Le prix Pfizer est une distinction décernée chaque année par l’History of Science Society. Fondé en 1958 et décerné pour la première fois en 1959, le prix récompense paru dans les trois années précédentes en anglais. Il attire de nos jours une centaine d'auteurs pour ce qui est considéré comme le plus important prix pour un livre d'histoire des sciences. Pour chaque lauréat sont présentés l'auteur, le livre et des recensions.

1959 : Robert Boyle and Seventeenth-Century Chemistry vignette|Portrait de Robert Boyle.|alt=Tableau montrant un homme en costume et perruque. En 1959, Robert Boyle and Seventeenth-Century Chemistry de Marie Boas Hall (1919-2009) est le premier ouvrage récompensé par le prix Pfizer. L'auteure est une historienne des sciences britannique, considérée comme l'un des pionniers de l'après-guerre dans l'étude de la révolution scientifique aux . L'ouvrage est consacré à Robert Boyle (1627-1691), un philosophe, chimiste et physicien irlandais, passionné de science expérimentale.

Dans cet ouvrage, Marie Boas Hall replace Robert Boyle dans le contexte plus large de la chimie des , considérant nécessaire de montrer que le ne peut être vu comme un siècle de stagnation mais plutôt où se trouvent les prémisses de la révolution chimique du . Pour composer cette biographie, l'auteure a eu accès aux de la Royal Society et s'est également appuyée sur plusieurs études consacrées à Boyle qui venaient d’être publiées. Bien que plusieurs erreurs sont relevées par les critiques , l'ouvrage est considéré comme une bonne étude des liens entre les méthodes employées par Boyle dans ses expérimentations et les débuts d'une chimie qui deviendra scientifique un siècle plus tard.

1960 : The Science of Mechanics in the Middle Ages vignette|Scientia de ponderibus : leviers et balance romaine. Walther Hermann Ryff. 1547.|alt=Gravure en couleurs montrant des ouvriers déplaçant une charge lourde à l'aide de leviers. Marshall Clagett (1916-2005) est un historien des sciences américain spécialisé dans les sciences médiévales. Dans The Science of Mechanics in the Middle Ages, il part du constat que c'est par l'application rigoureuse des outils mathématiques et des techniques expérimentales aux domaines de la physique et de la mécanique que s'est constituée et développée la science moderne. L'auteur propose alors, par une analyse documentaire, un examen de certaines critiques et modifications faites à des concepts pendant l'époque médiévale, tout en suggérant que celles-ci auraient ainsi conduit à établir la science moderne.

Clagett propose certains textes originaux, souvent difficilement accessibles, et leur traduction en anglais, à une époque où le sujet est fortement influencé par le travail fondateur de Pierre Duhem dans ses ouvrages ou articles comme Origines de la Statique, Études sur Léonard de Vinci ou encore Le Système du monde.

Sous forme d'anthologie commentée, résumant également les travaux d'Anneliese Maier, Alexandre Koyré et ceux de l'auteur lui-même, l'ouvrage se compose de trois parties principales : la statique médiévale, la cinématique médiévale et la dynamique médiévale. Consistant en une analyse des textes depuis l'époque gréco-romaine jusqu’à Galilée, il commence par les premiers travaux qui auraient été à la base du développement de la statique médiévale afin d'en monter les connexions. Ainsi, il présente les travaux d'Aristote, d'Archimède, de Héron d'Alexandrie, et poursuit avec ceux d'al-Khazini, Jordanus Nemorarius, Jean de Murs, Albert de Saxe, Trivisiano, Gérard de Bruxelles, Thomas Bradwardine, Nicole Oresme ou encore Jean Buridan pour n'en citer que quelques-uns.

Il conclut avec vingt propositions, la plupart citées d'auteurs médiévaux : certaines se sont avérées erronées, telles que la loi de Bradwardine, d'autres, telles que les définitions de la vitesse uniforme par Merton, sont devenues des découvertes permanentes, éléments essentiels à la mécanique développée ensuite par Galilée.

1961 : A History of Metallography: The Development of Ideas on the Structure of Metal before 1890 vignette|Coulée de fer, vue deux méthodes métallographiques différentes. in The Iron and steel magazine, 1898 par Albert Sauveur (1863-1939).|alt=Deux vues au microscope de composés métalliques. Cyril Stanley Smith (1903–1992) est un métallurgiste et historien des sciences anglais, qui a notamment fondé et dirigé l’ (Institut d'étude des métaux) à l'université de Chicago. Dans A History of Metallography: The Development of Ideas on the Structure of Metal before 1890 paru en 1960, Smith propose une histoire richement illustrée de l'histoire de la métallographie.

Cette étude de la structure des métaux et alliages ainsi que des propriétés qui résultent de leur transformation reste jugée, même après quelques décennies, comme a foundational work on the history of metallography. Le livre débute avec la connaissance intuitive des métaux élaborée par des précurseurs tels que Biringuccio, Descartes, Réaumur, Bréant, Osmond, Sorby, Brinell, Tschernoff, Howe, Percy et d'autres ; puis il décrit l'évolution de la compréhension scientifique moderne des matériaux, tout en mettant l'accent sur les interactions entre l'ingénierie pratique, la science expérimentale et théorique, et les fruits de l'imagination esthétique, chez les armuriers et joaillers par exemple. Ouvrage remarqué par sa bibliographie extensive comportant de nombreuses sources jusque-là non exploitées dans des bibliographies sur le sujet. Un chapitre s'étend sur le travail des forgerons mérovingiens, de Damas ou du Japon, notamment pour leurs sabres, ou encore les armuriers pour leurs armures médiévales jusqu'aux armes à feu. Une autre section développe l'apport des théories corpusculaires dans les prémisses de l'observation microscopique, depuis les travaux de Réaumur (1683-1757) sur les fractures dans la transformation du fer en acier, jusqu'à ceux de Henry Clifton Sorby (1826-1908), géologue britannique spécialiste en microscopie.

Les précédents travaux de Smith sur le sujet confluent dans cet ouvrage, que ce soient ses traductions de L'Art de convertir le fer forgé en acier de Réaumur (1722), du Pirotechnia de Biringuccio (1540) ou encore du Treatise on Ores and Assaying (1754), ou ses recherches effectuées lors de son séjour en Angleterre.

1962 : Lavoisier, The Crucial Year vignette|gauche|Antoine Lavoisier.|alt=gravure en couleur montrant un homme en redingote et perruque.

Henry Guerlac (1910-1985) est un historien des sciences américain, spécialiste de l'histoire de la révolution chimique, notamment Lavoisier et Black. Il publie Lavoisier, The Crucial Year: The Background and Origin of His First Experiments on Combustion in 1772 en 1961.

Lavoisier est élu membre de l’Académie des sciences en 1768, occupé à des questions de géologie et de chimie générale, et ses études de droit lui permettent d'acquérir en 1770 une charge de fermier général, poste qui est à l'origine de ses principales découvertes scientifiques en chimie : il dispose en effet d'une balance qui sert à détecter les fraudes, la plus précise d'Europe, et c'est cette balance qu'il utilise pour procéder à des pesées moléculaires de divers gaz avec une marge d'erreur inégalée jusqu'alors. À l'automne 1772, Lavoisier se lance dans une recherche de plusieurs années sur ce qui cause la combustion. Guerlac s'intéresse donc à la manière dont il est venu à s'intéresser à cette question. Il examine tel un détective diverses hypothèses en vigueur, par exemple les expériences sur la combustion du diamant ou du phosphore, et brosse un portrait de la pensée chimique en France et pneumatique en Angleterre à l'époque. Un mémoire daté d'août 1772 à l'Académie des sciences et intitulé Réflexions sur l'air a attiré l'attention sur l'air qui entre dans la composition des corps et souligne l'influence de Stephen Hales, que Guerlac avait précédemment étudiée. Guerlac met ensuite en discussion les sources auxquelles Lavoisier a pu se nourrir : il minimise l'impact des travaux de Black, de Macbride, ou de Cigna, quoique connus des collègues de Lavoisier à l'Académie des sciences, pour mettre en lumière un livret de Priestley sur les gaz et les expériences de Guyton de Morveau. Si certaines des conclusions de Guerlac sont discutées, le livre et il est consiféré comme .

1963 : Medieval Technology and Social Change vignette|Étriers au Musée national de la Renaissance d'Écouen.|alt=Photo de deux étriers dans une vitrine d'exposition. Lynn White, Jr. (1907-1987) est un historien médiéviste américain, auteur de nombreuses études sur l'histoire des techniques, et surtout de la célèbre thèse sur « Les racines historiques de notre crise écologique ».

Il est lauréat en 1963 pour son livre Medieval Technology and Social Change paru en 1962, dans lequel il examine le rôle de l'innovation technologique dans les sociétés de l'Europe médiévale et l'émergence de groupes sociaux :

1964 : The Lunar Society of Birmingham vignette|gauche|Boulton, Watt et Murdoch. Statue dorée de William Bloye au centre de Birmingham.|alt=Statues dorées de trois hommes. Robert E. Schofield (1923-2011) est un historien des sciences américain, spécialiste du chimiste et philosophe Joseph Priestley (1733-1804), dont il est le principal biographe moderne.

Il publie en 1963 The Lunar Society of Birmingham: A Social History of Provincial Science and Industry in Eighteenth-Century England, dans lequel il s'intéresse à la , un club de restauration composé d’éminentes personnalités de l’industrie, de philosophes de la nature et d’intellectuels qui se réunissaient régulièrement entre 1765 et 1813 à Birmingham, en Angleterre, le plus souvent à la pleine lune. On y trouve notamment, outre Joseph Priestley, l'inventeur et botaniste Erasmus Darwin, le chimiste, géologue et industriel James Keir, l'inventeur de la machine à vapeur James Watt et son associé Matthew Boulton, l'horloger et géologue John Whitehurst ou encore le philosophe et économiste Adam Smith. Un total de 14 membres, ce qui est peu au regard de la variété des sujets explorés.

S'intéressant aux sciences alors moins développées de la chimie, la géologie, la météorologie ou l'astronomie sidérale, ils ont surtout développé une application systématique de la science à l'industrie. La Révolution française et surtout les émeutes de Birmingham, en 1791, sèment la division parmi les membres de la société, signant son déclin jusqu'à sa cessation d'activité en 1813D'après . L'étude de Schofield, par sa recherche minutieuse parmi les correspondances entre membres et d'autres documents, lève le voile sur des activités de ce qui jusque-là était considéré comme une coterie de personnes partageant les mêmes centres d'intérêt. Une étude qualifiée de .

1965 : Andreas Vesalius of Brussels, 1514-1564 vignette|droite|André Vésale (1514-1564).|alt=Gravure montrant Vésale dans son atelier.

Charles D. O'Malley (1907-1970) est un historien des sciences américain, spécialisé en histoire de la médecine. La majeure partie de ses travaux porte sur André Vésale (1514-1564), anatomiste et médecin brabançon, considéré par de nombreux historiens des sciences comme le plus grand anatomiste de la Renaissance, voire le plus grand de l’histoire de la médecine. Il en a publié les planches anatomiques et lui a consacré plusieurs articles.

Sa grande biographie Andreas Vesalius of Brussels, 1514-1564, est publiée en 1964 pour les 400 ans de la mort de Vésale.