L'incendie de l'usine Lubrizol et des entrepôts de Normandie Logistique à Rouen a lieu le dans une usine de produits chimiques de la société Lubrizol, classée Seveso seuil haut (« à haut risque ») ; cette usine synthétise et stocke des produits chimiques (phosphorés et organosulfurés) destinés à être utilisés comme additifs pour lubrifiants. Pour des raisons encore inconnues, le feu a pris en un lieu encore inconnu et a touché une partie des entrepôts de Normandie Logistique et de la zone de stockage de Lubrizol. Un épais panache de fumée noire s'est formé, atteignant plus de . Ni morts ni blessés ne sont à déplorer, à l'exception de personnes légèrement intoxiquées.

Dans le cadre de la gestion de l'accident, différentes mesures sont prises pour la protection de la population (confinement, fermetures d'écoles, suspension de certaines activités agricoles).

Sur le plan sanitaire, les résultats des premières mesures (air, eau) font apparaître un état habituel de la qualité de l’air, à l’exception de la mesure effectuée sur le site de Lubrizol pour ce qui concerne le benzène, et une bonne qualité de l'eau. Toutefois après la parution de la liste des produits impliqués dans l’incendie, des interrogations demeurent sur la présence ou non de produits dangereux dans les dérivés des combustions, qui n'auraient pas été mesurés. La préfecture de région se veut cependant rassurante et publie régulièrement ses analyses.. En , un rapport gouvernemental tirant les leçons du retour d'expérience est publié.

L'accident a également des conséquences économiques (entreprises en activité partielle, agriculteurs en arrêt de production). Une mission d'information parlementaire est lancée. Des procédures judiciaires sont engagées. Caractéristiques de l’usine et risques associés Caractéristiques générales L’usine Lubrizol de Rouen est implantée depuis 1954 sur d'une zone industrialo-portuaire, au sud-ouest de la ville de Rouen, principalement sur la commune de Rouen, mais aussi sur Le Petit-Quevilly (où l’habitat est plus présent).. Elle appartient au groupe américain Lubrizol Corporation qui fut dès la fin des années 1920 pionnier dans le domaine des additifs pour lubrifiants. Cette société est aujourd'hui propriété de Berkshire Hathaway, la holding du milliardaire et investisseur américain Warren Buffett. Elle possède en France trois usines, dont le site de Rouen qui accueille également une grande partie des services supports européens, ainsi que Lubrizol Holdings France et le siège de Lubrizol Advanced Material France. environ y travaillent..

L'établissement synthétise, mélange et conditionne des additifs pour huiles moteur et pour divers fluides de transport ; des additifs et fluides pour les lubrifiants industriels ainsi que des additifs pour l'essence, le carburant diesel et les .. Le site comporte des zones de stockage des matières premières et produits finis ainsi que des unités de fabrication ou de mélange.

Risques et classement Seveso Le site de Rouen relève de la directive européenne Seveso 3 du , relative à la maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs impliquant des substances dangereuses et transposée en droit français avec deux décrets en date du .Antérieurement à cette date, l’établissement relevait de la directive Seveso II transposée en droit français par l’arrêté ministériel du relatif à la prévention des accidents majeurs - sur Légifrance (consulté le ).. Compte tenu des produits stockés, l'établissement est classé Seveso seuil haut et relève du régime de l'autorisation au titre de la législation relative aux installations classées pour la protection de l'environnementSous la directive Seveso 2, l’établissement relevait du régime de l’autorisation avec servitude (AS). (consulté le ).. Y sont stockés et/ou employés en effet plus de de produits classés toxiques pour les organismes aquatiques ( autorisées au titre de la rubrique 1173.1 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement (consulté le ).). C'est aussi un du fait de la règle du cumul appliquée pour les activités relevant des rubriques 1171-1et 1171-2 (fabrication industrielle de substances ou préparations très toxiques/toxiques pour les organismes aquatiques) et 1172 (stockage de substances ou préparation très toxiques pour les organismes aquatiques).

Jusqu'en 2009, le site n'était que classé Seveso seuil bas, c'est-à-dire ne relevant pas de la catégorie seuil haut. En 2009 la société Lubrizol a engagé des études toxicologiques et écotoxicologiques dans le cadre de l'évolution de la réglementation relative aux produits dangereux et à leur étiquetage. Elles ont mis en évidence le caractère toxique pour l'environnement aquatique de certains produits fabriqués et/ou employés sur le site de Rouen, impliquant le passage à un classement Seveso seuil haut. En 2014, le fonctionnement de l'établissement était autorisé par les arrêtés préfectoraux du et du ..

La fiche d’information du public cite trois types de risques, variables selon les zones de l’établissement : incendie, du fait du caractère inflammable des produits stockés (risque dont la fréquence a été évaluée à au maximum une fois tous les ) ; dispersion toxique, due à la décomposition par la chaleur de certains produits, à la combustion d’une nappe liquide, ou au déversement de produits toxiques ; explosion, due à la formation et inflammation de vapeurs inflammables, déclenchant une déflagration.

Milieux naturels sensibles susceptibles d’être exposés Selon les évaluations de risques relatives à l'usine, la Seine est le milieu vulnérable le plus proche et dans un rayon de moins de 10 à figurent d'autres zones et habitats qui pourraient être directement ou indirectement concernés : on trouve à environ au nord-est du site les Coteaux de Biessard (un ensemble classé ZNIEFF de type I. À à l’est de l'usine se trouve le site du Coteau d’Hénouville et de la forêt de Roumare (ZNIEFF de type I) et la limite la plus proche du Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande (PNRBSN) n'est qu'à à l’est de l'usine, laquelle a été construite à environ (à l’ouest) de la zone « Estuaire et marais de la Basse Seine aval » (Site Natura 2000 et Zone de protection spéciale (ZPS) pour les oiseaux, ainsi qu’à au nord est des « Boucles de la Seine Aval », un autre site classé Natura 2000 (et ZSC). Et la forêt de Roumare est aussi classée en Forêt de protection..

Accidents précédents Premiers incidents En 1974, une importante fuite d'un gaz alors méconnu du grand public, le mercaptan, a lieu. De même en 1989 avec environ de gaz. Dans les deux cas les habitants doivent quitter leurs logements ; les informations manquent et les risques sont méconnus, la directive Seveso n'existe pas et l'heure n'est pas à remettre en cause l'existence de l'usine..

Accident du 21 janvier 2013 Le , une négligence lors de la production d'additif pour lubrifiant (le dialkyldithiophosphate de zinc) entraîne une importante émanation de mercaptans gazeux. ; une odeur désagréable est perçue jusqu'en région parisienne et dans le sud de l’Angleterre. L'odeur des mercaptans étant perçue à des concentrations extrêmement faibles, très inférieures au seuil de toxicité réglementaire, il n'y avait pas de danger pour la santé, mais faute d'information claire du public, l'incident a provoqué à Rouen un début de panique..

Pour la première fois dans le département, un Plan particulier d'intervention (PPI) est déclenché (préventivement). Il a permis aux autorités de superviser l’enlèvement du produit et le nettoyage des cuves (consulté le ).. Six mois plus tard, le rapport officiel conclut à une erreur humaine : un technicien a mis en route un agitateur au lieu d'une pompe. L'erreur était aussi collective, car le week-end, le personnel en poste n'a pas remarqué l'élévation de température de la cuve. Enfin, l'accident a été aggravé par la lenteur de la mise en place des mesures de neutralisation du problème, faute d’entraînement du personnel.. Le panache odorant a été rétrospectivement modélisé (en 2015), confirmant . (constat déjà fait lors de la première modélisation de 2013).

L'entreprise prend des mesures correctrices, dont le renforcement du suivi de la température des bacs de stockage ; la mise en place d’un diagnostic de début de décomposition des produits ; la vidange du contenu du stockage vers un bac de quarantaine en cas de suspicion de décomposition et la création d’une procédure de traitement d’une décomposition et des situations accidentelles qui en découlent.. L'État réagit aussi : la ministre Delphine Batho annonce, en , une vingtaine de mesures de sécurisation renforcée des sites Seveso, dans le cadre d’un . L'une de ces mesures est la création d’une force d’intervention rapide pouvant rapidement mobiliser des experts et les moyens d'autres sites industriels, et faire appel aux laboratoires indépendants et associations pour mesurer rapidement le niveau des rejets accidentels...

Des enquêtes judiciaires et ministérielles sont diligentées.. L'entreprise est condamnée à une amende de et la partie civile (l'association France Nature Environnement) obtient un euro symbolique et le remboursement de ses frais de justice.

Incidents récents En 2015, à la suite d'un incident d'exploitation, d'huile minérale se déversent dans le réseau d'évacuation des eaux pluviales. Un barrage est mis en place pour éviter toute diffusion dans la Seine.

En 2017, un arrêté préfectoral de mise en demeure pour est pris concernant l'usine.

Gestion des risques associés à l’établissement La politique de gestion du risque industriel en France s'organise autour des trois principes : réduire les risques à la source, limiter les effets d'un accident (action sur le vecteur de propagation) et limiter les conséquences (action sur l'exposition des cibles). Les pouvoirs publics déclinent ces trois principes en quatre points : la réduction du risque à la source, la maîtrise de l’urbanisation, l'organisation des secours et l'information du public. Ceci se décline pour cet établissement comme suit :

Réduction du risque à la source L'exploitant doit démontrer sa maîtrise des risques sur son site et sa capacité à maintenir ce niveau de maîtrise au moyen d'une étude de dangers (actualisée tous les cinq ans), et d'un système de gestion de la sécurité (SGS)..

Maîtrise de l’urbanisation autour du site vignette|upright=1.4|Carte du périmètre prescrit du PPRT de l’usine Lubrizol. Conformément à la loiLoi du relative à la prévention des risques technologiques et naturels et à la réparation des dommages., tout établissement Seveso à « haut risque » (dits AS) met en œuvre un plan de prévention des risques technologiques (PPRT) ; il vise à résoudre les situations difficiles en matière d'urbanisme héritées du passé et à mieux encadrer l'urbanisation future. L'exploitant met en œuvre toutes les mesures de sécurité envisageables pour atteindre un niveau de risque aussi bas que possible, compte tenu de l'état des connaissances et des pratiques et de la vulnérabilité de l'environnement de l'établissement : on parle de réduction du risque à la source. Le PPRT comporte des dispositions pour les constructions exposées au risque. Le PPRT relatif à l’usine de Rouen a été prescrit le . et approuvé le .. Les contraintes liées au PPRT s’imposent aux plans locaux d’urbanisme des communes concernées (Rouen et Petit-Quevilly).