L'Âme et la Vie est un ouvrage constitué de textes essentiels de Carl Gustav Jung, réunis et présentés par Jolande Jacobi, introduits par Michel Cazenave.

Ce choix de textes éclaire et illustre les aspects les plus caractéristiques, les plus accessibles aussi de la doctrine de Carl Gustav Jung.

Résumé chapitre par chapitre Témoignage en faveur de l’âme Jung établit un lien entre le corps et l’âme. "Il n’existe probablement pas une maladie du corps dans laquelle ne joue aucun facteur psychique, de même que dans nombre de troubles psychogènes interviennent des éléments corporels".

La définition de l’âme prend ses sources dans la philosophie, la théologie, la psychologie. L’âme représente la partie invisible de l’homme. L’âme ou psyché est à l’origine de tous les faits humains : de la civilisation comme de la guerre. "Tout est d’abord psychique et invisible".

Il est important de différencier âme et conscience. La conscience est à rapprocher du Logos (du verbe), de la capacité à dire le réel, tandis que l’âme humaine est « fantaisie créatrice ». La psyché crée chaque jour la réalité. La conscience observe et dit la réalité.

L’âme est mouvante, changeante. Elle s’oppose à la rigidité des doctrines, élaborées par la conscience : "La vie éternellement changeante de l’âme représente comme une réalité plus forte, mais aussi moins confortable que la sécurité rigide d’une doctrine".

Les mythes nourrissent l’âme humaine. La fiction trouve une résonance dans les fondements de l’essence humaine. Les récits fabuleux, tentant de donner un sens à l’origine, sont en premier lieu « des manifestations psychiques représentant l’essence de l’âme ». On observe avec la montée des sciences, la déspiritualisation de la nature, apanage des sciences physiques et naturelles avec leur connaissance objective. Le monde semble circonscrit dans des théories scientifiques qui donnent un sens au réel, au visible. Le danger est, d’écarter l’invisible, la part inconsciente, inconnue de tout être humain, d’oublier l’âme.

La psychologie ouvre d’autres portes, une autre perception de l’âme, après les mythes. Elle ressemble à Janus aux deux visages. Elle regarde en avant et en arrière. Elle s’intéresse au passé et au présent pour construire un avenir meilleur.

La conscience et l’inconscient La conscience est « comme un enfant qui naît chaque jour du fond originel maternel de l’inconscient ». Elle se laisse dresser comme un perroquet, mais ceci n’est pas vrai de l’inconscient. C’est d’ailleurs pour cela que St Augustin remercia Dieu de ne pas l’avoir rendu responsable de ses rêves. Les dieux sont des personnifications indubitables des forces de l’âme. La conscience est une île dans l’océan d’inconscient. L’émotion est la source principale de toute prise de conscience.

La conscience conduit aussi à une forme d’orgueil, symbolisé dans la conscience gonflée de la grenouille (cf. fable de La Fontaine "la grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf"). Une conscience gonflée comme la grenouille de la fable est égocentrique et n’est consciente que de sa propre présence. Elle est incapable de tirer des leçons du passé, incapable de comprendre les événements du moment, et incapable de trouver des conclusions justes quant à l’avenir. Une telle conscience est hypnotisée par elle-même, c’est pourquoi il est impossible de converser avec elle. Elle se condamne inévitablement à des catastrophes qui risquent de la détruire d’un seul coup.

L'histoire d'Adam et Ève représente l’acquisition de la conscience, la violation d’un tabou. Dieu a interdit aux hommes de goûter au fruit de l'arbre de la connaissance et pourtant ils l'ont fait. Cet événement de l'histoire biblique fait écho au mythe de Prométhée. Toute démarche vers une plus grande conscience mène à une sorte de culpabilité prométhéenne. La conquête d’une nouvelle connaissance est comme un rapt du feu divin. On arrache un élément de l’inconscient pour le rendre conscient. Adam et d'Ève rappellent le « péché » de la conscience. La conquête de la conscience est le fruit le plus précieux de l’arbre de Vie. L’arbre magique confère à l’homme sa victoire sur la terre et subséquemment une plus grande victoire sur lui-même: il devient lui-même créateur et entre en concurrence avec Dieu.

Les archétypes L’âme du nouveau-né est prédéterminée par l’hérédité. Elle est pleine, individualisée.

Définition de l’archétype :

Ce sont des images que la raison admet généralement comme étant sans valeur. On peut les utiliser dans diverses formes d’expression, telles que l’art, la spéculation philosophique, la spéculation quasi-religieuse. Les archétypes sont des forces vitales. Ils doivent être pris au sérieux car ils protègent et sauvent. Les enfreindre entraîne des névroses, « des périls de l’âme », bien connus des peuples primitifs. Ils sont des symboles vivants : plus le symbole est archaïque et profond, c’est-à-dire plus il est physiologique, plus il devient collectif et universel, matériel.

La vie du Christ est archétypique. Elle représente un modèle toujours vivant pour les Chrétiens. Elle est reliée à la vie secrète et inconsciente de chacun. Le Dieu fait homme est parlant par son histoire et celles de ses paraboles. Un symbole actif est inattaquable. Les Dieux païens sont aussi des archétypes de l’inconscient.

Le rêve Les rêves sont les produits de l’âme inconsciente.

Pour interpréter un rêve, il faut connaître le contexte conscient et savoir que l’inconscient a une tendance compensatrice par rapport au conscient. Le rêve s’exprime toujours à l’aide de paraboles et d’allégories.

Selon Nietzsche, la pensée onirique est une forme « phylogénétique » antérieure de notre pensée. Un rêve appartient à une série, il faut éviter de l’interpréter isolément. Certains praticiens estiment que le rêve est indispensable au traitement des névroses, notamment ceux qui attribuent à l’inconscient un rôle déterminant.

S’occuper des rêves, c’est réfléchir sur soi-même. Réflexion sur le Soi (être social, libéré de l'ego, du moi), sur l’âme obscure, la part d’inconscient en nous.

Médecin et malade Le bon médecin est celui qui a connu la vie : l’amour et la haine. Le médecin qui observe, libéré de toute formule, doit laisser agir sur lui la réalité sans loi, vivante, dans toute sa richesse. Dans la réalité psychologique, il n’y a que des cas individuels révélant des besoins et des exigences si divers, qu’au fond, on ne peut jamais savoir dans quelle voie un cas nous engagera. Le médecin a donc avantage à renoncer à toute opinion préalable. « L’art [pratique médicale] véritable est créateur et ce qui crée est au-delà de toute théorie. »

Un bon médecin doit avoir fait une psychothérapie avec quelqu'un d’autre, car on est souvent aveugle à son propre égard. Pour soigner un malade, il ne faut jamais que le médecin condamne en son for intérieur l’être qui se confie à lui. On ne saurait changer ce qu’on n’accepte pas. La condamnation morale ne libère pas, elle opprime. On peut condamner là où l'on espère et où l’on peut aider et améliorer. Un bon médecin est quelqu'un qui s’est accepté avec toutes ses faiblesses. Les malades ne veulent pas de discours moralisateurs.

La névrose est désunion avec soi-même. Elle est la souffrance d’une âme, avec toute sa complicité. Perdre une névrose est synonyme de perdre son objet ; la vie s’émousse et ainsi demeure vide de sens. Ce n’est pas une guérison, c’est une amputation. La névrose est donc une partie intrinsèque de l’être. L’état de souffrance de la névrose rappelle celui de la guerre civile.

Le névrosé est malade parce qu’il n’a pas conscience de ses problèmes. Lorsque le moi est « un antre de peur », c’est parce que l’individu s’enfuit devant lui-même sans en rien vouloir connaître.

Le problème de la guérison est un problème religieux. Le pardon permet de guérir l’état de souffrance des hommes. Mais comment peut-on dire "frère" au loup qui nous dévore ? Une névrose est liquidée, quand elle a corrigé la mauvaise attitude du moi.

Homme et femme Là où l'amour règne, il n'y a pas volonté de puissance et là où domine la puissance, manque l'amour. L'un est l'ombre de l'autre.

Jung pense que les maladies sexuelles ont un lien avec l’âme. Ethos (respectabilité, dignité, morale) et sexualité s’opposent au lieu de s’allier. La vie érotique ne s’épanouit que lorsque l’esprit et l’instinct se trouvent en une heureuse concordance. Trop d’animalité défigure l’homme civilisé, trop de culture crée des animaux malades.

La psychologie de la femme s’appuie sur l’Éros (relation psychique, amour), tandis que celle de l’homme sur le Logos (intérêt objectif, verbe). La femme est reliée à l’amour, l’homme à l’esprit (rappelle la complémentarité anima/animus). Beaucoup d’hommes sont aveugles d’un point de vue érotique car ils confondent l’Éros et la sexualité.

Jeunesse et vieillesse Dans la première moitié de sa vie, dont l'orientation est biologique, l'homme a en général, vu la juvénilité de tout son organisme, la possibilité de supporter l'élargissement vital et d'en faire quelque chose de valable. L'homme dans la seconde moitié (que l'on appelle le subconscient) est naturellement orienté vers le savoir parce que les forces déclinantes de son organisme permettent de subordonner les instincts aux intérêts culturels.

Tout ce que nous voulons modifier chez les enfants devrait d'abord être examiné avec attention pour voir si ce n'est pas quelque chose qui devrait être changé en nous-mêmes : notre enthousiasme pédagogique par exemple.

Le processus même de la civilisation consiste en un domptage progressif de tout ce qu'il y a d'animalité dans l'homme... Deux réalités s'imposent nécessairement en nous : nature et civilisation.

Éducation :

Pour l’homme jeune, il s’agit pour l’éducateur de lever les obstacles qui empêchent l’épanouissement et l’ascension. Pour l’homme vieux, il est important de favoriser tout ce qui peut constituer un appui au cours de la descente.

L’éducateur doit posséder un « enthousiasme pédagogique » et connaître ses points faibles. On oublie trop souvent l’importance de « l’éducation de l’éducateur ». On éduque des enfants et parfois on néglige l’éducation des adultes. « Les enfants sont éduqués par ce que l’adulte est et non par ses bavardages ». Un homme de valeur inférieure n’est jamais un bon maître, il dissimule sa dangereuse infériorité empoisonneuse secrète des élèves, derrière d’excellents procédés et une brillante aptitude intellectuelle à l’élocution. Certains bons élèves peuvent être « bons » par leurs bonnes méthodes et non par ce qu’ils sont. L’éducateur doit veiller à l’éducation de l’être et non au paraître.

La discipline à étudier est évidemment un matériau dont on ne peut se passer, mais la chaleur est l’élément vital nécessaire à la plante comme à l’âme de l’enfant. « La meilleure méthode [éducative] est celle qui sait faire pousser un arbre de façon qu’il remplisse le plus parfaitement possible les conditions de croissance mises en lui par la nature. » L’art de vivre est le plus noble des arts.

L'individu et la communauté Dans la mesure où les collectivités sont de simples accumulations d'individus, leurs problèmes sont aussi des accumulations de problèmes individuels. De pareils problèmes ne sont jamais résolus par la législation ou par des tours de passe-passe. Ils ne peuvent être résolus que par un changement général dans l'attitude de l'homme. Et ce changement ne saurait commencer ni par la propagande ou par des meetings monstres, ni par la violence. Il commence par un changement dans les individus. Et il se manifestera par la transformation de leurs penchants, de leurs goûts et dégoûts personnels, et de leur conception de la vie et de ses valeurs, et seule une accumulation de telles métamorphoses individuelles amènera une solution collective.

On a tendance à projeter notre psychologie sur autrui.