Les spoliations napoléoniennes consistent en une série de soustractions d’actifs perpétrée à grande échelle sur une période de vingt ans, de 1797 à 1815, notamment d’œuvres culturelles, d'œuvres d’art, d’objets précieux constituant l’identité patrimoniale, spirituelle et religieuse des territoires spoliés et qui a été le plus souvent organisée sous forme de traités pour des lieux spécifiques en fonction d’une histoire et d’une réalité locale particulière. On estime à 100 millions de livres rien qu'à la fin 1797 le bénéfice des rapines des troupes napoléoniennes, soit 40 % du déficit public français de l'époque.

Le concept de spoliation ne prend pas ici en compte les pillages et autres saccages, les destructions de reliques, les destructions d’œuvres d’art non recensées par les traités, les destructions de monuments architecturaux à l'instar du Duomo d'Alexandrie, alors vieux de six siècles, ou destruction d'objets de valeur par les troupes napoléoniennes ni des vols délibérés de la part de Napoléon en personne (en attestent par exemple les camés de Joséphine ou la collection d’environ œuvres italiennes de Joseph Fesch consignées au musée Fesch à Ajaccio) ainsi que de l’achat par vente forcée d’œuvres majeures par la contrainte de différents traités entre la France et les États pontificaux ou par des montages financiers particuliers comme en donne un exemple Stendhal dans l'ouvrage Rome, Naples et Florence.

Nombre de recensements d’œuvres en vue de leur confiscation ont été réalisés par des fonctionnaires nommés par Napoléon lui-même au sein de la population locale, à l’instar de la commission du traité de Tolentino où les fonctionnaires ont été désignés au sein de communautés grecques, albanaises ou hébraïques du ghetto d'Ancône avec le concours d'ecclésiastiques séduits par la force des armées républicaines. gauche|vignette|Troisième convoi d’œuvres d'art au départ de Rome - campagne d'Italie - Gazette des Beaux-Arts de 1857 Bien qu’elles pourraient y figurer dans cet article, n’entrent pas de la même manière les spoliations opérées dans la péninsule Ibérique, aux Pays-Bas, en Europe centrale et encore moins celles d'Égypte pour la bonne raison que les spoliations et les pillages ne portaient pas sur des objets de culte encore en usage en 1797.

Ce qui révèle par là-même la violence intrinsèque de la constitution-même du musée du Louvre à son origine quand il s’est agi d’exposer sans distinction des œuvres passées de l’histoire de l’art et des œuvres cultuelles encore en usage et encore vénérées du temps de leur exposition.

Enfin, les spoliations se concluront avec l'acquisition par de la collection de Giampietro Campana en 1861 pour le compte du musée du Louvre et du musée du Petit Palais d'Avignon, donnant lieu à un éparpillement des collections sous forme de présents à des États tiers, reventes à des collectionneurs privés français et étrangers.

Pillages, célébrations et justifications idéologiques Pillages et destructions

Les pillages furent perpétrés à grande échelle de 1797 à 1815, et comprenaient non seulement des œuvres picturales ou sculpturales mais également des éléments architecturaux, des biens archéologiques, des dessins, des archives et des bibliothèques, des collections glyptiques, numismatiques, de sciences naturelles, minéralogiques et botaniques.

Parfois même, des actes de destruction ont eu lieu : destruction d’œuvres d’art (ex: le complexe sculptural en argent dit des douze apôtres d’Antonio Calcagni et Tiburzio Vergelli est fondu à Lorette, destruction de la statue de de Girolamo Lombardo à Ascoli Piceno ) ; d’églises (à l’instar du Duomo d'Alexandrie datant du , mais aussi de monastères, d'ouvrages publics, de palais, très souvent motivés par la recherche d’or et d’argent ou d'édification de type militaire.

Selon l'historien Paul Wescher, les pillages napoléoniens représenteraient ., qui a causé divers dommages collatérauxIl est par ailleurs étonnant qu'en matière de spoliations d'oeuvres d'art, les médias ne traitent des spoliations que sur des cas privés ou en rapport avec des pays où l'art ne constitue pas un tel degré d'élaboration scientifique, artistique, philosophique et religieux. .

Selon l'article publié par l'historienne de l'art Dorothy Mackay Quynn intitulé « Les confiscations d'art des guerres napoléoniennes », l'Italie se trouve confrontée à des restitutions complexes, car légalisés par des traités, alors que les cessions de la Belgique et des Pays-Bas ont été effectuées comme butin ou prise de guerre The Art Confiscations of the Napoleonic Wars - Dorothy Mackay Quynn in "The American Historical Review" , (), Oxford University Press, ().

Selon le catalogue de l'italien Antonio Canova, catalogue très incomplet au demeurant, seuls ont été recensés qui ont été importés en France dont 248 y sont restés et 249 sont retournés en Italie, 9 ont été classés comme introuvables. C'est sur ce catalogue que certains chercheurs se fondent pour minimiser la réalité des spoliations.

Célébrations vignette|Entrée à Paris du convoi des œuvres d'art confisquées par Bonaparte et son armée (Auber 1802: vol. 3, pl. 136). 1802. — Collection complète des tableaux historiques de la Révolution française, tome 2. Pierre Didot l’aîné, Paris.|350x350px Au , s'est déroulée la plus grande célébration d'une victoire militaire à Paris. L’événement est rappelé par une gravure de la Bibliothèque nationale de Paris reproduisant une peinture de Louis-Auguste Girardot. Elle montre l’arrivée au Champ de Mars, devant l'École Militaire de Paris du premier convoi de marchandises confisquées à la fin de la campagne d'Italie menée par le général Bonaparte.

Dans les estampes d'époque, nous voyons les chevaux de la basilique Saint-Marc à Venise sur un char tiré par six chevaux, précédés d’un autre char sur lequel est posée une cage de lions et suivis de quatre dromadaires. Devant un panneau, il déclare: L’Apollon du Belvédère, la Vénus de Médicis, le Discobole, le Laocoon et une soixantaine d’œuvres, dont neuf peinture de Raphaël, deux célèbres collections du Corrège, de minéraux et d’antiquaires, plusieurs animaux exotiques, mais aussi plusieurs manuscrits du Vatican datant du premier millénaire ap. J-C.

Il fut rapporté que l'attention du public fut attirée par les animaux exotiques et par la statue et les reliques de la Madone de Lorette considérée à l’époque comme l'œuvre de saint Luc et capable de faire des miraclesDe nombreux témoignages de miracles jalonnent l'histoire du sanctuaire dont notamment celui de Michel Marteau rapportée par Montaigne. voir le journal de voyage en Italie de Montaigne.

Liste établie des œuvres traçables envoyées à Paris

Lieu et date d'enlèvementTableaux enlevésTableaux repris en 1815Tableaux restés en FranceTableaux perdusMilan. 196112Crémone. 624Modène. 201010Parme. 15123Bologne. 311516Cento. 1266Livourne. 101Modène. 301119Lorette. 413Pérouse. 301020Mantoue. 404Foligno. 110Pesaro. 1796734Fano. 1797303Rome. 179713121Vérone. 1477Venise. 18144TOTAL 1796-17972271101152Rome. 179814014Turin. 1799664620Florence. 1799635607Turin. 1801303Naples. 1802707Rome (Saint-Louis-des-Français).26026Parme. 1803271413TOTAL 1798-1803206116837Savone. 1811633Gênes. 1811963Chiavari. 1811211Levanto. 1811110La Sapieza. 1811110Pise. 1811918Florence. 1811909Parme. 1811523Foligno. 1811110Todi. 1811321Pérouse. 18111055Milan (Brera). 1812505Florence. 181312012TOTAL 1811-1813732350TOTAL GÉNÉRAL50624924818

Les justifications idéologiques Les justifications idéologiques du pillage furent diverses, allant au-delà de la simple prise de guerre. D'une part, une pétition d'artistes français mentionnait que les œuvres étaient une inspiration pour le progrès des arts républicains. Certains croyaient que les œuvres étaient restées « emprisonnées trop longtemps... ces œuvres immortelles ne sont plus dans un pays étranger, mais introduites dans la patrie des Arts et du Génie, dans la patrie des libertés et de l'Égalité sacrée: la République française ». « Ou encore des statues que les Français ont empruntées à l'Église romaine dégénérée pour orner le grand musée de Paris, afin de distinguer le plus noble des trophées, le triomphe de la Liberté sur les Tyrannies, de la Connaissance sur la Superstition ».

Face à ce qui était considéré à l’époque comme des butins de guerre, quelques-uns, comme Quatremère de Quincy, se souvinrent que, par chance, les plus grandes œuvres du génie humain ne pouvaient être effacées, comme le Colisée, la Farnesina, la chapelle Sixtine ou les salles du Vatican, et que si les Français voulaient vraiment redécouvrir le passé, au lieu de dépouiller Rome, ils devraient . centré|vignette|226x226px|Antoine Quatremère de Quincy par F. Bonneville.

Traités de la première Campagne d'Italie Traité de Campoformio vignette|Le traité de Campo-Formio par Jean-Baptiste François Desoria. La première campagne d'Italie avait apporté un très grand nombre d'objets de valeur de toutes sortes, depuis la signature des armistices avec les duchés de Modène et de Parme en jusqu'au traité de Campo-Formio avec la république de Venise en octobre 1797.

Ledit traité de Campo-Formio met fin à la république millénaire de Venise que Napoléon donne à l’Autriche, avec des conséquences évidentes sur le patrimoine du reste de la péninsule italienne, mais l’on ne peut parler de spoliation de la part de l’Empire autrichien.

Milan fut d'abord privée des collections des Gonzague de Mantoue. Les ducs de Modène et de Parme avaient été tenus de remettre vingt tableaux de leurs collections privées et publiques, qui devinrent bientôt 40, puis 50 pour finir par en perdre le décompte.

En juin, le roi et le pape signèrent des armistices dans lesquels ils s'engageaient à remettre manuscrits du Vatican et une centaine de peintures et de bustes, en particulier les bustes de Marcus et de Giunius Brutus Capitolin.

Les manuscrits ont été choisis par un dénommé de la Porte du Theil, un érudit français qui connaissait bien les bibliothèques vaticanes et qui prit entre autres la Fons Regina, la bibliothèque de la reine Christina de Suède. Le pape fut obligé de payer les frais de transport des manuscrits et des travaux jusqu’à Paris.

Des pillages ont également eu lieu dans les bibliothèques du Vatican, la bibliothèque Estense de Modène, celles de Bologne, Monza, Pavie et Brera et enfin dans la bibliothèque Ambrosienne de Milan. A titre d'exemple, le Louvre conserve aujourd'hui plus de du rien que pour l'école de Bologneinventaire général des dessins italiens Dessins Bolonais du par Robert Serra - Louvre éditions .

Remarque : À la suite de l’occupation de Venise par les troupes napoléoniennes, on note d'autres disparitions ultérieures, peut-être même de destruction d’œuvres d’art d’importance à l’instar du Jugement de saint Stéphane de Vittore Carpaccio. Imputables logiquement aux autrichiens alors au pouvoir, il semble que ce n'était pas dans les pratiques autrichiennes de se livrer à de telles exactions.

Traité de Tolentino vignette|Signature du traité de Tolentino. Par la suite, le traité de Tolentino a ajouté des œuvres des trésors de Ravenne, Rimini, Pérouse, Lorette et Pesaro.

Au Vatican, les salles du pape sont ouvertes et complètement saccagées, à la fois pour l'enrichissement des officiers napoléoniens et expressément pour Napoléon, tandis que les œuvres en or et en argent sont fondues.

La bibliothèque privée du pape fut achetée par le fonctionnaire Daunou et, en 1809, la collection de marbre du prince Borghèse fut vendue à Napoléon sous la contrainte pour huit millions de francs. Le prince n'a même pas obtenu toutes les sommes promises, mais a été payé en terrains confisqués à l'Église et en droits d'exploitation minière dans le Latium, qu'il a ensuite dû restituer à ses propriétaires légitimes. vignette|Confiscation du de la statue de Notre-Dame de Lorette et des reliques de la Madone avant que le sanctuaire de la Sainte Maison de Lorette ne soit fermé sous scellé.