vignette|Ville post-catastrophe climatique (image générée par intelligence artificielle).|alt=Une ville déserte, avec des rues inondées sous un ciel gris. La fiction climatique ( ou cli-fi) est une littérature abordant le thème du changement climatique. Souvent inspirées par les études climatologiques, les œuvres de fiction climatique peuvent se dérouler dans le monde actuel, dans un futur plus ou moins éloigné, ou dans des mondes fictifs. Proche de la science-fiction, ce genre intègre souvent des thèmes dystopiques ou utopiques, ainsi que des spéculations sur la manière dont les humains pourraient répondre au changement climatique anthropique et à ses conséquences politiques ou sociétales.
Définition Il n'y a pas de définition consensuelle de la fiction climatique et de sa place dans la littérature en général et la science-fiction en particulier.
Pour certains analystes, la fiction climatique n'est pas un genre littéraire au sens académique du terme, car elle est dépourvue des conventions stylistiques qui caractérisent des genres comme la science-fiction et le western. Cependant, elle peut être considérée comme
Pour d'autres, la fiction climatique est une création non pas des auteurs, mais du discours social. Il s'agirait d'une catégorie populaire, spontanée, non savante, née dans l’écosystème médiatique et numérique, déterminée par le contexte global et culturel, pas nécessairement littéraire ou fictionnel.
Même le rapprochement habituel avec la science-fiction est contesté. Cependant, la plupart de ses principaux auteurs, par exemple Kim Stanley Robinson aux États-Unis, Jean-Marc Ligny en France, GO! - Die Ökodiktatur: Erst die Erde, dann der Mensch, 1993, non traduit en français en Allemagne, s’auto-identifient comme des auteurs de science-fiction et sont identifiés comme tels par leurs lecteurs.
Périmètre Le périmètre de la fiction climatique fait également l'objet de discussions. Il pourrait être possible d'y inclure lÉpopée de Gilgamesh ou les récits mythiques du Déluge, d'y ajouter Ravage de René Barjavel et La Route de Cormac McCarthy Ou encore d'y inclure des ouvrages comme Sans dessus dessous de Jules Verne
Le label « fiction climatique » proprement dit s'applique surtout à des fictions plus récentes, où le dérèglement du climat est causé par l'humanité et ses activités.
Histoire
Le terme cli-fi semble avoir été utilisé pour la première fois en 2007 par le blogueur et écrivain Dan Bloom. Il est repris en 2013 par la National Public Radio américaine dans une émission se demandant si « les changements climatiques ont créé un nouveau genre littéraire » .
Frederick Buell distingue quatre phases dans l'histoire de la fiction climatique. Les années 70 correspondent pour lui à la montée et à la constitution d’une première vague intégrant les problèmes environnementaux. La deuxième phase est liée à l’émergence du cyberpunk dans les années 80. Dans ces visions sombres mêlant hautes technologies et désagrégation sociale, l’apocalypse environnementale n’est pas représentée comme la fin de tout, mais comme le milieu dans lequel l'humanité doit vivre dès lors que les limites de la nature ont été dépassées. La troisième phase est celle où les préoccupations environnementales deviennent un thème central des récits, perdant une partie de leur tonalité contre-culturelle pour devenir plus communes. Enfin, la quatrième phase est celle d’un dépassement des frontières de la science-fiction, permettant de s’insérer dans des productions culturelles plus « mainstreamBuell, From Apocalypse to Way of Life: Environmental Crisis in the American Century, Londres, Routledge, 2003. Cité par . ». La fiction climatique commence à fusionner avec la fiction réaliste.
Dans les années 1970 et 1980, lorsque les effets du réchauffement climatique semblaient lointains, les auteurs de fiction spéculative pouvaient sauter par-dessus les processus perturbateurs du changement pour raconter des histoires élégiaques dont le ton était celui de la nostalgie du futur. Une génération plus tard, avec l’accélération du changement climatique, cette option n’est plus guère disponible, ce qui donne lieu à des fictions qui vibrent d’un sentiment d’urgence et parfois d’effroi face à un avenir plus immédiat.
Les premiers romans majeurs paraissent dans les années 70-80 : Heat d', qui met en scène l'indifférence totale de la population et du gouvernement américain face aux preuves scientifiques de l'élévation future des températures, et (L'Été et la mer) de , où sont décrites les conséquences sociales de l'élévation de la mer à Melbourne.
Sont à présent considérés comme classiques Un ami de la terre, de T.C. Boyle ; Solaire de Ian McEwan ; la Trilogie climatique de Kim Stanley Robinson ; la trilogie MaddAddam de Margaret Atwood ; Dans la lumière de Barbara Kingsolver ; Water Knife de Paolo Bacigalupi , thème également au cœur d'''AquaTM de Jean-Marc Ligny.
Thématiques et J.R. Burgmann ont établi plusieurs distinctions. D'une part, celle entre la fiction climatique théogénétique (provoquée par Dieu), géogénique (provoquée par la géologie) et anthropique (provoquée par l'homme). D'autre part, entre les œuvres qui anticipent tantôt la biosphère fertile, tantôt les paysages arides d'un monde gelé, d'un monde en feu ou d'un monde englouti. Enfin entre dystopies « classiques » et « critiques », représentant un éventail de positions idéologiques : déni, atténuation, adaptation négative, adaptation positive et hypothèse Gaïa.
Ainsi, la fiction climatique négationniste, c'est-à-dire celle qui exprime son scepticisme à l'égard de la science climatique, est illustrée par Prophezeiung de , par Solaire d'Ian McEwan et par État d'urgence de Michael Crichton. La fiction climatique d'atténuation, celle qui prône les solutions technologiques et la géo-ingénierie pour lutter contre le changement climatique, comprend Heat d' et Maeva de . L'adaptation négative, c'est-à-dire la minimisation des conséquences délétères du changement climatique, peut être représentée par The Book of Dave de Will Self. L'adaptation positive, une fiction exploitant les opportunités offertes par le changement climatique, est explorée à travers Groenland de Bernard Besson et Water knife de Paolo Bacigalupi. La fiction climatique gaïenne, c'est-à-dire celle qui dépeint la planète comme fonctionnant selon un équilibre autorégulateur, théorisé notamment par James Lovelock, et illustrée par Jean-Marc Ligny dans AquaTM et Exodes.
Structures littéraires
Rôle de la fiction Pour , la forme du roman, qui n'est pas conçue pour refléter le réalisme scientifique entretient un rapport problématique avec la réalité du changement climatique : les échelles de temps sont condensées pour accroître le drame narratif, les scénarios doivent être intensifiés. Les scénarios sont multiples : chaleur extrême, inondations catastrophiques et catastrophes polaires, mais ils ont chacun leurs propres limites. La chaleur chronique ne parvient souvent pas à générer une crise narrative convaincante. Les récits d'inondations sont aussi anciens que la littérature elle-même et Les récits polaires tendent à présenter le réchauffement climatique comme une menace lointaine, sans lien avec les centres urbains et les zones plus peuplées du globe.
Irène Langlet considère la fiction climatique comme
Certains romanciers renouvellent une forme qui pouvait sembler tombée en désuétude, celle du roman à thèse, tandis que d’autres placent l’environnement et/ou l’écologie au cœur de leurs œuvres, sans pour autant en faire l’objet d’une démonstration. Dans Migrations, l'autrice australienne Charlotte McConaghy oscille entre le magique, le spéculatif et le domestique dans un récit océanique qui suit les derniers oiseaux migrateurs du monde en haute mer, dans l'espoir qu'ils révèlent où se trouve le dernier poisson. , dans Atmosphère, relève un défi narratif et compose son roman à partir de paragraphes parfois aléatoires.
Données scientifiques De nombreux romanciers prennent soin d'étayer leurs scénarios par des prédictions climatiques rigoureuses, transposant ainsi les faits scientifiques dans un contexte fictif, comme Margaret Atwood, Kim Stanley Robinson ou Barbara Kingsolver, biologiste de formation. Son personnage de Dans la lumière, le lépidoptériste Ovid Brown, explique à une communauté agricole rurale du Tennessee comment le climat a modifié les migrations des papillons monarques. Kingsolver dépeint les circuits complexes de la connaissance climatique, retraçant la manière dont nos identités politiques et notre situation économique répriment ou attirent les idées scientifiques.
Les romans de fiction climatique, notamment ceux qui se déroulent dans le présent ou un futur très proche plutôt que dans un futur dystopique, tendent à montrer les dimensions politiques ou psychologiques du changement climatique. Les lecteurs peuvent s'identifier aux protagonistes. Dans une certaine mesure, la communauté mondiale est représentée par des personnages fictifs, hommes ou femmes ordinaires. Souvent, c'est à travers ces personnages que la science est humanisée et que son rôle dans la lutte contre le changement climatique est mieux compris. Les fictions climatiques qui se développent comme des fictions catastrophes sont moins pertinentes puisqu’elles continuent de présenter le réchauffement global comme un phénomène isolé et extrême, qui invite à prier pour que cela ne nous arrive pas et que cela arrive aux autres.
Aspects politiques Adam Trexler divise les romans politiques sur le changement climatique en trois catégories principales : les conflits entre deux États ; les affrontements entre des groupes écologistes radicaux et l'establishment capitaliste ; et les thrillers mettant en scène une équipe rebelle de bureaucrates ou de scientifiques experts qui finissent par sauver le monde. Une forme d'autoritarisme environnemental traverse certains de ces romans, célébrant des scientifiques et des politiciens plus soucieux de façonner le public que de l'intégrer aux processus démocratiques .
Pour lui, toute représentation du changement climatique est implicitement politiqueCité par et ce type de fiction peut servir d' Ces romans peuvent modéliser des configurations politiques et des politiques climatiques alternatives, imaginant les futurs que certaines répartitions du pouvoir pourraient engendrer. Par exemple les politiques de l'eau dans AquaTM de Jean-Marc Ligny, ou dans Water Knife de Paolo Bacigalupi : Phoenix est en train de s’assécher, à cause des ambitions de ses promoteurs qui ont essayé de passer outre au désert, tandis que Las Vegas monopolise les rares réserves d’eau de la région. Dans Le Ministère du futur de Kim Stanley Robinson, cette agence fictive de l'ONU tente de promouvoir des structures sociales et juridiques qui contrôlent l’allocation des ressources physiques et financières.
Critiques Christian Chelebourg rejette le terme de « fiction climatique », auquel il préfère celui d'« écofiction », laquelle ne serait que le produit d'un Pour lui, et se complait dans l'alarmisme.
Réception La fiction climatique pourrait-elle influencer notre façon de penser et d'agir face au changement climatique ? Pour certains, le paradoxe est que plus celle-ci s'acharne, moins elle est efficace. Comme le fait remarquer Andrew Milner, Ainsi, ces représentations apocalyptiques créent une familiarité avec la catastrophe et leur accumulation peut finir par ressembler à du découragement.
Une autre lecture est de considérer ces fictions comme