Le Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) est un parti politique malgache fondé le et dissous le , qui avait pour but à court terme l'autonomie de Madagascar au sein de l'Union française. Il a laissé une forte empreinte dans la mémoire malgache.

Bien organisé et pris en main par une partie de l'élite intellectuelle malgache, le fait que la plupart de ses leaders (Joseph Raseta ou Joseph Ravoahangy) soient des Merinas des Hauts-Plateaux, ainsi que ses revendications politiques radicales, suscite contre lui la formation du Parti des déshérités de Madagascar (PADESM), formé essentiellement par des Côtiers menés par Philibert Tsiranana, et favorable à un processus d'autonomie graduelle.

La sanglante insurrection du , qui cause la mort de 150 Français et de milliers Malgaches, et la féroce répression qu'elle entraîne, atteint également le MDRM. En effet, certains de ses groupuscules en marge, tels que le PANAMA (Parti national malgache) sont impliqués dans l'éclatement des violences. Les autorités coloniales décident alors la dissolution du Mouvement et l'arrestation de ses dirigeants, y compris deux élus du Conseil de la République et un de l'Assemblée nationale. Ceux-ci sont condamnés à de lourdes peines et exilés de leur île. De nombreux militants sont arrêtés et torturés.

Sans doute victime de son influence et de son radicalisme, le MDRM disparaît, laissant seuls les sociaux-démocrates du PADESM, obtenir l'indépendance de Madagascar. Une fois l'indépendance de Madagascar proclamée le , le Président Tsiranana obtient l'amnistie des trois principaux dirigeants du MDRM et permet leur retour triomphal dans leur pays.

Formation du mouvement

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le désir d'émancipation émerge au sein des élites autochtones des pays constituant l'empire colonial français. Quelques hommes politiques en France, dont le général de Gaulle, ressentent d'ailleurs la nécessité de changer les anciennes relations de domination en liens privilégiés de coopération. Dès 1944, le discours d'ouverture de la conférence de Brazzaville, par Charles de Gaulle contribue à donner des espoirs aux partisans d'une telle émancipation. Désormais, les colonisés sont appelés à participer à la gestion des affaires intérieures de leurs propres pays. C’est dans cette optique que Madagascar peut bénéficier de deux sièges de député à la première Constituante. Des élections sont organisées en . Joseph Ravoahangy et Joseph Raseta sont élus sous l’étiquette de « restauration de l’Indépendance de Madagascar ». Au début du mois de , ils gagnent Paris, décidés à revendiquer l’indépendance de l'île.

Une naissance en plusieurs étapes Naissance du MDRM à Paris Dès leur arrivée, les deux députés sollicitent l’aide de la diaspora malgache et entreprennent de prendre contact avec les forces politiques françaises (partis, syndicats, institutions gouvernementales…). Mais ils se heurtent à de fortes réticences. Le besoin d’un appui populaire commence à se faire sentir d’autant plus que les forces politiques métropolitaines pensent que les revendications nationalistes malgaches ne sont que celles des minorités hova, d’où la volonté de créer un parti de masse. Le , le MDRM est ainsi fondé légalement au café du Vieux Paris dans le Quartier latin, par les deux députés aidés de quelques personnes de la diaspora dont Jacques Rabemananjara (la création à Paris permet également de s'appuyer sur la loi de 1901 sur les associations qui n’est pas encore promulguée à Madagascar).

De Paris à Madagascar L’implantation du MDRM dans la Grande Île s’effectue en plusieurs étapes. Elle commence au moment de la formation des comités électoraux qui soutiennent Joseph Ravoahangy et Joseph Raseta.

Au niveau national existe le Comité présidé par le docteur J. Rakotonirainy et comprend des personnalités qui sont des vieux-loups du mouvement d’émancipation malgache (Randriambololona, Ranaivo Paul, Ranaivo Jules…) qui ont fait leur école dans les structures nationalistes tels que la VVS, le SRI ou autre PCRM. Après les élections et étant donné la victoire de ses deux candidats, le Comité cherche le moyen de mieux soutenir ces derniers et leurs actions par des propagandes actives et des envois de fonds à Paris. Ainsi, il décide de créer les syndicats des auteurs et de la presse libre dont les actions sont destinées à faire une campagne de propagande en faveur de l’indépendance. Ils essayent également d’assurer l’éducation politique des Malgaches afin de les rendre plus sensibles à la notion d’autodétermination et aux programmes de deux parlementaires. Face aux succès de ces syndicats et consciente de leurs véritables objectifs, l’administration coloniale décide de réagir en les interdisant et en condamnant leurs principaux responsables à des peines d’amende (). Dépourvus de structure de lutte, les partisans des députés voient dans la création du MDRM la solution idéale et inespérée pour combattre l’oppression coloniale.

Ainsi, l’ancien Comité électoral de deux élus reçoit en le mandat des créateurs de MDRM de l’implanter, d’abord à Tananarive, en vue des élections de 1946. Et le , le parti s’implante officiellement et légalement à Madagascar. Parti de Tananarive, le mouvement de formation des sections, de sous-sections et des cellules gagne rapidement les autres régions de la Grande Ile. En fait, on doit cette rapidité aux actions des syndicats de presse, à la transformation des anciens comités électoraux en sections, sans oublier les apports des coopératives nationalistes dont la création est à mettre à l'actif du SRI et du PCRM.

Le MDRM et l’héritage des mouvements nationalistes de l’avant-guerre Analyser la naissance du MDRM, c’est examiner les legs que les structures nationalistes de la première moitié du lui ont laissés. Ainsi, le parti a hérité de cette conception nationale (Madagascar forme ainsi une seule nation) chère à la VVS et que le SRI et le PCRM ont prôné. D’ailleurs, c’est grâce à ces derniers si le nationalisme malgache a cette teinte communiste dès les années 1930. Mais, il ne faut pas oublier les apports des actions entreprises par Jean Ralaimongo, d’abord dans le nord de l’île, en particulier cette lutte pratique et directe dans la mesure où il a pu orienter sa lutte contre la colonisation vers un terrain d’action sociale beaucoup plus populaire : celui de la lutte contre l’injustice et les abus de la colonisation comme la spoliation des paysans de leurs terres.

À part cette lutte concrète sur le terrain social, le MDRM a également hérité de cette forme de lutte plus centrée sur le débat idéologique orchestré par une presse débordante d’activités et dont l’influence s’étend même dans les campagnes malgaches, en particulier grâce à la lecture collective des journaux nationalistes. Publiés à Tananarive, capitale du nationalisme dès la fin des années 1920, ces journaux jouent plus que jamais leur rôle de principal instrument de lutte du mouvement d’émancipation. En effet, les structures comme le SRI ou le PCRM sont plus exposées aux risques de la répression infligée par l’administration coloniale. Mais si elles disparaissent juste avant la guerre de 1939, elles laissent au MDRM une culture politique qui va des modes d’actions comme la clandestinité aux modes d’expression comme les élections, ainsi que des cadres qu’elles ont formé et qui animent le parti, sans oublier les vastes systèmes de réseaux qu’elles ont mis en place et structurent le MDRM (coopératives, réseaux de militance, syndicats…).

Pour terminer sur les origines de ce grand parti, on doit démontrer qu’il est le fils de son temps et reflète les idées et les courants de pensée de son époque en se nourrissant et en s’inspirant de leurs contenus (influence des événements consécutifs à la guerre, à la décolonisation, à la guerre froide…). Sa naissance ne peut être également dissociée de cette volonté de la France républicaine de réformer sa politique coloniale dans le sens d’une participation des colonisés à la gestion de leurs propres affaires internes, symbolisée par la conférence de Brazzaville. Ainsi, le MDRM se veut une structure qui permet aux Malgaches justement de participer à l’administration de Madagascar grâce aux réformes structurelles entreprises par la France (notamment la mise en place des Assemblées locales). Ce dernier constat implique que l’origine du parti est largement associée à la conjoncture politique libérale de l’après-guerre et en particulier à cette prise de conscience de la plupart des Malgaches du fait que la colonisation et ses différentes formes oppressives ont trop duré et que la liberté et l’indépendance sont les seules solutions à leurs problèmes et à leurs souffrances. Ce que le MDRM va propager dans sa campagne de propagande.

L’indépendance : objectif ultime

Par essence, un parti politique est un médiateur entre les aspirations du peuple et le pouvoir central. En effet, il doit être le porte-parole de la population ou une partie de celle-ci et également un instrument qui permet à cette dernière d’orienter la politique de l’État dans le sens qu’elle veut. Ainsi, le MDRM déclare qu’un parti permet justement de « connaître le penchant de la population…de [son] désir le plus ardent dans son cœur » . Et c’est dans cette optique qu’il pense être le moyen d’expression et d’action dans la main des Malgaches dans leur quête de liberté et d’indépendance.

Madagascar : État libre au sein de l’Union française Longtemps assimilationnistes, les nationalistes malgaches sont, dans leur majorité, indépendantistes au lendemain de la guerre. Les élections de le démontrent clairement. D’ailleurs, c’est à cette époque qu’il faut chercher l’origine directe de la politique du MDRM concernant le statut de Madagascar. Dans ce cas, il faut analyser le programme qui a permis à Ravoahangy et à Raseta, fondateurs du parti, de se faire élire.

La restauration de l’indépendance Malgré la popularité du pasteur Ravelojaona, premier Malgache élu, son adversaire, le docteur Ravoahangy, est plébiscité. Une victoire qu’il doit à son programme qui revendique l’indépendance de l’île. Dès cette époque, le Comité de deux candidats propage déjà les idées qui justifient cette revendication et que le MDRM véhiculera en les adoptant comme siennes : recours à l’image du passé précolonial malgache, à la tradition française (entre autres les Principes de 1789), au « vœu international » exprimé par les grandes Déclarations internationales ; discours sur les cinquante années d’évolution sous « l’éducation française » déjà réalisée ; la nécessité de l’unité des Malgaches ; le caractère sacré du Tanindrazana (patrie)… En même temps, on dénonce les méfaits de la colonisation et ses abus. Le succès de Ravoahangy et son collègue Raseta renforce le camp indépendantiste ; à aucun moment, l’autodétermination n’est jamais aussi proche, du moins dans la conscience populaire.

Le MDRM et la question d’indépendance