L'attentat de la préfecture de police de Paris est une attaque au couteau survenue le dans l'enceinte de la préfecture de police de Paris. Outre le tueur, elle fait quatre morts (trois policiers et un agent administratif) et deux blessés parmi les employés de l'administration.

En , les enquêteurs confirment la piste terroriste et parlent d'« un profil hybride » évoluant aux confins du terrorisme islamique et de la psychiatrie.

Contexte

Depuis , la France subit une vague d’attentats liés à l'islamisme. Les victimes décédées à la suite de l’attentat de la préfecture de police portent à 263 le nombre de morts dus au terrorisme islamiste depuis 2012..

Déroulement L’attaque se déroule pendant le , à l'intérieur des locaux de la préfecture de police de Paris, ensemble de bâtiments situé sur l'île de la Cité, dans le centre historique de la capitale et qui regroupe les principales directions de la police parisienne, à l'exception de la police judiciaire, située dans le palais de justice de Paris.

En début de matinée, le tueur arrive dans son bureau de la préfecture de police de Paris. Entre et , il échange avec son épouse à « connotation exclusivement religieuse »... L’adjoint administratif quitte son bureau à et achète deux couteaux à . Dans un SMS envoyé à sa femme peu avant les meurtres, il évoque cet achat, ce à quoi celle-ci répond : .. Ensuite, alors qu'il revient à la préfecture, il effectue un détour pour dissimuler les armes sur lui, un trajet pendant lequel il ne « trahit aucune fébrilité » selon l’enquête ultérieure.

thumb|L'île de la Cité est rapidement fermée par les policiers après l'attaque. À partir de , l’assaillant tue trois collègues dans deux bureaux, au premier étage du bâtiment. Puis, descendant vers la cour de la préfecture, il donne des coups de couteau à une femme qu'il croise dans les escaliers. Celle-ci meurt par la suite de ses blessures..

Parvenu au rez-de-chaussée, il blesse à la gorge l'adjointe administrative qui attend l'ascenseur. Il sort ensuite dans la cour de la préfecture. À , le tueur est abattu après sommations, de plusieurs balles de HK G36, dont au moins une dans la tête, par un policier stagiaire de de la Direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC), en poste depuis . Le policier a fait feu alors que Mickaël Harpon courait vers lui en pointant son couteau....

Le tueur a égorgé sa première victime, un membre de la DRPP ayant décliné une invitation à déjeuner avec des collègues, et qui se trouvait donc à son bureau. Les autres victimes ont reçu des coups au niveau du thorax.. Selon l'AFP, lorsque Mickaël Harpon envoie des messages à sa femme le matin avant la tuerie, il « évoque la religion, de façon assez confuse, telle que "Dieu me garde" ».., et il n'est « pas explicite sur ses intentions. Son épouse aurait même pensé qu'il voulait se suicider »..

Victimes Outre l'assassin, quatre personnes sont tuées : Damien Ernest, major responsable d’une unité au sein de la DRPP avec de service, Anthony Lancelot, gardien de la paix avec de service, Brice Le Mescam, adjoint administratif principal à la direction du renseignement avec de service, et Aurélia Trifiro, gardienne de la paix à la direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne avec d’ancienneté. Ils sont tous quatre faits chevaliers de la Légion d’honneur à titre posthume au cours d’un hommage national présidé par Emmanuel Macron le .. La femme grièvement blessée travaille à la direction des ressources humaines. Un autre fonctionnaire est moins sérieusement blessé, mais également hospitalisé. .

Auteur

L'assaillant abattu, Mickaël Harpon, est né à Fort-de-France (Martinique) le .Fichiers de décès de l'Insee .

Adjoint administratif (fonctionnaire de catégorie C) à la préfecture de police depuis 2003, il était notamment chargé de la maintenance informatique auprès du millier de fonctionnaires de la DR PP... Ayant accès aux fichiers de police, messageries professionnelles et codes d’accès individuels, il était habilité « secret défense », la plus haute habilitation au sein de la police... Selon Le Canard enchaîné, Mickaël Harpon pouvait ainsi avoir accès à la liste des policiers infiltrés dans les mosquées..

Jean-François Ricard, procureur de la République antiterroriste, indique que l’assaillant s’était converti à l’islam il y a une dizaine d’années : en contact avec la mouvance salafiste, il fréquentait la mosquée de la Fauconnière, à Gonesse (Val-d'Oise).. dont l'imam était fiché S pour son « fondamentalisme religieux »Le Point, 6 octobre 2019, Mickaël H. fréquentait une mosquée dirigée par un imam radicalisé.. Interviewé, l'imam se défend de tout radicalisme religieux et affirme n'avoir jamais été convoqué par la police, ni par les renseignements généraux. Au sujet de Mickaël Harpon, il déclare : « il était très discret, je ne connais pas son nom, ni où il travaille, ni où il habite, je n'ai jamais parlé avec lui, mais des fois il me serre la main »..

En , un collègue de Mickaël Harpon a une querelle avec lui au sujet de l’attentat contre Charlie Hebdo, après que Harpon s'est réjoui à la suite de l'attentat en s'exclamant : « C'est bien fait ! »... En , ce collègue et un autre membre de la section en informent le major de la sous-direction de la sécurité intérieure (SDSI) chargé des signalements de radicalisation. Ils indiquent également que Mickaël Harpon est marié à une musulmane, qu'il s'est converti à la religion de son épouse et n'embrasse plus, ni ne serre désormais la main des femmes. Selon le ministre Christophe Castaner, le major propose de formaliser le signalement, mais les deux policiers auraient refusé en arguant : « ça va, on va gérer ».. Le major ne notifie rien par écrit, et les éléments ne remontent pas dans la hiérarchie..

Selon la Direction du Renseignement de la préfecture de police de Paris, Mickaël Harpon ne pose pas « de difficultés professionnelles particulières comme l'atteste son dossier administratif ». Il est bien noté et bien intégré, participant par exemple aux fêtes du service et prenant le café avec ses collègues. La préfecture de police estime simplement qu'il a « quelques frustrations face à son handicap » de surdité « et au sentiment de ne pas progresser dans sa carrière ». Selon Le Figaro, « loin de ce tableau », un de ses collègues le décrit comme un homme « introverti, fragile, souffrant d’un complexe d’infériorité ». Et une autre source évoque le concernant une « souffrance au travail ». Son épouse signale également un « malaise professionnel ».

Enquête

Dans la soirée du , après plus d'une journée de flottements alors que plusieurs éléments allant dans le sens d'une radicalisation étaient rapidement connus, les investigations sont confiées par le parquet national antiterroriste (PNAT) à la brigade criminelle de la direction régionale de la police judiciaire (DR PJ), la sous-direction anti-terroriste de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) en co-saisine..

Une enquête est ouverte pour et pour . Le procureur de la République antiterroriste affirme le que les autopsies et que .. Les enquêteurs n’excluent pas l’hypothèse que l'assaillant ait pu bénéficier de complicités ou avoir établi un contact avec une organisation terroriste.

L'épouse du tueur, Ilham Eddibes, de nationalité marocaine, est placée en garde à vue le , jour des meurtres. Cette garde à vue est l'objet d'une prolongation.., qui doit durer jusqu'au ., mais certaines découvertes entraînent la remise en liberté d'Ilham Eddibes le , sans poursuite. Notamment, l'épouse du tueur a envoyé le matin avant l'attaque un message à une collègue de son mari, lui demandant : « Il est bizarre, comment tu le trouves ? »... Elle affirme que son mari a la nuit précédant l'attaque et qu'il , en pleurs, comme « possédé » durant sa crise « mystique » nocturne, pendant laquelle il affirme que Allah lui a envoyé un signe, avant de s'écrouler au sol... Un voisin du domicile du tueur indique aux enquêteurs que celui-ci a crié « Allahu akbar » à plusieurs reprises la nuit précédant les meurtres. Le lendemain matin, Ilham Eddibes affirme avoir retrouvé son mari dans la même position au sol, prostré, dans le salon, et qu'elle s'est inquiétée de le voir tout de même se rendre au travail. Elle lui envoie ainsi plusieurs SMS dans la matinée en lui demandant : « Comment vas-tu ? ». Elle affirme aux enquêteurs que son mari n'était pas un « islamiste », qu'il n'était pas « dans une logique de conversion », qu'il était juste un musulman pratiquant qui va à la mosquée. Et elle déclare : « Pas un seul instant, je n’ai pensé qu’il pouvait s’en prendre à quelqu’un d’autre que lui-même ».

Auditionnés, plusieurs fonctionnaires affectés à la DR PP évoquent de nombreux signes de radicalisation du meurtrier et affirment avoir reçu des pressions pendant les premières heures de l'enquête après les meurtres, afin qu’ils se taisent.. Des témoignages indiquent que le tueur avait récemment changé d’attitude envers les femmes, qu'il refusait de saluer et portait des vêtements traditionnels à la mosquée.

Lors de la perquisition du bureau de Mickaël Harpon à la préfecture, les enquêteurs découvrent une clé USB comportant des milliers de documents, dont des vidéos de décapitations de l’État islamique ainsi que les coordonnées et des données personnelles de plusieurs dizaines de collègues du tueur.. En première analyse, les experts informatiques indiquent que la clé n'a pas été connectée à d'autres ordinateurs que ceux de son service à la préfecture. Selon Europe 1, les vidéos de décapitations n'auraient dans ce cas pas été téléchargées depuis Internet mais à partir d'ordinateurs de la police.. D'après une source proche du dossier, les experts qui travaillent à la DR PP peuvent collecter des photos et vidéos de propagande de l’État islamique et Mickaël Harpon a pu être amené à faire des copies du contenu de leurs ordinateurs dans le cadre de son travail de maintenance.

Le , les cinq personnes placées en garde à vue le 14, des proches de Mickaël Harpon dont l'imam de sa mosquée, sont remises en liberté sans poursuites judiciaires..

Dans un article du , France info relate que « plusieurs sources proches du dossier » lui ont fait part de leurs interrogations « sur la radicalisation de Mickaël Harpon », estimant que « si son geste ressemble trait pour trait à un acte terroriste, les motivations semblent plus complexes, peut-être fondées sur un processus de frustration professionnelle qui a trouvé son expression dans un passage à l’acte terroriste, aux confins du suicide ». Le , France inter affirme que les éléments rassemblés par les enquêteurs les poussent à conclure dans ce sens, ajoutant que cette frustration a pu être aggravée par son handicap de surdité. Ils interprètent le passage à l'acte de Mickaël Harpon comme résultant d'abord d'un « délire mystique et suicidaire ». À ce stade de l'enquête, les services de renseignements n'ont trouvé aucun lien avec une quelconque organisation terroriste islamiste. Sa radicalisation religieuse et ses relations avec une mouvance salafiste « ne seraient pas le moteur principal dans la décision » de tuer, et, selon les informations de France Inter, « aucun indice n'indique non plus que Mickaël Harpon aurait transmis des documents compromettant la sécurité de ses collègues »..