vignette|Grenade défensive F1 à fragmentation modèle 16 française.

Une grenade à main est un petit engin explosif tenu en main et destiné à être lancé, pour ensuite exploser après un court laps de temps.

Le mot « grenade » est à l'origine français et provient du fruit du même nom, en référence à la taille des premières grenades, et parce que les éclats de shrapnel rappelaient aux soldats les nombreuses graines du fruit. Les grenadiers sont à l'origine des soldats spécialisés dans le lancer de grenades.

Toutes les grenades ne sont pas lancées avec la main. Il existe des grenades à fusil pour l'envoi au fusil, et les lance-grenades. Par exemple, le lance-grenades M203 (qui peut être adapté sur plusieurs armes comme le Colt M4) qui peut tirer des grenades explosives, des grenades au gaz CS, au gaz lacrymogène et même des grenades éclairantes.

Historique Chine et Proche-Orient

La première grenade est inventée en Chine sous la Dynastie Song (960-1279), connue sous le nom de Zhen Tian Lei, lorsque les soldats chinois confinaient de la poudre noire dans des récipients en céramique ou en métal. En 1044, un livre militaire, Wujing Zongyao (Principes généraux du Classique de la guerre), décrivait divers types d'armes à feu, où l'on peut découvrir le prototype des grenades à main modernes..

En parallèle, à la même époque, les peuples orientaux durant les Croisades ont développé des modèles de grenades incendiaires et explosives en céramique. Leur utilisation pouvait faire appel à des soldats spécifiques (dénommés naffatun), aussi bien sur des champs de bataille que dans des contextes de sièges. Ces grenades pouvaient aussi être utilisés contre des bastions de croisés par l'armée arabeSite lepoint.fr, article "Des grenades explosives utilisées au temps des croisades ?", consulté le 9 juillet 2022.. Une grenade de ce type datant de cette époque a été retrouvée dans le centre d'IsraêlSite timesofisrael.com, article de Sue Surkes "Une grenade de l’ère des croisades retrouvée dans le centre d’Israël", consulté le 9 juillet 2022..

En apparaissent en Chine les premières grenades et obus en fonte, qui n'apparaissent en Europe qu'en 1467. En l'espace de deux siècles, les Chinois découvrent le potentiel explosif que pouvaient représenter les boulets de canon métalliques creux, remplis de poudre. Écrit plus tard par Jiao Yu au milieu du , le manuscrit Huolongjing (Manuel du Dragon de Feu) décrit un canon en fonte de l'ère Song, connu sous le nom « » (fei yun pi-li pao). Le manuscrit énonce ceci (traduction de la transcription en Wade-Giles) :

Ce texte du Huolongjing était également important pour la compréhension des grenades à main chinoises du , puisqu'il fournissait des descriptions beaucoup plus détaillées et même des illustrations des grenades.

Première Guerre mondiale

vignette|upright|Grenade à main Mark 1, une des premières grenades à main modernes.Mise en service dans l'armée britannique à partir de 1908, elle s'est avérée infructueuse dans les tranchées de la Première Guerre mondiale et a été remplacée par la bombe Mills.

L'utilisation du mot « grenade » dans la langue anglaise semble provenir de la Glorieuse Révolution d'Angleterre en 1688, où des balles en fer, de la forme des balles de cricket, remplies de poudre noire et pourvues d'une mèche lente, étaient pour la première fois utilisées contre les Jacobites dans les combats de Killiecrankie et de Glen Shiel ..

Ces grenades n'étaient pas très efficaces, probablement parce que leur rayon d'action mortel n'était pas assez grand et que le système de mise à feu n'était pas au point, ce qui explique qu'elles n'étaient pas très utilisées à cette époque.

Cependant, les guerres de tranchées ont rendu l'emploi de grenades nécessaireBertrand Garrandeau. Les grenades à main, une innovation de la Grande Guerre. Terre Information Magazine, 20 mai 2022. Lire en ligne.. Dans une lettre à sa sœur, le colonel Hugh Robert Hibbert décrit un type de grenades improvisées utilisé durant la Guerre de Crimée (1853-1856) :

Durant la Première Guerre mondiale (1914-1918), la Triple-Entente et la Triple-Alliance n'avaient que de faibles stocks de grenades. Les troupes avaient donc temporairement improvisé des grenades, comme la (une simple boîte de conserve remplie de poudre et dotée d'une mèche), ou des bâtonnets d'explosifs attachés à des manches en bois (pour augmenter la portée du jet). Elles furent remplacées lorsque des versions manufacturées virent le jour, comme la Mills Bomb britannique, la première grenade à fragmentation moderne.

La Mills Bomb (ou Bombe Mills) était une boîte en acier remplie d'explosif et dotée d'une épingle de sûreté, qui se distinguait des autres grenades par sa surface crantée. On pensait à l'époque que cette segmentation permettait à la grenade de se fragmenter, et ainsi augmenter sa dangerosité. Des recherches ultérieures démontrèrent que cette segmentation de la coque n'avait aucun effet significatif sur la fragmentation de la grenade.. La manière la plus efficace pour augmenter la fragmentation est de segmenter la coque à l'intérieur, mais à l'époque, la production de telles grenades aurait été trop onéreuse. La segmentation originale de la Mills Bomb fut conservée, puisqu'elle assurait une adhérence supérieure dans la main d'un soldat. Ce design « » est encore utilisé sur certaines grenades modernes. En revanche, la grenade M67 à fragmentation américaine a une surface extérieure lisse, ce qui est plus approprié pour la faire rouler discrètement dans une pièce ou pour la lancer en arc (comme au baseball).

Vue d'une grenade Mills éclatée.Première grenade à fragmentation moderneutilisée à partir de 1915.A : Corps B : Oreilles C : Goupille de sécurité D : Anneau de goupille E : Levier ou Cuillère F : Vis de fond G : Chambre d'expansion des gaz H : Ressort à boudin I : Percuteur J : Enclume K : Amorce L : Cordeau Bickford M : Détonateur

Pour lancer les grenades plus loin, fut inventée la grenade à fusil. Pour ce faire, on utilisa des armes à feu modifiées, sur lesquelles on adapta la grenade au bout du canon, qui était alors propulsée par une cartouche de lancement sans balle, ou par une vraie munition (sur les modèles plus évolués). Les catapultes furent également employées, mais les petits mortiers prirent la relève. De nos jours, certaines armes automatiques comme la IMI Negev exploitent encore cette capacité. Toutefois, on utilise aujourd'hui majoritairement des lance-grenades.

En parallèle au développement de la Mills Bomb, les Allemands créèrent la (« grenade à main à manche »), constituée d'une charge explosive contenue dans une boîte métallique montée sur un manche en bois creux. Son manche lui permet d'augmenter sa distance de lancer de 15 %. Elle est armée par une amorce à friction, enclenchée par la traction par l'utilisateur d'une ficelle contenue dans le manche. Cette conception rustique continua d'évoluer durant les deux Guerres mondiales, et cette arme facilement reconnaissable devint une caractéristique du soldat allemand (contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne s'agit pas d'une grenade à percussion).

Le cocktail Molotov est une arme incendiaire artisanale, dont le composant principal est une bouteille en verre en partie remplie de liquide inflammable, habituellement de l'essence ou de l'alcool, déclenchée par une bande de tissu enflammé, lors de son éclatement contre la cible. Le « cocktail Molotov » reçu son nom durant la Guerre d'Hiver (1939-1940), mais il était déjà en service plus tôt dans la décennie. Les cocktail Molotov furent également produits en série dans des usines.

Caractéristiques Les grenades à main partagent ces quatre caractéristiques : Leur distance d'utilisation est courte (environ maximum, dépend surtout de la force du lanceur) ; Leur rayon d'action est très faible (environ maximum) pour les grenades offensives et plus étendu (environ maximum) pour les grenades défensives ; Leur retard avant détonation est suffisamment long pour permettre un lancer sans danger ; Leur coque dure, en combinaison avec leur délai de détonation, permet à la grenade de ricocher sur les surfaces solides avant d'exploser.

Les grenades à main actives sont organisées d'un : Corps contenant ou étant en composé chimique ; Produit chimique qui est la substance active et détermine sa classification ; Allumeur qui permet la mise en œuvre.

Conception

Les grenades sont avant tout des petites bombes. Elles ont différentes dimensions et formes, suivant leur but. La majeure partie est destinée à exploser, projeter du shrapnel (morceaux tranchants de la coque, fragments d'un serpentin d'acier serré, etc.), disperser une composition incendiaire ou libérer un gaz. Certaines grenades, comme les grenades fumigènes, se contentent de brûler ou de réagir chimiquement avec l'air, dégageant un épais nuage de fumée colorée pour masquer, marquer ou signaler.

Les grenades sont constituées d'une coque en métal ou en plastique (les premières grenades étaient en céramique) et renferment un produit qui dépend de leur utilisation. Sur les grenades actuelles, la coque est surmontée d'un bouchon allumeur, qui vient allumer une mèche lente située à l'intérieur de la grenade.

Le bouchon allumeur est une partie principale de la grenade, qu'il est nécessaire d'installer pour rendre l'engin opérationnel. Les bouchons allumeurs peuvent prendre plusieurs formes : par exemple, une pièce accueillant l'intégralité des mécanismes d'armement (voir ci-contre), ou sous la forme d'une vis à placer à l'intérieur de la grenade (voir Mills Bomb pour une explication plus détaillée). Les grenades et leurs bouchons allumeurs sont transportés séparément, par sécurité, et les soldats doivent les assembler eux-mêmes sur le terrain avant une opération.

Utilisation vignette|upright|gauche|Un soldat d'infanterie américain en formation à Fort Belvoir, Virginie, se préparant à lancer une grenade (en novembre 1942).

Le bouchon allumeur d'une grenade à main possède un levier de déclenchement (aussi appelé cuillère) et une goupille de sécurité qui empêche le fonctionnement. Certains modèles de grenades possèdent une attache supplémentaire sur le levier pour plus de sécurité.

Pour utiliser une grenade, le soldat doit la serrer fermement dans la main, assurant ainsi que le levier sera maintenu en place par les doigts. L'anneau de la goupille de sécurité est alors saisi par l'index ou le majeur de l'autre main, et est retiré avec un mouvement de traction. La grenade peut alors être lancée contre la cible ; un lancer au-dessus de l'épaule est recommandé, mais peut ne pas être adapté à toutes les situations de combat.

Une fois la grenade lancée, le levier n'est plus maintenu en place. Le percuteur est bloqué par un verrou comprimant un ressort, ce verrou éjecte le levier et libère le percuteur, qui vient frapper l'amorce. L'amorce enflamme la composition retard, qui vient activer le détonateur pour faire exploser la charge principale. Tant que la cuillère est maintenue, la grenade peut être à tout moment regoupillée pour une utilisation ultérieure.

Lorsqu'une grenade anti-personnel est utilisée, l'objectif est qu'elle explose de telle manière à ce que la cible se trouve dans son rayon d'action. Par exemple, la grenade à fragmentation M67 (utilisée par plusieurs nations de l'OTAN) a un rayon mortel de et peut blesser dans un rayon d'environ . Le lanceur est conscient que certains fragments peuvent être envoyés jusqu'à .