La fondation Martin Bodmer est une bibliothèque et un musée privés situés sur le territoire de la commune genevoise de Cologny, en Suisse. Elle conserve une grande collection de manuscrits autographes et d'imprimés. Le site de la fondation, donnant sur le Léman, abrite environ .. Le musée, conçu par l'architecte Mario Botta, est inauguré en 2003. Il est rénové entre 2023 et 2026.
La fondation Martin Bodmer, fondée en 1971, est classée au registre Mémoire du monde de l'UNESCO depuis octobre 2015..
Histoire Martin Bodmer, bibliophile suisse, est à l'origine de la collection de la Fondation Martin Bodmer.
La Bodmeriana et la Weltliteratur gauche|vignette|200x200px|Martin Bodmer, dans son bureau du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
Dès 1919, Martin Bodmer avait commencé ses recherches pour former une bibliothèque de la « littérature universelle » (« Weltliteratur »), selon l’expression de Goethe. En 1939, sa collection était alors constituée de quelque volumes. Martin Bodmer cherchait à établir une synthèse de la littérature mondiale. Son livre Eine Bibliothek der Weltliteratur, paru en 1947, en trace les lignes directrices.
En raison de ses responsabilités au sein du CICR, sans compter ses voyages une fois par mois à Zurich au siège de la Neue Zürcher Zeitung, Martin Bodmer laissa quelque peu de côté sa collection, dont s’occupait depuis 1940 Elli Lehmann. Durant cette période, il s’installa définitivement à Cologny, où il avait acquis et réuni en un seul domaine, autour de la campagne Gautier (le « Grand Cologny ») plusieurs parcelles attenantes, d’une superficie totale de plus de 50 hectares. L’une d’elles, la villa Haccius, fut transformée en deux pavillons destinés à recevoir sa bibliothèque de Zurich. Le transfert de la bibliothèque eut lieu en 1949.
La Bibliotheca Bodmeriana est inaugurée le 6 octobre 1951, à Cologny. Elle accueille principalement les chercheurs venant travailler sur la collection. Odile Bongard est engagée afin de seconder Martin Bodmer dans son travail. Elle se voit confier l’ensemble de la collection ainsi que le remaniement de la Bibliotheca (les livres sont alors classés par ordre alphabétique).
L’idée de Martin Bodmer est de rassembler les textes les plus importants, dans la forme la plus proche possible du moment de leur genèse, de l’original. .
La démarche de Martin Bodmer n’est pas celle d’un collectionneur compulsif. Il rassemble les pièces afin d’ériger un « édifice spirituel » pour tenter de restituer le « cheminement de l’homme vers lui-même ».
Selon Martin Bodmer, c’est la notion de Weltliteratur qui distingue sa collection de toutes les autres. Il n’a de cesse de méditer sur la notion et de renouveler la signification de ce concept. Il emprunte le terme de Weltliteratur à Goethe, qui l’a employé dans une lettre destinée à Johann Peter Eckermann du 31 janvier 1827, publiée en 1836 par ce dernier.
Martin Bodmer se représente sa collection comme un ensemble construit autour de cinq noyaux que sont Homère, la Bible, Dante, Shakespeare, Goethe. Il développe une philosophie qui lui est propre quant à la littérature universelle et nourrit sa conception à travers ses convictions religieuses, ses lectures et l'observation continue de son époque. L'évolution de sa perception est également liée au contexte littéraire, puisque les années 1950 sont marquées par la découverte de précieux papyri égyptiens accompagnée d'un intérêt renouvelé pour la littérature asiatique.
Avant la Seconde Guerre mondiale, Martin Bodmer conçoit la littérature universelle d'une manière spirituelle et métaphysique. Il estime en effet que l'Histoire de l'Esprit et de l'Humanité est orientée vers le progrès et par une force transcendanteMartin Bodmer.. Il s'agit là d'un héritage des philosophes idéalistes allemands, dont Hegel en premier lieu. À la suite de l'expérience de la guerre totale, sa perception se modifie : l'histoire de l'humanité se transforme constamment et la littérature universelle doit ainsi être considérée comme la trace de l'esprit de l'Humanité et de ses transformations au fil du temps.
Bien qu'importants., les cinq piliers ne constituent qu’une étape dans sa réflexion. À partir de la Seconde Guerre mondiale et face à l’ampleur des pertes humaines et des dégradations matérielles, il entre dans une logique humaniste : la volonté de préserver le patrimoine de l’humanité ; une conception qu'il garde jusqu'à la fin de sa vie, où la question religieuse reviendra au cœur de sa réflexion.. En effet, Martin Bodmer a tenté de concrétiser le parcours intellectuel de l'Humanité à travers le "Chorus Mysticus" commençant avec Homère, puis Moïse, Zarathoustra, Mahâvîra, Bouddha, Lao Tseu et Jésus ..
En 1971, soit trois semaines avant sa mort, Martin Bodmer lègue sa collection de manuscrits, papyri et autres livres anciens, à une fondation de droit privé. La Fondation Martin Bodmer a été successivement dirigée par le docteur Hans E. Braun (1971-1996), le professeur Martin Bircher (1996-2003), le professeur Charles Méla (2004-2013), le professeur Jacques Berchtold (depuis 2014).
Collections Martin Bodmer avait réuni pendant un demi-siècle environ , manuscrits et objets d’intérêt archéologique.
Le noyau est constitué d’à peu près 200 manuscrits occidentaux et d’une centaine de manuscrits orientaux, d’environ 2000 autographes et 270 incunables (dont un dixième sont des Rara et des Unica). À cela s’ajoutent les imprimés, plusieurs milliers d’éditions originales, datant du principalement.
Collections dédiées à l’écrit
Papyri vignette|220x220px|Le Livre des Morts d’Ousirour. Papyrus, Thèbes, Egypte. – . Restauré et conservé à la Fondation Martin Bodmer. Les Papyri Bodmer sont un ensemble de vingt-deux papyri découverts en Égypte en 1952, à Pabau, près de Dishna, l’ancien quartier général de l’ordre monastique fondé par Pacôme. Le site est situé non loin de Nag Hammadi.
Les Papyri contiennent des morceaux de l’Ancien et du Nouveau Testament, de la littérature chrétienne ancienne, des textes d’Homère et de Ménandre. Le plus ancien est daté du . La plupart des papyri se trouvent à la Bibliotheca Bodmeriana mais trois d’entre eux sont actuellement conservés à la Bibliothèque vaticane. Elle a d’abord reçu le Papyrus Bodmer VIII, puis, en 2007, elle a obtenu les papyri Bodmer XIV et XV.
Incunables vignette|200x200px|left|Homère, Odyssée, Florence, Bernardus et Nerius Nerlius, 9 décembre 1488, édition princeps grecque (Inc. B 126). Les incunables (du latin « incunabulum » : berceau) représentent les impressions réalisées de 1454 à 1500. C’est la période de la naissance de l’imprimerie, et celle-ci doit encore créer son propre langage. La Fondation Martin Bodmer conserve environ 270 incunables. Parmi eux se trouvent des séries d’incunables dédiées à la Comédie de Dante (Venise était un des tout premiers foyers de diffusion de l’imprimerie précoce).
La Fondation possède également plusieurs versions de la Bible, qui fut pendant plus d’une dizaine d’années l’unique livre imprimé, et notamment un exemplaire de la Bible de Gutenberg.
Les réserves de la Fondation abritent également d'autres documents comme l'Apocalypse de Saint-Jean traduit et illustré par Albrecht Dürer., Lancelot du Lac, en trois volumes., Les Œuvres d'Alain Chartier, la Tragoedicae quattuor d'Euripide, les textes d'Homère. et les Orationes d'Isocrate - tous deux édités par Demetrius Chalcondylas-, les œuvres d'Aristote en cinq tomes édités par l'imprimeur Alde Manuce de 1495 à 1498, ou encore les récits d'Alexandre le Grand., Charlemagne., et les chefs-d’œuvre de Pétrarque..
Manuscrits précieux vignette|Extrait du poème « Oh ! n'insultez jamais une femme qui tombe !... », paru dans Les chants du crépuscule ; Paris, 1841. La collection détient quelque 300 manuscrits et près de 2000 autographes.. Le Moyen Âge s’illustre par exemple avec les récits de Thèbes, Troie, d’Alexandre et de la Table Ronde ou encore la chanson des Niebelungen, représentant les grands cycles narratifs français et germanique du Moyen Âge. Un important recueil allemand, le Codex Kalocsa, contient des branches du Roman de Renart et de nombreux textes du Stricker. Avec le Roman de la Rose s’ouvre la voie de la littérature allégorique, jusqu’à Christine de Pisan, René d’Anjou et au mystérieux Songe de Poliphile.
Dante est l'un des cinq piliers initiauxMartin Bodmer de la collection. L'humanisme est également représenté à travers les œuvres de Pétrarque, Ronsard ou Érasme.
Le monde musulman a également sa place dans la collection. La Révélation coranique est attestée à travers un ensemble de Corans arabes et persans, en écriture coufique ou en naskhi, auxquels s'ajoutaient le rouleau qui appartenait à Soliman le Magnifique et les Sentences d'Ali.. La poésie persane est également représentée, dans des manuscrits calligraphiés sur papier oriental en provenance de Chiraz : Attar, Roumi, Hafez, Nizami, Dimna de Bidpai. Les traditions bouddhistes, chinoises et japonaises sont par ailleurs présentes. vignette|200px|"Paradise Lost", de John Milton, édition originale londonienne de 1667.
Éditions originales Des milliers de premières éditions (dites princeps pour les œuvres de l'Antiquité) sont répertoriées à la Fondation..
En voici quelques exemples : l'Astromicum Caesarum, de Petrus Apianus., de 1540 (et dédié à Charles Quint) ; les œuvres de Charles Baudelaire dont les Fleurs du Mal de 1857. ; En attendant Godot de Samuel Beckett aux Éditions de Minuit, 1952 , L'Essai sur les données immédiates de la conscience (thèse de doctorat de 1889) et Matière et mémoire, de Henri Bergson, avec envoi de l'auteur ; Albert Camus, Louis-Ferdinand Céline, Blaise Cendrars ; le Don Quichotte de la Mancha, en deux volumes de 1605 et 1615 ; Diogène Laërce et son Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres édité à Bâle par Johann Froben en 1533 ; la première édition collective des œuvres de Fédor Dostoievski, imprimée en quatorze volumes à Saint-Pétesbourg en 1882-1883 ; L'Édit de Nantes (1599), Le Code Noir (1765) et Le Code Napoléon (1812) ; les éditions originales de Kant, Hegel ou Nietzsche.
Autres objets de la collection gauche|vignette|320x320px|Amphore à figures noires du « Peintre d’Edimbourg » (Grèce, fin du , 29 cm de haut). L’ensemble des pièces réunies par Martin Bodmer contient aussi des objets d’art. L’inventaire (incomplet) en dénombre 117, illustrant la préhistoire, l’Égypte antique, le Moyen-Orient antique, la Grèce antique et hellénistique, Rome, l’Europe médiévale et moderne, les Arts premiers des Amériques, d’Afrique et d’Océanie, l’Extrême-Orient. Il s’y ajoute une grande collection de monnaies, 148 pièces allant de la Grèce antique et de l’Empire romain jusqu’au Moyen Âge, une collection de dessins, une collection de fossiles, une collection de pierres et même une collection de papillons, donnée par la suite au Musée d’histoire naturelle de Genève..
Plusieurs raisons peuvent en être données. D’abord l’écrit, qui témoigne de la civilisation humaine, a été transmis par différents supports : sceaux cylindriques, statues, stèles, ostraca de l’Égypte par exemple sont porteurs d’inscriptions hiéroglyphiques. Il en va de même des différentes monnaies anciennes.
Ensuite Martin Bodmer a voulu rassembler des témoignages des civilisations sans écriture, en contrepoint des civilisations historiques de l’écriture : Mexique, Pérou, Afrique, Océanie. De plus ces objets illustrent les moments des grandes découvertes, d’Alexandre à Magellan.