Les acehnais (prononcé ) ou aceh (prononcé ; en acehnais : ureuëng Acèh, en indonésien : orang Aceh) sont un groupe ethnique originaire des côtes de la région d'Aceh, sur la pointe nord-ouest de l'île de Sumatra en Indonésie. Ils sont presque tous musulmans sunnites.
Nom Les acehnais sont aussi connus sous les noms de aceh, atjeh, lam muri, lambri, akhir, achin, asji, a-tse et atse.
Origines La région d'Aceh est peuplée depuis le Pléistocène. Des annales chinoises mentionnent dès le la présence de populations bouddhistes à Aceh. L'hindouisme arrive dans la région au et l'islam est attesté par Marco Polo dès 1292.
De par l'emplacement géographique de leur aire de peuplement sur les routes commerciales qui relient la Chine et l'Inde, leur culture a incorporé des éléments chinois, indiens, arabes, persans et turcs. La colonisation a apporté des influences portugaises et néerlandaises.
Substrat austronésien Les acehnais sont un peuple austronésien originaire d'Asie du Sud-Est. Il est difficile d'établir avec précision la date de leur migration. Ils auraient une origine génétique commune avec les bataks, les gayos et les alas.
Influences indiennes La présence de mots sanskrits dans la langue acehnaise témoigne d'un héritage indien ancien. Certains acehnais ont des origines tamoules et gujaraties. Cela est dû aux échanges commerciaux répétés avec l'Inde dès les et , qui favorisent l'expansion de l'hindouisme puis de l'islam à Aceh.
Influences moyen-orientales La plupart des arabes qui ont migré à Aceh étaient originaires du Yémen. Certains y venaient pour faire du commerce et d'autres y venaient en tant qu'oulémas pour répandre l'islam. À Aceh, les nobles revendiquent souvent une origine arabe, voire un statut de sâdah (descendant de Muhammad, le prophète de l'islam). Ces derniers sont généralement appelés habib (en arabe : le cher, l'aimé) en marque de respect. À l'époque du sultanat d'Aceh (1496-1903), les monarques se déclaraient issus de lignées de sâdah, témoignant ainsi du prestige attribué à ce statut.
Des persans et des turcs ont également fréquenté Aceh en tant que commerçants et en tant qu'oulémas. Les turcs ont notamment pratiqué le commerce d'armes avec le sultanat et certains d'entre eux sont devenus mercenaires pour le compte du sultan. Les rencong, poignards acehnais portés lors de manifestations culturelles (mariages, cérémonies, etc.), ont été influencés par les armes blanches turques. Certains prénoms turcs et persans sont encore utilisés par les acehnais de nos jours. Par ailleurs, le nom de la capitale d'Aceh, Banda Aceh, comporte un mot d'origine persane (banda signifie port).
Influences chinoises vignette|La cloche chakra donya, cadeau de l'empereur chinois Ming Chengzu au Sultan de Pasai, symbolise le lien culturel entre chinois et acehnais. Même si des commerçants chinois visitent Aceh dès le et entretiennent des rapports commerciaux réguliers avec les populations des côtes, ils n'établissent des relations diplomatiques formelles qu'au . Il faut attendre le pour que des chinois s'installent définitivement à Aceh en quantité significative. Certains s'acculturent dans la société acehnaise, se marient avec des locaux et se convertissent à l'islam, mais d'autres préservent leur identité. Ces échanges ont notamment influencé l'architecture ainsi que la gastronomie acehnaises. Les chinois ont apporté
Influences européennes Après la guerre d'Aceh (1873-1904), les colons néerlandais prennent le contrôle de la province d'Aceh, qu'ils colonisent jusqu'en 1945. L'histoire du peuple acehnais est marquée par une grande résistance face à la colonisation néerlandaise. Les néerlandais étaient peu nombreux dans la région et les mariages mixtes étaient rares.
Influences indonésiennes Même si la présence de javanais à Aceh est attestée dès le , elle reste marginale jusque dans les années 1960. En 1964, dans le cadre la transmigration (un programme de migrations internes organisé par le gouvernement indonésien), de nombreuses familles javanaises migrent à Sumatra, y compris dans la province d'Aceh. Des vagues de transmigrations plus importantes ont lieu en 1973 et 1975. Mais entre 1976 et 2005, un conflit armé oppose le gouvernement indonésien et le GAM, un mouvement séparatiste acehnais qui se déclare . Près de quittent la province pendant ces trois décennies. En 2010, les javanais représentaient 8,94% de la population d'Aceh, soit près de . Nombre d'entre eux ont épousé des acehnais et se sont acculturés dans la société acehnaise pendant et après le conflit.
Des minangkabaus et des bataks, originaires de régions voisines du nord de Sumatra, se sont également établis en territoire acehnais et mélangés avec la population locale.
Culture
Mémoire alt=Un village aceh par le tsunami en Indonésie.|vignette|Un village acehnais détruit par le tsunami. La mémoire collective des acehnais est marquée par différentes luttes. Aceh est l'une des dernières provinces d'Indonésie à avoir été colonisée, à la suite de la guerre d'Aceh (1873-1904). Cette guerre était considérée comme une guerre sainte par les locaux. L'Indonésie obtient son indépendance en 1945 mais celle-ci n'est reconnue qu'en 1949. Néanmoins, de 1976 à 2005, un conflit armé oppose le gouvernement indonésien et le GAM, un mouvement séparatiste acehnais.
Le , un tsunami violent frappe Aceh et cause , notamment dans les régions côtières, et détruit de nombreuses infrastructures. Environ perdent leur domicile dans la catastrophe. L'idée que ce drame puisse être une punition divine a été une des causes de l'établissement de la charia à Aceh en 2005.
En 2007, 84,6% de la population souffrait d'un trouble psychiatrique et 69,8% souffrait de détresse émotionnelle sévère en raison des conflits politiques et du tsunami.
Organisation sociale vignette|La Grande Mosquée Baiturrahman à Banda Aceh. La quasi-totalité des acehnais adhère à l'islam sunnite de rite shafiite. Des communautés musulmanes acehnaises sont attestées dès la fin du . Les acehnais étaient probablement les premiers indonésiens à rejoindre l'islam. Aujourd'hui, leur islam est plutôt conservateur et il est un élément structurant de leur identité. La province d'Aceh est la seule province d'Indonésie où la charia (loi islamique) est appliquée.
La société acehnaise est matrilocale comme la plupart des sociétés du nord de Sumatra. Lors du mariage, le mari paye une dot à sa femme conformément à la prescription islamique, mais il déménage pour vivre chez elle. En effet, les maisons familiales sont généralement transmises aux filles. Pour éviter que le droit musulman en matière d'héritage ne s'applique dessus, les parents doivent céder leur maison quand ils sont encore vivants.
Traditionnellement, le territoire acehnais est organisé en mukims, divisés en gampôngs et régi par trois formes d'autorité : la cour du sultan, les lobbies de commerçants et les oulémas. Au , les changements politiques majeurs, l'industrialisation et le développement de l'accès à l'éducation supérieure dans les centres urbains ont renversé cette structure sociale. Il existe désormais une dichotomie entre les villes et les campagnes. La plupart des acehnais ruraux travaillent dans l'agriculture ou dans l'industrie. La culture du riz et du café sont très répandues à Aceh, ainsi que la pêche.
Comme les autres peuples austronésiens, les acehnais respectent les personnes âgées. Ils sont généralement généreux et accueillants.
Habitation vignette|Une maison traditionnelle acehnaise. La maison traditionnelle acehnaise (en aceh : Rumoh Acèh, en indonésien : Rumah Aceh) est généralement construite sur pilotis. Le sol est en bois de palmier areng, les murs en bambou tissés et le toit est recouvert de feuilles de sagoutier. La construction sur pilotis, courante dans le monde malais, permet d'éviter les dégâts des eaux lors des inondations. Pour accéder à l'espace d'habitation, situé en hauteur, il y a généralement une échelle ou un escalier. Il peut également y avoir un grenier à riz à côté de la maison. Néanmoins, ces maisons traditionnelles sont de moins en moins courantes, progressivement remplacées par des maisons de plain-pied en béton.
La culture acehnaise est matrilocale. Le père doit commencer les préparatifs de la construction de la maison de sa fille quand elle atteint l'âge de sept ans. La fille doit rester chez ses parents jusqu'à la naissance de son premier enfant, après quoi elle peut avoir sa propre maison. Son mari déménage alors chez elle.
Cuisine La cuisine acehnaise a été influencée par les cuisines indienne, chinoise et arabe. Elle utilise beaucoup d'épices, notamment du curry, du gingembre, de la coriandre, du poivre, du clou de girofle, du fenouil, du cumin et du lait de coco. La viande de poulet, de bœuf, de buffle et de chèvre ainsi que le poisson sont fréquemment utilisés. Traditionnellement, certains plats utilisent du cannabis mais cette pratique tend à disparaître car elle est interdite par la loi indonésienne et par l'islam.
Langues
vignette|Panneau bilingue indonésien (gauche) et acehnais (droite) : En cas de tremblement de terre, éloignez-vous de la côte et allez à un endroit en hauteur. L'acehnais (en acehnais : Bahsa Acèh, en indonésien : Bahasa Aceh) est la langue vernaculaire du peuple acehnais. Elle appartient à la branche chamique du groupe malayo-polynésien de la famille austronésienne. Selon le linguiste , l'acehnais pourrait avoir un substrat austroasiatique. Tous ces éléments suggèrent une origine d'Asie du Sud-Est continentale. L'acehnais est plus proche du cham, parlé au Viêt Nam, que du minangkabau avec lequel il partage une frontière linguistique.
De par son autonomie spéciale, la province d'Aceh confère à la langue acehnaise un statut co-officiel avec l'indonésien. En tant que langue véhiculaire de l'Indonésie, l'indonésien (en indonésien : Bahasa Indonesia, en acehnais : Bahsa Indônèsia) reste la langue de l'administration, des médias et de l'éducation. Elle permet aussi la communication entre les Acehnais et les autres groupes ethniques d'Indonésie. Certains établissements scolaires de la province d'Aceh proposent des cours d'acehnais, mais l'indonésien reste la seule langue d'instruction.
Lors du recensement indonésien de 2010, sur d'Acehnais, parlaient la langue acehnaise à la maison, soit 84,17%. Selon le même recensement 91,51% des habitants de la province d'Aceh savaient parler indonésien, principalement en tant que langue seconde.
En 2020, 98,44% des habitants d'Aceh savaient parler indonésien, une nette augmentation par rapport à 2010. En conséquence, malgré la taille importante de sa communauté linguistique, l'acehnais est considéré comme une langue en danger par l'UNESCO car il est délaissé au profit de l'indonésien, notamment chez les jeunes.
Littérature vignette|Un manuscrit du Hikayat Prang Sabi (avant la colonisation, l'acehnais s'écrivait avec l'alphabet arabe). La littérature orale existe à Aceh depuis le mais le plus ancien texte écrit en langue acehnaise date de 1658. Avant la colonisation néerlandaise, la plupart des écrits acehnais étaient des poèmes et des hikayat (épopées en vers). La prose était une forme rare qui était principalement utilisée dans le contexte religieux.
Dès les premières rencontres avec les néerlandais, la littérature acehnaise a servi d'outil à la lutte anticoloniale. Entre 1873 et 1904, pendant la guerre qui oppose le Sultanat d'Aceh aux Pays-Bas qui tentent d'en prendre le contrôle, de nombreux auteurs écrivent des hikayat qui appellent la population acehnaise à la résistance contre l'envahisseur. Cette résistance présentée comme une forme de djihâd (lutte sacrée dans l'islam). Le texte le plus célèbre de ce genre est l'Hikayat Prang Sabi, écrit par en 1881. Après l'indépendance de l'Indonésie (1945), des sphères sécessionnistes et ethno-nationalistes se réapproprient ce texte.