Les droits des personnes LGBTQ au Chili sont les mêmes que ceux du reste de la population. Historiquement conservateur, le Chili est devenu l'un des pays d'Amérique latine les plus tolérants vis-à-vis des personnes LGBT.

Histoire

vignette|Un drapeau mélangeant le drapeau chilien et le drapeau LGBT. Époque précolombienne Au cours de l'époque précolombienne, le rapport à l'homosexualité et la transidentité pouvait être différent selon les peuples indigènes qui occupaient le territoire de l'actuel Chili.

Dans la culture mapuche, les chefs religieux appelés machis pouvaient être des hommes, qui se travestissaient lors des cérémonies religieuses.. Jusqu'à la fin du , les machis weye sont des hommes chamanes qui naviguent entre les genres masculin et féminin ou constituent un troisième genre.. La langue mapuche ne différencie d'ailleurs pas le genre entre masculin et féminin (contrairement au sexe biologique).. Les machis weye étaient considérés comme des médiateurs entre le monde des hommes et celui des esprits. S'ils sont qualifiés de « sodomites » par les colons, le terme renvoie à l'époque à toute relation n'ayant pas pour but la procréation et ne se limitait pas aux rapports sexuels anaux.. Certains machis avaient toutefois des rapports sexuels entre hommes, mais leurs relations sexuelles n'étaient pas vues comme homosexuelles, hétérosexuelles ou bisexuelles mais davantage spirituelles.. Le terme weye est cependant toujours utilisé comme insulte homophobe dans le Chili contemporain. En raison de l'homophobie des colons, les machis hommes deviennent célibataires pour s'aligner sur les croyances catholiques puis disparaissent progressivement pour laisser leur place aux femmes. En dehors des machis, l'homosexualité semblait davantage mal vue..

Dans la civilisation inca, qui occupait le nord du pays, les relations homosexuelles étaient le plus souvent réprouvées et condamnées, parfois de le peine de mort. Elles existaient cependant dans un contexte religieux et, dans certaines régions, ces pratiques n'étaient pas persécutées.

Le Chili conservateur vignette|Le président Carlos Ibáñez del Campo (ici en 1927) est connu pour ses positions hostiles aux homosexuels. En 1875, le Congrès national adopte un nouveau code pénal interdisant, dans son article 365, les relations sexuelles entre hommes.. L'article 373 du même code vise les comportements contraires à la morale et aux bonnes mœurs.

Durant sa présidence, entre 1927 et 1931, Carlos Ibáñez del Campo utilise la législation pour s'attaquer aux homosexuels. Il met en œuvre les articles 365 et 373 du code pénal. De nombreux homosexuels sont enfermés dans un camp d'internement à Pisagua.. Selon une légende populaire, non prouvée, des raids étaient organisés contre les locaux homosexuels de Santiago pour envoyer leurs membres à Valparaíso et les noyer dans l'océan Pacifique. Selon ces mêmes croyances, l'homophobie d'Ibáñez del Campo était due à l'homosexualité de son fils.. La répression se poursuit entre 1938 et 1941 sous la présidence de Pedro Aguirre Cerda, la Direction générale des prisons () envoyant les prisonniers homosexuels à Pisagua. Une unité spéciale est créée pour tenter de corriger leur comportement..

La loi sur les comportements anti-sociaux (), proposée sous Gabriel González Videla et promulguée par Ibáñez del Campo en 1954, prend des mesures contre les groupes « anti-sociaux » qui constituent un danger par la société. Une procédure pénale accélérée est notamment prévue pour ces groupes, parmi lesquels se trouvent les vagabonds, les toxicomanes et les homosexuels..

L'homophobie reste longtemps très présente au Chili, partagée à droite comme à gauche.. Lors de l'élection présidentielle de 1970, la presse de gauche attaque Jorge Alessandri pour sa supposée homosexualité en le surnommant « la dame » ()...

En , Marcia Torres est la première personne chilienne à subir une chirurgie de réattribution sexuelle puis à changer de nom et de sexe à l'état civil.. Quelques mois plus tard, le , la première manifestation en faveur des droits homosexuels du pays est organisée sur la place d'Armes de Santiago par douze travestis.. Environ aux cheveux longs participent à la manifestation.. Le journal de gauche Clarín titre alors : ()..

La dictature militaire d'Augusto Pinochet, qui s'installe au Chili en , n'instaure pas de répression spécialement dirigée contre les personnes LGBT comme elle l'a fait contre les personnes engagées à gauche. L'orientation sexuelle et l'identité sexuelle peuvent toutefois être une « circonstance aggravante » lorsqu'une personne est torturée, notamment chez les lesbiennes. Si la dictature promeut un modèle machiste et patriarcal, une certaine liberté existe chez les classes les plus aisées ; des premières boîtes de nuit gays (le Fausto par exemple) apparaissent ainsi au Chili sous Pinochet. C'est également sous la dictature qu'apparaissent les premiers groupuscules luttant pour les droits des personnes LGBT, à l'image d'Integración fondé en 1977.

Comme dans de nombreux pays, l'épidémie de SIDA qui touche le Chili à partir de 1984 réveille un profond sentiment homophobe. Par exemple, un décret pour lutter contre la progression du virus demande d'éduquer les enfants contre les « pathologies sociales de la sexualité : l'homosexualité, la prostitution, le viol, le viol sur mineur et l'inceste ».

Le retour à la démocratie et l'avancée des droits LGBT vignette|gauche|La marche des fiertés de Santiago en 2012. L'année 1989 voit le retour de la démocratie au Chili. Deux ans plus tard est créée la principale association de défense des droits des personnes homosexuelles du pays : le Mouvement d'intégration et de libération homosexuel ( ou Movilh). Le Movilh milite principalement pour l'abolition de l'article 365 du Code pénal prohitant les relations homosexuelles masculines. L'article est modifié en 1999, mettant fin à l'interdiction de l'homosexualité masculine pour les personnes majeures.. Pour rassurer la frange la plus conservatrice de la société, une majorité sexuelle différente est instaurée pour les homosexuels (, contre 14 pour les hétérosexuels)..

Durant les années 2010, la législation change rapidement pour protéger les personnes LGBT. Après le meurtre de Daniel Zamudio, en en raison de son orientation sexuelle, une loi anti-discrimination est votée par le Congrès national.. En 2015, une union civile ouverte à tous les couples est mise en place.. En 2018, le succès d'Une femme fantastique conduit à l'adoption d'une loi en faveur des personnes transgenres chiliennes..

Un texte de loi autorisant mariage entre personnes de même sexe est approuvé par le Parlement en . Quelque 65 % des Chiliens y étaient favorables. Lois sur les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe En 1875, un nouveau code pénal est adopté. Il s'inspire pleinement du Code pénal espagnol de 1848, qui n'interdit pas la sodomie. Si le projet de loi initial n'aborde pas le sujet des relations entre personnes de même sexe, un délit de sodomie est introduit lors des discussions parlementaires. Le Code pénal chilien inclut un article 365 interdisant la pratique de la sodomie : (). La sodomie ayant alors plusieurs sens, la jurisprudence finit par estimer que seules les relations sexuelles entre hommes sont concernées : le délit est considéré comme une atteinte à la société, et non à la liberté sexuelle individuelle.

Au cours de l'histoire, l'article 373 du même code pénal réprimant les manquements à la morale et aux bonnes mœurs est cependant davantage utilisé pour s'attaquer aux personnes LGBTQ qui restaient souvent cinq jours en cellule avant d'être libérés. Le , le président Patricio Aylwin présente une réforme des délits sexuels supprimant l'article 365. Le projet de loi est discuté pendant plusieurs années au Congrès. Le , le président Eduardo Frei promulgue la loi 19.617 qui modifie l'article 365 et rend légales les relations sexuelles entre hommes.

La réforme de l'article 365 du Code pénal n'est toutefois pas encore une égalité entre personnes hétérosexuelles et personnes LGBT. Les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe avec un mineur de sont interdites, même avec consentement, alors que la majorité sexuelle est fixée à pour les relations hétérosexuelles. Le nouvel article 365 du Code pénal chilien énonce en effet : ().. Il s'agit à l'époque d'un compromis pour faire accepter la dépénalisation de l'homosexualité pour les personnes majeures. Dans les faits, elle ne concerne que les situations où le mineur est un homme « passif » dans le rapport sexuel. En , la constitutionnalité de cet article est validée en raison d'une égalité des voix au sein du tribunal constitutionnel : cinq juges estiment l'article homophobe et contraire à la l'égalité devant la loi et au droit à la vie privée garantis par la constitution ; cinq autres estiment que les mineurs n'ont pas de droit à la liberté sexuelle et que le constituant de 1980 n'a pas entendu le droit à la liberté personnelle comme un droit à l'autodétermination sexuelle. L'abrogration de l'article 365 du Code pénal est finalement approuvée par le Parlement chilien en , dans le cadre de la « loi Tamara » sur la protection de la jeunesse, publiée au journal officiel le . Le Movilh se félicite alors de la fin de « la dernière loi homophobe en vigueur au Chili »...

L'article 373 du Code pénal interdisant les manquements à la morale et aux bonnes mœurs est toutefois en toujours en vigueur. En raison de son caractère vague, il a pu être utilisé pour réprimer les marques d'affections publiques entre personnes homosexuelles. ou encore arrêter des personnes transgenres, y compris au ..

Reconnaissance des couples de même sexe vignette|Michelle Bachelet signant la proposition de loi sur le mariage égalitaire en 2017. Une première proposition de loi pour reconnaître les couples de même sexe est introduite au Congrès national le . Dix parlementaires soutiennent cette « loi de promotion de la non-discrimination et du contrat d'union civile entre personnes de même sexe » (). Le projet reste dans les archives du Congrès. En 2008, plusieurs élus proposent sans succès de retirer les conditions de sexe dans les dispositions du Code civil traitant du mariage. L'année suivante, un projet de pacte d'union civile () est présenté par trois députés.

En , le gouvernement de droite de Sebastián Piñera introduit un projet de loi concernant l'accord de vie en couple (). En 2013, le Sénat fusionne ce projet avec la proposition d'accord de vie commune () proposé par Andrés Allamand en 2010. La commission paritaire choisit finalement le nom d'accord d'union civile (). Le texte est voté en 2014 et la loi est promulguée le par la présidente Michelle Bachelet. La loi 20.830 prévoit que (). L'AUC est conclu entre personnes majeures capables de même sexe ou de sexe opposé. Il prévoit notamment des droits en matière d'héritage et de pension de réversion, une présomption de paternité (pour les couples hétérosexuels) ainsi qu'une aide mutuelle dans les dépenses communes (sans obligation de cohabitation).. Les premières unions civiles ont lieu le . Entre son entrée en vigueur et le , d'union civile sont célébrés. 75 % d'entre eux concernent des couples hétérosexuels, 14 % des couples d'hommes et 11 % des couples de femmes.

En 2016, le gouvernement Bachelet signe un accord de solution amiable avec le Movilh devant la Commission interaméricaine des droits de l'homme l'engageant à légaliser le mariage entre personnes de même sexe.. À la fin de son mandat, en , la présidente de gauche Michelle Bachelet présente donc une proposition de loi en faveur du mariage entre personnes de même sexe estimant qu'il s'agit d'.. Deux ans plus tard, le projet est examiné par le Sénat du Chili à majorité de centre-gauche. Son avenir est incertain, la présidence et la Chambre des députés étant à majorité de droite.