vignette|280px|Viktor Oliva, Le Buveur d'absinthe.
La pensée désidérative décrit la prise de décision et la formation de croyances basées sur ce qu'il est agréable à imaginer, plutôt que sur des faits réels, vérifiables ou rationnels. C'est un produit de la résolution des conflits entre croyance et désir.
Les méthodologies pour examiner les pensées désidératives sont diverses. Diverses disciplines ou écoles de pensée examinent les mécanismes connexes tels que les circuits neuronaux, la cognition et les émotions humaines, les types de préjugés, la procrastination, la motivation, l'optimisme, l'attention et l'environnement. Ce concept est examiné comme un raisonnement fallacieux. Il est assimilé au concept de vision désidérative.
Certains psychologues pensent que la pensée positive peut influencer positivement le comportement et ainsi apporter de meilleurs résultats. C'est ce qu'on appelle « l'effet Pygmalion ». Les études ont toujours montré, toutes choses égales par ailleurs, que les sujets prédisent plus facilement des conséquences positives que des conséquences négatives, ce qu'on appelle le biais d'optimisme. Cependant, des recherches suggèrent que, dans certaines circonstances, comme lorsqu'une menace augmente, le phénomène inverse se produit.
Raisonnement fallacieux et cycle du fantasme En plus d’être un biais cognitif et une mauvaise façon de prendre des décisions, la pensée désidérative produit des arguments « informellement fallacieux » puisque fondés sur une erreur de raisonnement. En effet, une pensée désidérative revient à considérer que, parce que nous souhaitons qu'une chose soit vraie ou fausse, alors elle est nécessairement vraie ou fausse. Cette erreur de raisonnement est de la forme :Je souhaite que P soit vrai (resp. faux) implique P est vrai (resp. faux).
Christopher Booker décrit la pensée désidérative en termes de : « cycle du fantasme »… un modèle qui se répète dans la vie personnelle, la politique, l'histoire et les récits. Lorsque nous nous lançons dans une ligne de conduite inconsciemment motivée par une pensée désidérative, tout peut sembler aller bien pendant un certain temps, dans ce que l'on pourrait appeler l'« étape du rêve ». Mais parce que ce faux-semblant ne peut jamais être réconcilié avec la réalité, cela conduit à une « étape de frustration » dès que les choses commencent à mal tourner, ce qui incite à un effort plus déterminé pour maintenir le fantasme en vie. Lorsque la réalité s'impose, cela conduit à une « phase de cauchemar », alors que tout va mal, aboutissant à une « explosion de la réalité », lorsque le fantasme s’effondre enfin.
Vision désidérative vignette La vision désidérative est le phénomène dans lequel le mental d'une personne influence sa perception visuelle. Les gens ont tendance à croire qu'ils perçoivent le monde comme il est, mais les recherches suggèrent le contraire. À l'heure actuelle, il existe deux principaux types de vision désidérative fondés sur le lieu où ils se produisent : la catégorisation d'objets ou la représentation d'un environnement.
Le concept de vision désidérative a été introduit pour la première fois par l'approche psychologique New Look. L’approche New Look a été popularisée dans les années 1950 grâce aux travaux de Jerome Bruner et Cecile Goodman. Dans leur étude emblématique de 1947, ils ont demandé aux enfants de révéler leur perception de la taille des pièces de monnaie en leur faisant manipuler le diamètre d’un disque de lumière projeté sur une face en verre dépoli d'une boiteBruner, J. S. & Goodman, C. C. (1947). "Value and need as organizing factors in perception". Journal of Abnormal and Social Psychology, 42, 33–44.. Chaque enfant tenait la pièce de monnaie dans la main gauche à la même hauteur et à la même distance de l'écran et actionnait le bouton pour modifier la taille du disque avec la main droite. Les enfants ont été répartis en trois groupes, deux expérimentaux et un témoin, avec dix enfants dans chaque groupe. Le groupe de contrôle a été invité à estimer la taille non pas des pièces de monnaie elles-mêmes mais de disques en carton de même taille. En moyenne, les enfants des groupes expérimentaux ont surestimé de trente pour cent la taille des pièces. Dans une seconde étape de l'expérience, Bruner et Goodman ont divisé les enfants en groupes selon leur niveau économique. Encore une fois, il a été demandé aux groupes « pauvres » et « riches » d'estimer la taille de véritables pièces de monnaie en adaptant le diamètre de l'ouvertureDe 16 à 36 % selon le type de pièce. Comme on pouvait s'y attendre, les deux groupes ont surestimé la taille des pièces, mais le groupe « pauvre » a surestimé celle-ci jusqu'à cinquante pour cent, soit vingt-cinq pour cent de plus que le groupe « riche »La taille des pièces de 25 cents a été majorée en moyenne de 50 % par le groupe « pauvre » et de 20 % par le groupe « riche » soit un ratio de 1.5/1.2 = 1.25.. D'après ces résultats, Bruner et Goodman ont conclu que les enfants les plus pauvres ressentaient un plus grand désir d'argent et percevaient donc les pièces comme plus grandes. Cette hypothèse est à la base de l'approche psychologique dite New Look, qui suggère qu'un investissement subjectif sur un objet influe sur la perception visuelle de cet objet. Certains psychologues psychodynamiques ont adopté les points de vue de l'approche New Look afin d'expliquer comment les individus pouvaient se protéger contre des stimuli visuels perturbants. La perspective psychodynamique a été délaissée car il lui manquait un modèle adéquat pour expliquer la manière dont l'inconscient pouvait influencer la perception.
Bien que des recherches ultérieures aient pu reproduire les résultats trouvés par Bruner et Goodman, l’approche New Look a été en grande partie abandonnée dans les années 1970 car les expériences étaient truffées d’erreurs méthodologiques qui ne tenaient pas compte de facteurs de confusion tels que le biais du reporter ou le contexte. Des recherches récentes ont permis de relancer les perspectives New Look, mais avec des améliorations méthodologiques réglant les problèmes qui ont entaché les études d'origine.
Phénomène inverse Le phénomène inverse se produit lorsque la menace augmente. L’illusion d'Ebbinghaus a été utilisée pour mesurer la vision désidérative inverse. Dans cette illusion, un disque cible central, de taille invariable, parait plus ou moins grand selon qu'on l'entoure respectivement de disques de petite ou de grande taille. Dans une variante de cette expérience, les disques sont ornés de dessins susceptibles de déclencher une émotion positive, négative ou neutre. On constate alors que les participants estiment plus grands les disques ayant un dessin négatif par rapport aux disques montrant un dessin positif ou neutre, et que l'illusion d’Ebbinghaus est atténuée si le disque cible présente un dessin négatif, alors que les disques l'entourant ont un dessin positif.
Les sentiments de peur conduisent également à percevoir comme plus proche l'objet redouté, alors que des études antérieures suggéraient au contraire que c'était les objets désirés qui étaient perçus comme plus proches. De plus, certaines personnes sont moins enclines à la pensée ou vision désidérative du fait de leur état émotionnel ou de leur personnalité.
Mécanismes sous-jacents Cognition Les mécanismes cognitifs concrets qui sous-tendent les pensées ou visions désidératives sont encore mal connus. Ces concepts sont en cours de développement et les recherches sur les mécanismes sous-jacents sont toujours en cours. Néanmoins, certains mécanismes ont été proposés. On pourrait attribuer les pensées désidératives à trois phénomènes : le biais d'attention, le ou le biais de réponse. Ainsi, une pensée désidérative peut intervenir à trois étapes différentes du traitement cognitif. À la première étape, celle de la perception, les personnes perçoivent sélectivement les signaux. Elles peuvent prêter attention à des indices qui vont dans le sens de leurs désirs et en négliger d'autres qui les contrarieraient. À la deuxième étape du traitement cognitif, l’interprétation des signaux peut s'avérer être sélective. Dans ce cas, ce n’est pas l'attention portée au signal qui est modifiée mais l'importance attribuée au signal. Enfin, une pensée désidérative peut survenir à un stade plus avancé du traitement cognitif, lors de la formulation d'une réponse au signal. Celle-ci peut être biaisée en fonction des envies du sujet.
La vision désidérative peut être attribuée aux mêmes mécanismes que la pensée désidérative, car elle implique le traitement de signaux de situation, dont des signaux visuels. Cependant, concernant le traitement préconscient des indices visuels et leurs associations avec les résultats désirés, les biais d’interprétation et de réponse ne sont plus plausibles car ils se produisent à des stades de traitement cognitif conscient. Par conséquent, un quatrième mécanisme appelé « ensemble perceptuel » est proposé pour expliquer le phénomène. Ce mécanisme propose que les prédispositions mentales ou les associations activées avant qu'un objet apparaisse, influencent subtilement le système visuel lors de la perception. En conséquence, les signaux sont plus ou moins facilement reconnus selon l'état mental du sujet ou les associations préalables. Ainsi, certains supposent que la pénétrabilité cognitive permet des visions désidératives en ce sens que les fonctions cognitives supérieures seraient capables d’influencer directement l’expérience perceptuelle et non seulement l'interprétation qui en est faite. Ceux qui s'opposent à la pénétrabilité cognitive estiment que les systèmes sensoriels fonctionnent de manière modulaire, les états cognitifs n'exerçant leur influence que lorsque les stimuli ont été perçus. Pour d'autres, le phénomène de vision désidérative implique nécessairement une pénétrabilité cognitive dans l'expérience perceptuelle.
thumb|On pense que le cortex extrastrié (zone colorisée) est impliqué dans l’amorçage perceptuel On a observé des cas de vision désidérative dès les premières étapes de la catégorisation. Les recherches utilisant des figures ambigües et une rivalité binoculaire montrent ce phénomène. La perception est influencée à la fois par les traitements descendant et ascendant. Dans le traitement visuel, le traitement ascendant est un processus rigide alors que le traitement descendant est plus souple.