Des manifestations anti-gouvernementales ont lieu en Irak du au . Les protestataires manifestent contre le chômage, la corruption, la déliquescence des services publics, la tutelle de l'Iran et réclament la « chute du régime ». Le mouvement se déroule principalement à Bagdad et dans les villes du sud du pays. Ce mouvement devient un véritable soulèvement populaire. La répression, conduite par les forces de sécurité, et notamment par les milices pro-iraniennes des Hachd al-Chaabi, fait au moins 470 morts entre octobre et . Selon les manifestants, il y a plus de 600 morts pour cette même période.

Le mouvement provoque notamment la démission du Premier ministre Adel Abdel-Mehdi le .

Contexte

Depuis l'invasion américaine de l'Irak qui a provoqué la chute du régime de Saddam Hussein en 2003, le pays s'est profondément déstabilisé, provoquant plusieurs guerres civiles (première guerre civile irakienne et deuxième guerre civile irakienne), ainsi qu'un très fort essor du terrorisme et de la corruption du personnel politique, déjà présente sous Saddam Hussein, et une très forte détérioration de l'économie. Le mélange d'insécurité physique et économique, conjugués à la corruption ont très fortement dégradé la qualité de vie des Irakiens, menant à un taux de chômage élevé et à la multiplication des personnes en situation de travailleurs pauvres. Au cours des guerres civiles, les Gardiens de la révolution islamique sont intervenus sur le territoire irakien pour lutter contre les groupes armés sunnites (notamment l'État islamique), et n'ont pas quitté le territoire irakien depuis 2014, parrainant de nombreux milices chiites ce qui rajoute un motif de mécontentement supplémentaire.

En 2015-2016, Bagdad connait une première vague de manifestations appelée « le », en référence à la Zone verte où elles se sont déroulées, un quartier ultra-sécurisé de Bagdad où se trouvent les principales institutions politiques irakiennes et plusieurs ambassades. Une y a également lieu en 2018-2019. Les manifestations de 2019, qui ont également lieu entre autres dans cette zone, s'étendent cependant à tout le pays. Ces manifestations avaient les mêmes revendications : amélioration de la situation économique, amélioration des services publics, lutte contre le chômage, lutte contre les bas salaires, lutte contre la corruption surtout chez les hommes politiques, expulsion des troupes iraniennes présentes en Irak.

60 % de la population a moins de 25 ans ; dans cette tranche d’âge, 40 % sont au chômage. Le système éducatif reste fortement délabré. Il manque au pays plus de écoles ; certaines salles de classe accueillent jusqu'à 80 élèves. Surtout, n'ont pas été scolarisés dans le primaire durant l'année 2017-2018.

Déroulement Première vague de manifestations ( - 6 octobre 2019) La première vague de manifestation a surtout lieu du au . Le mouvement de contestation voit une partie de la population descendre dans les rues à partir du pour protester contre la corruption, le chômage et l'état désastreux des services publics dans le pays, qui connait des pénuries chroniques d'électricité et d'eau potable.

Les manifestants appellent à des réformes et à un changement de gouvernement, et s'étendent de la capitale Bagdad aux régions chiites du sud du pays. L'influence de l'Iran voisin sur le gouvernement irakien est également remise en cause. Les manifestants réclament également le départ de la classe politique actuelle et à un changement de constitution.

Les manifestations, apolitiques et centrées sur des revendications autres que tribales ou confessionnelles, sont alors inédites en Irak, pays divisé par de profondes fractures entre chiites et sunnites ainsi qu'entre Arabes et Kurdes.

Répression vignette|redresse|Adel Abdel-Mehdi en 2019. Le gouvernement du Premier ministre Adel Abdel-Mehdi, au pouvoir depuis les élections législatives de mai 2018 tente de mettre fin aux manifestations par l'envoi de forces policières qui ont recours à des tirs à balle réelle et des armes automatiques. À la fin du mois d'octobre, un rapport annonce que 70% des morts ont été touchés par des tirs à balles réelles.

Un couvre-feu est également décrété. Une centaine de personnes sont tuées, dont six policiers, et environ 4000 blessées sur la période allant du premier au cinq octobre, selon la commission gouvernementale des droits de l’Homme irakienne. Selon cette dernière, la plupart des manifestants auraient été tués par balle. L'armée irakienne finit par admettre le un , tandis que le gouvernement dénonce la présence de et d'infiltrés. L'Iran dénonce de son côté un tandis que les miliciens du Hachd al-Chaabi, proches de l'Iran, affirment être prêts à épauler le gouvernement.

Les protestataires accusent les milices pro-iraniennes des Hachd al-Chaabi d'être particulièrement impliquées dans la répression et d'être responsables des tirs de sniperArmin Arefi, Irak : derrière la répression, l'ombre des milices pro-Iran, Le Point, 21 octobre 2019.. Ils scandent alors des slogans comme : . Moqtada al-Sadr soutient également les protestataires et annonce le déploiement de ses miliciens des Brigades de la paix pour . Des factions rivales chiites soupçonnent alors les Brigades de la paix d'être particulièrement impliquées dans les attaques et les incendies de sièges de milices pro-iraniennes.

En décembre, le commandement des Hachd appelle ses hommes à ne pas approcher les manifestations.

Selon Le Monde, l'ayatollah Ali al-Sistani Hélène Sallon, En Irak, l’ayatollah Ali Al-Sistani soutient la contestation, Le Monde, 23 novembre 2019.. Dès les premières semaines, il prend la défense des manifestants et appelle la classe politique à des réformes.

Réponses du régime Le gouvernement annonce lors d'un conseil des ministres extraordinaire organisé le , 17 mesures sociales. Celles-ci comprennent des aides au logement, des allocation pour jeunes chômeurs, la construction de et l'installation de halles pour les marchands ambulants. Fin octobre, le gouvernement annonce le limogeage de plusieurs commandants militaires.

Le , deux députés communistes et deux autres sadristes démissionnent de leurs fonctions, alors que les députés sadristes organisent un sit-in au Parlement. Le , Hadi al-Amiri et Moqtada al-Sadr retirent leur confiance au gouvernement.

Moqtada al-Sadr, membre de la coalition gouvernementale et dont le parti est arrivé en tête des législatives de 2018, appelle à la démission du gouvernement et à des législatives anticipées.. Une cinquantaine de députés proches de son courant entament un sit-in au sein même du Parlement.

vignette|redresse|Manifestations en novembre 2019. Le , le président Barham Salih propose des législatives anticipées après l'approbation d'une nouvelle loi électorale, et éventuellement un départ du Premier ministre, qui a accepté le principe, si un successeur lui est trouvé par la coalition au pouvoir.

Le , la coalition au pouvoir, sous pression de l'Iran, se rétracte, et décide de stopper le mouvement.

Deuxième vague de manifestations (de octobre à décembre 2019) Après quelques semaines d'interruptions, le mouvement de contestation reprend le soir du Plus de 40 morts dans de violentes manifestations en Irak, Franceinfo avec AFP, 25 octobre 2019.. Le , les protestataires incendient deux sièges de gouvernorat et attaquent des dizaines de QG de partis politiques et de milices armées. Les miliciens d'Asaïb Ahl al-Haq abattent notamment neuf personnes à Nassiriya et huit autres à Al-Amara. À Diwaniya, douze personnes périssent dans l'incendie d'un siège de l'Organisation Badr. Au total, au moins 63 personnes trouvent la mort pendant la journée, étouffées par les incendies ou tuées par balles, et autres sont blesséesHélène Sallon, « Nous sommes prêts à manifester indéfiniment » : en Irak, la mobilisation contre le gouvernement reprend dans le sang, Le Monde, 26 octobre 2019..

Vers fin octobre, les slogans prennent une tournure nationaliste, notamment liée à l'inféodation des milices à l'Iran : “nous voulons du travail” est remplacé par “nous voulons une patrie” ; « L’Iran dehors » devient le mot d’ordre de ces manifestantsHélène Sallon, « On doit rester unis jusqu’à la chute du régime » : à Bagdad, la contestation de la place Tahrir résiste à la répression, Le Monde, 2 novembre 2019..

Le , des dizaines de milliers de personnes manifestent.

Une grève générale débute le . Elle vise à obtenir . Le Premier ministre Adel Abdel Mahdi appelle à . Il rejette également le principe d'élections anticipées, sous la pression des factions favorables à l'Iran.

Le , internet est de nouveau coupé.

Le soir du , le consulat iranien de Nadjaf est incendié par les manifestantsHélène Sallon, L’incendie du consulat iranien de Nadjaf marque un tournant dans la contestation en Irak, Le Monde, 28 novembre 2019.. Le 28, les forces de l'ordre abattent 45 personnes, dont 29 à Nassiriya, 12 à Nadjaf et 4 à Bagdad, et font plusieurs centaines de blessésIrak: au moins 45 morts, l'une des journées les plus meurtrières de la contestation, Le Figaro avec Reuters, 29 novembre 2019.Un consulat iranien incendié, plus de 25 manifestants tués : colère et violences dans le sud de l’Irak, Le Monde avec AFP, 28 novembre 2019.. Le lendemain, l'ayatollah Ali al-Sistani demande au parlement de remplacer le Premier ministre.

Le , le Premier ministre Adel Abdel-Mehdi annonce qu'il va présenter sa démissionEn Irak, le premier ministre Adel Abdel Mahdi annonce sa démission, Le Monde avec AFP, 29 novembre 2019.. Il la présente officiellement devant le Parlement le Alissa J. Rubin et Falih Hassan, Iraqi Prime Minister Resigns in Deepening Political Crisis, The New York Times, 30 novembre 2019.. Cependant les manifestations se poursuiventIrak : de nouvelles manifestations, malgré l’annonce de la démission du premier ministre, Le Monde avec AFP, 30 novembre 2019..

Début décembre, la contestation atteint les régions arabes sunnites du nord de l'IrakSoulayma Mardam Bey, Pourquoi les Arabes sunnites ne rejoignent pas massivement la contestation irakienne, OLJ, 4 décembre 2019.. Des marches ont lieu à Mossoul, Falloujah et Tikrit, mais la mobilisation demeure limitée. Les régions sunnites du nord demeurent marquées par la seconde guerre civile irakienne et leurs habitants craignent de subir une violente répression en pouvant être accusés d'être des nostalgiques de Saddam Hussein ou des partisans de l'État islamiqueIrak. Le Parlement accepte la démission du gouvernement dans un pays en deuil, Ouest-France, ..

Dans la nuit du 6 au , des hommes armés de mitrailleuses et de couteaux attaquent le garage de Sinak, à Bagdad, occupé par des contestatairesHélène Sallon, « Le massacre de Sinak » fait craindre une dangereuse escalade dans la contestation en Irak, Le Monde, 8 décembre 2019.. Ils abattent 24 personnes — 20 manifestants et quatre policiers — et font une centaine de blessés. Les protestataires accusent les milices chiites d'être responsables de la tuerie.

Le , un drone largue un obus devant l'enceinte de la maison de Moqtada al-Sadr, à Nadjaf. Le porte-parole des Brigades de la paix appelle alors à la mais déclare que cette attaque pourrait