Les élections générales espagnoles de (, désignées sous le numéronyme 10-N) se tiennent le dimanche afin d'élire les et 208 des de la des Cortes Generales.
Ce scrutin est convoqué par le roi cinq mois après le précédent scrutin, à la suite de l'incapacité du Congrès à investir un nouveau président du gouvernement à la fin du mois de juillet, en raison des désaccords entre le Parti socialiste et Unidas Podemos sur la formation ou non d'un gouvernement de coalition. Ces élections sont par conséquent anticipées de trois ans et demi par rapport au terme naturel de la et constituent la deuxième répétition électorale de l'histoire post-franquiste après celle de 2016.
La courte campagne électorale est notamment marquée par des tensions politiques et sociales en Catalogne liées à la condamnation pénale d'anciens dirigeants territoriaux pour avoir organisé en 2017 un référendum interdit sur l'indépendance, et l'exhumation de la dépouille de Francisco Franco de son mausolée du , engagement pris par le président du gouvernement Pedro Sánchez lors de son accession au pouvoir.
Alors que la participation recule, le Parti socialiste de Sánchez confirme sa position de premier parti du pays mais perd sa majorité absolue au Sénat. Avec plus de 15 % des voix, la formation d'extrême droite Vox devient la troisième force politique du pays derrière le Parti populaire, qui progresse tout en réalisant le deuxième plus mauvais résultat de son histoire. Ciudadanos, qui occupait précédemment la troisième place, perd les quatre cinquièmes de sa représentation parlementaire au Congrès, entraînant le retrait de son président Albert Rivera. Le scrutin voit une poussée des partis nationalistes territoriaux et régionalistes, qui occupent un septième du Congrès, plus de la moitié d'entre eux étant par ailleurs favorables à l'indépendance de leur territoire.
Moins de deux jours après le scrutin, le PSOE et Unidas Podemos annoncent la conclusion d'un accord de principe pour former un gouvernement de coalition. Le pacte de coalition est signé sept semaines plus tard, ainsi que plusieurs accords d'investiture avec les nationalistes basques, la gauche indépendantiste catalane et plusieurs petits partis territoriaux. Sánchez remporte l'investiture à la majorité simple le et forme son second gouvernement six jours plus tard.
Contexte
Première victoire socialiste en vignette|gauche|Pour la première fois depuis , le PSOE obtient la majorité relative au Congrès. Lors des élections générales anticipées du 28 avril 2019, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de Pedro Sánchez s'impose avec . Il est suivi par le Parti populaire (PP) de Pablo Casado, qui réalise le pire résultat de son histoire avec seulement , soit une division par deux de son groupe parlementaire. La troisième place revient au parti Ciudadanos d'Albert Rivera, qui remporte et passe devant la coalition Unidas Podemos (UP) de Pablo Iglesias, qui n'obtient que , soit la perte d'une trentaine de sièges. La cinquième place revient à Vox de Santiago Abascal, qui devient le premier parti d'extrême droite à siéger au Parlement espagnol depuis la mort de Francisco Franco avec . Les sièges restants reviennent aux partis nationalistes territoriaux, principalement la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), Ensemble pour la Catalogne (JxCat) et le Parti nationaliste basque (EAJ/PNV).
Le bloc de la motion de censure, qui avait porté Sánchez au pouvoir en , dispose de , contre 127 pour les formations s'y étant opposées. Les restants se répartissent entre deux formations qui n'avaient pas de représentation : Vox et le Parti régionaliste de Cantabrie (PRC).
À l'ouverture de la , la députée de Barcelone et ministre de la Politique territoriale Meritxell Batet est élue présidente du Congrès des députés avec , contre 125 à sa prédécesseure Ana Pastor. En échange de son soutien à la candidate socialiste, Unidas Podemos obtient le poste de premier vice-président pour la députée de Madrid Gloria Elizo et de premier secrétaire pour le député de Barcelone Gerardo Pisarello..
Échec de l'investiture vignette|redresse|Le président du gouvernement sortant Pedro Sánchez échoue à obtenir l'investiture du Congrès en juillet. Lors de la présentation de son programme le , Sánchez multiplie les propositions et les promesses d'actions rejoignant les revendications de Podemos, dans le but affiché de séduire les députés de la gauche radicale. Sánchez souhaite mettre en place un gouvernement minoritaire composé uniquement de membres de son parti, mais mettant en œuvre un programme de gauche qui obtiendrait le soutien de Podemos et des petit partis régionalistes, notamment catalans, lui assurant une majorité pour gouverner.. Les dirigeants de Podemos, qui défendent la constitution d'un gouvernement de coalition dont ils feraient partie, accusent cependant les socialistes de ne leur proposer qu'un , sans aucun ministère régalien ni portefeuille marqué à gauche, tels que le Travail, les Finances, la Transition écologique ou l'Égalité. Pablo Iglesias avertit ainsi que sans gouvernement de coalition, Pedro Sánchez ne sera du gouvernement..
Lors du premier vote le , Sánchez reçoit seulement favorables, soit que le minimum constitutionnel requis, contre et , quatre parlementaires étant absents car placés en détention provisoire. Seul le Parti régionaliste de Cantabrie soutient, avec le PSOE, son maintien au pouvoir, tandis que le Parti populaire, Ciudadanos, Vox, ERC et Ensemble pour la Catalogne (JxCat) notamment, s'y opposent. En sus du Parti nationaliste basque, Unidas Podemos fait le choix de s'abstenir afin de démontrer sa bonne volonté dans la poursuite des négociations de coalition..
Peu avant le second vote, Podemos présente une nouvelle proposition, qui les voit renoncer à toute prétention dans les domaines des finances publiques et de la transition écologique et se limiter à trois ministères et une vice-présidence, mais elle est rejetée par le PSOE qui s'en tient à une offre de programme commun sans participation de Podemos au gouvernement.. Le second vote, qui ne requiert, cette fois, que la majorité relative, voit le rejet de la candidature de Sánchez, qui recueille pour, et ..
Blocage politique vignette|redresse|Le dirigeant de Podemos Pablo Iglesias insiste sur la formation d'un gouvernement de coalition. L'incapacité du Congrès à investir un président du gouvernement ouvre, à partir du , un délai de deux mois à l'issue duquel de nouvelles élections seront convoquées si aucun chef de l'exécutif n'est élu dans cet intervalle.. Au soir du vote, Sánchez affirme qu'il et annonce de nouveaux échanges avec le Parti populaire, Ciudadanos et Unidas Podemos pour tenter de débloquer la situation..
Les négociations restent au point mort presque tout au long du mois d'août. Podemos finit le 27 par proposer un accord revoyant considérablement ses prétentions à la baisse, les ministères du Travail et de la Transition écologique n'y étant plus exigés. Sánchez, rendu méfiant par les négociations infructueuses de mois de juillet, y oppose une fin de non recevoir, jugeant invivable l'existence de deux gouvernements au sein d'un même conseil des ministres, et évoquant d' sur plusieurs questions régaliennes dont la Catalogne. Les socialistes s'opposent en effet au souhait de Podemos d'y organiser un référendum, préférant une réforme du statut d'autonomie..
Le , Sánchez réitère son intention de former un gouvernement minoritaire, sur l'exemple du Portugal, en proposant un programme commun contenant notamment l'annulation des réformes du marché du travail et des retraites de son prédécesseur Mariano Rajoy, la revalorisation des retraites et du salaire minimum , l'augmentation des dépenses de santé et d’éducation, et le contrôle des loyers. Le coût du programme est estimé entre 30 et d'euros sur la durée de la législature, une dépense financée par la mise en place d'un impôt minimum de 15 % sur les entreprises qui monterait à 18 % pour les banques, la création d'une taxe sur les transactions financières, et une hausse de la fiscalité verte... Bien que reconnaissant des affinités avec un tel programme, Pablo Iglesias déplore selon lui de Pedro Sánchez , rejetant à nouveau tout gouvernement qui ne soit pas de coalition. Le programme économique dévoilé par le dirigeant du PSOE est vu comme un possible programme pour les éventuelles élections à venir. Le 11, les deux dirigeants se rejettent à nouveau la responsabilité du blocage, tout en assurant l'un l'autre qu'un accord serait préférable à leurs yeux que de nouvelles élections.. Le , le PSOE rejette un nouveau compromis de Podemos, qui les aurait vu siéger au gouvernement pendant une année, puis, en cas de désaccord à l'issue de cette période d'essai, quitter le gouvernement tout en maintenant leur confiance à un gouvernement minoritaire..
Convocation des élections anticipées Les 16 et , le roi Felipe VI lance de nouvelles consultations dans le but d'éviter de nouvelles élections. Le , Ciudadanos propose son abstention et celle du PP lors du vote d'investiture, en échange d'une promesse de Sánchez de ne pas gracier les séparatistes catalans en cas de condamnation éventuelle, et de rompre la coalition régionale du PSOE avec les nationalistes basques de Bildu en Navarre, au profit des partis de droite, ce que Sánchez refuse. Prenant acte de la situation de blocage entre les partis, le souverain ne propose aucun candidat à la présidence du gouvernement, ouvrant la voie à la convocation de nouvelles élections le suivant... La dissolution est officiellement prononcée le et prend effet le lendemain..
Mode de scrutin L'Espagne dispose d'un parlement bicaméral, les Cortes Generales, composé d'une chambre basse, le Congrès des députés (), et d'une chambre haute, le Sénat (). Les députés comme les sénateurs sont élus pour quatre ans.. Le scrutin pour leur renouvellement se tient après la publication du décret de convocation des électeurs au Bulletin officiel de l'État (BOE)., sauf dans le cas d'une répétition électorale : le délai de tenue du scrutin est réduit à et la durée de la campagne officielle passe de 14 à sept jours..
Pour le Congrès des députés vignette|Le palais des Cortès, siège du Congrès des députés. Le Congrès des députés est composé de pourvus au scrutin proportionnel plurinominal à listes fermées dans 52 circonscriptions correspondant aux 50 provinces du pays ainsi qu'aux villes autonomes de Ceuta et de Melilla. Le nombre de députés qui leur est alloué est variable en fonction de leur population, avec néanmoins un minimum de deux sièges par province, à l'exception des villes autonomes qui n'ont chacune en tout qu'un seul siège et pour laquelle les élections se tiennent donc de facto au scrutin uninominal majoritaire à un tour..
Après décompte des voix, les sièges sont répartis selon la méthode d'Hondt dans chacune des circonscriptions. Ne peuvent prétendre à la répartition des sièges que les listes ayant franchi le seuil électoral de 3 % des suffrages exprimés. Dans la pratique, ce seuil se révèle plus élevé dans les circonscriptions ayant peu de sièges à pourvoir. Il est ainsi en réalité de 25 % dans les provinces ne comptant que trois sièges. Le vote blanc est reconnu et comptabilisé comme suffrage exprimé, ce qui élève légèrement le seuil réel par rapport à un système classique où ils ne sont pas reconnus.