La basilique Saint-Eutrope de Saintes est un des principaux sanctuaires catholiques de la ville de Saintes, dans le département français de la Charente-Maritime et le diocèse de La Rochelle et Saintes. Le , un bref apostolique du pape Léon XIII érige l'église en basilique mineureDate de l'érection de l'église en basilique mineure..
Fondée en 1081, à l'instigation du duc d'Aquitaine et comte de Poitou Guillaume VIII d'Aquitaine, consacrée par le pape Urbain II en 1096, elle honore saint Eutrope de Saintes, martyr, premier évêque et évangélisateur de la région. Son tombeau, déposé dans la crypte, est visité depuis cette époque par de nombreux pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle. L'abbaye de Cluny, à qui l'église est confiée dès l'origine, favorise l'implantation d'un prieuré comptant jusqu'à une vingtaine de moines, chargés de la célébration du culte et de l'organisation du pèlerinage. La Révolution française entraîne la fermeture définitive du prieuré.
L'église, considérée comme vétuste par le préfet Ferdinand Guillemardet, est amputée de sa nef en 1803. Jusqu'alors, Saint-Eutrope était un des plus grands édifices religieux de la région : sa nef couvrait tout le parvis actuel. Elle était aussi un des plus originaux, du fait de sa division en église haute et église basse, avec système d'escaliers se rejoignant au centre du vaisseau qui permettaient une circulation aisée des pèlerins.
Chef-d'œuvre de l'art roman saintongeais, l'église Saint-Eutrope incorpore également des éléments d'autres styles, tels la flèche (), pur produit du gothique flamboyant, construite grâce à une donation du roi de France Louis XI. Œuvre de l'architecte Jean Lebas (également maître de chantier de la basilique Saint-Michel de Bordeaux), elle culmine à près de . Le chœur, gothique lui aussi, date du , et la façade actuelle, pastiche roman d'une grande sobriété, date du . La basilique conserve de nombreux chapiteaux romans extrêmement soignés et une série de vitraux issus des ateliers Gesta, de Toulouse, Dagrant, de Bordeaux, et Léglise, de Paris.
La basilique fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1846.. Elle est également inscrite au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en FranceSite de l'Unesco..
Histoire Eutrope, évangélisateur et martyr Relativement peu de choses sont connues au sujet de saint Eutrope de Saintes, la date même de son épiscopat demeurant incertaine. Une tradition en fait un missionnaire apostolique originaire de Grèce, envoyé par le pape convertir à la foi nouvelle les habitants de l'actuelle Saintonge. Ainsi, selon cette hypothèse, Eutrope aurait vécu au et aurait été l'un des premiers organisateurs de la communauté chrétienne naissanteExtrait de « De gloria martyrum » de Grégoire de Tours. Une seconde hypothèse en fait un contemporain de l'empereur Dèce, vers le milieu du . Ces imprécisions ne doivent cependant pas occulter son action d'organisateur des premières communautés chrétiennes de la région : il est ainsi reconnu par l'église catholique comme le premier évêque de SaintesDiocèse de La Rochelle..
Les textes hagiographiques rapportent qu'il subit le martyre pour avoir converti la fille du gouverneur de la ville, Estelle de Saintes. Condamné à être lapidé, puis à avoir le crâne rompu à coups de hache, son corps aurait été enterré par des fidèles non loin de l'amphithéâtre de Saintes. Toujours selon la tradition, il aurait été rejoint dans la mort par Estelle de Saintes, condamnée par son père à être décapitée. Grégoire de Tours indique que les restes du saint auraient été retrouvés par hasard par des moines occupés à défricher un terrain proche de l'amphithéâtre. Reconnaissant la profonde entaille laissée sur le crâne par la hache du bourreau, ils auraient eu une vision du saint durant leur sommeil. Les restes auraient alors été authentifiés par l'évêque Pallais de Saintes, qui les aurait fait transporter dans l'église Saint-Étienne aujourd'hui disparue, avant de faire élever une première basilique funéraire. De fait, cette dernière semble attestée dans le courant du . Elle est sérieusement endommagée par les envahisseurs normands, qui la pillent au . Reconstruite assez sommairement, elle apparaît comme fort vétuste au début du .
Sur le chemin de Saint-Jacques vignette|redresse|gauche|La flèche de la basilique, vue depuis l'amphithéâtre romain de Saintes. De style gothique flamboyant, elle est construite au . vignette|Saintes sur la Via Turonensis. La ville est une halte jacquaire depuis le .
Guillaume VIII d'Aquitaine, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers, confie le modeste sanctuaire à l'abbaye bénédictine de ClunySaint-Eutrope de Saintes sur Bernezac.com.. Celle-ci, désireuse de promouvoir le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, entame le chantier d'une immense église de pèlerinage établie sur deux niveaux. Les travaux sont confiés à un architecte qui bien qu'à l'évidence expérimenté, demeure mal connu : Benoîtdans Dossier inventaire général SPADEM de Saint-Eutrope de Saintes, 1997..
La première pierre de l'église est posée en 1081, les travaux étant déjà bien avancés en 1096, année de la consécration des deux sanctuaires. Le , une messe solennelle est célébrée en l'église haute par le pape Urbain II, tandis que l'évêque de Saintes Ramnulphe de Foucault officie sur l'autel de l'église basse. Quelques mois plus tard, le , l'évêque Ramnulphe préside les cérémonies de translation des reliques de saint Eutrope et de saint Léonce (aujourd'hui perdues) dans le nouveau sanctuaire.
Un prieuré est établi à proximité, une vingtaine de moines prenant en charge la célébration des offices et la gestion du pèlerinage. Au , l'église apparaît comme une importante halte jacquaire sur la « Via Turonensis », la voie la plus occidentale conduisant à Saint-Jacques-de-Compostelle. Aimery Picaud indique ainsi dans son guide du pèlerin de Saint Jacques que : « Sur le chemin de Saint-Jacques, à Saintes, les pèlerins doivent dévotement rendre visite au corps du bienheureux Eutrope, évêque et martyr ».
De fait, des personnalités de haut rang y viennent en pèlerinage : ainsi notamment d'Alphonse de Poitiers, qui inclut en outre dans ses dispositions testamentaires une demande de messe perpétuelle pour le repos de son âme. Contre la somme de soixante sols annuels, les moines de Saint-Eutrope devront ainsi célébrer chaque année un office le jour de la fête de l'Ascension, soit quelques jours avant la date effective de son décès, survenu le Alphonse de Poitiers fonde un anniversaire en l'église Saint-Eutrope-de-Saintes, dans Histoire Passion..
Plusieurs souverains font de même au cours de l'histoire, le plus célèbre étant Louis XI, lequel contribue financièrement à l'élévation d'un nouveau clocher surmonté d'une haute flèche à crochets, typique du style gothique flamboyant, ainsi qu'à la modernisation du sanctuaire par l'adjonction d'une chapelle axiale et par la consolidation de l'église basse. De même, les bâtiments abbatiaux, endommagés durant les conflits franco-anglais, sont entièrement remis à neuf aux frais du roi..
Retour du chef de saint Eutrope vignette|Le reliquaire du chef de saint Eutrope de Saintes.
Si l'édifice ne souffre pas trop des excès des guerres de religion, les reliques sont cruellement maltraitées par une poignée de fanatiques. Le corps du saint est exhumé et brûléRelaté notamment dans « La vie du glorieux martyr de Iesus-Christ S. Eutrope », Jean Bichon, éditeur et libraire, 1619 : Les affaires perillant si fort, et les sainctes reliques estant en vn manifeste danger d'estre violées par la rage des hérétiques, comme plusieurs l'auoient esté des-ia, de peur que le mesme n'aduint au chef du glorieux martyr S. Eutrope, comme il estoit des-ia aduenu à son sainct corps que ces impies auoient bruslé (...), à l'exception du chef du saint qui parvient à être préservé et est envoyé à Bordeaux par le prieur de Saint-Eutrope, François Noël. Conservé temporairement en la cathédrale Saint-André, il y demeure jusqu'en 1602.
Le nouveau prieur de Saint-Eutrope, Pierre de La Place, envoie une requête au cardinal François d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux et primat d'Aquitaine, afin que le chef du saint puisse recouvrer sa place. L'autorisation est accordée et c'est après une procession solennelle que la relique est rendue aux religieux de Saint-Eutrope, en l'abbaye Saint-Sauveur de Blaye, le . Le , la procession arrive à Saintes, saluée par la sonnerie des cloches de la ville et par des coups de canons tirés par les soldats de la citadelle sur l'ordre du gouverneur, Louis de PernesLe retour à Saintes des reliques de la tête de Saint Eutrope, dans Histoire Passion..
Un édifice mutilé En 1789 meurt le dernier prieur de Saint-Eutrope, Henri-François d'Aubourg. Les cartulaires et chartes du prieuré sont saisis par les autorités révolutionnaires quelques mois plus tard et condamnés à être brûlés en place publique durant la Terreur en application de la loi « sur les titres de féodalités et de superstition » du . Le , les parchemins contenant l'histoire du prieuré alimentent un bûcher établi sur la place des Cordeliers, à l'exception de quelques documents mis à l'abri par un dénommé Lacoste, membre de l'administration municipaledans Saint-Eutrope et son prieuré, par Louis Audiat, 1875..
Dès 1792, un constat montre des signes de dégradation préoccupants. Des lézardes sont apparues en divers points de la nef, sur les voûtes et plusieurs piliers. Quelques années plus tard, le prêtre desservant la paroisse se fait l'écho des inquiétudes de ses ouailles, craignant que la voûte ne s'écroule. Les réparations sont estimées à , somme - considérable à l'époque - que personne ne semble disposé à débourser. Seules quelques voix se font entendre lorsque par l'arrêté préfectoral du , le préfet Ferdinand Guillemardet ordonne l'amputation de la nef, mutilant irrémédiablement le sanctuaire.
La destruction débute effectivement le et s'achève en quelques mois, les matériaux étant réutilisés par les habitantsCharles Dangibeaud, L'église Saint-Eutrope telle qu'elle était, 1905.. Un mur plein percé d'un portail sans style est édifié provisoirement, avant d'être remplacé en 1831 par une façade néo-romane, œuvre de l'architecte Prévôt. Ce dernier s'emploie également à reconstruire la coupole de la croisée et une partie du croisillon sud.
Érection de l'église en basilique vignette|Le cénotaphe de saint Eutrope de Saintes dont on peut lire le nom EVTROPIVS en 1843. vignette|gauche|Vue intérieure de la basilique vers 1890.
Trois ans plus tard, en 1843, des travaux de restauration menés dans l'église basse permettent la découverte d'un cénotaphe monolithe comportant l'inscription : « EVTROPIVS ». Ce dernier pourrait dater du . L'année suivante, en 1844, des chutes de pierre entraînent une restauration d'urgence du clocher, conduite par l'architecte Clerget.
Le , un bref apostolique du pape Léon XIII érige l'église Saint-Eutrope en basilique mineure.
Dans la nuit du 11 au , la basilique est victime d'un incendie criminel, lequel détruit les stalles en bois d'acajou, endommage partiellement l'église haute et le clocher. D'importants travaux de restauration sont mis en œuvre, conduisant à la reconstruction d'un arc-doubleau fissuré, à la réhabilitation des voûtes, fragilisées par l'incendie, tandis que les murs sont décapés et que le mobilier est remplacé. La tribune édifiée au est restaurée. Le , l'évêque de La Rochelle et Saintes Jacques David consacre le nouvel autel au cours d'une messe solennelle. La relique du chef de saint Eutrope est placée dans un nouveau reliquaire intégré au maître-autel.
En 1999, la basilique Saint-Eutrope est inscrite au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.