Le baptistère de Bekalta, appelé aussi baptistère d'El Gaalla, est une cuve baptismale paléochrétienne richement décorée de mosaïques et dans un état de conservation remarquable, qui est retrouvée à l'extrême fin du près de Bekalta, dans la délégation du même nom et le gouvernorat de Monastir en Tunisie.
Sa découverte fortuite a lieu lors de travaux d'exploitation d'une carrière. L'exploitation a endommagé les vestiges du complexe religieux auquel appartenait la cuve, même si les sources divergent sur l'état initial du site ; quoi qu'il en soit, celui-ci n'a pas pu être étudié de façon satisfaisante.
Le baptistère constitue désormais une pièce majeure du département paléochrétien du musée archéologique situé à Sousse. En effet, les cuves baptismales pourvues de mosaïques sont extrêmement rares parmi les vestiges connus. La forme polylobée, très singulière dans le contexte d'un édifice religieux, en fait également un élément original. Ainsi, selon le père Silvio Gaston Moreno, .
Localisation
vignette|alt=Carte de la partie septentrionale de la Tunisie actuelle|Carte de la partie septentrionale de la Tunisie actuelle.
Le baptistère est découvert sur le territoire de la localité d'El Gaalla, dans la région de Monastir, entre Bekalta et Téboulba, à deux kilomètres au nord-ouest de Thapsus (ou au sud-est selon Néjib Ben Lazreg et Noël Duval) et au sud de Lamta, à au sud de Henchir Sokrine dans le Sahel tunisien, l'ancienne Byzacène de l'époque romaine.
Il est retrouvé sur une colline à de la mer, sous une épaisseur de de terre.
Histoire et découverte Rite du baptême dans l'Antiquité
vignette|gauche|alt=Gravure représentant un homme mûr vêtu à l'orientale et lisant un parchemin|Portrait allégorique de Tertullien tiré des Vies des hommes illustres d'André Thevet (Lyon, 1584).
Le rite du baptême reprend ce qui est dit dans les Évangiles : il a pour but de donner selon l'analyse du de Tertullien, , texte qui constitue la du rite apportant une réponse au désir de vie éternelle déjà présent en Afrique romaine, comme en témoigne le culte de Dionysos. Pour la période byzantine, Erhard Schneider évoque avec le rituel exprimé dans les sources littéraires du .
Deux étapes existaient, le catéchuménat et le baptême. Tertullien est contre le baptême des jeunes enfants car leur .
La démarche des futurs baptisés débutait par un entretien avec qui procédait à un premier enseignement des préceptes d'une vie catholique et des rituels d'imposition des mains, d'abjuration des démons et par le fait de . Il s'agissait à la fois d'instruire et de tester la moralité des postulants, par une au baptême. La formation suivait cette première phase, ainsi que l'immersion dans le bain du baptistère. Le postulant, appelé désormais catéchumène, était examiné et devait suivre une période de pénitence.
Une cérémonie avait lieu la veille de Pâques, car correspondant à la Passion du Christ, . La cérémonie pouvait avoir lieu à tout autre moment du .
La cérémonie commençait par une veillée et était présidée par l'évêque du lieu qui bénissait l'eau du baptême . Le baptême est supposé libérer le baptisé du péché. Les rites pré-baptismaux comprenaient , ce dernier rite ayant lieu avant la piscine.
Le catéchumène plongeait ensuite dans la cuve baptismale et regardait les inscriptions écrites dans la mosaïque ; l'évêque accompagnait alors le catéchumène qui effectuait sa profession de foi par une phrase prononcée et accompagnée d'une immersion dans la cuve, réponse à une phrase débutant sans doute par et évoquant la Trinité. Le baptême était effectué par immersion.
Des rites avaient lieu après le baptême : . L'évêque effectuait une onction d'huile sainte sur le baptisé et traçait sur son front une croix en forme de tau, lui entrecroisant les mains. Enfin, l'évêque posait la main sur la tête du baptisé. Ce dernier, à partir de ce moment, pouvait assister aux messes et aux communions. La cérémonie était close par une synaxe qui permettait la rupture du jeûne débuté la veille.
Histoire ancienne Bref résumé de l'histoire ancienne de la région
vignette|alt=Cartes des provinces de l'Afrique romaine après la réforme de Dioclétien|Cartes des provinces de l'Afrique romaine après la réforme de Dioclétien.
La région dans laquelle a été découvert le baptistère est influencée par la civilisation carthaginoise. Au tout début du , la province d'Afrique est divisée par Dioclétien en trois entités : Tripolitaine, Byzacène et Zeugitane. La Byzacène a alors Hadrumète pour capitale.. La région, comportant des cités importantes, est un terreau favorable pour la christianisation de l'Afrique du Nord qui s'accélère au . Les chrétiens africains sont divisés pendant un siècle par le schisme donatiste dans la lignée de Donatus Magnus. Le donatisme se diffuse en majorité dans le , les circoncellions. Le schisme était aussi une opposition sociale aux grands propriétaires souvent catholiques. Les conversions sont massives après 399 et l'interdiction du paganisme. La conférence de Carthage de 411 marque la défaite du donatisme et le triomphe du catholicisme.
La pression d'autres peuples et la réputation de richesse de la région attire les Vandales qui passent en Afrique du Nord en 429 et prennent Carthage dix ans plus tard. En 442, la conquête de la région par les Vandales est reconnue par l'Empire romain d'Occident de Valentinien III.
Dans la seconde moitié du , les Vandales se convertissent à l'arianisme, tout comme les Alains. L'arianisme est condamné comme hérésie dès le premier concile de Nicée. Certains rois vandales, Genséric ou Hunéric, persécutent les populations d'Afrique non ariennes en bannissant certains de leurs membres. Peu de martyres leur sont imputables, même si des atrocités sont incontestables sous Hunéric. Les autres rois ont opté soit pour une tolérance timide sous le règne de Gunthamund, soit pour la liberté de culte sous celui de Hildéric, ou encore pour de nouvelles persécutions sous celui de Thrasamund. Les rois vandales ont confisqué des terres de domaines impériaux et de riches propriétaires, même si l'occupation n'a pas été généralisée en Byzacène. Les Vandales ont adopté le mode de vie romain, certains s'étant convertis au catholicisme en dépit du prosélytisme du clergé arien.
Le royaume vandale disparaît en 533 avec la reconquête des Byzantins de Bélisaire. Il ne s'agit pas alors de : les royaumes indigènes se maintiennent et la vie urbaine se dégrade, alors que l'on assiste à un . La région connaît des troubles graves et une crise sociale au milieu du . La Byzacène connaît une baisse de sa population et des sièges épiscopaux au , même si la situation semble rétablie au milieu du . La reconquête byzantine entraîne un .
Le dernier tiers du connaît des troubles et le retour du donatisme, avec des querelles théologiques. La région intègre l'exarchat de Carthage sous le règne de Maurice, et ce jusqu'à la conquête musulmane du Maghreb. Les armées arabes la pillent après la bataille de Sufetula qui voit les Byzantins défaits en 647. Le sud de la Byzacène est livré à lui-même et la région pillée régulièrement pendant la seconde moitié du siècle, période qui précède la chute définitive de Carthage en 698 avec, dès 670, la fondation de Kairouan par les Arabes contre lesquels luttent les Berbères qui prennent un temps en mains la région jusqu'en 688.
Histoire du site
vignette|alt=Représentation d'un édifice religieux en coupe|Mosaïque de l'Ecclesia Mater provenant de Tabarka et conservée au musée national du Bardo qui figure une basilique en coupe datée des .
Le site archéologique a livré une nécropole dont une tombe datée de l'époque punique. La nécropole punique était installée sur une colline qui a été détruite par l'installation de la carrière. Dans l'Antiquité tardive, la région possédait un évêché dont trois titulaires sont connus aux .
Le baptistère est retrouvé au sud d'une basilique paléochrétienne qui en comportait trois. L'édifice était orienté vers l'ouest et le baptistère, sur un axe ouest-est, était situé dans une salle située dans sa partie sud. La basilique comportait trois nefs au moment de la redécouverte du site.
Trois phases sont identifiées dans l'histoire du baptistère mais seule la dernière est bien connue. Les archéologues ont retrouvé sous le baptistère les vestiges d'un autre baptistère et des canalisations, ainsi qu'un dernier baptistère à l'ouest. Des incertitudes persistent sur la datation du complexe dans sa dernière phase. La cuve a été datée du par certains dont Noël Duval. Habib Ben Younès pense pour sa part à une datation au pour le baptistère et à un aménagement du site de l'édifice chrétien aux . La fouille a livré une épitaphe avec peut-être le nom d'un diacre, Dinamus. Selon Erhard Schneider, l'édifice chrétien a été érigé sur , lequel avait été implanté sur le site d'une nécropole punique.
Redécouverte récente et recherches archéologiques sur le site
vignette|alt=Vue d'un grand mur avec l'entrée indiquant un musée archéologique|Vue du mur extérieur de la kasbah de Sousse avec l'entrée du musée archéologique de Sousse, qui accueille le baptistère.
L'œuvre est l'une des pièces maîtresses du musée archéologique de Sousse depuis sa découverte au printemps 1993. La précédente découverte d'un baptistère aussi bien conservé, le baptistère de Kélibia, conservé pour sa part au musée national du Bardo, est datée de 1949.
La découverte est liée à des travaux d'une carrière de tuf ouverte du fait des besoins en matériaux liés à l'urbanisation des côtes tunisiennes. Enfoui dans le sol, le baptistère a été préservé des engins de chantier en action sur le site, qui ont emporté le rebord et la mosaïque de la salle qui le contenait. Selon Erhard Schneider, le bâtiment religieux était . La basilique déjà en ruines a perdu cependant les nefs centrale et latérale gauche dans l'exploitation de la carrière, persistant encore avant cette date.
Le site d'El Gaala fait l'objet de fouilles durant l'été 1995, en particulier sur un four préromain et quelques tombes appartenant à une nécropole punique. Ces fouilles ont également permis de reconnaître plusieurs bâtiments autour de la basilique. Trois cuves baptismales ont été retrouvées : l'une au sud, dont a été conservé le système de canalisation, une autre derrière l'abside et la dernière, sur et polylobée, qui est la pièce archéologique exposée.
Le baptistère et les mosaïques, en particulier des épitaphes, ont été déposés au musée archéologique de Sousse. Le baptistère est l'une des œuvres-phares de la Saison tunisienne en France organisée au Petit Palais à Paris, du 9 mars au 2 juillet 1995 dans le cadre de l'événement Carthage : l'histoire, sa trace et son écho qui rassemble archéologiques ainsi que des travaux démontrant .. Le baptistère fait partie des pièces sélectionnées à l'automne 2020 pour être reproduites de façon miniature pour le projet destiné à rendre accessibles les musées aux malvoyants..
Description Description générale Le baptistère est un élément paléochrétien fréquent sur les sites archéologiques de l'actuelle Tunisie mais exceptionnel par son état de conservation. Dans sa configuration conservée, il s'agit d'un rectangle de sur et d'une profondeur de ( selon Erhard Schneider). La taille maximale conservée de la mosaïque est de dans le sens nord-sud et dans le sens est-ouest. Le baptistère était initialement de forme carrée, avec un rebord d'environ libérant au centre un espace de de côté. La margelle mesurait de côté.
vignette|alt=Vue du fond mosaïqué avec une croix et des symboles chrétiens|Vue du dessus de la cuve.