175px|vignette|Clocher de Sant Just i Sant Pastor de Son, dans le Pallars Sobirà. 175px|vignette|Sant Cristòfol de Beget est un bon exemple de l'art roman le plus pur dans le Piémont pyrénéen. L'art roman s'est développé sans frontières aux à travers l'Europe centrale et occidentale, de la Pologne au Portugal et de la Scandinavie à la Sicile.. Malgré sa large expansion, c'est un art très homogène, raison pour laquelle il a été considéré comme le premier style médiéval européen complètement épanoui. En dépit de ce consensus, et comme il est advenu avec les langues romanes, différentes écoles nationales sont apparues, comme la catalane, étroitement liée à celle de la Lombardie. Son nom, passé dans l'usage courant seulement à partir de 1835, révèle qu’il puise ses origines dans la tradition romaine, dont il s'inspire tant en architecture qu'en sculpture, et même en peinture, dans ce dernier cas au travers de l'influence byzantine, très forte dans le Nord de l'Italie.

Après la décomposition de l'Empire carolingien, le territoire qu'il couvrait se fragmenta en petits États et comtés, régis par la féodalité, système économico-juridique et de relations sociales qui s'étendit à tout l'Occident européen à partir du , période où l'art roman connut son expansion, laquelle coïncide également avec l'éclosion des langues romanes, qui se sont peu à peu formées à partir du latin dans les siècles précédents, éveillant dans la population le sentiment d'appartenir à une nation (l'abbé Oliba parle déjà de patrie), sous la souveraineté, dans le cas de la Catalogne, des comtes de Barcelone.

Après une période considérée comme préromane, vers le milieu du , suivent deux périodes ou styles romans correspondant en Catalogne à deux étapes dans la lutte pour la reconquête du territoire à l'Islam. Ainsi, le premier âge roman, qui donne naissance à l'art roman lombard, correspond à l’ancienne Gothie, où les comtes catalans étaient arrivés au ; le second âge roman, ou âge roman classique, couvre la Nouvelle Catalogne, c'est-à-dire les territoires conquis au , à savoir les régions de Lérida, Tarragone et Tortose, qui donnent à la Catalogne sa configuration définitive.

L'art roman se prolongea en Catalogne jusque sur la première partie du ; il était donc encore l'art consacré lorsque Jacques d'Aragon conquit Majorque (1229) et Valence (1239). Ce ne fut que dans la deuxième moitié du siècle que s'imposèrent progressivement en Catalogne les formes et l'esprit du nouveau style : l'Art gothique.

Contexte historique et social Antécédents historiques vignette|redresse|La Bataille de Poitiers (732), par Charles de Steuben, Château de Versailles.

La Catalogne est envahie vers 716 par les troupes musulmanes, qui poursuivirent leur expansion vers le Nord jusqu'à ce qu'elles furent mises en déroute à la bataille de Poitiers (732) par les troupes de Charles Martel. Charlemagne, qui voyait compromis son vaste empire européen, l'Empire carolingien, interposa entre celui-ci et l'Islam une frontière, une zone tampon, qu'on appela la Marche d'Espagne, la future Catalogne. Deux étapes importantes de la mise en place de cette « marche » furent la conquête de Gérone par les Francs en 785 et la soumission par Louis le Pieux, fils de Charlemagne, en 801, de la ville de Barcelone et des terres avoisinantes, jusqu'au Llobregat ..

C'est à cette époque que le cours inférieur du Llobregat devint la frontière méridionale de l'empire, séparant les chrétiens des Sarrasins. Ce n'est qu'au début du , plus précisément en 904, qu'il y a trace des premiers établissements chrétiens situés sur l'autre rive du fleuve, comme le château de Cervelló. Nombreux furent les paysans qui colonisèrent ces terres par le moyen de l'aprision..

Souveraineté vignette|redresse|Raimond-Bérenger IV de Barcelone et Pétronille d'Aragon.

C'est lorsque la Catalogne obtint sa souveraineté que l'art roman s'y implanta progressivement. Depuis Guifred le Velu (878-897), les comtes catalans avaient entamé la marche vers la souveraineté, mais ce seront les grands comtes de Barcelone, comme Raimond-Bérenger (1035-1076), l'Ancien, ou Raimond-Bérenger III (1093-1131), le Grand, qui mèneront le pays à sa plénitude, parallèlement au développement de l'art roman. La mosaïque des comtés formant la Catalogne s'était peu à peu fondue en un seul État sous la souveraineté des comtes de Barcelone, à l'exception des comtés de Pallars et d'Empúries, qui se rapprochèrent plus tard.

Raimond-Bérenger IV (1113-1162), conquérant de Tortose (1148) et de Lérida (1149), apporta la dernière touche à la configuration définitive de la Catalogne telle que et matérialise l'union avec l'Aragon par ses fiançailles (1137) avec la princesse Pétronille, fille âgée d'à peine un an du roi d'Aragon Ramire II. Leur fils, Alphonse le Chaste (1162-1196), sera le premier comte de Barcelone à arborer le titre de roi d'Aragon.

Féodalité 200px|vignette|left|Les trois ordres sociaux dans la société féodale : moine, chevalier, paysan.

Le développement et l'expansion de l'art roman coïncident également avec l'avènement de la féodalité à tous les niveaux de la société, caractérisé par la désintégration de l'autorité du pouvoir public, c'est-à-dire la privatisation progressive des charges et fonctions publiques, qui deviennent héréditairesLes premiers comtes étaient directement nommés et choisis parmi les chevaliers par le monarque de l'Empire carolingien, plus tard du royaume de France. Peu à peu, l'élection libre est substituée par un choix au sein d'une même famille. Le même processus se retrouvera dans les vicomtés établis par les comtes catalans. C’est là l'origine de quelques-unes des puissantes familles de la Catalogne médiévale (familles de Cardona, Requesens, Cabrera...)... Dans la féodalité, les hommes étaient liés les uns aux autres par des liens de vassalité et de fidélité et l'objet du pacte était le fief, qui consistait en l'usufruit d'une terre ou d'un château ou aussi en une fonction publique ou des rentes.. Toute cette structure était sous l'emprise du prince, le comte de Barcelone, auquel étaient soumis de nombreux nobles et barons, parfois si puissants qu'ils en vinrent à se rebeller contre l'autorité du souverain.

Par opposition au fief, l'alleu était un domaine exempt de toute prestation. Dans la féodalité, les paysans, soumis au servage, étaient attachés à la terre, qu'ils ne pouvaient abandonner sans payer un rachat (remença) au seigneur.

Grâce à ce système, les anciens châteaux bâtis en toute hâte au moment de la reconquête du pays, purent être reconstruits. Les plus stratégiques prirent même une importance considérable, donnant leur nom à des lignées, telles que les Cardona ou les Cabrera, qui, grâce à leur lutte contre les Sarrazins et à la reconquête de la Nouvelle Catalogne, deviendront les seigneurs de domaines étendus et exerceront une forte influence politique.

Trêve de Dieu

vignette|redresse|Statue d'Oliva de Besalù à Vic.

La prolifération des églises romanes s’explique par la violence féodale perpétrée par les nobles, qui affectait tout le monde, pas seulement les nobles et leurs guerriers, mais aussi le clergé et les moines, les paysans et tous les ordres de la société.

L'insécurité devint telle que l'Église, à l'initiative de l'abbé Oliva de Besalù, institua le mouvement de la Paix et de la Trêve de Dieu, lequel, pour protéger les personnes et les biens, interdisait la pratique de la guerre en des lieux et jours déterminés. C'est ainsi que se formèrent, sur une zone de trente pas autour des églises, des sagreras, où l'immunité était garantie..

Art préroman l'art préroman en deux périodes, l'une antérieure et l'autre postérieure aux Sarrasins. L'art qui se pratiquait avant la domination sarrasine suivait la tradition paléochrétienne. Très peu de vestiges nous en sont parvenus, car, presque toujours, un nouveau sanctuaire a été bâti par-dessus.

Au sens strict du terme, l'art préroman ou premier âge roman est tout ce qui précède l'art roman, mais cette désignation serait trop générale et l' de l'associer plus adéquatement à l'art qui est pratiqué au , après la domination musulmane de la Catalogne.

Architecture vignette|gauche|redresseExemple de mur en épi

L'art préroman, loin d'être homogène, recèle une pluralité de formes qui trouvent pour la plupart leurs origines dans des traditions autochtones antérieures et sont plus ou moins influencées par les substrats culturels de chaque région, alors que l' une continuité dans les formes les plus simples héritées de l'époque wisigothe. Dans certains cas, une nette volonté de renouer avec la Rome antique, perçue comme une civilisation supérieure, de même qu'avec l'art carolingien. Ailleurs, l'influence de l'occupation sarrasine est plus forte, comme dans l'art mozarabe de l'ouest de la péninsule. En Catalogne, les faux arcs en fer à cheval, qui ne respectent pas le vocabulaire des arcs arabes, ne sont pas d'influence mozarabe, mais sont de simples exemples de rusticité.

En un premier temps, les édifices d'époque antérieure furent retapés ou restructurés, mais vite de nouveaux bâtiments furent érigés sur de nouveaux plans, des basiliques ou de petites églises en pierre ou en terre, couvertes de bois, qui suivaient les modèles traditionnels. Le type le plus courant d'église préromane, qui reflète l'influence de l'architecture carolingienne consiste en un petit édifice à nef unique se terminant par une abside carrée ou trapézoïdale, parfois dotée d'un transept s'élevant entre l'abside et la nef. À la fin du , l'abside commence à prendre une forme semi-circulaire approfondie, très irrégulière.

Dans le courant du , l'apparition de la couverture en voûte dans les chapelles, puis dans les nefs des églises de petites dimensions. Les structures devinrent plus solides, avec des murs présentant de grosses pierres angulaires et souvent un appareil en épi, méthode de construction d'influence romaine, partout adoptée dans la deuxième moitié du siècle, tant dans les églises conservées dans l'Empordà et sur les rives du Llobregat que dans les châteaux érigés à la fin du siècle aux frontières de l'empire musulman.

Parmi les monuments authentiquement préromans subsistants, la Chapelle Saint-Martin de Fenollar., en Roussillon avec un « canevas » que dans les églises des provinces de Barcelone et de Gérone, avec une nef unique et un chœur rectangulaire plus étroit que celle-ci. Cette forme élémentaire de lieu de culte connaît une expansion considérable dans une bonne partie de l'Europe jusqu'au . L'arc entre la nef et le chœur peut avoir une forme de demi-cercle prolongé par une partie droite, type de tracé apparu dans la région dès la basse Antiquité.

Il convient également de mentionner l'église de Santa Maria de la Tossa de Montbui (Anoia), une bonne partie de l'ensemble monumental des églises de Sant Pere de Terrassa, Sant Quirze de Pedret, et la porta Ferrada – unique vestige de l'ancien monastère de Sant Feliu de Guíxols.

La fin du connut une véritable euphorie constructive dans les églises des monastères de la Gothie, sur les territoires les moins affectés par les incursions musulmanes, notamment dans les vallées des Pyrénées et sur les terres se trouvant en aval de celles-ci. C'est alors que commencèrent les grands chantiers de l'Abbaye Saint-Michel de Cuxa, et des monastères de Santa Maria de Ripoll et de Sant Pere de Rodes, avec leurs vastes édifices basilicaux couverts d'armatures en bois et dotés d'ouvertures à simple ébrasement.

Sculpture et peinture vignette|gauche|redressePeintures préromanes de l'église Saint-Cyr de Pedret.