SDHI est un sigle qui désigne les inhibiteurs de la succinate déshydrogénase. (), des fongicides, une sous-classe de pesticides, utilisés dans l'agriculture. Les SDHI bloquent la respiration des cellules possédant des mitochondries, incluant les champignons affectant les cultures (céréales, pomme de terre, agrumes, vignes, semences entre autres).
Plusieurs études tendent à démontrer la toxicité des SDHI sur les vers de terre, les pollinisateurs comme les abeilles, les poissons, les grenouilles ou encore l'être humain Qian , Toxic effects of boscalid in adult zebrafish (Danio rerio) on carbohydrate and lipid metabolism, Environmental Pollution, 2019, . S. Wu , Single and mixture toxicity of strobilurin and SDHI fungicides to Xenopus tropicalis embryos, Ecotoxicology and Environmental Safety, . V. Graillot , Evidence of the in vitro genotoxicity of methyl-pyrazol pesticides in human cells, Mutat. Res., 2012, , lire en ligne .. Un collectif de chercheurs a lancé une alerte sur les SDHI en 2018, en demandant un moratoire sur ces produits. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail a saisi un groupe d'experts et a conclu le à l'absence d'alerte sanitaire sur ces fongicides., un avis réitéré le . Les chercheurs maintiennent toutefois leur alerte, estimant que le risque est bien réel et .
Commercialisés depuis 1966 (avec l'ancêtre des SDHI, la carboxine) par les géants de la chimie tels que Bayer, Monsanto, BASF, Syngenta et DuPont, les fongicides SDHI sont, en France, utilisés à grande échelle depuis 2009 sur près de 70 % des surfaces de blé tendre, 80 % des surfaces d’orge, de maïs, colza, la vigne et servent également pour la conservation des fruits et graines« Les fongicides SDHi sur le banc des accusés », sur usinenouvelle.com.. Certains SDHI sont aussi vendus comme nématicides, pour tuer les petits vers blancs (nématodes) qui jaunissent les terrains de golf, de sport, et pelouses. Le premier SDHI autorisé en France pour le traitement des pelouses a été mis sur le marché en 2018..
Selon les documents de l'Anses, douze substances actives SDHI sont approuvées en 2020 en Europe (benzovindiflupyr, bixafen, boscalid, carboxine, fluopyram, flutolanil, fluxapyroxad, isofetamid, isopyrazam, penthiopyrad, penflufen, sedaxane), la plupart ont été approuvées après 2013.. Le marché mondial des SDHI est important pour le secteur agrochimique : il représentait en 2017 plus de deux milliards d'euros et, avec une croissance annuelle de 20 %, pourrait atteindre les en 2024..
Après de fortes dénégations sur les possibles effets toxiques des SDHI touchant tous les produits de la famille, l'un d'eux, l'isopyrazam, est interdit en Europe en 2022 en raison de son effet reprotoxique tandis que le carboxine est abandonné.
Controverse Alerte de chercheurs Le , une tribune de chercheurs CNRS, INRA, INSERM est publiée dans Libération. appelant à une suspension de leur utilisation. Ces scientifiques, spécialistes réputés des maladies mitochondriales, toxicologues, cancérologues, pédiatres, sont très inquiets des conséquences possibles de ces pesticides sur la santé des êtres humains et sur l'environnement..
Ils ont constaté en laboratoire que les molécules SDHI tuent les cellules humaines en culture et agissent sur l'enzyme SDH en l'inhibant aussi bien sur le ver de terre, l'abeille, Botrytis cinerea (une cible présumée) et l'Homme, avec des différences faibles, du même ordre de grandeur.. L'enzyme SDH est universelle et assure la respiration des cellules de quasiment toutes les espèces vivantes, « les plantes, les animaux, jusqu’aux hommes », les plantes possèdent en plus la photosynthèse et une chaine respiratoire avec des déshydrogénases en plus. Les SDHI peuvent donc agir sur bien d'autres cellules que celles des champignons. Une respiration défectueuse des cellules provoque de graves maladies chez l'Homme. (tumeurs, maladies neurologiques…).
En , l’ POLLINIS relaie l’alerte des scientifiques en lançant une campagne d’information citoyenne sur les risques posés par les SDHI, et une pétition demandant le retrait immédiat de ces fongicides en application du principe de précaution. La pétition rassemble plus de en .. L'association diffuse également une vidéo-interview des lanceurs d’alerte Pierre Rustin, directeur de recherche au CNRS-Inserm, et Paule Bénit, ingénieure de recherche à l’Inserm..
Le , plusieurs associations militantes menacent l'Anses de saisir le tribunal administratif de Lyon si l'autorisation de mise sur le marché de certains fongicides SDHI n'est pas abrogée..
Le , Pierre Rustin et Paule Bénit sont auditionnés devant l'OPECST afin de défendre leur alerte et réaffirmer leurs arguments auprès des sénateurs..
Avis de l'ANSES L'ANSES rend un avis rassurant en , elle conclut que . Cet avis est critiqué...
Le , l' POLLINIS et les chercheurs Pierre Rustin, et Paule Bénit adressent une pétition au Parlement européen., demandant une réévaluation d’urgence des SDHI et l'application du principe de précaution. Le Bureau des pétitions valide la conformité de cette requête..
Le , l’ANSES publie un nouveau communiqué. dans lequel elle affirme qu’.
Gérard Lasfargues, interviewé par le magazine Le Point, déclare : .
SDHI et organismes dans l'environnement Selon l'ANSES, il n’existe pas non plus . Pourtant certains SDHI sont homologués par l'ANSES et commercialisés pour tuer les vers nématodes., comme le Velum de Bayer, qui contient du fluopyram - ce qui confirme que ces molécules ne sont pas spécifiques aux champignons.
Plusieurs études concluent également à une toxicité de molécules SDHI sur des organismes non cibles. Le boscalid, un SDHI, inhibe la croissance et provoque des dommages aux reins et au foie du poisson-zèbre à des doses retrouvées dans l'environnement.. Le boscalid est aussi toxique pour les abeilles, qui sont exposées sur la durée à cette molécule très persistante.. L'isopyrazam et le bixafen, autres molécules SDHI, entrainent des effets létaux et des malformations sur des embryons d'amphibiens.. Le bixafen provoque des dommages de l'ADN dans les cellules humaines..
Livre-enquête sur les SDHI Un livre de Fabrice Nicolino, Le crime est presque parfait., sorti le , enquête sur les dangers des pesticides et, plus spécifiquement, les SDHI.. Fabrice Nicolino en appelle à la dissolution de l'ANSES. en , vu les liens décrits avec les lobbys industriels. L'ANSES répond par son directeur général délégué du pôle sciences, Gérard Lasfargues en maintenant que les éléments connus sur les SDHI sont insuffisants pour demander leur retrait du marché et rappelle que .
Selon Pierre Rustin du , l'un des lanceurs d'alerte, le groupe d'experts mandaté par l’Anses ..
Une étude indépendante confirme la non spécificité des SDHI Le , une étude indépendante sur la toxicité des fongicides SDHI pour les abeilles, les vers de terre et les cellules humaines est publiée dans la revue PLOS ONE.. L’étude met en évidence que . Selon le site du , cette étude montre également que . Selon le professeur Pierre Rustin, ; il ajoute que .
La Commission nationale cnDAspe confirme une alerte Une saisine de la Commission nationale de la déontologie et des alertes en matière de santé publique et d'environnement (cnDAspe) amène une audition de responsables de l'ANSES., en 2019. Le , la cnDAspe, commission indépendante, a estimé que . La cnDAspe a informé les ministres chargés de l'environnement, de la santé, de la recherche, de l'agriculture, des sports que le signalement reçu sur les dangers des SDHI est constitutif d'une alerte. ».
Nouvel avis de l'ANSES en 2020 En , l'avis de l'ANSES continue de nourrir une controverse..
Interrogée lors d'une audition au sénat, l'Anses répond qu'elle s'est saisie de ces sujets et .
Roger Genet, directeur général de l'Anses, est également auditionné par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) le . Pour lui, le danger des SDHI est maîtrisé par un usage et un dosage précis et encadrés de ces derniers.
le , le directeur de l', Roger Genet, a indiqué à Agra Presse que son agence d'évaluation de la toxicité mitochondriale pour les autorisations de mise sur le marché (AMM).
Quelques échos négatifs sur l'alerte des militants… Une personnalité politique, le député LREM et chimiste de la pollution de l'air Jean-Luc Fugit déclare ne pas mettre en cause la sincérité des alertes déposées par les associations Nous voulons des coquelicots, Générations futures et FNE, mais souhaiterait .. Le , le journal Le Point publie un article intitulé « Pesticides SDHI : vrai scandale ou fausse alerte ? », qui veut nuancer les inquiétudes des militants et rappeler le rôle de l'Anses en tant qu'agence indépendante..
…et un appel à la prudence de la part de scientifiques À la même période, 450 scientifiques appellent dans une tribune publiée sur Le Monde à appliquer le principe de précaution au plus vite. Ils demandent .
Expertise collective de l'Inserm en 2021 Une expertise collective de l'Inserm portant sur les effets sur la santé des pesticides consacre une partie aux SDHI.. Pour cette expertise collective, les craintes d'effets nocifs sur la biodiversité en général, dont les humains, repose sur la conservation de la structure de la SDH entre les espèces. Aussi, l'expertise affirme que les données actuelles ne sont pas suffisantes pour conclure à l'innocuité des SDHI.
D'autre part, l'expertise souligne que des cancers ont été constatés chez des rongeurs dans les études réglementaires conduites par les industriels. Néanmoins, les agences sanitaires n'ont pas considéré ce point problématique car elles partent du principe que le mode d'action conduisant à la cancérogénicité est spécifique aux rongeurs et n'existe pas chez l'humain. Or, cette hypothèse fait encore débat. Lors de la rédaction de l'expertise, il n'existait pratiquement pas de données épidémiologiques étudiant des liens éventuels entre exposition aux SDHI et la survenue de pathologies. La seule étude existante, partant d'une estimation indirecte de l'exposition aux SDHI, n'identifie pas de lien concluant.
L'expertise rappelle également que les agences sanitaires évaluent les substances actives (les SDHI) et non les formulations complètes. Or, certains composés associés aux SDHI pourraient avoir un effet aggravant l'effet des SDHI. L'expertise insiste sur la nécessité de tester les formulations complètes.
Interdiction de commercialisation en Europe pour l'isopyrazam En , le site Reporterre indique que l'autorisation pour l'Europe de deux des douze SDHI (carboxine et isopyrazam) n'est pas renouvelée, pour son caractère reprotoxique en ce qui concerne l'isopyrazam.. Par application de cette décision, qui a par ailleurs fixé la date limite d'utilisation au , l'Allemagne aligne son droit en fixant les dates limites de vente et d'utilisation à la même date. La mesure concerne des fongicides vendus pour les grains (Bontima, Gigant, Seguris Era), pour le colza (Aziza, Symétra) et pour les fruits et légumes (Embrelia, Reflect, Sunjet Flora)..
Notes et références
Liens externes Articles scientifiques disponibles sur le site des lanceurs d'alerte
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