Le risque industriel en France est la combinaison de la probabilité de survenue d’un accident industriel sur le territoire national français et de ses conséquences négatives potentielles pour la santé humaine, l’environnement, les biens, dont le patrimoine culturel et l’activité économique. Classé dans la catégorie des risques technologiques majeurs, le risque industriel fait l'objet d'un suivi continu, d'un cadre réglementaire de prévention et d'une information de la population. Une organisation des secours a par ailleurs été mise en place pour faire face à d'éventuels accidents ou catastrophes.

L'information de la population est faite via différents vecteurs. Le dossier départemental des risques majeurs (DDRM) recense à l’échelle d’un département l’ensemble des risques majeurs par commune, dont le risque industriel. Le dossier d'information communal sur les risques majeurs (DICRIM) précise au niveau communal ces risques. Il est complété par le plan communal de sauvegarde qui définit l'organisation pour y faire face. Enfin, depuis 2006, l’information des acquéreurs ou locataires doit être faite sur les risques auxquels le bien immobilier est exposé.

Accidents industriels en France Typologie des risques industriels Les générateurs de risques sont regroupés en deux familles. : Les industries chimiques produisant ou stockant des produits chimiques de base, des produits destinés à l'agroalimentaire (notamment les engrais), les produits pharmaceutiques et de consommation courante (eau de javel, etc.) ; Les industries pétrochimiques produisant l'ensemble des produits dérivés du pétrole (essences, goudrons, gaz de pétrole liquéfié). Tous ces établissements sont des établissements fixes qui produisent, utilisent ou stockent des produits répertoriés dans une nomenclature spécifique.

Conséquences des accidents industriels Enjeux concernés Les accidents industriels sont susceptibles d'avoir des conséquences négatives potentielles pour la santé humaine, l’environnement et les biens :

Les enjeux humains : il s'agit des personnes physiques directement ou indirectement exposées aux conséquences de l'accident. Elles peuvent se trouver dans un lieu public, chez elles, sur leur lieu de travail, etc. Le risque peut aller de la blessure légère au décès. Le type d'accident influe sur le type des blessures. Les enjeux économiques : un accident industriel majeur peut altérer l'outil économique d'une zone. Les entreprises, les routes ou les voies de chemin de fer voisines du lieu de l'accident peuvent être détruites ou gravement endommagées. Dans ce cas, les conséquences économiques peuvent être désastreuses. Les enjeux environnementaux : un accident industriel majeur peut avoir des répercussions importantes sur les écosystèmes. On peut assister à une destruction de la faune et de la flore, mais les conséquences d'un accident peuvent également avoir un impact sanitaire (pollution d'une nappe phréatique par exemple).

Effets sur les enjeux

Les effets sont rangés en trois familles :

Les effets thermiques sont liés à une combustion d'un produit inflammable ou à une explosion ; Les effets mécaniques sont liés à une surpression, résultant d'une onde de choc (déflagration ou détonation), provoquée par une explosion. Celle-ci peut être issue d'un explosif, d'une réaction chimique violente, d'une combustion violente (combustion d'un gaz), d'une décompression brutale d'un gaz sous pression (explosion d'une bouteille d'air comprimé par exemple) ou de l'inflammation d'un nuage de poussières combustibles. Pour ces conséquences, les spécialistes calculent la surpression engendrée par l'explosion (par des équations mathématiques), afin de déterminer les effets associés (lésions aux tympans, poumons, etc.) ; Les effets toxiques résultent de l'inhalation d'une substance chimique toxique (chlore, ammoniac, phosgène, etc.), à la suite d'une fuite sur une installation. Les effets découlant de cette inhalation peuvent être, par exemple, un œdème du poumon ou une atteinte au système nerveux.

Échelle de gravité des événements Échelle du Ministère de la Transition écologique et solidaire Une échelle de gravité des dommages générés par des aléas naturels ou technologiques a été produite par le ministère de l'Écologie et du Développement durable. Ce tableau permet de classer les événements naturels en six classes, depuis l'incident jusqu'à la catastrophe majeure.. Cette classification est propre à la France. D'autres classifications ont été établies par des organismes de veille internationale sur les catastrophes naturelles. ClasseDommages humains Dommages matériels0Incident Aucun blesséMoins de 1Accident1 ou plusieurs blessésEntre et 2Accident grave1 à Entre et 3Accident très grave10 à Entre et 4Catastrophe100 à Entre et 5Catastrophe majeure ou plus ou plus

Ce tableau ne prend néanmoins pas la spécificité des accidents industriels. Échelle européenne des accidents industriels L’échelle européenne des accidents industriels a été officialisée en par le Comité des autorités compétentes des États membres pour l'application de la directive Seveso. Elle repose sur 18 paramètres techniques destinés à caractériser objectivement les effets ou les conséquences des accidents. Chacun de ces paramètres comprend 6 niveaux. Le niveau le plus élevé détermine l’indice de l’accident. En France, depuis 2003, l’échelle européenne est représentée selon 4 indices.. Par exemple l'accident survenu le dans l'usine Lubrizol à Rouen ayant occasionné une fuite de mercaptan, particulièrement incommodante pour la population, était cotée comme suit. : Matières dangereuses relâchées ■■□□□□Conséquences humaines et sociales■■■□□□Conséquences pour l'environnement□□□□□□Conséquences économiques■■□□□□

Histoire succincte de la prévention des risques industriels thumb|150px|Arrêt du Conseil royal instaurant une Compagnie d'assurance contre les incendies avec des régimes différents pour les maisons particulières et pour tout « métier, art ou négoce dangereux relativement aux incendies », 6 novembre 1786.

Avant 1794, nombreux accidents de poudreries À Paris, la poudrerie originelle de l’Arsenal, qui avait plusieurs fois explosé (en 1538 et 1563) avait depuis longtemps été éloignée à la Salpêtrière (temporairement, de 1634 à 1650) puis encore plus loin, à Essonnes, où les explosions furent d'ailleurs régulières, celle de 1745 détruisit tout le site et tua 45 personnes.. Ces éloignements des lieux de production n’étaient pas en soi des protections suffisantes : beaucoup de dépôts de poudre (appelés aussi poudrières), parfois situés au sein des villes, explosaient aussi. Ainsi, la fin de l’Ancien Régime vit naître de nombreux projets d’éloignement du lieu de stockage qui demeurait encore à l'Arsenal de Paris. Il semble que, dans les fabriques de poudre, les explosions étaient courantes : ainsi, les dégâts furent considérables dans celles de Metz (1692), Verdun (1727), Abbeville (1773), Toulouse (1780) et Bordeaux (1783). C’est pourquoi prédominait toujours l’idée d’un éloignement indispensable.

1794, explosion de la poudrerie de Grenelle

Dans le contexte de la Révolution, l'idée d’éloignement des villes va être abandonnée. Au cœur de l'an II et de la Terreur, en effet, la mobilisation guerrière impose à la nation un effort de production d’équipement militaire (armes, vêtements, tentes, etc.) qui aboutit à une concentration industrielle inédite à Paris. En , le Comité de salut public crée un dispositif exceptionnel de fabrication d’armes en France, dont l’établissement central est placé dans la capitale. Des académiciens et d’autres personnalités ayant une formation scientifique collaborent à cette mobilisation sans précédent (Carnot, Fourcroy, Guyton de Morveau, Carny, Monge, Berthollet, Hassenfratz, Darcet, Pelletier, Chaptal, Prieur) et légitiment une industrialisation d’exception qui s’embarrasse peu de mesures de prévention. Le Comité de Salut Public crée successivement l’Administration des salpêtres et poudres de la Commune de Paris le 7 pluviôse an II, puis la Commission des armes et poudres, qui remplit la fonction de ministère de la Guerre, le 13 pluviôse an II (). La Convention nationale décrète la mobilisation citoyenne de masse pour fabriquer rapidement du salpêtre, qui entre à 75 % dans la fabrication de la poudre. Un nouveau procédé de fabrication est mis en place, s'inspirant d’un procédé venant d'Angleterre mais aussi de celui inventé par l’ingénieur Cossigny, en France après 1781, et qui avaient fait diminuer les risques d’explosion. La maison nationale du château Grenelle est réquisitionnée le . Elle est située près des Invalides, à l'intérieur du mur des Fermiers Généraux, un choix absurde sur le plan des risques, mais le plus efficace en termes de concentration de la production. La construction est faite à la hâte et est mise en service avant même qu’elle soit finie. Malgré les difficultés liées aux nouvelles méthodes de fabrication, la production commence à être satisfaisante en juin : la poudrerie de Grenelle produit alors 30 % de la poudre française, et le Comité de salut public presse alors l'administration des poudres d’accroître encore les cadences. La poudrière explose finalement le 14 fructidor an II (). Tous les témoignages attestent d'une explosion très puissante, le souffle gigantesque et le bruit assourdissant est entendu jusqu’à Versailles et Gonesse Bien que la quantité de poudre stockée sur place était faible (plusieurs tonnes de poudre venaient d’être envoyées aux armées), les dégâts sont néanmoins considérables. Le nombre de morts est évalué à .

Aucune leçon n’est vraiment tirée de ce drame, si ce n’est qu’on privilégie désormais des unités de production plus petites et plus légères. Mais entre et , une dizaine d’arsenaux, de dépôts ou de fabriques de poudre explosent : Dunkerque (, quatre morts et six blessés grièvement), Bayonne (), Givet (, huit morts et quelques blessés), Nancy (, deux morts et plusieurs blessés), Landau (, neuf morts et soixante et un blessés), Metz (23 pluviôse an III, cinq blessés), Nice (, soixante et un morts). Plus tard, passé l’événement révolutionnaire, les anciennes poudreries ne furent pas réorganisées et continuèrent de fonctionner comme sous l’Ancien Régime.

De l’accident de 1794 au décret de 1810 Cette explosion de la poudrerie de Grenelle le est considérée comme le premier véritable accident technologique, même si de nombreux accidents l’ont précédé. Cet événement est bien souvent présenté comme fondateur du décret impérial du 10 octobre 1810 qui réglemente l’activité des manufactures et des ateliers insalubres, incommodes ou dangereux, bien que selon les dernières recherches il n’en est rien, les poudrières étant totalement absentes de ce décret. La question de la responsabilité ne fut pas vraiment posée, ce qui aurait pourtant été un préalable indispensable à une refonte de la législation du risque. La rumeur d’un complot et d’un attentat circula comme une traînée de poudre dès le lendemain. Ce n’est que trois ans plus tard, en , qu’on discuta plus sérieusement des causes de l’accident, à l’Institut de France, à la suite d’un rapport de Cadet de Vaux. La cause en est imputée à l'organisation de la poudrerie elle-même, mais cette organisation ne trouva ni responsable, ni coupable. Chaptal et Carny, les deux principaux organisateurs de la poudrière, ne furent pas inquiétés.