Angélique-Nicole Carlier, également connue sous le nom de Madame Tiquet, née à Metz, le , jugée pour avoir tenté à plusieurs reprises d'assassiner son mari, exécutée place de Grève à Paris, le , est une femme qui marqua l'histoire par son procès et les conditions sordides de son exécution. De nombreux écrits posthumes relatèrent son infortune sous différents jours, ce qui contribua à forger sa légende.

Éléments biographiques Angélique-Nicole Carlier est née à Metz, le . À sa naissance, son père, Pierre Le Carlier, est un riche imprimeur-libraire sur la place de Metz. Il a ensuite été l'un des premiers commis de Michel Le Tellier. Il avait épousé, le , Geneviève Picot, veuve de Louis Vitré. Le , le roi le nomme correcteur des comptes et le charge de missions diplomatiques et militaires.

Le couple a deux enfants, Philippe, né en 1653Registres de Paris (1530-1792), Fichier BMS (Saint-Eustache), vol. 146, "Thierry - Tirard", puis Angélique en 1657. Leurs parents meurent prématurément, les enfants se retrouvent orphelins alors qu'Angélique n'a que quinze ans. Ils héritent chacun d'un demi-million de francs. On la dit « belle, spirituelle et gracieuse ». vignette|gauche|L’église du Couvent des Feuillantines détruite en 1792.

C'est une tante qui devient alors sa tutrice. Un conseiller du Parlement de Paris, Claude Ticquet, se rapproche de celle-ci, n'étant pas avare de cadeaux pour la tante, il lui offre ainsi une somme de et ne tarde pas à briguer la main de sa pupille.

Claude Tiquet est conseiller du roi, substitut du procureur général. Il était l'unique héritier de l'honorable marchand-drapier, Jacques Tiquet, bourgeois de Paris demeurant rue Saint-Anthoine. Son grand-père, lui-même drapier était installé à Beauvais. Sa mère meurt en . À sa mort, son père lui laisse une fortune considérable qu'il ne tardera pas à dilapider.

À cette époque, Angélique-Nicole réside au couvent des Feuillantines. Le « plus du tout jeune » Claude Tiquet, menait grand train et ne lésinait pas en cadeaux pour séduire sa promise. Le jour de sa fête, il lui fait porter un bouquet où se distinguent des fleurs en diamant d'une valeur de . Le mariage entre Claude Tiquet, âgé de plus de quarante ans et Angélique-Nicole Carlier est célébré à Paris, le , Angélique-Nicole est alors âgée de .

Madame Tiquet vignette|droite|350px|Les armoiries de Claude Ticquet Le couple s'installe Rue des Saints-Pères. Les trois premières années de mariage se déroulent dans une certaine félicité, deux enfants naissent de cette union, une fille et un garçonLe couple se marie en et donne rapidement naissance à un fils, Claude-Auguste Tiquet et, vers 1678, à une fille, Angélique-Nicole. Après l'Affaire Tiquet, Claude-Auguste Ticquet de Chambon vécut à l'étranger. Il était secrétaire de l'ambassade de Monsieur Puisieux, d'abord en poste à Naples, puis, envoyé à Bruxelles en 1743. Angélique-Nicole, fille, entrera dans les ordres, au couvent de la Conception de la rue Saint-Honoré (Paroisse Saint-Roch). Elle y mourut, âgée de , en 1754. Source André-Fribourg 1908 page 313.. Ensuite, l'humeur « grondeuse » du mari et ses revers de fortune qui se révèle être bien moins importante qu'annoncés contribuent à ternir les relations conjugales. C'est ainsi, qu'avec amertume, Angélique-Nicole découvre que la fortune de son mari qui devait au moins égaler la sienne, n'existe pas, qu'il a mené grand train et dilapidé ses avoirs pour amadouer la tante et obtenir ainsi sa nièce en mariage, et qu'aujourd'hui, seul le fruit de son travail lui permet de subvenir à ses besoins. La déconvenue est cinglante pour Madame Tiquet qui aime tant le faste.

La situation financière de son mari éventée, Angélique-Nicole se rapproche d'un capitaine des gardes du roi , ami de son frère : le comte de Montgeorges, Gilbert Gaulmyn II, fils de Gilbert Gaulmin qui était lieutenant criminel, avocat général au Grand-conseil, doyen des Maîtres des requêtes, conseiller d'État. Le fils d'abord sous-lieutenant aux gardes s'illustre à Valcourt, lors de la Bataille de Steinkerque et lors de celle de Neerwinden où il se couvre de gloire.

Le couple ne tarde pas à être amant car comme l'écrivait Jean de La Bruyère dans Les Caractères et à propos des femmes :

Une idylle ne tarde pas à se nouer avec le capitaine. Tandis que les créanciers de son mari sont à ses trousses, Angélique-Nicole, pour mettre les siens à l'abri, demande une séparation de biens. Le mari découvre l'infidélité de sa femme et obtient une lettre de cachet. Mais le mari ne pouvant se résoudre à faire enfermer son épouse tente de lui faire recouvrer la raison allant même jusqu'à la menacer de faire exécuter le pli signé de la main du ministre. Elle se saisit alors de la lettre pour la jeter au feu. 350px|vignette|droite|Le Grand Châtelet de Paris (gravure du par Amans-Alexis Monteil). Devenant chaque jour un peu plus la risée de Paris qui fourmille de quolibets à son encontre, monsieur Tiquet tente, en vain, d'obtenir une nouvelle lettre de cachet. La situation est à ce point délitée que le Châtelet prononce finalement la sentence de séparation de biens.

Le couple continue cependant à habiter sous le même toit. Ne se croisant qu'aux moments des repas, ils ont chacun leurs appartements. Angélique-Nicole fait régulièrement encore l'objet de remontrances, de reproches et de brusqueries de la part de son mari tant et si bien qu'elle lui voue désormais une haine tenace tant il incarne à ses yeux un rôle de geôlier la brimant de toute liberté. Elle en arrive ainsi à concevoir un projet d'assassinat pour recouvrer la pleine possession de sa destinée.

Pour mener son projet à son terme, il lui faut un complice qu'elle trouve en la personne de son portier, Jacques MourraOn trouve également Morel ou Moras, qu'elle amadoue par l'argent et peut-être même par d'autres faveurs, laissera entendre son procès. Il faut à ce dernier également un complice qu'il trouve en la personne d'Auguste Cattelain. Ce serviteur avait pour profession « d'initier les étrangers aux délices et ragoût de la capitale du royaume ». Mais, coup de théâtre, tandis que des hommes de main sont sur le point de molester Monsieur Tiquet en rue, Angélique-Nicole renonce à ses plans, annule l'opération et rétribue grassement ses deux complices les enjoignant au silence éternel sous peine de leur vie.

Ignorant tout de ce à quoi il avait échappé, Monsieur Tiquet continue avec acrimonie et jalousie de vilipender sa femme. Il interdit au portier, Jacques Mourra, de laisser entrer dans sa demeure le capitaine de Montgeorges mais ce dernier, tout acquis à la cause de sa femme, n'obtempère pas et laisse les deux tourtereaux vivre leurs amours. Monsieur Tiquet s'en aperçoit et congédie le portier. À cette époque, le soir venu, il ferme la demeure à clef obligeant quiconque à passer par lui pour entrer ou sortir de l'habitation mais là encore, le stratagème n'empêcha pas les amants de se voir. La haine qu'Angélique-Nicole nourrit à l'encontre de son mari ne s'en trouve qu'à nouveau renforcée, si bien qu'elle décide de se charger elle-même de cette basse besogne et de concocter un bouillon empoisonné qu'elle fait porter à son mari par son valet de chambre. Ce dernier, subodorant l'intrigue et ne voulant pas en être complice, fait mine de trébucher et répand sur le sol le brouet criminel. À la suite de cet épisode, il demande et obtient son congé.

L'Affaire Tiquet

Le , comme à son habitudeArchives nationales, dossier Y 11126 : documents du commissaire Eustache Claude de Berry, commissaire au Châtelet de Paris, plainte pour Monsieur Tiquet contre le nommé Morel (Mourra), portier, 9 avril 1699 cité in , Monsieur Tiquet prend son repas du soir chez Monsieur Vilmain, son voisin, il le quitte un peu tard et regagne son domicile. En chemin, il est accosté par deux individus, l'un d'eux l'interpelle : . Il tire ensuite deux coups de pistolet qui atteignent Monsieur Tiquet tandis que le second complice dégaine son épée et frappe l'infortuné à plusieurs reprises. vignette|gauche|Le Petit pont et le Petit Châtelet en 1717. Les domestiques, alertés par le bruit, viennent au secours de Monsieur Tiquet qui est reconduit chez Monsieur de Vilmain. Quelque temps plus tard, Madame Tiquet, accompagnée de son fils souhaitent prendre des nouvelles du père et mari. Monsieur de Vilmain s'y oppose "pour ne pas aggraver son état". Le lendemain, son état est stable et il peut-être entendu par l'agent de quartier qui enregistre sa plainte au travers de laquelle, il autorise le lieutenant-général de police à enquêter sur les faits.

Les témoignages de Claude Ticquet, des domestiques et des voisins ont tôt fait d'orienter les suspicions sur Madame Tiquet et le portier, Jacques Mourra, contre lequel, Monsieur Tiquet avait déposé une plainte deux jours plus tôt pour vol et revente de denrées alimentaires. Angélique-Nicole Carlier est arrêtée quatre jours après les faits et le Châtelet, diligente le lieutenant criminel Jacques Dessita accompagné d'une troupe d'archers pour y procéder. Elle lui dit calmement : . Elle est emmenée à la prison du Petit Châtelet.

Arrivée au Châtelet, Angélique-Nicole constate rapidement qu'Auguste Cattelain est venu déposer librement. Il explique que, trois ans auparavant, elle lui avait donné de l'argent pour assassiner son mari et que le portier étoit également du complot. Jacques Mourra à la suite de cette déposition est également arrêté, il nie cependant toute participation. Angélique-Nicole clame son innocence, invoque une machination ourdie par son mari qui aurait soudoyé Cattelain pour de faux aveux. Elle ne voit que fables dans ce premier méfait avorté et assure ignorer tout du second.

L'instruction L'instruction débute et la culpabilité de la prévenue chemine tant pour la justice que pour l'opinion publique. Angélique-Nicole Carlier est transférée au Grand Châtelet. Dès le début de l'affaire, le Marquis de Dangeau qui tient son Journal de la cour et le Marquis de Sourches font écho de la nouvelle qu'ils commentent. Le journal de langue française, bien que publié aux Pays-Bas, Histoire journalière en fait également état une semaine plus tard. Cette presse mondaine suivra l'affaire durant plusieurs semaines. Une chanson populaire circule même en ville : vignette|droite|Louis XIV par Hyacinthe Rigaud en 1701. Le Capitaine de Montgeorges est assez rapidement mis hors de cause tant par la justice que par la rumeur dont le capitaine s'était, toujours selon la gazette publiée en Hollande, cependant plaint en audience privée auprès du Roi qui l'avait informé ne pas vouloir s'impliquer dans l'affaire qui était désormais entre les mains de la justice. Des rumeurs infondées circulent. On aurait arrêté l'un des auteurs à Tours ou encore, qu'Angélique-Nicole Carlier aurait tenté d'attenter à ses jours. On apprend également dans l'Histoire journalière du que Claude Ticquet a déposé une plainte pour adultère à l'encontre de son épouse « pour empêcher la confiscation de son bien en cas qu'elle soit convaincue de l'avoir voulu faire assassiner ».