La Rébellion Ili () (Üch Wiläyt inqilawi) est une révolte qui éclate dans la province chinoise du Xinjiang en 1944. Elle voit une coalition de peuples non chinois, soutenus par les Soviétiques, se soulever contre le gouvernement du Kuomintang de la République de Chine. Après la rébellion, les rebelles établissent le gouvernement provisoire de la Seconde République du Turkestan oriental en 1944. La rébellion d'Ili marque le début de la Révolution des trois districts () qui dure de 1944 à 1949.
Situation avant la révolte Après l'invasion soviétique du Xinjiang qui a lieu en 1934, l'URSS soutient Sheng Shicai, le dirigeant de la province. Dans les faits, Shicai est un simple homme de paille aux ordres des Russes, qui renforcent ensuite leur emprise sur la région en écrasant la rébellion islamique qui éclate au Xinjiang en 1937. Dès lors, des troupes de l'Armée rouge soviétique sont stationnées dans les oasis du Xinjiang, comme le "huitième régiment" soviétique présent à Hami, et on trouve des techniciens et des ingénieurs soviétiques dans toute la province. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement du Kuomintang (MT) de la République de Chine cherche à éliminer la présence soviétique au Xinjiang et reprendre le contrôle de la province. Pour parvenir à ses fins, le Kuomintang collabore avec le général Ma Bufang, un membre de la Clique des Ma, une famille de seigneurs de guerre Hui, qui contrôle le Qinghai. En agissant ainsi, le gouvernement cherche à renforcer sa présence militaire autour du Xinjiang et mettre la pression sur Sheng Shicai et ses alliés soviétiques.
En 1942, Sheng Shicai change d'allégeance et se range du côté du Kuomintang, après les importantes défaites soviétiques face aux Allemands au début de la Seconde Guerre mondiale. Toutes les troupes militaires et les techniciens de l'Armée rouge soviétique résidant dans la province sont expulsésLin 2007, . et les unités et soldats de l'Armée nationale révolutionnaire chinoise, appartenant à Ma Bufang, s'installent au Xinjiang pour prendre la province en main. Ma Bufang aide le Kuomintang à construire des routes reliant le Qinghai et le Xinjiang, ce qui leur permet de mettre le Xinjiang sous leur influenceLin 2002.. En 1944, les Soviétiques profitent du mécontentement des peuples turcs de la région d'Ili, située dans le nord du Xinjiang, pour soutenir une rébellion contre le régime du Kuomintang dans la province afin de réaffirmer l'influence soviétique dans cette région.
Combats
Révolte de Kulja De nombreux peuples turcs de la région d'Ili du Xinjiang avaient des liens culturels, politiques et économiques étroits avec la Russie, qu'ils ont conservés lorsque cette dernière est devenue l'Union soviétique. Beaucoup d'entre eux ont fait leurs études en Union soviétique et une communauté de colons russes a vécu un certain temps dans la région. En conséquence, de nombreux rebelles turcs anti-chinois fuient vers l'Union soviétique et obtiennent l'aide des Russes pour créer en 1943 le Comité populaire de libération du peuple turc du Sinkiang (STPNLC). Le but de ce comité est de déclencher une révolte dans la région d'Ili contre le régime chinois du Kuomintang. Ehmetjan Qasim, un Ouïghour pro-soviétique qui va devenir le chef de la révolte, a reçu une éducation soviétique et est décrit par ses contemporains comme étant "l'homme de Staline" et un "progressiste à l'esprit communiste".
Face à eux, on trouve Liu Bin-Di, un Chinois Hui officier du Kuomintang, envoyé par les autorités d'Ürümqi pour soumettre la zone de Hi et écraser les Turcs. Sa mission est un échec, car ses troupes arrivent trop tard dans la région. En effet, le temps qu'il arrive dans la région d'Illi, plusieurs unités de cavalerie turques armées par les Soviétiques ont eu le temps de traverser la Chine en direction de Kuldja pour y retrouver les troupes du STPNLC.
Les rebelles attaquent Kulja le et prennent rapidement le contrôle de certains quartiers de la ville, massacrant les troupes du KMT et tuant Liu Bin-Di durant les combats. Cependant, les rebelles se heurtent à une résistance féroce de la part des forces du KMT réfugiées dans les postes de police centrale et la centrale électrique, qui ne sont pris que le 13. La création de la "République du Turkestan oriental" (RTO) est déclarée le 15. Par la suite, l'armée soviétique aide les Ouïghours à s'emparer de plusieurs villes et bases aériennes. Les Russes non communistes, comme les Russes blancs et les colons russes qui vivent dans le Xinjiang depuis le , aident également l'Armée rouge soviétique et les rebelles de l'Armée Ili dans leur lutte contre les Chinois et subissent de lourdes pertes. De nombreux dirigeants de la République du Turkestan oriental sont des agents soviétiques ou affiliés à l'Union soviétique, comme Abdulkerim Abbas, Ishaq Beg, Saifuddin Azizi et les Russes blancs F. Leskin, A. Polinov et Glimkin. Lorsque les rebelles ont eu des difficultés en tentant de s'emparer de l'aérodrome vital d'Airambek défendu par les troupes chinoises, les forces militaires soviétiques interviennent directement pour aider les soldats d'Airambek et réduire la place forte chinoise.
Massacres
Les rebelles procèdent à des massacres de civils chinois, en particulier des personnes affiliées au KMT et fidèles a Sheng Shicai. Dans la "Déclaration de Kulja" du , la République du Turkestan oriental proclame qu'elle "balayera les Chinois Han", menaçant d'extraire une "dette de sang" des Han. La déclaration indique également que la République s’efforcera tout particulièrement d'établir des liens cordiaux avec les Soviétiques. La RTO a par la suite atténué le ton anti-Han de ses proclamations officielles, après avoir massacré la plupart des civils Han présents dans la région sous son contrôle. Les massacres anti-chinois se produisent surtout entre 1944 et 1945, le Kuomintang ayant réagi en torturant, tuant et mutilant les prisonniers de la RTO. Sur le territoire contrôlé par la RTO, comme Kulja, diverses mesures répressives sont prises, telles que la création d'une organisation de police secrète de type soviétique, l'interdiction pour les Chinois Han de posséder des armes et le choix des langues russe et turque, et non chinoise, comme langues officielles de la République. Les diverses ethnies locales ont réagi différemment face à la montée en puissance de la RTO. Alors que les différents peuples Toungouses non musulmans, comme les Xibe, ont joué un rôle important dans l'aide apportée aux rebelles en leur fournissant le produit de leurs récoltes, les Hui musulmans d'Ili ont apporté une aide insignifiante et négligeable aux rebelles ou ne les ont pas aidés du tout.
Formation de l'Armée nationale Ili L'Armée nationale Ili (ANI), est créée le en tant que branche militaire de l'ETR. Elle est dirigée par le Kirghize Ishaq Beg et les Russes blancs Polinov et Leskin; trois pro-soviétiques ayant servi au sein des troupes soviétiques. Les Russes fournissent à l'ANI des munitions et des uniformes de style russe, et les troupes soviétiques aident directement les troupes de l'ANI à combattre les forces chinoises. Les uniformes et les drapeaux de l'ANI portent tous des insignes portant l'acronyme russe "République du Turkestan oriental", soit ВТР en cyrillique (Восточная Туркестанская Республика Республика). Les Soviétiques ont admis leur soutien aux rebelles des décennies plus tard, lors d'une émission radio en langue ouïghoure, diffusée sur Radio Tachkent dans le Xinjiang, le , durant laquelle les intervenants se sont vantés du fait que les Soviétiques avaient entraîné et armé les forces de la République du Turkestan oriental contre la Chine. De fait, des milliers de soldats soviétiques aident les rebelles turcs à combattre l'armée chinoise et, en , des avions soviétiques sont soupçonnés d'attaquer les positions chinoisesPotter 1945, "Red Troops Reported Aiding Sinkiang Rebels Fight China" Wireless to THE NEW YORK TIMES 1945, "Sinkiang Truce Follows Bombings Of Chinese in 'Far West' Revolt; Chungking General Negotiates With Moslem Kazakhs--Red-Star Planes Are Traced to Earlier Soviet Supply in Area" .
L'Armée rouge et l'ANI avancent donc dans le Xinjiang en bénéficiant d'un soutien aérien soviétique et luttent contre des forces chinoises mal préparées. Les rebelles et leurs alliés arrivent presque à atteindre Ürümqi; mais les militaires chinois réussissent à stopper leur avance en envoyant des cavaliers Hui arrêter l'avancée des rebelles turcs. En effet, passé l'effet de surprise, des milliers de soldats Huis du général Ma Bufang et de son neveu, le général Ma Chengxiang, partent du Qinghai pour Ürümqi, au Xinjiang, afin de mater la rébellion. Ces troupes comprennent les et cavaleries Tungan, qui renforcent la Armée du KMT, composée de quatre divisions. On y trouve également la Division de Cavalerie du Xinjiang, qui était auparavant la Armée de Cavalerie du Gansu, commandée personnellement par Ma ChengxiangAmmentorp 2000–2009, "Generals from China Ma Chengxiang". Entre les troupes déjà présentes sur place et les renforts arrivant du Gansu, ce sont de l'armée nationale révolutionnaire qui sont déployés au Xinjinag. L'arrivée de ces renforts ne réjouit guère les soviétiques, qui désirent "liquider" Ma Bufang pour mettre fin à la contre-attaque chinoise1949, "The Sydney Morning Herald " .
Si les Chinois ont pu contrer l'ANI, c'est aussi en partie grâce à la population locale. En effet, si l'ANI réussit au début à repousser les troupes chinoises à travers les plaines et atteindre Kachgar, Kaghlik et Yarkand, les Ouïghours des oasis du bassin du Tarim n'apportent aucun soutien aux rebelles, ce qui permet à l'armée chinoise de les expulser lors de sa contre-attaque. Pour punir ceux qui refusent de les aider, les rebelles massacrent le bétail appartenant aux Kirghizes et aux Tadjiks du Xinjiang, ainsi que leurs récoltes. Grâce à ce soutien local et a l'arrivée de renforts, les Chinois réussissent à repousser les troupes de l'ANI et leurs alliés soviétiques à Sarikol d'-46, en levant le siège de Yarkand. Un cessez-le-feu est déclaré en 1946, la deuxième République du Turkestan oriental contrôlant Ili et les Chinois le reste du Xinjiang, dont Ürümqi.
Les troubles de 1947 Wu Zhongxin, le très impopulaire gouverneur du Xinjinang, est remplacé après le cessez-le-feu par Zhang Zhizhong, qui met en œuvre des politiques pro-minorités pour apaiser la population ouïghoure. Bai Chongxi, ministre chinois de la Défense et musulman, est pressenti pour être nommé gouverneur du Xinjiang en 1947, mais le poste est confié à Masud Sabri, un Ouïghour pro-Kuomintang et anti-soviétique. Sabri est proche des conservateurs de la Clique du Club central du Kuomintang et annule toutes les réformes pro-minorités de Zhang Zhizhong, ce qui déclenche révoltes et émeutes chez les Ouïghours ce aussi bien dans les oasis qu'à Tourfan. Plusieurs chefs Ouïghours s'opposent à cette nomination, comme Achmad (Ehmetjan Qasim), et Ehmetjan Qasim (Achmad-Jan), un chef Ouighour de l'Ili, qui refuse de se rendre à Nankin, capitale de la république chinoise, tant que Sabri n'a pas été renvoyé de son poste de gouverneur. Profitant de ces troubles, les soviétiques accentuent leur propagande anti-chinoise auprès des Ouïghours, en profitant du soutien de Burhan Shahidi.