Cet article relate la chronologie de l’incendie de l'usine Lubrizol à Rouen et de ses conséquences.
L’incendie a eu lieu le dans une usine de produits chimiques de la société Lubrizol classée Seveso II seuil haut (« à haut risque »). Cette usine synthétise et stocke des produits chimiques (phosphorés et organosulfurés) destinés à être utilisés comme additifs pour lubrifiants. À la suite de l’incendie, un épais panache de fumée noire s'est formé, atteignant plus de .
La première journée est consacrée à la maîtrise de l’incendie et à la mise en place de mesures de protection de la population et de l’environnement. Malgré une communication des autorités qui se veut rassurante au vu des premières mesures réalisées, les craintes de la population tant en matière de santé que d’environnement s’amplifient et la parole publique peine à être entendue. La publication le de la liste des produits présents sur site ne contribue pas plus à rassurer la population à tel point qu’avant la fin de la première semaine suivant l’événement, le tribunal de Rouen est saisi de plusieurs plaintes, une mission d’information parlementaire est créée, le mécontentement de plusieurs professions impactées s'exprime de diverses manières.
Semaine 1
Jeudi 26 septembre 2019
Déclenchement de l'incendie (jour J) Un incendie se déclare le jeudi aux alentours de supposément au sein de l’usine Lubrizol frappant les installations d’enfûtage et d’entreposage de l’usine ainsi qu'un entrepôt voisin n’appartenant pas à l’entrepriseIncendie à l'usine Lubrizol à Rouen : l'entreprise porte plainte contre X sur francebleu.fr (consulté le 1er octobre 2019., mais à la société SCMT (Société commerciale de magasinage et de transports).. L'origine formelle du feu n'est pas établie. Dans un communiqué le site officiel du groupe industriel émet l'hypothèse que celle-ci puisse être extérieure au site, sans publier d'éléments pour appuyer cette déclaration, mise en doute par certains médias..
Cellules de crise Le préfet de la Seine-Maritime déclenche immédiatement le plan particulier d'intervention de zone (PPI) et ouvre un centre opérationnel départemental (COD) en préfecture où l'ensemble des services de l’État sont regroupés pour gérer l'événement. Un Centre d'information au public (CIP) est également installé en préfecture, avec un numéro d'appel gratuit (02 32 76 55 66). À 15 heures, le CIP avait enregistré plus de ..
Parallèlement, les communes concernées, une fois informées, déclenchent également leur PPI et mettent en place respectivement une cellule de crise. Pour Le Petit-Quevilly, la chronologie est la suivante : 4 h 15 appel téléphonique de la Police nationale au cadre d’astreinte de la ville, informant de l'accident et demandant la pose d'un barriérage de sécurité du périmètre concerné, le cadre informe le directeur général, qui informe Charlotte Goujon, la maire, et le chef du service sécurité. . le cadre d'astreinte est devant l'usine en feu 5 h 00 les riverains les plus proches du site sont confinés dans leur domicile par les forces de l'ordre et les pompiers 00, une cellule de crise est en place à la mairie. Devant cette chronologie, la maire estime avoir été tardivement et pas correctement informée ..
Alerte de la population À , la ville du Petit-Quevilly utilise son système d’alertes par SMS et appel vocal de la société Cedralis qui a diffusé et parfaitement répondu aux attentes de la collectivité, auquel sont abonnés les habitants qui le souhaitent ( foyers selon le site de la commune.). Mais pour la maire « il y a eu des explosions bien plus tôt. Les habitants ont pris peur dès , du matin. Certains ont mis leur famille dans leur voiture et sont partis en catastrophe.» .
À , la préfecture de Seine-Maritime annonce qu'elle va déclencher les sirènes d'alerte à dans un but d’alerter la population.. Les sirènes, que l'on peut entendre le premier mercredi de chaque mois, sont un des vecteurs d’information du Système d'alerte et d'informations aux populations (SAIP), qui permet d’avertir la population d’une zone donnée, d'un danger imminent et de l’informer sur la nature du risque et le comportement à tenir. Elles sont complétées par un service de diffusion de l'alerte à des opérateurs dont certains médias, qui doivent relayer avec leurs propres moyens les informations.. Ces sirènes sont déclenchées entre « 8 heures et » à Rouen, selon Delphine Favre, de l'Association nationale des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs. Il apparaît toutefois que toute la population n’a pas entendu ces sirènes..
La mairie de Petit-Quevilly relaie quant à elle à l'information de confinement de la population dans un rayon de autour du site. et de fermeture des écoles Joliot-Curie et Jean-Baptiste Clément..
À , la Ville de Rouen met un communiqué sur son site web.
Extinction de l'incendie
Premières mesures de protection de la population et de l’environnement Mise à l'arrêt des activités du site, imposant l’arrêt des activités du site et sa mise en sécurité et imposant à l’exploitant de mettre en sécurité son site (collecter et évacuer les eaux polluées à la suite de l’incendie, évacuer les déchets) et d’assurer les actions nécessaires garantissant l’absence d’intrusion sur site et la maîtrise des accès, le tout à ses frais. * Définition d'une stratégie pour la mise en place d’une surveillance environnementale post-accidentelle Mis en place d’un barriérage de sécurité pour protéger le périmètre de confinement de défini et restrictions de circulation en conséquence ; Diffusion de conseils à la population Fermeture des écoles les 26 et 27 septembre, mise à l'abri des EHPAD et des crèches ; Recommandations aux éleveurs et aux agriculteurs Déclenchement du plan Polmar, un dispositif déclenché en cas de pollution maritime accidentelle qui prévoit notamment la mise en place de « barrages antipollution »..
Conséquences sanitaires et environnementales
Samedi 28 septembre 2019 (J + 2)
Le préfet annonce la mise en place d’une cellule post-accident technologique pour prendre le relais de la cellule de crise mise activée lors de l’accident. Les missions qui lui sont confiées portent sur l’évaluation de la situation, l’organisation des campagnes de prélèvements dans les différents milieux environnementaux (air, eau, sols) et le suivi sanitaire de l’événement en lien avec Santé Publique France..
Mercredi 2 octobre 2019 (J + 6)
La Conférence des présidents de l'Assemblée nationale décide d’ouvrir une mission d’information sur l’incendie de l’usine Lubrisol.
Semaine 2 (3-9 octobre 2019)
Actions des autorités Décontamination du site Le préfet de la région Normandie, Pierre-André Durand, fait un point de situation le jeudi 3 octobre sur les opérations de décontamination du site. Il déclare que des pompage massifs des boues d'hydrocarbures sont en cours et « auront permis en fin de semaine de résorber totalement ce qu’on appelle la petite nappe » située à proximité du hangar des fûts. « Le travail se poursuivra la semaine prochaine pour terminer la grande nappe». Il va durer encore plusieurs semaines vraisemblablement. Des brumisateurs ont en outre été installés « pour accompagner ces opérations et limiter le plus possible les problématiques d’odeurs». Le préfet note « des résultats très significatifs sur Rouen et [pense] que pour la population c’est quelque chose de très précieux, tant ces odeurs étaient incommodantes, dérangeantes et j’ajoute anxiogènes » ..
Lors du point de presse du 4 octobre, la préfecture révèle que trois entrepôts de l’entreprise voisine de Lubrizol, Normandie Logistique, ont brûlé, un entièrement, et deux partiellement... Normandie Logistique hébergeait temporairement des produits en provenance de l’usine Lubrizol. Deux de ses entrepôts ont en effet brûlé, sans que l’on sache formellement la quantité de produits impliqués. Le préfet annonce l’ouverture d’une enquête administrative pour déterminer si cette situation était normale ou non.
Connaissance des produits chimiques impliqués dans l'incendie Le 4 octobre, le préfet annonce que la liste de produits publiée le est incomplète. En effet, concomitamment à l'incendie du site de Lubrizol, les entrepôts de l'usine voisine, Normandie Logistique, non classée Seveso, ont également brûlé. Sur ses trois entrepôts de stockage, contenant de marchandises, un a entièrement brûlé et deux ont été partiellement détruits. Or, contrairement à Lubrizol, l’entreprise n’a pas été capable (au 4 octobre 2019) de dire précisément quels produits avaient brûlé et en quelle quantité. Selon le préfet « ce site, créé en 1947, est un peu ce qu'on appelait avant des magasins généraux ». Il rajoute toutefois que cette entreprise hébergeait également des produits « de chez Lubrizol ». « Ils étaient là de manière déportée, avant d'être rapatriés sur le site de Lubrizol », et annonce l’ouverture d’une enquête administrative pour savoir si cette situation était « régulière ou pas ». La préfecture communique ainsi sur son site de nouvelles informations sur de nouveaux produits susceptibles d’avoir brûlé. Les de produits stockés dans les trois bâtiments de Normandie Logistique au 26 septembre se répartissent en : de produits Lubrizol (des matières premières et des produits finis) et de produits Total (des asphaltes), soit un peu moins de , et des produits divers à hauteur d’un peu moins de (des produits alimentaires, tels que la gomme arabique, ou des produits tels que de la magnésie ou de la bauxite). Cette nouvelle information fait réagir des associations écologiques qui ne comprennent pas pourquoi Normandie Logistique n’a pas été incluse dans la zone Seveso pour la soumettre à des contrôles.
Enquêtes Commission parlementaire sénatoriale Le jeudi 3 octobre, le président LR du Sénat, Gérard Larcher, déclare sur LCI qu'une commission d'enquête parlementaire diligentée par le sénat sera créée « dans quelques jours » pour une durée maximale de six mois, aux prérogatives plus larges que la mission d’information de l'Assemblée nationale.. Cette commission d’enquête, dite transpartisane, est créée au Sénat le . Son objet est d'évaluer l'intervention des services de l'État dans la gestion des conséquences environnementales, sanitaires et économiques de l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, de recueillir des éléments d'information sur les conditions dans lesquelles les services de l'État contrôlent l'application des règles applicables aux installations classées et prennent en charge les accidents qui y surviennent ainsi que leurs conséquences et afin de tirer les enseignements sur la prévention des risques technologiques..
Conséquences sanitaires et environnementales
L'Institut national de l'environnement industriel et des risques confirme devant la presse qu'il est « possible que l'incendie ait conduit à l'émission de dioxine ».. Les premiers résultats relatifs à la dioxine (partiels et peu nombreux) sont communiqués par la préfecture ce jour sur son site. Les valeurs mesurées sous le panache sont soit inférieures soit supérieures au bruit de fond mais dans un ordre de grandeur comparable (les résultats vont de 0,04 à 0,20 nano-gramme d’équivalent dioxine par mètre carré ; alors que le « blanc » a été mesuré à 0,06). La préfecture précise que des résultats complémentaires sont nécessaires pour approfondir les premières observations..
Conséquences économiques Crise agricole