Le match de poule de la Coupe du monde de rugby 2015 opposant l'Afrique du Sud et le Japon le à Brighton en Angleterre voit le Japon l'emporter 34-32 et constitue ce qui est considéré comme la plus grande surprise de l'histoire de la compétition et le plus grand exploit du rugby japonais. Ce match est également connu comme le « miracle de Brighton ».

Alors que les sont l'une des meilleures nations mondiales avec notamment deux sacres en 1995 et 2007, et que le Japon n'a jusque là remporté qu'un seul match dans toute l'histoire de la Coupe du monde, les maîtrisent leur match du début à la fin, s'appuyant sur un gros pack et une belle résilience, et remportent la victoire à la surprise générale. Le sélectionneur australien Eddie Jones, qui a repris cette sélection en main en 2012, et l'arrière Ayumu Goromaru, qui a inscrit , sont les grands artisans de ce succès.

Malgré la victoire, le Japon ne parvient pas à se qualifier pour les quarts de finale, tandis que l'Afrique du Sud finit première du groupe et terminera troisième de la compétition après avoir perdu en demi-finale contre la Nouvelle-Zélande, futur vainqueur. Cependant, ce match a un impact favorable sur l'image du rugby japonais, qui doit organiser l'édition suivante de la Coupe du monde en 2019.

Contexte Historique

vignette|La tournée des Lions britanniques de 1891 en Afrique du Sud est l'occasion du tout premier match international d'une équipe assimilée à l'Afrique du Sud.|alt=Dans une photographie en noir et blanc de mauvaise qualité, on voit des joueurs au premier plan jouant dans un petit stade surmonté d'une montagne imposante. Le rugby a été introduit en Afrique du Sud par les colons britanniques au milieu du . La première fédération de rugby sud-africaine, la South African Rugby Board, est créée en 1889 (pour les Blancs) et la première tournée des Lions britanniques en Afrique du Sud en 1891 marque le début de l'existence du pays sur la scène internationale. Après avoir passé des périodes pendant lesquelles l'Afrique du Sud était l'une sinon la meilleure équipe du monde (1919-1939 ; 1949-1955), le pays s'isole de 1970 à 1991 dans un contexte de lutte contre l'apartheid. Après avoir manqué les deux premières éditions, l'Afrique du Sud participe à sa première Coupe du monde en 1995, qu'elle remporte. Depuis lors, ce pays est installé parmi les toutes meilleures nations mondiales du rugby à XV : il prend part aux Tri-Nations (avec la Nouvelle-Zélande et l'Australie), qui deviennent le Rugby Championship avec l'intégration de l'Argentine en 2012, et remporte de nouveau la Coupe du monde en 2007..

Alors que le rugby est également introduit au Japon au milieu du , les premiers pratiquants japonais sont les étudiants de l'université Keiō en 1899.. Le sport se développe très bien localement au début du sous les auspices de l'alliance anglo-japonaise, et les premiers matchs internationaux ont lieu dans les années 1930, avec une tournée en Colombie-Britannique en 1930 puis avec la réception du Canada en 1932... La sélection japonaise participe à toutes les éditions de la Coupe du monde, mais n'y gagne qu'une seule rencontre (contre le Zimbabwe en 1991) et subit notamment une défaite humiliante et traumatisante lors de l'édition de 1995 contre la Nouvelle-Zélande (145-17, le plus grand écart jamais réalisé).. En 2006, le Japon intègre la Pacific Nations Cup qu'il remporte en 2011 et en 2014 (ex aequo avec les Samoa).

Jusqu'à cette confrontation lors de la coupe du monde 2015, l'Afrique du Sud, du classement World Rugby, et le Japon, , ne se sont jamais affrontés...

Coupe du monde 2015

Les Sud-Africains ont eu une année 2015 difficile. Ils ont dû faire face à une importante polémique sur les quotas de joueurs blancs et noirs juste avant le Mondial, l', un micro-parti du pays, ayant même demandé que les ne partent pas à la Coupe du monde s'il n'y a pas plus de joueurs de couleur, prétendant que les critères de sélection sont . En 2015, le sélectionneur du pays se voit imposer un quota de 30 % de joueurs ; Heyneke Meyer appelle finalement 9 joueurs de couleur et reçoit le soutien public de Bryan Habana, star de l'équipe et Noir.. Sportivement, l'Afrique du Sud subit aussi une défaite historique, chez elle, face à l'Argentine (25-37), à l'occasion du Rugby Championship 2015, dont elle finit dernière, sans aucune victoire. Cependant, les observateurs font remarquer qu'il ne faut pas enterrer une équipe qui relève toujours son niveau lors des coupes du monde..

Les Japonais, dans le de la en tant que qualifiés comme meilleure équipe asiatique., ne font pas figure de favoris, la deuxième place du groupe étant a priori dévolue au vainqueur de la confrontation entre l'Écosse et les Samoa. Quand Eddie Jones, Australien de mère japonaise, devient en 2012 le sélectionneur de l'équipe du Japon, alors mondiale., il s'inquiète de la défense perméable des Japonais et fait appel à Max Mannix, ancien treiziste ayant évolué sous les ordres de Warren Ryan au sein des Canterbury-Bankstown Bulldogs, qui a révolutionné le système de défense. Jones fait aussi appel à l'entraîneur de football Pep Guardiola pour obtenir des conseils d'animation offensive afin de faire du Japon une équipe et cherche à faire un travail en profondeur pour changer la mentalité japonaise, en lui donnant davantage . Il s'inspire aussi d'un entraîneur français (non cité) qui utilisait des drones pour que les joueurs puissent voir leur façon de jouer et leurs mouvements. et consolide son staff de l'ancien talonneur international français Marc Dal Maso, spécialiste des avants. Il a pour tâche de redonner confiance aux Japonais dans ce secteur, en leur apprenant C'est ainsi que le finaliste du Mondial 2003 avec les parvient aussi à faire prendre conscience à ses joueurs qu'un exploit contre l'Afrique du Sud est possible. Le Japon est, depuis son mandat, sur une phase de progression importante, ayant remporté des matchs de prestige contre le pays de Galles en 2013 et l'Italie en 2014, et possédant , selon l'ancien pilier international français d'origine sud-africaine et conseiller des Pieter de Villiers. La sélection japonaise demeure néanmoins inconstante, à l'image de sa piètre à la Pacific Nations Cup 2015, avec une seule victoire sur le Canada.

Jusqu'au début de la rencontre, les cotes du match sont très favorables à l'Afrique du Sud (avec notamment des cotes à 28 contre 1. ou 33 contre 1), les observateurs voyant l'opposition japonaise comme une formalité pour les double champions du monde. Eddie Jones répète que cette confrontation sera , même s'il affiche des ambitions élevées et affirme que ce match pourrait bien chambouler le classement final du groupe.

Le match Contexte du match vignette|Le Community Stadium de Brighton, où se déroule la rencontre.|alt=Le stade, de la forme ovale d'un ballon de rugby, est vu du ciel. Afrique du Sud – Japon est le quatrième rendez-vous de la compétition, le premier de la . Il se tient dès le lendemain de la cérémonie d'ouverture et du match d'ouverture entre l'Angleterre et les Fidji, remporté par le pays organisateur sur le score de 35 à 11.

Le coup d'envoi est prévu le à UTC+1 dans le Community Stadium de Brighton, l'une des treize enceintes retenues pour accueillir la compétition.. Ce stade ayant ouvert en , c'est alors l'un des plus récents à accueillir un match de rugby. D'un coût estimé à de livres sterling, il se veut l'un des plus modernes du monde à son ouverture.

Le stade a une capacité de et fait presque le plein pour ce match, avec .

Ce stade ne reçoit qu'un seul autre match de la compétition : Samoa – États-Unis, comptant également pour la , qui se tient le lendemain et s'achève sur le score de 25-16.

Composition des équipes +Titulaires15 Zane Kirchner14 Bryan Habana13 Jesse Kriel12 Jean de Villiers, 11 Lwazi Mvovo 10 Patrick Lambie 9 Ruan Pienaar 8 Schalk Burger7 Pieter-Steph du Toit 6 François Louw5 Victor Matfield4 Lood de Jager 3 Jannie du Plessis 2 Bismarck du Plessis 1 Tendai Mtawarira Remplaçants16 Adriaan Strauss 17 Trevor Nyakane 18 Coenie Oosthuizen 19 Eben Etzebeth 20 Siya Kolisi 21 Fourie du Preez 22 Handré Pollard 23 JP Pietersen Entraîneur Heyneke Meyer350px TitulairesAyumu Goromaru 15 Akihito Yamada 14Male Sa'u 13Harumichi Tatekawa 12Kotaro Matsushima 11 Kosei Ono 10 Fumiaki Tanaka 9 Hendrik Tui 8Michael Broadhurst 7, Michael Leitch 6 Hitoshi Ono 5Luke Thompson 4 Kensuke Hatakeyama 3 Shota Horie 2 Masataka Mikami 1 Remplaçants Takeshi Kizu 16 Keita Inagaki 17 Hiroshi Yamashita 18 Shinya Makabe 19 Amanaki Mafi 20 Atsushi Hiwasa 21 Yu Tamura 22 Karne Hesketh 23 Entraîneur Eddie Jones

Résumé

Première mi-temps vignette|redresse|Patrick Lambie, de l'attaque sud-africaine (ici en 2011).|alt=Le joueur, de profil, est en pleine action avec le maillot vert et or de l'équipe d'Afrique du Sud. L'arbitre Jérôme Garcès siffle le début du match et Patrick Lambie tape le coup d'envoi.

Les Sud-Africains sont très durs dans les impacts dès le début du match, mais le Japon résiste et parvient à se dégager. À la suite d'une faute en mêlée des , Ayumu Goromaru ouvre le score d'une pénalité à la , surprenant déjà les observateurs (0-3). Les Japonais enchaînent avec une belle action à la main menée par le demi de mêlée remplaçant des Highlanders Fumiaki Tanaka et les Sud-Africains concèdent une deuxième pénalité, que manque Goromaru. Le Japon se procure à nouveau un bon ballon d'attaque, mais les Sud-Africains obtiennent un et Lambie dégage son équipe.

Dans la foulée, les Vert et Jaune obtiennent une pénalité et l'ouvreur sud-africain rapproche son équipe de la ligne d'en-but japonaise. La défense nippone résiste aux assauts adverses mais concède une nouvelle pénalité, que Lambie envoie à nouveau en touche. À la , l'Afrique du Sud débloque enfin son compteur en inscrivant en force le premier essai du match par François Louw (5-3). ; Lambie transforme.

Après des échanges de coup de pied de dégagement entre Pienaar et Goromaru, les «  » refont parler leur puissance et marquent un essai par leur pilier droit Jannie du Plessis, mais il est refusé. Les Japonais se dégagent et même s'ils souffrent en mêlée, parviennent à remonter jusqu'à la moitié de terrain adverse. Ils obtiennent une pénalité, tapée en touche. S'ensuit un maul impressionnant de la part des Japonais, qui passent la ligne d'en-but ; Garcès refuse l'essai mais revient à une faute sud-africaine : les Japonais tapent à nouveau en touche. Ils rééditent leur mêlée ouverte et font montre d'une puissance pour finalement lancer le troisième ligne aile d'origine fidjienne Michael Leitch, qui aplatit à la sous le vacarme du public, qui n'en revient pas de l'audace nippone (7-8).. Le Japon, qui montre qu'il a aussi un pack puissant, repasse devant et alourdit la marque après la transformation de Goromaru (7-10).

Sur le coup de renvoi, les Sud-Africains mettent la pression aux Japonais et obtiennent une pénalité que Lambie expédie en touche. Les imitent les et marquent un essai en force à la suite d'un maul pénétrant à la retombée de la touche, par Bismarck du Plessis (, 12-10). Lambie manque la transformation. La fin de cette première mi-temps voit les Japonais s'appuyer sur une en résistant aux assauts des Sud-Africains. À la surprise générale, ces derniers mènent à la pause de seulement deux points.

Le consultant d'ESPN Rob Bartlett se montre stupéfait du scénario de cette rencontre et de la force mentale des Japonais, qui auraient pu douter après l'essai sud-africain ; il loue aussi et la défense dans le jeu courant des Japonais. Il estime que si le Japon se libère davantage, il pourrait créer la grosse surprise à la fin du match. De son côté, l'ancien rugbyman sud-africain et champion du monde 1995 François Pienaar analyse cette première mi-temps comme étant un coup de maître d'Eddie Jones, qui a prévu un plan où son équipe a imposé un rythme très élevé, mais se demande si les Japonais sauront le tenir tout le match.