La crise politique belge de 2007-2011 désigne une période de tensions communautaires et d'instabilité politique en Belgique, provoquée par des opinions divergentes sur les réformes de l'État belge et sur l'existence persistance de la circonscription électorale controversée de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV). Les partis flamands sont généralement partisans d'une régionalisation et d'une communautarisation accrues des compétences ainsi que d'une scission de BHV tandis que les partis francophones soutiennent davantage le statu quo.

Après les élections législatives fédérales de 2010, les sujets de la dette publique, de la réduction des déficits et des réformes socioéconomiques ont été de nouveaux sujets de tensions, la majeure partie des partis flamands privilégiant des coupes dans les dépenses publiques afin de faire des économies budgétaires tandis que les propositions des partis francophones comprenaient des augmentations significatives de la fiscalité.

La crise s'est achevée en avec la prestation de serment du gouvernement Di Rupo qui est parvenu à un accord sur la scission de BHV ainsi que sur des politiques visant à lutter contre la récession économique. Le clivage linguistique du pays, depuis longtemps source de tensions politiques, a joué un rôle majeur dans cette crise. La menace de la scission de la Belgique a été récurrente durant ces quatre années, notamment avec la montée en puissance du nationalisme flamand.

La crise a éclaté à l'été 2007 à la suite de la victoire électorale du cartel CD&V/N-VA, qui soutenait une nouvelle réforme de l'état et la scission immédiate de BHV. Après 194 jours de négociations souvent tendues, un nouveau gouvernement a finalement pu être formé. En , une nouvelle crise éclate à la suite de l'affaire Fortis, déstabilisant le pays et amenant à la démission du Premier ministre Yves Leterme. Le nouveau gouvernement dirigé par Herman Van Rompuy a permis une brève période de stabilité, mais qui a été interrompue lorsque Van Rompuy démissionne pour devenir le premier Président du Conseil européen. Le gouvernement Leterme II qui lui succède tombe en à la suite du manque de progrès sur la question de BHV.

Des élections anticipées ont lieu en juin 2010, conduisant à une victoire en Flandre de la N-VA, parti conservateur et séparatiste, tandis que le PS, favorable à l'unité de la Belgique, a gagné du côté francophone. Les divergences majeures entre les deux gagnants des élections sur les questions communautaires et socioéconomiques ont conduit les négociations à durer plus de 541 jours, battant ainsi le record mondial de durée nécessaire à la formation d'un gouvernement tenu jusqu'alors par l'Irak. Le , il est annonce qu'Yves Leterme souhaite postuler comme secrétaire général de l'OCDE en 2012, bien qu'il semble alors peu probable qu'il puisse quitter son poste de Premier ministre en affaires courantes avant la fin de l'année. Cependant, un nouveau gouvernement prête serment le avec Elio Di Rupo à sa tête.

Les élections fédérales de 2007 et leurs conséquences

Élections fédérales Du côté flamand, le cartel électoral unissant le CD&V et la N-VA a gagné de nombreuses voix par rapport aux élections de 2003. La liste CD&V/N-VA était dirigée par Yves Leterme et est devenue la plus grande formation politique de Belgique, ce qui l'a par conséquent conduit à diriger les discussions pour former un nouveau gouvernement. Pendant la campagne, le cartel a insisté lourdement sur la nécessité d'une profonde réforme de l'État.

Du côté francophone, le MR a réussi à prendre la première place longuement détenue par le PS, même si ce dernier reste malgré tout puissant.

Négociations gouvernementales Après les élections, une coalition rassemblant les démocrates chrétiens et les libéraux a été envisagée. La nécessité d'une nouvelle réforme de l'État n'étant pas perçue de la même manière des deux côtés de la frontière linguistique, il a fallu 196 jours de discussions aux partis pour former un gouvernement intérimaire. Il s'agissait alors du record belge de durée de formation de gouvernement.

Verhofstadt III Le , Albert II demande au Premier ministre sortant Guy Verhofstadt de former un gouvernement intérimaire qui démissionnerait le avant qu'Yves Leterme ne prenne le relais. L'incertitude politique a cependant été accrue lorsqu'Yves Leterme a été hospitalisé en . Bien qu'étant resté plusieurs jours à l'hôpital, il était cependant apparu assez vite que sa santé ne l'empêcherait pas d'assumer ses fonctions.

Un premier accord préliminaire a été obtenu le . Celui-ci stipulait que certaines compétences liées à l'industrie et au logement seraient transférées du fédéral aux régions. Des mesures seraient également prises afin de renforcer la coopération interrégionale.

Leterme I Un accord officiel de coalition a été signé le . Yves Leterme prête serment le . Cependant, le , après l'échec de mois de négociations sur les réformes constitutionnelles et BHV, Leterme donne la démission de son gouvernement à Albert II. Après une série de consultations, le Roi refuse cependant la démission du gouvernement. Le Palais royal annonce alors que le Roi a demandé aux deux ministres d'État francophones François-Xavier de Donnea (MR) et Raymond Langendries (cdH) ainsi qu'au ministre-président de la Communauté germanophone, Karl-Heinz Lambertz (SP), d'établir un rapport sur la manière de lancer des discussions sur des réformes institutionnelles. Ces derniers font leur rapport au Roi le et en révèlent une page afin de forcer les partis à rester à la table des négociations. Quelques heures plus tard à peine, Didier Reynders crée une crise politique au sein du gouvernement flamand après avoir tenu des déclarations controversées. Le , la N-VA retire son soutien du gouvernement fédéral en déclarant que les 15 mois de négociations n'étaient pas parvenus à obtenir de réforme de l'État, plongeant à nouveau le pays dans la crise. Sous pression des socialistes et des libéraux présents au sein de la coalition, Geert Bourgeois, seul ministre N-VA du gouvernement flamand, démissionne.

Le , Leterme donne à nouveau la démission de son gouvernement à Albert II, qui l'accepte le . Cette démission a été donnée à la suite de la divulgation de tentatives du gouvernement d'influencer le verdict de l'affaire Fortis.

Van Rompuy Après la démission de Leterme et de son gouvernement, Albert II consulte plusieurs chefs de partis et hommes politiques. Il demande alors à Wilfried Martens, ancien Premier ministre belge dans les années 1980 et 1990 et alors président du Parti Populaire Européen, de consulter les différents partis politiques et de préparer le terrain à un nouveau gouvernement d'urgence. Le consensus général est qu'un gouvernement devrait tenir jusqu'aux élections régionales et européennes de ou, si possible, jusqu'aux prochaines élections fédérales de 2011. Le , Albert II demande à Herman Van Rompuy de former un nouveau gouvernement qui rassemblerait les partis alors au pouvoir. Le gouvernement Van Rompuy prête serment le .

Herman Van Rompuy démissionne cependant en , celui-ci devant prendre la tête du Conseil européen

Leterme II Après la démission de Van Rompuy, Yves Leterme le remplace. Cependant, quelques mois plus tard à peine, son gouvernement tombe sur la question de BHV.

Élections fédérales de 2010 et leurs conséquences Contexte des élections fédérales de 2010 thumb|Carte des régions de Belgique La Belgique connaît une asymétrie économique, idéologique et politique grandissante entre le Nord et le Sud du pays. Cette crise politique est le résultat de plusieurs événements politiques qui se sont succédé durant les années précédentes. Les élections législatives fédérales belges du 13 juin 2010 ont encore creusé l'écart entre les différents partis. En effet, si le PS remporte le scrutin en Wallonie, c'est la N-VA, parti nationaliste de droite, qui effectue une percée fulgurante en Flandre, notamment grâce à la popularité du président du parti Bart De WeverLe parti socialiste obtient près de 38 % des voix en Wallonie, alors que la remporte environ 29 % des voix en Flandre. Pascal Delwit, Jean-Benoit Pilet, Emilie van Haute, Les partis politiques en Belgique, Bruxelles : Éditions de l'Université de Bruxelles, 2011.. Le est attaché à l'unité du pays et se situe clairement à la gauche de l'échiquier politique, la a pour but la séparation de la Belgique et la création d'une république flamande . Ces deux partis que tout oppose sont cependant, de l'avis de tous les observateurs, condamnés à s'entendre pour former un gouvernement. En effet, les partis flamands, tétanisés par l'ampleur de la victoire des nationalistes, et en particulier le CD&V, exigent la présence de la au gouvernement. De même, la configuration politique en Wallonie, très marquée à gauche, rend extrêmement complexe la formation d'un gouvernement sans les socialistes.

Déroulement de la formation Chronologie de la formation Durant presque deux mois, les négociations sont acharnées. Elio Di Rupo dépose une proposition de réforme institutionnelle reprenant de nombreux transferts de compétence. Cette proposition est acceptée comme base de travail par l'ensemble des partis autour de la table des négociations, à l'exception de la N-VA et du CD&V. À la suite de ces deux refus, Elio Di Rupo remet sa démission au roi le .

Depuis le week-end du samedi , les partis francophones n'hésitent plus à parler d'une fin possible pour le pays, tant les négociations pour la formation d'un nouveau gouvernement sont bloquéesL'épouvantail de la fin du pays, sur rtbf.be.Le scénario d'une Belgique coupée en deux gagne du terrain, sur france-info.com.. Pendant ce temps, le gouvernement démissionnaire d'Yves Leterme continue de gérer les affaires courantes.

Le , cette crise devient la plus longue de l'histoire politique belge avec sans gouvernementLa crise politique la plus longue, Francis Van de Woestyne, La Libre Belgique, quotidienne, , 23 décembre 2010.2011 en fanfare !, Philippe Walkowiak, site RTBF.be, 23 décembre 2010.Après les élections de 1987, le Gouvernement avait été formé au bout de de négociations. Et en 2007, le gouvernement prête serment au bout de (élections le 10 juin 2007, prestation de serment le 21 décembre 2007) (La Belgique n'a jamais vécu aussi longtemps sans gouvernement, Pierre Bouillon, Le Soir en Ligne, 24 décembre 2010] ; L'équipe Verhofstadt-Reynders, V.d.W. et M. Bu., site La Libre Belgique, 20 décembre 2007..

Le , alors que les négociations en vue de la formation d'un nouveau gouvernement n'aboutissent pas, le roi demande à Yves Leterme, toujours Premier ministre du gouvernement d'affaires courantes, d'établir un budget pour 2011. Bien que la marge de manœuvre de ce gouvernement soit, en théorie, réduite depuis les élections de , le roi l'encourage à prendre plus de mesures dans les domaines économiques, sociaux, financiers et structurelsReynders reçoit carte blanche M. Co., V.d.W. et M. Bu., site La Libre Belgique, 3 février 2011..

Le , la Belgique bat le record du monde de la crise politique la plus longue. Dépassant l'Irak, la Belgique atteint à cette date les de blocage politiqueRecord du monde pour la crise belge, Béatrice Delvaux, David Coppi, site Le Soir, 17 février 2011.. Les séparant la démission du gouvernement Leterme II de la formation du gouvernement Di Rupo constituent la plus longue crise politique de l'histoire contemporaine européenne. Cela dépasse le précédent record de 290 jours sans gouvernement, détenu alors par l'Irak et battu le Belgique: 541 jours de crise et enfin un gouvernement, Paris Match, 6 décembre 2011541 jours en 19 dates clés, La Libre Belgique, 6 décembre 2011. Le , ce nombre de jours est dépassé en Irlande du Nord, alors sans gouvernement depuis L’Irlande du Nord en panne de gouvernement depuis 541 jours, La Croix, 25 août 2018.