Gérard Chaliand, né le à EtterbeekCatherine Simon, « Arpenteur des guerres », Le Monde, 4 septembre 2009, . et mort le à ParisRelevé des fichiers de l'Insee, est un géostratège et homme de lettres français.
Il est spécialiste des relations internationales et stratégiques, des conflits armés et surtout des conflits irréguliers (guérilla, terrorisme). Ses analyses des insurrections en Asie, en Afrique, en Amérique latine et au Moyen-Orient, principalement fondées sur son expérience de terrain auprès des forces insurgées, sont publiées dans plus de vingt ouvrages et de nombreux articles de presse.
Gérard Chaliand passe plus de cinq ans comme professeur invité aux États-Unis, à Harvard, UCLA et UC Berkeley. Il travaille de manière autonome tout au long de sa carrière, sans se soucier des perspectives des gouvernements nationaux ni des instituts de recherche. De ce fait, son travail offre un point de vue indépendant sur nombre de conflits majeurs qui marquent les . Il est également poète.
Biographie Jeunesse et études Gérard Chaliand quitte sa famille à l'âge de 18 ans pour partir explorer l'Algérie. Il échoue au baccalauréat dans un premier temps, mais est admis à l'Institut national des langues et civilisations orientales.. Il y étudie les langues et civilisations asiatiques..
Il soutient en 1975 une thèse de doctorat de en sociologie politique sur les Révolutions dans le Tiers-monde : mythes et perspectives à l'université Paris-Descartes (Paris-V) sous la direction de Maxime Rodinson..
Il se marie avec Juliette Minces, rencontrée à l'INALCO, avec qui il a un fils.
Premières activités Gérard Chaliand prend position dès 1954, après un voyage en Algérie en , en faveur de l’indépendance du pays. Il part très jeune faire le tour du monde, et visite tous les continents.
Il s'engage auprès des guérillas de décolonisation en tant qu'observateur participant ; durant plus de vingt ans, il côtoie les combattants d’une quinzaine de maquis sur quatre continents (Afrique, Asie, Amérique latine, Europe de l'Est et Caucase), et notamment en Guinée-Bissau portugaise — aux côtés d'Amílcar Cabral (1964, 1966) avec lequel il noue de véritables liens d'amitié —, dans le delta du fleuve Rouge au Nord-Viêt Nam (1967), dans les provinces de Tolima et Huila en Colombie (1968), avec le Fatah, le FPLP et le FDPLP en Jordanie et au Liban (1969-1970), avec le FPLE en Érythrée (1977), au Kurdistan iranien (1980), et trois fois en Afghanistan (entre 1980 et 1982)Terrorismes et guérillas, . ; jusqu'en 2000, il va aussi au Haut-Karabagh, au Sri Lanka, et en Irak. Au total, ses recherches l’ont mené dans une soixantaine de paysFiche sur Gérard Chaliand] (y compris des interviews) sur le site de l'Association culturelle arménienne de Marne-la-Vallée (ACAM)..
Analyste Dans les années 1970, Gérard Chaliand publie des livres qui connaissent un succès académique certain. Après la sortie de Stratégies de la guérilla (1979), il est invité à donner des cours à l'École nationale d'administration. Il y enseigne de 1980 jusqu'en 1987, puis à l’École de guerre de 1990 à 1995.
À la suite d'Yves Lacoste, en 1983 Gérard Chaliand relance la géopolitique en France avec la publication du premier Atlas stratégique en collaboration avec Jean-Pierre Rageau. Selon Hubert Védrine, cet ouvrage qui propose une représentation non européo-centrée de la planète « a révolutionné la géographie politique »Hubert Védrine, « Préface », in Gérard Chaliand, Le Grand Tournant géopolitique, Les Belles Lettres, Paris, 2025, p. 11.. La même année, Gérard Chaliand lance l'initiative d'un tribunal permanent des peuples sur le génocide arménien, qui se déroule à la Sorbonne en 1984Interview de G. Chaliand sur le site de l'ACAM..
En 1990, étudiant la conquête espagnole de l'Amérique, il rejette la théorie du génocide amérindien et critique Tzvetan Todorov, considérant son analyse comme anachronique. Chaliand estime en effet que , que les conquistadors espagnols du , , , et que la conquête Gérard Chaliand, Miroirs d'un désastre. Chronique de la conquête de l'Amérique, éd. 2004, ..
Son expérience de la guerre, des mouvements de libération, de la guérilla et du terrorisme, réitérée tout au long de sa vie, lui permet de dégager des théories et systèmes proposant des clés d'analyse du fonctionnement des conflits irréguliers. Ses ouvrages de stratégie ou d'analyse, souvent rédigés en collaboration avec d'autres spécialistes, permettent de cerner la nature particulière de la guérilla, ses caractéristiques principales et les modes d'action partagés par tous les groupes se réclamant de cette méthode de combat.
Dans son Histoire du terrorisme, Gérard Chaliand propose notamment une définition du terme considérant que « l’usage de la terreur sert à terroriser » () et distingue le terrorisme « d'en bas », pratiqué par les opposants, de celui « d'en haut », pratiqué par les États (). Il a inventé la notion de « terrorisme publicitaire », dont l'objectif n'est pas tant de provoquer des dommages physiques ou matériels importants chez les adversaires que de placer sur le devant de la scène la cause au nom de laquelle il est mené, afin de rallier les opinions publiques. Par exemple, l’Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie (Asala), qui s'est effondrée lorsqu'elle a abandonné sa stratégie initiale pour des attentats meurtriers et non ciblés. Cette forme s'oppose aux groupes qui voient le terrorisme comme une méthode de combat visant à détruire l'adversaire ou à provoquer la panique dans les populations concernées.
Depuis 1980, il a régulièrement suivi, sur le terrain, les conflits en Afghanistan., ..
Auteur Gérard Chaliand a également publié des œuvres poétiques (La Marche têtue, Feu nomade en 1970), théâtrales ou de littérature enfantine : certaines sont de sa plume, d'autres sont des traductions ou des anthologies. Il participe régulièrement aux expéditions du navire « La Boudeuse », avec Patrice Franceschi.
En 2003, il publie un recueil de textes personnels écrits entre 1978 et 2002 (Mémoire de ma mémoire), histoire familiale et collective, sur le poids que représente . Son père est en effet un rescapé du génocide arménien.
Un film, portrait de Gérard Chaliand à travers la lecture de ses textes les plus personnels, a été réalisé par Alice Ekman en 2023. Intitulé Mémoire Vive, il est disponible en accès libre sur Internet.
Distinctions Prix Castex 1991Voir sur bg.ambafrance.org. Prix du meilleur livre de géopolitique 2014Voir sur festivalgeopolitique.com. Prix du maréchal-Foch 2017 de l’Académie française pour Pourquoi perd-on la guerre ?.
Publications Études
Œuvres littéraires
Éditions
Notes et références
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