vignette|upright=1.5|Mains dans la Cueva de las Manos, près de Perito Moreno dans la province de Santa Cruz, en Argentine. Ces mains, peintes entre et ans avant nos jours sont à 90 % des mains gauches, ce qui laisse penser qu'il y avait, à ces époques préhistoriques, environ 90 % de droitiers.. vignette|Gaucher en train d'écrire.
La gaucherie, ou sinistralité, est l'usage par une personne de la main gauche dans les tâches courantes. C'est l'un des aspects de la latéralité.
Étymologie Si l'on s'appuie sur les origines du mot, la gaucherie est synonyme de maladresse et malheur :
Le verbe gauchir dérive de guenchir : faire des détours, emprunté au francique wenkjan (chanceler, vaciller). Il y a peut-être eu croisement avec gauch(i)er : fouler, du francique walkan, dont l'origine latine est valgus : bancal, donc maladroit.
Au Moyen Âge, une connotation négative était donnée au terme senestre : le côté gauche, dont l'origine latine est sinister. Ceci vient de l'ancienne pratique romaine des augures : les événements (oiseaux) provenant de la gauche de l'observateur étaient considérés comme de mauvais présages. De plus, cette connotation a été renforcée après la christianisation de l'Empire romain car on retrouve la même connotation négative dans la Bible (surtout le Nouveau Testament comme Matthieu 25:41 « Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges » ; autrement dit : Ce qui est mauvais se trouve à gauche), et qu'à l'inverse, c'est la droite qui est associée à ce qui est honorable, sage, approuvé par Dieu..
Définition La définition de gaucher s'oppose à celle de droitier. On parle de gaucherie homogène si cette latéralité concerne d'autres organes comme l'oreille, l'œil ou la jambe, sinon on parle de gaucherie partielle ou de latéralité croisée.
Être « gaucher » ou « droitier » n'est pas aussi net que le vocabulaire le laisse penser : quantités d'activités sont naturellement faites préférentiellement comme un gaucher par des droitiers, et inversement ; notamment, la latéralisation n'étant pas toujours homogène, ce peut être (par exemple) celle de l'œil qui s'impose à celle de la main.
Cette préférence correspond à une latéralisation opposée du cerveau et s'accompagne donc d'une dominance de l'hémisphère droit pour les gauchers dans cette fonction.
On dira d'une personne que son côté fort est à droite ou à gauche selon qu'elle est respectivement droitière ou gauchère. On parle de gaucher contrarié pour qualifier un individu naturellement gaucher, mais que l'on a contraint à utiliser la main droite pour les tâches de la vie courante (notamment l'écriture).
Histoire évolutive Une latéralité manuelle est observée chez des dizaines de vertébrés non humains ; les données concernant les poissons sont controversées, mais une latéralité a été observée et décrite chez des amphibiens, des reptiles, des oiseaux et divers mammifères..
Certains primates non humains ont une main préférée pour certaines tâches, mais contrairement aux humains modernes, ils ne présentent pas une préférence marquée pour la main droite, la répartition entre droitiers et gauchers étant égale. On ignore à quel moment précis la dominance de la main droite s'est développée dans la lignée humaine, bien qu'il soit établi, par diverses méthodes, que les Néandertaliens avaient une préférence pour la main droite, comme les humains modernes. Les tentatives de détermination de la latéralité manuelle des premiers humains par l'analyse morphologique des artefacts lithiques se sont révélées peu fiables..
Statistiques sur les gauchers Selon une étude anglophone réalisée en 1977 Hardyck C. & Petrinovich L. F. (1977) « » , 84, 385–404., les gauchers représenteraient 8 à 15 % de la population.
Des différences entre hommes et femmes sont observées, sans lien clair avec la personnalité globale, suggérant que la latéralité pourrait refléter des dynamiques évolutives plus profondes que ce que l’on perçoit aujourd’hui.
En France, en 2005, selon une enquête réalisée par l’association lesGauchers.com, le taux de gauchers serait de 12,9 %, pour ...
Chez les humains, la latéralisation se met en place entre 3 et . Les études de développement montrent que la majorité des enfants présentent une préférence manuelle dès la petite enfance (parfois in utero pour le sucement de pouce) et généralement, avant l’âge de , la plupart utilisent déjà préférentiellement leur main droite, et ceux qui n’expriment pas encore de préférence claire adoptent généralement un comportement droitier avant . Le taux de gauchers apparaît faible dès la petite enfance et évolue très peu dans la suite de l'enfance. Selon H. Hecaen (1986), chez des jumeaux monozygotes (même hérédité), l'un peut être gaucher et l'autre droitier.
Cause de la gaucherie, et de la latéralisation La latéralisation est déjà observée in utero avec la préférence du fœtus à porter un pouce à la bouche plutôt que l'autre, indépendamment de sa position dans l'utérus rapportaient P. Hepper et ses collègues en 1990 dans la revue NatureHepper, P. G., Shahidullah, S., & White, R. (1990). Origins of fetal handedness. Nature, 347(6292), 431-431..
L'origine de la latéralisation est encore mal comprise, mais des études basées sur la biologie moléculaire et l'épigénétique ont apporté de nouvelles hypothèses.
On a d'abord supposé qu'il existe des éléments physiologiques (hormonaux par exemple) et sans doute génétiques, car une cause exclusivement culturelle ne semble pas compatible avec : le maintien d'une population de gauchers dans des cultures où ils sont déconsidérés ; la difficulté à devenir droitier quand on est « naturellement » gaucher ; le fait qu'on ne connaisse aucune culture où les gauchers soient ou aient été majoritaires chez les humains (ce qui n'est pas le cas chez les chevaux, qui selon une étude menée au Canada à l'Université de Guelph, sur , sont à 60 % gauchers, et ce quels que soient leur race ou le type de compétitions auxquelles ils ont été entraînés)..
En revanche, même si l’on observe des familles où plusieurs personnes sont gauchères, cela ne prouve pas que la gaucherie est d’origine génétique, car ces familles peuvent aussi avoir un rapport culturel, éducatif ou social différent à la gaucherie (moins de contrainte, plus d’acceptation, habitudes transmises…) ce qui pourrait faussement donner l’impression d’un héritage biologique..
En , une première étude identifie la cause de la gaucherie dans le développement de la colonne vertébrale et à des facteurs épigénétiques (causes environnementales affectant l'expression des gènes) ; le mécanisme enzymatique précis qui serait à l’œuvre reste cependant à étudier...
En 2017, des scientifiques allemands, néerlandais et sud-africains dirigés par des biophysiciens de l'Université de la Ruhr (Bochum) ont confirmé cette hypothèse après avoir étudié l'expression du génome lors du développement de la moelle spinale de fœtus entre la huitième et la douzième semaine de grossesse ; selon eux, les asymétries hémisphériques du cerveau seraient précocement induites par le développement spinal plutôt que par celui du cerveau ou du cortex moteur dont le développement est plus tardif. Les parties de la colonne vertébrale chargées de transmettre des impulsions nerveuses (électrochimiques) aux mains, aux bras, aux jambes et aux pieds seraient en cause.
Ceci explique que le fœtus humain présente très tôt des asymétries importantes de mouvements des bras, bien avant que le cortex moteur soit fonctionnellement lié à la moelle spinale, ce qui plaidait en faveur d'une expression génique spinale (dans la colonne vertébrale).
L'expression de l'ARNm génomique et la méthylation de l'ADN ont été analysées dans les segments cervicaux et thoraciques antérieurs de cinq fœtus humains : il montre des asymétries d'expression des gènes dépendant du développement. Ces expressions génétiques asymétriques sont épigénétiquement régulées par des asymétries d'expression du mi dans la voie de signalisation de TGF-ß et des phénomènes de méthylation des îlots .
Des mécanismes moléculaires de régulation épigénétique existent donc dans la moelle spinale, et seraient le point de départ de la latéralisation chez l'individu, ce qui bouleverse notre compréhension de l'ontogénèse des asymétries hémisphériques chez l'être humain.
Parmi les gènes impliqués, figurent les gènes codant une tubuline (TUBB, TUBA1A/TUBA1B/TUBA1C, TUBB3 &TUBB4A) et autres protéines impliquées dans les microtubules (MAP2, MAPT & NME7) qui constituent le cytosquelette.
Gaucher dans une population majoritairement droitière
La majorité des êtres humains étant droitiers, la plupart des objets manufacturés non symétriques ou ayant un sens normal d'utilisation sont fabriqués pour être utilisés par un droitier.
Ainsi, un téléphone fixe aura le combiné à gauche pour être saisi de la main gauche, laissant la main droite libre pour composer le numéro ou prendre des notes, et dans le métro, la validation du titre de transport se fera toujours sur le côté droit. La plupart des souris d'ordinateurs à plusieurs boutons ont leur clic principal qui tombe sous l'index quand on les prend en main droite, il faut donc que le gaucher en change le paramétrage, s'habitue à cliquer du majeur, ou adopte une souris spécifiquement pour gaucher. Il existe aussi beaucoup de souris symétriques, et de personnes gauchères qui s'adaptent à l'usage de la souris de la main droite sans aucun aménagement.
Plus subtilement, les paires de ciseaux sont souvent faites pour les droitiers ; sur un crayon ou stylo bille, on ne pourra voir le nom de la marque à l’endroit que si on le tient de la main droite. Les poches intérieures de vestes sont la plupart du temps du côté gauche, facilitant la saisie d'objets s'y trouvant par la main droite. Le déclencheur des appareils photographiques est toujours côté droit, mais la plupart des personnes gauchères peuvent apprendre à l'utiliser ainsi. Les cartes à jouer, quand elles ne comportent des inscriptions que sur deux des quatre angles, ne correspondent pas au sens de déploiement de la main par les gauchers. À table, la cuillère, placée entre l'assiette et les verres, a son manche sur le côté droit
Souvent sans importance, cette latéralisation peut être gênante dans quelques cas particuliers : dans le domaine militaire (et plus généralement dans les groupes organisés dont les mouvements doivent être coordonnés : orchestres musicaux, par exemple) : le guerrier porte le bouclier à gauche, ce qui protège mieux le cœur, et l'arme en main droite, et pour constituer une troupe homogène le gaucher doit faire comme les autres, au risque de perdre de son efficacité ; sans doute pour des raisons dérivées de la fonction militaire, la droite considérée comme le côté honorifique et la gauche (la sinistre) comme le côté maléfique ; le côté gauche est le côté vulnérable, que l'on confie à un ami sûr : la droite est la place d'honneur ; une troupe antique (phalange grecque, par exemple) a tendance à dériver vers la droite de la ligne de bataille, parce que les hommes déjà couverts sur leur côté gauche par leur propre bouclier cherchent à se couvrir leur droite par le bouclier de leur voisin de droite ; les lignes de bataille ont tendance à tourner, et souvent les batailles antiques se gagnent sur le flanc droit (où il apparaît un surnombre) et se perdent sur le flanc gauche (que les hommes fuient) ; cause ou conséquence, les chefs militaires mettent généralement leurs troupes d'élite à droite : le gaucher est mal vu ; les sociétés discriminent parfois leurs minorités, dont celles des gauchers ; l'utilisation de certains outils électriques peut s'avérer fort dangereuse. Les tronçonneuses, disqueuses et autres, sont toutes à l'usage des droitiers ;