L'église Saint-Herbot est une église paroissiale catholique située dans le hameau de Saint-Herbot, sur le territoire de la commune de Plonévez-du-Faou dans le Finistère en France. Elle est située au sein d'un enclos paroissial.

Construite à l'emplacement légendaire de l'ermitage de saint Herbot, protecteur des bêtes à cornes, elle a été un but de pèlerinage populaire, ce qui, joint à la protection de la famille ducale, a fait sa prospérité. Ruinée lors de la guerre de succession de Bretagne, elle est reconstruite à partir de 1389. Plusieurs campagnes de réaménagement entre l'extrême fin du et le milieu du la dotent d'un porche méridional, d'un clocher-tour ainsi que d'une chapelle annexe consacrée à sainte Barbe.

La construction de la fin du en fait l'un des derniers témoins de l'école de Pont-Croix, avec une nef à trois vaisseaux charpentée, divisée par des arcades presque en plein cintre. Le porche méridional et le clocher-tour, quant à eux, s'inspirent des monuments prestigieux de la Bretagne occidentale du : la cathédrale de Quimper, la basilique du Folgoët notamment.

L'église a également la particularité d'avoir conservé son décor du : les trois vitraux qui ornent les baies orientales, mais également l'ameublement du chœur avec sa clôture et ses stalles sculptées dans la mouvance de la Renaissance française.

Localisation L'église Saint-Herbot est située dans le hameau de Saint-Herbot, sur le territoire de la commune de Plonévez-du-Faou dans le Finistère. Le hameau est implanté sur le versant sud des monts d'Arrée, à l'emplacement, d'après la légende, de l'ancien site de l'ermitage de saint Herbot ou Herbaud, un ermite venu des Îles Britanniques au .

Saint-Herbot était au Moyen Âge un centre de pèlerinages car le saint ermite avait la réputation de protéger les bêtes à cornes. Le hameau devint ainsi un important centre de foires et de marchés, situé à proximité du croisement entre les routes de Pleyben au Huelgoat et de Carhaix à l'Aber-Wrac'h. Les alentours de l'église et du placître, aujourd'hui relativement isolés, étaient entourés de halles, d'une auberge et d'un grand logis muni d'une chapelle consacrée à saint Jacques, en plus de la maison du prieur située au nord-ouest de l'église.

L'édifice Historique Un édifice précédent qui abritait les reliques du saint est attesté avant la guerre de Succession de Bretagne et datait probablement de l'époque romane ; il est pillé et probablement endommagé par les Anglais lors du conflit. Pour le rebâtir, le pape Urbain VI octroie en 1389 des indulgences pour les donateurs qui permettront la reconstruction du sanctuaire. La famille ducale contribue à cette reconstruction par des offrandes financières et l'établissement de rentes, de Jean V à Anne de Bretagne.

alt=Plan de la chapelle, avec à l'est la tour qui sert de porche, et au sud la chapelle Sainte-Barbe et le porche sud.|gauche|vignette|Plan de la chapelle ; ; ; ; .

L'édifice reconstruit à la fin du subit ensuite plusieurs adjonctions, datables grâce aux inscriptions qu'elles portent : le porche sud est construit à partir de 1498 et achevé quelque dix ans plus tard ; le portail occidental, la tour-clocher et la chapelle attenante sont commencés en 1516 ; cet édifice est ensuite agrandi en 1545, tandis qu'on refait la portion occidentale du mur du bas-côté sud et qu'on remonte le mur du chevet plat, en remployant le remplage de la maîtresse-vitre. En 1556, trois verrières sont posées dans les baies du chevet, signées du maître verrier Thomas Quéméner. Dans les années qui suivent, on installe un ossuaire à l'est du porche méridional, complété par un calvaire en 1575. Le mur du chevet subit une nouvelle reprise, pour le consolider au moyen de contreforts à lanternons, en 1616-1619.

L'édifice est confié aux Carmes déchaussés de Rennes dont elle est un prieuré à une date inconnue de l'époque moderne ; le dernier prieur résident meurt en 1773. En 1858, on remplace l'escalier d'accès à la porte nord par un escalier à deux volées en forme de fer-à-cheval, qui proviendrait du château du Rusquec.

Prosper Mérimée visite la chapelle en 1835. Il admire son chancel et, dans une moindre mesure, le porche sud : . Cet intérêt permet l'allocation en 1845-1846 par la direction des Beaux-Arts de subventions destinées à réparer le clocher, lézardé depuis au moins 1774. Ces travaux sont achevés dès l'année suivante. En 1886, le Carmel du Mans restaure les vitraux anciens de l'église et les complète.

La chapelle est classée au titre des monuments historiques depuis le ; son calvaire est également classé depuis le . En outre, l'ensemble du placître avec sa clôture et ses arbres est inscrit au titre des sites depuis le ..

En 1942, l'édifice est érigé en église paroissiale..

Plusieurs campagnes de restauration ont eu lieu depuis : sur la charpente lambrissée en 1974, puis de nouveau sur la tour en 2002.

Description Extérieur alt=Photographie d'une église avec, de gauche à droite, la tour surmontant une chapelle, une lucarne, un porche sculpté, puis le chevet|gauche|vignette|upright|Le front sud. Les deux grandes phases de construction de l'édifice peuvent être distinguées par les différences d'appareil de la construction : l'édifice primitif a été bâti en petit appareil de schiste bleu, de grès et de quartzite, avec un peu de pierre de taille de granite de Brennilis pour les piliers, les bords de fenêtres et les angles, tandis que les travaux de la fin du et de la première moitié du ont été réalisés en grand appareil de granite du Huelgoat et de Brennilis. Le front sud est composé de la chapelle Sainte-Barbe avec la tour, puis le collatéral éclairé par une petite lucarne, puis le grand porche méridional et enfin le chevet.

La tour alt=Photographie d'une tour avec un tympan, prise juste au pied|vignette|upright|La tour et le portail ouest. La tour, haute de , s'inspire de celles de la cathédrale de Quimper. Elle est construite sur deux niveaux de hauteur équivalente. Au premier niveau s'ouvre le portail occidental de l'église, daté de 1516 par une inscription. Il est composé de deux portes en arc en anse de panier, surmontées d'un larmier orné d'une frise de feuillage coupée en son milieu par deux animaux affrontés, séparés par un personnage qui les maîtrise. Au-dessus, une niche en arc en anse de panier abrite une statue encadrée par deux anges ; l'ensemble est pris dans une archivolte en accolade très aiguë, elle-même encadrée d'un gâble dont les rampants sont ornés de choux frisés et coupent les pinacles qui encadrent le portail, et dont la pointe se perd dans la balustrade à mouchettes qui surmonte le tout.

Le second niveau est ouvert sur chaque face par deux baies géminées, très étroites et allongées, en plein cintre, surmontée d'une archivolte en accolade à crochets et fleurons. Ces baies sont divisées en hauteur par trois traverses et encadrées par un arc en mitre de chaque côté. Ce second niveau est soutenu par des contreforts ornés de niches à dais. La tour s'achève par un entablement composé d'une corniche à modillons, puis d'une frise de quatre-feuilles et enfin d'une corniche à décor végétal surmontée d'une balustrade faite de cercles quadrilobés ajourés. Au cette tour portait une flèche de charpente couverte de plomb, aujourd'hui disparue, et qui pourrait ne pas remonter à l'époque de construction de la tour.

Le modèle de la tour de Saint-Herbot a été imité par la suite, notamment à Saint-Trémeur et à Saint-Pierre de Carhaix.

Au sud de la tour s'élève la chapelle Sainte-Barbe, achevée en 1545. La lucarne passante qui éclaire le collatéral sud, dont le remplage est très similaire à celle de la chapelle Sainte-Barbe, a également été aménagée lors de cette campagne de travaux.

La façade nord Reconstruit lors de la même campagne que la tour et son portail, le mur occidental du collatéral se prolonge par un bâtiment à trois niveaux qui abritait la sacristie, un logement pour le gardien et une chambre sous combles. Le mur nord de ce bâtiment est soutenu par deux contreforts qui visent à pallier la déclivité du terrain. Une porte ouverte lors de la première campagne de construction de l'église à la fin du , donne accès directement au bas-côté nord. Les voussures en arc brisé de cette baie retombent sur des chapiteaux ornés de bêtes sauvages, dans lesquels on peut peut-être voir une allusion à la légende de saint Herbot. On y parvenait autrefois par un escalier droit, remplacé en 1858 par un escalier à double pente en forme de fer-à-cheval, provenant sans doute du château voisin du Rusquec.

La façade sud alt=Photographie d'un porche d'église en granite|gauche|vignette|upright|Le porche sud. Le porche sud est construit sur un plan rectangulaire, long de deux travées et large d'une seule. Des voûtes d'ogives quadripartites couvrent ces travées ; leurs nervures pénètrent directement les colonnettes qui les portent. On y pénètre par un arc en tiers-point, surmonté d'une accolade qui abrite une figure de Dieu le Père encadré d'anges volants, illustrant le Gloria in excelsis Deo. L'ensemble est orné de choux frisés et s'achève en un fleuron, comme à l'église de La Martyre. L'arc a trois voussures peuplées d'anges et de prophètes portant des phylactères, qui retombent sur des piédroits à décor végétal. L'intérieur de l'arc a reçu la même décoration. Au sommet du mur pignon du porche figurent les armoiries des ducs de Bretagne, soutenues par deux hermines et accompagnées de la devise des Montfort, signe de la protection de la duchesse Anne. L'intérieur du porche était autrefois polychrome et doré ; il subsiste une partie des enduits. Les murs sont divisés en deux registres, chaque travée comprenant de chaque côté cinq arcs en accolade surmontés de trois niches à dais qui accueillent des statues des Apôtres en kersantite qui portent des phylactères où sont inscrits des articles du Credo, comme à Notre-Dame du Folgoët. Un portail en anse de panier donne accès à l'église. Son tympan porte une statue de saint Herbot, sur un cul-de-lampe qui indique la date de 1481. Une inscription confirme cette date et indique comme commanditaire Jean de Launoy, prêtre.

Le chevet alt=Photographie d'un chevet d'église plat, ouvert par trois grandes fenêtres|vignette|Le chevet. Le mur du chevet plat a été remonté vers 1550. Il a cependant conservé les grandes lignes de l'architecture des chevets des chapelles de Cornouaille du et remploie le remplage ancien de la maîtresse-vitre ; les baies latérales ont elles reçu leur remplage lors de la réfection du mur. L'ensemble reçu une touche de modernisation en 1616-1619 lorsqu'on a ajouté aux contreforts du chevet des lanternons au goût du jour.

Le calvaire alt=Photographie d'un calvaire en granite avec des arbres derrière|gauche|vignette|upright|Le calvaire. Construit dans l'enclos du placître au sud de l'église, le calvaire porte la date de 1575. Il a la forme d'un long fût surmonté d'une plate-forme soutenue par des anges aux instruments de la Passion. Sur la plate-forme une Crucifixion regroupe pas moins de vingt personnages. Au revers, saint Herbot surmonte la Vierge de Pitié.

Intérieur alt=Photographie d'une nef d'église|vignette|upright|L'intérieur de la nef. La partie principale de l'église est composée d'une nef à trois vaisseaux, séparés les uns des autres par deux séries de cinq grandes arcades à peine brisées. Ces arcades, à double rouleau mouluré, retombent sur des piles octogonales, cantonnées de demi-colonnes engagées et couronnées de chapiteaux dont la corbeille à bourrelet est ornée d'un décor végétal et porte un tailloir de plan carré. Ces arcades et leurs chapiteaux rappellent les églises de l'école de Pont-Croix, qui font usage d'arcades en plein cintre ou presque jusque tard dans l'époque gothique. Il s'agit cependant sans doute d'un des exemples les plus tardifs de ce type d'architecture.