La villa Durazzo-Pallavicini est une grande demeure historique située à Pegli, quartier résidentiel à l'ouest de la ville de Gênes. L’édifice, aujourd’hui propriété de la ville de Gênes, abrite le musée d'Archéologie ligure et est entouré d’un parc de près de dix hectares qui compte parmi les principaux jardins historiques d’Europe, intégrant le jardin botanique Clelia Durazzo Grimaldi. L’accès à cet ensemble se situe à proximité de la gare de PegliVilla Durazzo-Pallavicini sur www.fosca.unige.it..
Dans leur état actuel, ce parc et sa villa datent du milieu du , mais remontent à un palais du qui a appartenu à la famille Grimaldi. Les Durazzo et les Pallavicini, deux autres grandes familles apparentées, ont été associées à l’histoire de cette propriété. En 2017, ce jardin a été qualifié de « plus beau parc d’Italie » Villa Durazzo Pallavicini. Il parco pubblico più bello d'Italia..
Histoire
vignette|gauche|Le parc de la villa, photographie de Giorgio Sommer, vers 1880vignette|gauche|Groupe de touristes dans la grotte de la villa, photographie de Celestino Degoix, vers 1880.
vignette|gauche|La villa au pied de laquelle s'étend le jardin botanique, photographie de Paolo Monti, 1963L’ensemble constitué par le parc et la maison de maître a été réalisé entre 1840 et 1846 pour un neveu de la marquise Clelia Durazzo, Ignazio Alessandro Pallavicini, qui a confié la conception et l’exécution des travaux a Michele CanzioBiografia di Michele Canzio sur le Dizionario biografico degli italiani. (1787-1868), scénographe du théâtre Carlo-Felice à Gênes et professeur à l’Accademia ligustica di belle arti.
L’inauguration des lieux a été célébrée à l’occasion du Congrès des sciences italiennes, auquel participent alors de nombreux savants botanistes invités par le marquis PallaviciniLa villa Durazzo-Pallavicini sur www.florartearenzano.com.
La villa, de style néoclassique, se trouve en position dominante sur la colline de Saint-Martin, en amont de Pegli, et résulte de la transformation d’un palais résidentiel du qui a appartenu à Giovanni Battista Grimaldi, doge de la république de Gênes de 1752 à 1754. Par héritage, cette propriété passe à d'autres membres de la famille Grimaldi. Un neveu, Giuseppe, fils également d’un doge, Pier Francesco Grimaldi, épouse Clelia Durazzo, botaniste de réputation internationale issue elle aussi d’une famille génoise illustre. En 1794, elle fait établir un jardin botanique qui porte son nom. Giuseppe Grimaldi meurt en 1820 et Clelia Durazzo, en 1837. Les époux Grimaldi n'ayant pas eu d’enfant, la succession s'avère difficile. En 1840, ce domaine tombe entre les mains d'Ignazio Alessandro Pallavicini, lointain neveu de la marquiseBiographie de Clelia Durazzo sur le site de l'association "A Compagna".
thumb|left|Château du Capitaine, plafond peint du salon à l'étage
Le complexe architectural de la villa Durazzo-Pallavicini n'est pas un simple développement de la résidence aristocratique suburbaine, séjour luxueux et exclusif de familles patriciennes. Ignazio Pallavicini a voulu une reformulation complète dans le goût de l’époque, de style néoclassique influencé par le romantisme. Elle s’inscrit dans le contexte de la rénovation urbaine de Pegli, station de villégiature qui, grâce à la construction de la voie ferrée Gênes-Vintimille, devient un centre touristique de renommée européenne. Ce parc romantique, d'emblée ouvert au public (à la grande différence des jardins patriciens strictement privés), devient rapidement un haut-lieu d'excursion, recherché par des milliers de visiteurs annuelsTouring Club Italiano, Guida d'Italia - Liguria, Milan, 2009Villa Durazzo-Pallavicini sur le site www.culturainliguria.itMauro Bocci, "Clelia Durazzo Grimaldi e l'Orto Botanico di Genova", février 2018, article sur La Casana, revue trimestrielle de la Banca Carige, n. 4/2008..
Après la mort d'Ignazio Pallavicini, en 1871, la villa passe à sa fille Theresa, épouse de Marcello Durazzo, tous deux derniers descendants de leur lignée, puis à leur neveu, Giacomo Filippo Durazzo Pallavicini. Ce dernier obtient le droit de porter ce double nom, qui qualifie désormais la maison. Il meurt en 1921. Sa veuve, Matilde Giustiniani, donne en 1928 le domaine à la commune de Gênes, la chargeant de conserver un usage culturel à la maison et de maintenir le parc ouvert au public. Dès 1936, le palais abrite le musée d’archéologie ligureGli Archivi Pallavicini di Genova, in Atti della Società Ligure di Storia Patria, vol. XXXIV, Genova, 1994..
Dans les années 1960, le parc subit de gros dommages en raison du percement de la galerie souterraine de l’autoroute. Ces travaux provoquent la fermeture des lieux, qui se prolonge jusqu’à la fin des années 1980. Après de longs travaux de restauration, le parc peut enfin rouvrir au public en 1992.
De nouvelles restaurations, commencées en 2014, restreignent à nouveau l’accès public. Le parc est définitivement rouvert en Informations sur le site de l'association Amici di Villa Durazzo Pallavicini..
Description
thumb|Pavillon d'entrée au parc sur la via Ignazio Pallavicini
La villa domine la colline Saint-Martin et est raccordée aux jardins environnants par un complexe scénographique de terrasses et escaliers monumentaux. Le projet de restructuration du palais et l’aménagement du parc ont été confiés à Michele Canzio, qui fut aussi le directeur des travaux. En revanche, c’est l’architecte Angelo Scaniglia qui a été chargé de la construction de l’allée d’accès surélevée, offrant un cheminement commode pour relier le vieux palais Grimaldi au centre de Pegli.
En 1857, à l'occasion de la construction du chemin de fer et de la gare adjacente, une partie de l’allée est devenue voie publique ; c’est de cette époque que date la réalisation de l’accès actuel. Deux pavillons jumeaux marquent l'entrée, à partir de laquelle l’allée surélevée, flanquée de chênes verts, s’élève (en passant au-dessus des voies ferrées), jusqu’à la maison de maître.
Villa
thumb|left|Voûte de l'arc de triomphe
L’édifice, de forme presque cubique, présente sa façade principale au levant. Il dominait à l'origine la plaine environnante, mais, à partir de la fin de la seconde guerre mondiale, le territoire s'est fortement urbanisé et désormais de grands immeubles locatifs ont pris la place des anciens jardins et vergers d’agrumes, soustrayant en partie cette résidence à la vue.
Le bâtiment est organisé sur quatre étages, avec une grande terrasse panoramique précédant l’entrée. Les espaces intérieurs se réfèrent eux aussi au répertoire néoclassique, voire au goût du , notamment avec l'ornementation en stuc et tempera de la « salle verte ». Les décors peints sont dus au même Michele Canzio et à Giuseppe Isola ; ils ont été partiellement détruits en 1869 lors de l’écroulement du plafond. La fresque du salon, à l’étage noble, date de la fin du .
Parc
thumb|Pavillon monoptère de Diane, au milieu du Grand Lac
Le parc imaginé par Michele Canzio a été établi à partir de 1840 et les travaux se sont prolongés encore un certain temps après l’inauguration de 1846. Traduisant les plus hautes ambitions du jardin romantique du , le parc est compris comme une représentation théâtrale qui, à travers un ensemble de mises en scène, dessine un parcours narratif en trois actes riches de significations symboliques et allégoriques. L’action se déroule le long de sentiers sinueux, ornés de fabriques néoclassiques, néogothiques ou rustiques, de palmiers, de plantes exotiques, de chênes-lièges et de lauriers, destinés à susciter, chez le visiteur, des sentiments variés et contrastésIl parco di villa Durazzo Pallavicini sur le site www.sbapge.liguria.beniculturali.it.. En effet, le metteur en scène, familier de l'illusion théâtrale, mise sur la surprise, et répond ainsi au vœu de Carmontelle, qui écrit:
Carmontelle , Prospectus (1779), évoqué dans Grandes et petites heures du Parc Monceau, Paris: Musée Cernuschi, 1982, p. 19, n° 44. Cité d'après Philippe Junod, « De l'utopie à l'uchronie. Pour une archéologie de l'imaginaire jardinier », dans: Philippe Junod, Chemins de traverse. Essais sur l'histoire des arts (Études lausannoises d'histoire de l'art, 6), Infolio 2007, , p. 436..
Philippe Junod insiste aussi sur la dimension ludique du parcours. Dans le secteur des « jeux mécaniques », le visiteur s'amuse d'un carrousel, d'une grande roue (mus tous deux par un opérateur caché en sous-sol), et rencontre plus loin une balançoire chinoise dotée d'un dispositif pouvant arroser successivement acteurs et spectateurs.
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Le parc comprend de nombreuses plantes rares et d'arbres particulièrement majestueux, tels que Araucaria bidwilli, Cedrus libani, Cinnamomum camphora, Jubaea chilensis, Notelaea excelsa, Firmiana simplex, Quercus suber, Podocarpus macrophillus, de nombreux palmiers et une collection extraordinaire de quelque 160 Camellia japonica.
Le parcours imaginé par Canzio débute sur la terrasse de la villa et frôle la chapelle néogothique flanquant cet édifice. Puis une allée tortueuse dans les chênes-verts et les lauriers mène au « coffee house », petit édifice néoclassique orné d’un portique et de quatre statues dues à Carlo Rubatto, illustrant Hébé, Flore, Léda et Pomone. Au bout du chemin se trouve un « Arc de triomphe » orné de statues de G. B. Cevasco, qui marque la fin du prologue et introduit la zone du premier acte, centré sur la Nature. Une inscription latine sur l’arcVALETE URBANI LABORES / VALETE PROCUL ANIMI IMPEDIMENTA / ME SUPERA CONVEXA ET SYLVAE ET FONTEIS / ET QUID QUID EST ALTIORA LOQUENTIS NATURAE / EVEHAT AD DEUM avertit le visiteur qu’il passe d’un environnement citadin à la tranquillité de la forêt, l’invitant à abandonner ses préoccupations quotidiennes pour jouir des joies simples de la campagne. En effet, l'arc de triomphe affiche, sur sa face arrière, une rude maçonnerie en pierres apparentes annonçant le modeste ermitage voisin, à travers lequel on passe pour découvrir, plus loin, l’une des plus anciennes collections italiennes de camélias. Leur floraison, au printemps, est spectaculaire.
Cette collection, élément incontournable des jardins du , comprend de nombreux cultivars provenant du monde entier, qui ont acquis au fil des années des dimensions très imposantes. Ils ont en effet été plantés vers 1856-1877 sous la supervision de Carlo Moroni, jardinier en chef, considéré comme l’un des meilleurs spécialistes de ce genreLe parc de la villa sur le site ASTER, Azienda di servizi del comune di Genova.
thumb|left|Le château médiéval, demeure mythique du « Capitaine »
Au-dessus de la forêt de camélias, la pente couverte de pins maritimes rejoignait initialement la place des jeux mécaniques (carrousel, grande roue. depuis déplacés). Au haut de la pinède (deuxième acte), de fausses structures médiévales invitent à poursuivre l’histoire : un oratoire néogothique consacré à la Madone, une « cabane suisse » (disparue, mais marquée par un panneau et dont on a des vues anciennes, aquarelle de A. Majani, vers 1915, puis le « château du Capitaine », mythique grand seigneur censé avoir habité ces lieux, enfin le mausolée de ce dernier, accompagné des monuments funéraires de héros tombés à ses côtés, évoquent un épique monde chevaleresque, leitmotiv de la culture romantique.
Le château, à mur d'enceinte sur plan carré, dont les maçonneries sont volontairement ruinées en partie pour attester de combats mouvementés, comporte une tour centrale cylindrique. L’intérieur est entièrement peint (fausses briques au rez-de-chaussée, et notable décor à l’étage, éclairé de vitraux multicolores). thumb|upright=0.8|Le pont japonais et la pagode