Un avortement sélectif est un avortement volontaire et motivé par une ou plusieurs caractéristiques de l'enfant à naître, considérées comme indésirables, telles que son sexe, une grossesse multiple non-désirée ou dangereuse pour la santé de la mère (interruption sélective de grossesse ou ISG en médecine française), un handicap, ou encore une maladie génétique.
Sélection en fonction du sexe
L'avortement sexo-sélectif concerne principalement les fœtus de sexe féminin, dans des pays où les normes culturelles valorisent les garçons par rapport aux filles, notamment en Asie de l'est et du sud, ou dans le Caucase et le sud-est de l'EuropeA. Gettis, J. Getis, and J. D. Fellmann (2004). Introduction to Geography, Ninth Edition. New York: McGraw-Hill. . .
Les avortements sexo-sélectifs affectent le sex-ratio d'une classe d'âge.. En 1994, plus de 180 états se sont engagés à éliminer cette pratique contre les filles.. En 2011, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe condamne la pratique de la détermination prénatale du sexe.
Sélection pour grossesse multiple
En cas de grossesse multiple, un avortement sélectif peut concerner un ou plusieurs embryons ou fœtus.. En France, cette procédure est nommée « interruption sélective de grossesse », également connue sous le sigle ISG. Elle concerne les femmes enceintes de jumeaux, en portant seulement sur l'un des deux fœtus, parce qu'il est porteur d'une maladie pouvant constituer une raison médicale pour interrompre la grossesse au-delà du délai légal, mais que l'autre est sain, si bien qu'il n'est pas possible d'avorter de ce dernier par la même occasion.
Sélection en fonction du handicap
La question de l'avortement sélectif des personnes handicapées hérite d'un passé eugéniste, marqué par la volonté d'éliminer les « fœtus défectueux ». Il en résulte un expérimenté par les communautés de personnes handicapées, tout particulièrement en ce qui concerne la génétique humaine.
La professeure Marsha Saxton (Université de Californie à Berkeley) note que les avancées du droit international ont permis de nombreuses reconnaissances pour les personnes handicapées, mais que les progrès médicaux en termes de dépistage prénatal pourraient parallèlement mener à une élimination complète des naissances de bébés porteurs d'un handicap. Il existe ainsi des volontés médicales et politiques d'empêcher toute naissance avec certains handicaps préalablement détectables, tels que la trisomie 21 et la spina bifida, favorisées par le lien de cause à effet entre dépistage / diagnostic prénatal du handicap, et recours à une interruption de grossesse.
Bien que les médecins et les personnes handicapées défendent tous le pour leur santé, leurs points de vue peuvent, à ce titre, s'opposer. D'après le en droit et Rebecca Leah Levine, le point de vue médical est largement entendu et diffusé dans le cadre de la mise en place des politiques de dépistage et d'interruption de grossesse, mais ce n'est pas le cas de celui des personnes handicapées, qui voient cela comme un moyen d'empêcher les futures naissances de personnes comme elles.
En France L'avortement thérapeutique est mobilisable dès les années 1950, en prévention de handicaps congénitaux. Raymond Turpin s'inquiète en 1956 du taux de survie des bébés handicapés :
Les politiques françaises de prévention du handicap à la naissance se fondent sur des considérations de coût pour la société, comme le stipule l'introduction du rapport des professeurs Alexandre Minkowski et Thieffry, dirigé en 1969 par Maurice Lamy : .. Le Haut Comité de la santé publique déclare en que ..
Le premier plan périnatalité français est lancé en 1972, dans l'objectif, entre autres, de prévenir les handicaps à la naissance. La généticienne du Centre international de l'enfance Joëlle Boué demande cette même année si les « anomalies chromosomiques » (incluant la trisomie 21), une fois mises en évidence, peuvent être . Elle travaille avec son mari André Boué à la mise en place du diagnostic prénatal pour les femmes de 40 ans et plus, afin de rechercher la trisomie 21. La proposition systématique de caryotype fœtal pour les futures mères de plus de 40 ans fait du diagnostic prénatal un , entraînant au début des années 1970 un vaste débat autour de la notion d'« avortement eugénique ». Depuis 1975, la loi Veil distingue l’avortement pour « détresse maternelle » et l'interruption médicale de grossesse, autorisé sans limite de terme s'.
La France pratique une sélection des naissances, et procède à un dépistage systématique de la trisomie 21 à partir des années 1990, pris en charge par l’assurance maladie à partir de 1997.
Le comité consultatif national d'éthique déclare en 2001 que ..
En 2009, 92 % des trisomies sont dépistées et 96 % de ces cas dépistés débouchent sur une interruption de grossesse, ce qui en fait le taux le plus élevé d'Europe..
Aux États-Unis Une pensée eugéniste s'est largement diffusée parmi les élites américaines durant les années 1920 et 1930. Margaret Sanger est ouvertement eugéniste, écrivant en 1922 dans The Pivot of Civilization que (le problème le plus urgent aujourd'hui est la manière de limiter et de décourager la sur-fertilité des déficients mentaux et physiques)..
Un débat éthique fait rage autour du droit à l'avortement en cas de détection d'une trisomie 21. Le Dakota du Nord, l'Indiana et l'Ohio interdisent l'avortement en cas de détection prénatale de ce handicap.
Au Royaume-Uni En 2017, Kevin Shinkwin, personnalité membre de la chambre des lords britannique ayant un handicap visible de naissance, souligne la différence de traitement dans les lois britannique sur l'interruption de grossesse, entre les fœtus handicapés et non-handicapés, les fœtus handicapés pouvant être légalement éliminés au delà du délai légal d'interruption de grossesse applicable aux fœtus non-handicapés.. Il déclare à cette occasion que , dénonçant « l'incohérence grotesque » de cette forme d'eugénisme anténatal..
Questions éthiques soulevées L'ONU signale dans un rapport adressé au conseil des droits de l'homme, et daté du , la pérennité du dans de nombreuses sociétés, ajoutant que reste fortement présent, voire se renforce. Le philosophe utilitariste australien Peter Singer écrit dans Questions d'éthique pratique, en 1979, que killing a defective infant is not morally equivalent to killing a person. Very often it is not wrong at all () (Dans l'édition de 1993, le terme defective a été remplacé par disabled)..
En ce qui concerne l’avortement sélectif (entre autres), . Le rapport de l'ONU cite dans ce cadre les . De plus, ..
La détection du nanisme pseudoachondroplasique, caractérisé par une très petite taille et un faciès typique sans déficience intellectuelle, est facilement acceptée comme motif d'interruption médicale de grossesse (à 80 %) en France en .. Le médecin français Pierre Maroteaux dénonce cette situation l'année précédente : ..
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Avortement | IVG | IMG Euthanasie Bioéthique Jumeau | Lyse d'un jumeau
Bibliographie
Catégorie:Avortement Catégorie:Discrimination contre les personnes handicapées Catégorie:Gémellité