Raoul du Bisson, né le à Caen et mort le à Paris, est un aventurier français.

Conspirateur légitimiste sous la monarchie de Juillet, la Deuxième République et le Second Empire, puis officier de l'armée du royaume des Deux-Siciles lors de l'expédition des Mille et du siège de Gaète, il mène deux expéditions en Afrique entre 1863 et 1865. Malgré son passé royaliste, il est l'un des généraux de la Commune de Paris en .

Biographie

Origines familiales

Né à Caen le , Raoul-Charles-Adjutor du Bisson (patronyme orthographié « Dubisson » dans son acte de naissance)Archives départementales du Calvados, état civil de Caen, registre des naissances de 1812, acte (vue 20 sur 468). est le troisièmeGustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du siècle, t. IV (Ber-Blo), Évreux, 1905, .Albert Révérend, Les Familles titrées et anoblies au siècle : titres, anoblissements et pairies de la Restauration, 1814-1830, t. II, Paris, Champion, 1902, . fils de Marie-Marguerite-Armande de Malherbe et de Jean-Étienne-Frédéric du Bisson (1781-1851)Archives départementales du Calvados, état civil de Caen, registre des décès de 1851, acte (vue 157 sur 317)..

Issue de la haute bourgeoisie normande, la famille du Bisson accède à la noblesse en deux étapes : en 1768, quand le grand-père de Raoul est pourvu de la charge anoblissante de président-trésorier de France au bureau des finances de la généralité de Caen, puis en 1816, quand Frédéric, le père de Raoul, est anobli avec le titre d'écuyer par lettre patente de Louis XVIII après avoir été adjoint au maire de CaenNumérisation de la lettre de noblesse de Frédéric du Bisson (Archives nationales, Titres et armoiries (1808-1961), partie, 2/3, BB/29/978, ).. Frédéric est d'ailleurs le cousin de Marie-Élisabeth-Félicité du Bisson, épouse du maire de Caen Jacques-Guy Lentaigne de Logivière.

La lettre patente de 1816 blasonne ainsi les armoiries que Frédéric du Bisson et ses descendants sont autorisés à porter : De gueules, au mouton sautant d'argent; au chef d'or, chargé de trois molettes d'éperon de gueules, posées de fasce.

L'un des frères aînés de Raoul, Théodore du Bisson, magistrat, est en poste au tribunal civil de Caen.

À la fin de sa vie, Frédéric du Bisson est le maire de Boulon, une petite commune du canton de Bretteville-sur-Laize et de l'arrondissement de Falaise, où il possède un château et des terresArcisse de Caumont, Statistique monumentale du Calvados, t. II, Paris/Caen, 1850, ..

Premières aventures et engagement légitimiste

Vers la fin des années 1830, Raoul du Bisson se rend en Espagne, pays alors en proie à la Première Guerre carliste. Engagé dans l'armée de Cabrera, il passe quelque temps au Portugal après la défaite carlisteReproduction d'une lettre adressé au journal La Province dans Le Français du 25 mai 1871, ..

De retour en France après 1840, il tente de monter une industrie dans sa ville natale mais ne parvient pas à prospérer. Ses relations dans le parti carliste l'amènent alors à rejoindre les milieux légitimistes.

Les autorités suspectant autour de lui une conspiration contre Louis-Philippe, une instruction est ouverte. Cependant, faute de pouvoir prouver l'existence d'une quelconque réunion prohibée, le tribunal de Domfront doit rendre une ordonnance de non-lieu le Journal des débats, 12 août 1853, ..

Conspirations sous la Seconde République et le Second Empire

Après la Révolution de février 1848, Raoul du Bisson continue à conspirer en faveur du prétendant légitimiste, le comte de Chambord. Il habite alors à Passy avec sa femme Angélique, leur fille et son beau-frère, un écrivain public nommé LefèvreJournal des débats, 28 septembre 1850, .. Il prétendra plus tard avoir participé aux Journées de Juin dans les rangs des insurgésLe Cri du peuple, 9 avril 1871, ., mais rien n'atteste cette affirmation.

Il fait publier un Manifeste des patriotes de province, dans lequel il exige notamment la liberté d'enseignement, la réduction de la journée de travail à 10 heures, l'établissement d'un salaire minimum, la suppression des taxes sur les produits de première nécessité, la préférence nationale à l'embauche, l'établissement de crèches gratuites pour les enfants d'ouvriers, ou encore l'abolition de la conscription au profit d'une armée de métierAd. du Bisson (de Caen), Manifeste des patriotes de province, Paris, 1848, 4 p. (consultable en ligne sur Gallica)..

Vers la fin de l'année 1848, il s'exile en Belgique, d'où il continue à correspondre avec de nombreux militants légitimistes, principalement normands, qu'il charge de recruter des hommes en préparation d'une organisation paramilitaire destinée à établir le comte de Chambord sur le trône de France. Les lettres ainsi échangées sont saisies par la police et permettent l'arrestation et l'inculpation d'une trentaine de personnes pour appartenance à une société secrèteLe Moniteur universel, 28 septembre 1850, .. Le , Du Bisson est condamné par contumace à deux ans de prison, 100 francs d'amende et un an d'interdiction des droits civiquesLe Moniteur universel, , ..

vignette|Illustration de Régamey (1880) à propos de la conspiration légitimiste de 1853.

En 1853, une nouvelle série d'inculpations (affaire dite de la « Ligue fédérale ») découle de lettres de Du Bisson saisies par le policier Lagrange chez le papetier légitimiste Le Radical, 29 avril 1893, .. La justice répressive du Second Empire prononce des peines assez lourdes à l'encontre des accusés, dont Jeanne et Pierre-Sainte-Croix Piégard, beau-père de Proudhon. Récidiviste et toujours en fuite, Du Bisson écope de quatre années d'emprisonnement et mille francs d'amende, ainsi que de dix années de surveillance policière et de privation des droits civiquesJournal des débats, 13 août 1853, ..

Présent en tant que témoin, le sénateur Henri de La Rochejaquelein, rallié à l'Empire après avoir été l'un des chefs du parti légitimiste, indique que Du Bisson n'est connu que par ses lettres, où il se montre d'ailleurs méprisant et défiant à l'égard des grandes personnalités aristocratiques du parti, et qu'il semble mentir en prétendant avoir été l'aide de camp du maréchal BourmontJournal des débats, 11 août 1853, .. La position de Du Bisson, marginale par rapport aux cadres du mouvement légitimiste, ressemble ainsi à celle d'un agitateur incontrôlé et imprudent, ou à celle d'un mystificateur exagérant largement sa propre importance, ou encore à celle d'un agent provocateur travaillant pour le pouvoir en place.

Au service de François II

Vers 1859, Du Bisson quitte Bruxelles pour Naples, où il entre au service du roi des Deux-Siciles, François II. Celui-ci le nomme général de division, grade auquel est associé le titre de comte. En 1860, Du Bisson participe ainsi à la défense d'un royaume menacé par l'expédition des Mille, ce qui lui vaut le grand-cordon de l'Ordre royal de François Le Gaulois, , ..

Lors d'un séjour à Nice, dans le royaume de Sardaigne, Du Bisson a rencontré Jean-Baptiste Palmero, un homme d'affaires de retour du Pérou dont la femme, Claire Rancher, est la tante maternelle du docteur Henri Conneau. Veuf, Du Bisson épouse l'une des filles de Palmero, âgée de 19 ans et prénommée Paule-Marie-Thérèse (ou Pauline), le Archives départementales des Alpes-Maritimes, état civil de Nice, paroisse Saint-Jacques, registres des mariages de 1860, acte (vue 92 sur 116).. La sœur aînée de Pauline, Fortunée, a épousé en 1857 le médecin Jacques-Jules-Auguste Euzières de La ValletteArchives départementales des Alpes-Maritimes, état civil de Nice, paroisse Saint-Pierre-d'Arène, registres des mariages de 1857, acte (d'Arène&TYPEACTE=Mariages&DATE=1842 à 1858 vue 265 sur 277).. En 1894, le fils de Jacques, Jules-Henri Euzières de La Vallette, secrétaire de la compagnie des Chargeurs-Réunis, épousera la fille du comte du Bisson, prénommée Marie-Armande FranceL'Écho de Paris, 17 avril 1894, ..

Chargé d'organiser l'armement de Gaète, où le roi des Deux-Siciles a décidé de s'installer et de résister à l'offensive sarde, le comte du Bisson aurait, selon la rumeur, détourné les sommes destinées à l'achat de fusilsDelion, .. Quoi qu'il en soit, le siège de Gaète s'achève par la défaite de François II.

Du Bisson s'installe alors auprès de sa belle-famille, à Nice. Cette ville est certes devenue française le , mais le comte bénéficie du décret d'amnistie du , accordé par Napoléon III à tous les condamnés politiques.

Expéditions au Soudan et en Abyssinie

vignette|Gravures publiées dans L'Illustration du 30 septembre 1865.

En 1863, le comte du Bisson entreprend une expédition de colonisation dans l'Est du Soudan égyptien, aux confins de l'Abyssinie, dans les territoires disputés appartenant aujourd'hui à l'Érythrée, alors peuplés par les Changallas et les Bahrias (ou Baréas, ou Baryas), probablement des sous-groupes du peuple Bedja, comme les Bisharin. Son but est d'y fonder une plantation de coton, qu'il compte relier à un autre terrain, couvert d'ébéniers, qu'il a déjà acheté dans les parages d'un port de la Mer RougeVictor Adolphe Malte-Brun et Raoul du Bisson, « Relation de l'expédition coloniale faite en 1863-1864 par M. le comte R. du Bisson aux frontières de l’Abyssinie », Nouvelles annales des voyages, 1864 (t. IV), .. Il obtient à cette fin une lettre de recommandation du ministre des Affaires étrangères, Drouyn de Lhuys« Une colonie française en Abyssinie », in Gaston Lèbre (dir.), Revue des grands procès contemporains, t. I, Paris, Chevalier-Marescq, 1883, .. À ce projet d'établissement agricole et commercial se greffera également un projet d'exploitation de gisements de houille, dont le comte apprendra l'existence au cours de son voyage.

Partie de Nice le , l'expédition s'embarque le 15 à Marseille en direction d'Alexandrie, où elle débarque dix jours plus tard.

Bien accueilli par le vice-roi d’Égypte Ismaïl Pacha, auquel il ne semble pas avoir clairement exposé ses desseins, Du Bisson quitte Le Caire le 6 ou le Du Bisson, ., accompagné de sa femme, de son beau-père et d'un groupe d'environ 70 personnes, aventuriers et colonsDu Bisson, ., escortés par de nombreux Égyptiens. Ils remontent le Nil jusqu'à Korosko, qu'ils quittent le Du Bisson, . ou le Du Bisson, . afin de couper le méandre du fleuve par la route des caravanes. Arrivés à au soir du , ils y reprennent le fleuve et parviennent à le 11Du Bisson, . puis rembarquent six jours plus tard en compagnie du gouverneur général du Soudan, . Ils arrivent à Khartoum le Du Bisson, ., où ils séjournent jusqu'à la fin de l'année et où plusieurs membres de l'expédition meurent de fièvres paludéennes.

vignette|Le comte du Bisson et les Bahrias (L'Illustration, 30 septembre 1865). vignette|Plan de Kouffit publié dans L'Illustration du 7 octobre 1865.

Le 4 ou le , Du Bisson et ses compagnons rembarquent pour redescendre le Nil jusqu'à Berber, à partir d'où ils comptent longer les rives de l'Atbara jusqu'à Kassala. Le 14, ils rejoignent ainsi Berber, où ils restent plusieurs semaines grâce à l'hospitalité d'un négociant français nommé Lafarge. Ils y déplorent la perte de plusieurs hommes, dont le beau-père du comte, Jean-Baptiste Palmero, mort le 27 après de fortes fièvresDu Bisson, .. Repartis le , ils arrivent le 14 ou le 15 à Kassala, où ils rencontrent le vice-consul Lejean et où ils sont logés dans la maison du copte GhirgisDu Bisson, .. Ils reprennent la route vers l'Est le Du Bisson, .. Passés le lendemain par Sabderat, ils sont le à Daga, en territoire Du Bisson, .. Le , ils atteignent , où, après un bref affrontement armé, ils parviennent à gagner la confiance des Bahrias qui leur vendent, pour talaris (environ francs), un territoire de feddan ou hectares, dont hectares de terres cultivables. Ce lieu-dit, appelé Kouffit (ou Kouffith)Du Bisson, . est situé entre et .