de pointage de et une dérive d'un sixième de seconde d'arc par seconde. L'énergie est produite par des panneaux solaires qui fournissent environ . Une mémoire de masse permet de stocker . Chaque jour de données sont transférées.
Optique
Le miroir est une optique Wolter-Schwarzschild longue de pour un diamètre externe de et une masse d'environ . Il est composé de réalisées en assemblant individuels de . Chaque segment est constitué d'une plaque de silicium cristallin épaisse de . L'optique Wolter-Schwarzschild permet d'avoir une optique plus courte qui contrairement à une optique Wolter et permet de disposer de bonnes performances sur un champ de vue étendu. Le miroir est conçu pour faire converger vers les instruments le dont l'énergie est comprise entre 0,2 et avec une résolution angulaire de d'arc dans l'axe et inférieure à une seconde d'arc sur l'ensemble du champ de vue. Ce dernier a un diamètre de d'arc. La surface effective du miroir est de pour un rayonnement de et de pour .
Instruments
Le télescope Lynx emporte trois instruments : HDXI () est un spectromètre imageur avec un champ de vue de qui permet d'obtenir une résolution angulaire de d'arc. Les détecteurs sont constitués de de disposés en cinq rangées de cinq en excluant les coins. La résolution spectrale attendue est de . HDXI dérive d'instruments qui équipent les télescopes spatiaux Chandra et XMM-Newton. LXM () est un spectromètre imageur permettant d'obtenir une résolution spectrale comprise entre 3 et sur un champ de vue compris entre d'arc et d'arc. La résolution spatiale est comprise entre 0,5 et d'arc. XGS () est un spectromètre qui fournit une résolution spectrale de pour une surface effective de à .
Déroulement de la mission Lynx
Si la phase A du projet démarrait en 2025, le lancement pourrait avoir lieu en 2039 (durée du développement ). La durée de la mission primaire est de et le volume des consommables (ergols) garantit un fonctionnement durant . Le télescope est conçu pour permettre sa maintenance en cours de vie. Le télescope spatial sera placé en orbite autour du du système Terre-Soleil sur une orbite de Halo de de rayon. Le point de Lagrange, situé de manière constante à de kilomètres de la Terre, permet de bénéficier d'un environnement thermique stable sans obstruction importante de notre planète tout en restant à une distance de celle-ci compatible avec des débits élevés pour le transfert de données. Malgré l'éloignement de la Terre ( la distance Terre-Lune), le télescope sera conçu pour pouvoir être entretenu par un équipage humain en cours de vie comme l'était Hubble qui toutefois ne se situe qu'à . Compte tenu de sa masse (moins de ) et de son diamètre en position de stockage (), Lynx peut être lancé par plusieurs types de lanceurs disponibles dans la décennie 2030 en particulier par la fusée géante (SLS) de la NASA.
Sélection du projet HWO