La Société philomathique de Bordeaux est une école de formation aux métiers d'art et d'artisanat, créée en 1808, à l'initiative d'Isaac Rodrigues (1754-1822) brodeur. Reconnue d'utilité publique depuis 1859 par décret impérial, l'association est animée par la transmission du savoir et des connaissances au plus grand nombre.

Depuis plus de 200 ans, la Société Philomathique de Bordeaux (appelée couramment "Philomathique de Bordeaux") forme des dizaines de milliers de femmes et d’hommes désireux d'acquérir une compétence. Engagée dès l'origine dans une démarche de progrès et d'innovation, elle lance, dès 1866, les cours gratuits pour les femmes.

Elle poursuit aujourd'hui sa mission de formation en accompagnant chaque année plus de 800 personnes dans les domaines des métiers du bois, de la mode, de l'ameublement et de l'art. La Philomathique est la première école professionnelle de Bordeaux. Elle se caractérise par la qualité de ses formations, certifiées Qualiopi (100% de réussite aux examens depuis 2020).

Le terme philomathique vient des mots grecs « philo » qui signifie ami et « mathique » qui fait référence au savoir et à la connaissance.

Histoire de la société Les origines Le « Musée de Bordeaux » La création de la Société remonte officiellement au sous le nom officiel de Société Philomathique du Museum pour l'instruction publique. Il faut en réalité rechercher ses origines dès la fin du , vers 1783, dans l'histoire du Musée de Bordeaux et du grand mouvement encyclopédique qui précéde la Révolution française.

Bordeaux, ville de goût, parmi les plus riches du royaume, est dotée d'une Académie. Elle s'inspire des Lumières et souhaite se doter d'une société permettant d'acquérir des connaissances en arts, lettres et sciences.

En 1783, l'abbé Dupont des Jumeaux a l'idée de créer sur le modèle parisien une société, qu'il nomme Musée de Bordeaux. La société prend pour devise : Liberté, Egalité. C'est sur cette ambition que le Musée crée des cours publics, non gratuits : cours de mathématiques, de physique expérimentale, d'astronomie, d'architecture, de langues grecques, hébraïque, latine, française, italienne et anglaise, ainsi qu'un cours de géométrie public et gratuit en faveur des artisans et ouvriers de toutes les classes et un cours professionnel d'architecture navale. Ces deux derniers cours donnent par la suite à la Société philomathique l'idée de l'enseignement technique, gratuit, en faveur de la classe ouvrière.

L’intendant Nicolas Dupré de Saint-Maur obtient en 1783 l’autorisation de créer le Musée de Bordeaux. Selon ses propres paroles, cette société doit contribuer «  à éveiller, dans une grande ville, le goût des sciences et des lettres, à exciter l’émulation des artistes. » Les premiers membres de cette assemblée sont, avec l’abbé Dupont des Jumeaux (1755-1823) et Dupré de Saint-Maur, l’abbé Sicard, les avocats Gensonné, Vergniaud, Saige, Dominique Garat (1735-1799) , l’ingénieur Brémontier. De nombreux membres du Musée appartiennent à des loges maçonniques bordelaises.

Le musée siège dans une des salles de l'Intendance, la Salle des concerts, utilisée après l'incendie de la salle de spectacle de l'hôtel de ville en 1755 et mise à disposition du Musée de Bordeaux à partir de 1783 par l'intendant Dupré de Saint-Maur. Il publie un recueil de ses travaux. Élie Fréron, dans L'Année littéraire de 1789, fait, dans un long développement, une critique élogieuse des ouvrages du Musée de Bordeaux, dédié à la Reine :

Le musée de Bordeaux, à la fondation duquel les francs-maçons ont contribué, comporte des membres de la communauté juive, comme Raba et Abraham Furtado.

Le Musée de Bordeaux disparaît en 1796 avec les tensions de la Révolution, mais ses idées survivent jusqu'en 1808 avec la création de la société philomathique de Bordeaux.

Le « Museum » De 1800 à 1807 Isaac Rodrigues1751-1822, commerçant en broderies pour dames, collectionneur d'objets d'histoire naturelle, s'associe à Jean Goethals1760-1841, fabricant de toile de Flandre, collectionneur de peinture, sculptures, gravures et objets d'art ancien, afin de créer le Museum d'instruction publique de Bordeaux pour présenter leurs collections, donner des conférences, des concerts, des cours publics. Ils font construire par souscription un bâtiment au 28 rue Mably à Bordeaux. La bâtiment, où sont disposées les collections, abrite une bibliothèque. A partir de 1802, est publié un Bulletin polymathique.

En 1806, les deux hommes, en désaccord, se séparent. Goethals, qui acquiert le local de la rue Mably, y installe le Museum d'histoire naturelle, des arts et d'instruction publique de Bordeaux, renommé en 1810 jusqu'à sa disparition en 1819 : L'Athénée. Rodrigues, qui s'installe au 42 allées de Tourny à Bordeaux, garde le Bulletin Polymathique et crée un Museum d'instruction publique qui ferme en 1822, à son décès.

La Société Philomathique du Museum En , Rodrigues s'inspirant de l'ancien Musée de Bordeaux de 1783 crée la Société Philomathique du Museum. Cette création est guidée par les idées du siècle des Lumières, fortement présentes au sein de la capitale girondine. La Société Philomathique réunit alors des hommes influents provenant des cercles socio-économiques, scientifiques et artistiques.

Comme son nom l'indique (« philo » signifiant ami et « mathique » le savoir et la connaissance), les Philomathes sont donc les amis des sciences, des lettres et des arts. Au la société est créée dans le but de répandre l'enseignement auprès des adultes, de diffuser les résultats et les innovations dans l'art, l'artisanat et l'industrie, ainsi que de pratiquer et exposer les nouvelles techniques de production. La Société philomathique de Bordeaux est précurseur dans les formations innovantes et dans l'organisation de grandes expositions internationales sur la place des Quinconces. Elle a à son actif diverses initiatives comme la Foire internationale de Bordeaux, l'École Supérieure de Commerce de Bordeaux, la formation des apprentis et des adultes et la publication de diverses revues. Elle est aujourd'hui l'une des plus anciennes sociétés savantes de bordeaux.

Histoire de la Philomathique Dès son origine, la société œuvre pour l'intérêt général de la ville et de ses habitants en devenant un véritable centre vivant. Ses principaux membres et dirigeants étaient des personnes issues des classes politiques et économiques de la ville comme des maires, des députés, des chefs d'entreprises, des avocats et des juges, ainsi que des membres de la Chambre et du Tribunal de Commerce. La société organisait des concours littéraires et des concerts grâce à son importante section philharmonique ; elle patronnait les cours publics du Museum, et publiait des articles dans le Bulletin Polymathique ainsi que les comptes rendus de ses fêtes et de ses réunions.

On trouvait au Museum une galerie d'exposition « dans laquelle étaient rassemblées des collections nombreuses et variées d'objets d'histoire naturelle, des tableaux, etc., un cabinet de lecture où l'on trouvait quatorze journaux politiques, littéraires et scientifiques, des cartes géographiques, les nouveautés qui s'imprimaient à Bordeaux, une bibliothèque avec un cabinet d'étude, un salon dans lequel on pouvait à toute heure jouir des agréments de la conversation d'une compagnie choisieBulletin Polymathique, 1809, p.378 », une salle d'assemblée pour la Société Philomathique, sa section philharmonique et pour les cours qui se tenaient au Museum. En 1809, la société offrait des cours d’électricité, de galvanisme, d'anglais, d'italien, d'histoire littéraire et ornithologie. En 1811, on trouvait le premier cours de sténographie.

En 1821, à la suite de la mort de Rodrigues, l'immeuble et les collections du Museum sont mis en vente et la Société se retrouve sans abri. Après quelques années d’errance, la société s'installe en 1825 dans le local du Waux-hall, fossés de l'Intendance. En 1831, la société rencontre des difficultés financières et est menacée de dissolution. Ses travaux sont suspendus et une commission de liquidation est mise en place afin de régler sa faillite. Elle reprend ses activités le , et pour pallier ce genre de situation, rend son nombre d'adhérents illimité. En 1838, elle déménage rue du Palais-Gallien et dans la salle du Casino de la rue RollandAu de la rue Rolland furent donnés, pendant 9 ans à partir de janvier 1838, les concerts du cercle philharmonique, dans la salle du « casino », redevenue en 1879 le jeu de paume initial (1790) in Le nouveau viographe de Bordeaux par Robert Coustet, 2011, ., puis en 1839, dans la maison Pagès, au coin de la place de la Comédie, des allées de Tourny et de la rue Mautrec.

Tout au long de ces années, la société réalise et s'implique dans un grand nombre de projets tournés vers l'innovation et la révolution industrielle. En 1809, création d'un modèle réduit d'une machine aidant les bateaux à remonter le courant et naviguer ; en 1810, organisation d'actions en faveur du vaccin antivariolique de Jenner ; en 1822, création de fermes expérimentales ; 1824, introduction du coton dans le midi de la France ; 1827, premières expositions ; 1828, introduction de l'élevage du ver à soie ; 1839, cours gratuit de dévidage de la soie. En 1827, la société organise sa première exposition des produits de l'industrie, qui deviendra un événement phare et récurrent. Entre 1822 et 1856, elle s'attelle également à l'organisation de nombreux cours gratuits pour adultes. Ses activités extérieures s'orientent donc dans deux directions principales : les expositions et l’œuvre d'instruction pour les adultes.

À partir de 1840, sous les directives du ministre Guizot, la société crée une section d'archéologie pour la recherche et l'étude des monuments historiques de la région. Elle prendra son indépendance en 1873 en tant que Société archéologique de Bordeaux. C'est donc autour de la Société philomathique et surtout grâce à elle que des sociétés spécialisées vont se constituer, comme la Société des Amis des Arts, le Cercle Philharmonique et la Société Sainte-Cécile, ce qui rend caduque l'organisation d'expositions de tableaux ou d'auditions musicales par la Société philomathique. La Société doit se réorienter, se recentrer. À travers ses salons, conférences et publications, elle vulgarise les inventions nouvelles et les avantages que Bordeaux et les Bordelais pourraient en tirer. Elle va donc s'associer et promouvoir les initiatives qui permettraient le développement de l'industrie et du commerce, un enrichissement matériel, moral ou intellectuel pour la ville de Bordeaux. Les fondateurs déclaraient ainsi son objet : « Tout ce qui peut contribuer au progrès des connaissances utiles et agréables est l'objet de la Société philomathique. Son but est d’exciter l’émulation, d'animer l'industrie et de réunir les talents.»

C'est sous l'essor économique du Second Empire (1852-1870) que la société va compléter ses activités en reprenant la publication d'une revue.

La société philomathique est aussi un cercle mondain et organise des Salons. Dans ce cercle elle offre tout type de ressources comme des journaux, des publications ou bibliothèque, mais aussi des salons de jeux et des salles de billard. La société devient alors l’un des lieux les plus fréquentés et les plus agréables de Bordeaux. Ces cercles seront en activité jusqu’au début de la guerre en 1939.

1859 Le legs Fieffé En 1857, l'un des membres de la société, Charles Jean Pierre Louis Fieffé Montgey de Lièvreville décède. Il fait de la ville de Bordeaux la principale légataire de sa grande fortune, avec pour condition de créer des écoles et autres institutions en liens avec le savoir. La Société Philomathique de Bordeaux demande alors qu'une partie de ce Legs lui soit consacrée afin de construire un établissement d'utilité publique qui abriterait une école industrielle d'arts et métiers au cœur des quartiers habités par les classes ouvrières.