(littéralement « lézard du désert ») est un genre fossile de mosasauridés ayant vécu durant l'étage Maastrichtien de la fin du Crétacé supérieur. Les premiers fossiles connus de ce taxon sont des dents découverts au sein du bassin d'Ouled Abdoun au Maroc, et décrites en 1952 par Camille Arambourg comme provenant de Mosasaurus. C'est cependant en 2012 où Aaron R. H. LeBlanc et ses collègues décrivent l'unique espèce connue qu'est à partir de deux squelettes plus ou moins complets ayants été découverts dans le même secteur géologique que les dents originelement décrites par Arambourg. Ultérieurement, des dents fossiles découverts en Israël, au Brésil, ainsi que dans le bassin de Ganntour au Maroc, sont par la suite attribués au genre.

Eremiasaurus est un mosasauridé plutôt petit, les spécimens syntypes laissant suggérer une taille d'environ de long. Le crâne de l'animal est robuste et est caractérisée de par son hétérodontie très marqué (d'où son épithète spécifique), un trait rarement observée chez les mosasaures. Cette dentition particulière laisse alors incertain à savoir quant au type de proies que consommait l'animal. Le structure des vertèbres caudales d’Eremiasaurus suggère néanmoins qu'il aurait été un prédateur capable de nager à une vitesse plutôt élevée. Eremiasaurus a vécu dans la marge sud de la Téthys méditerranéenne. Ce paléo-océan présentait un diversité importante de vertébrés aquatiques et était de climat océanique tempéré et chaud. Les archives fossiles montrent également qu'il y aurait eu une partition de niche entre Eremiasaurus et les divers autres espèces de mosasaures identifiés au sein du bassin d'Ouled Abdoun.

Historique des recherches vignette|gauche|redresse=1.1|alt=Cartographie détaillé du bassin d'Ouled Abdoun, au Maroc.|Carte du bassin d'Ouled Abdoun et d'autres grands bassins de phosphate du Maroc illustrés en jaune. La Couche III, zone d'où les syntypes d’Eremiasaurus ont été découverts, est illustré par l'étoile noire en haut à droite sur le tableau ci-contre.

Les gisements de phosphate du bassin d'Ouled Abdoun au Maroc sont connues depuis le début du pour livrer divers fossiles de nombreux vertébrés aquatiques datant de l'étage Maastrichtien du Crétacé supérieur. Dans un ouvrage publiée en 1952, Camille Arambourg effectue une large révision de cette zone, où il décrit un certain nombre de ces mêmes vertébrés fossiles. Parmi eux, il décrit un taxon de mosasaure sous le nom de Mosasaurus (Leiodon) cf. anceps, sur la base de nombreuses dents fossiles de morphologies différentes. Il est maintenant admis que les dents les plus petites et élancées autrefois référées à ce taxon appartiennent en fait à Eremiasaurus, tandis que les plus grosses aurait vraisemblablement appartenu à son contemporain Thalassotitan.

En 2012, les paléontologues , et Nathalie Bardet décrivent officiellement Eremiasaurus heterodontus sur la base de deux spécimens découverts dans ces gisements, plus précisément dans la zone de Sidi Daoui, situé à proximité de la ville d'Oued Zem. Les syntypes, catalogués respectivement UALVP 51744 et OCP DEK/GE 112, sont deux spécimens fossiles plus ou moins complets représentants presque tout le squelette connu du genre. La justification de l'utilisation de syntypes plutôt que d'un unique holotype provient du fait qu'UALVP 51744, le spécimen le plus complet, est dérivé du champ commercial sans données d'une localité précise, alors qu'OCP DEK/GE 112 fut exhumé par l'une des trois auteurs, Bardet, permettant d'enregistrer sa position géographique et stratigraphique. La zone précise d'où fut découvert OCP DEK/GE 112 correspond au niveau de la Couche III, datant du Maastrichtien tardif. Ce lit précis du bassin d'Ouled Abdoun est déjà connu par les scientifiques pour la trouvaille d'autres mosasauridés, notamment les imposants Mosasaurus beaugei et Thalassotitan atrox. Le nom de genre Eremiasaurus vient du grec ancien , « désert », et , « lézard », le tout voulant littéralement dire « lézard du désert », en référence au climat aride du Maroc actuel d'où le reptile marin a été découvert. L'épithète spécifique heterodontus provient également du grec ancien , « différent », et , « dent », les deux réunis voulant dire « dents différentes ». Il s'agit d'un référence à l'hétérodontie très visible sur les mâchoires de l'animal, ce qui est un trait inhabituel pour un mosasaure.

Des articles ultérieurs, incluant un publiée l'année même de la description du genre, mentionnent que des spécimens référés à Eremiasaurus ont également été découverts dans des formations géologiques du Brésil et d'Israël, qui correspondent à la même latitude et la même époque que celui bassin d'Ouled Abdoun. En 2014, Henri Cappetta et ses collègues signalent la présence de dents fossiles d’Eremiasaurus au sein du bassin de Ganntour, toujours au Maroc, occupant toutes les séries stratigraphiques du Maastrichtien.

Description Description simplifié

À l'image d'autres mosasaures dérivées, Eremiasaurus est un animal ayant un mode de vie entièrement aquatique. En tant que tel, il a un corps profilé, une queue allongée se terminant par un repli supportant une nageoire à deux lobes et deux paires de palettes natatoires. Les syntypes d’Eremiasaurus indique une taille plutôt moyenne pour un mosasaure de ce type. Le spécimen le plus complet, UALVP 51744, mesure de long, le crâne mesurant , mais l'absence de plusieurs vertèbres dorsales suggère que la longueur réelle du corps aurait été plus proche de . Le second spécimen, OCP DEK/GE 112, fut d'abord estimé à une longueur atteignant les , taille basée sur l'observation du crâne qui est plus grand, mesurant . Cependant, une révision des mosasauridés provenant du Maroc menée par Bardet et ses collègues en 2015 réduit la taille proposée pour ce spécimen à .

Crâne et dentition vignette|gauche|upright=1.21|alt=Croquis détaillé du crâne de Mosasaurus hoffmannii.|Schéma annoté d'un crâne de Mosasaurus, un proche parent d’Eremiasaurus.

Le crâne d’Eremiasaurus est construit de manière robuste, mais pas autant que ceux de certaines espèces attribuées au genre apparenté Prognathodon. Le rostre est court et conique en vue dorsale et s'étend un peu au-delà des dents les plus en avant. Au-dessus de la ligne des gencives dans les deux mâchoires, une seule rangée de petites fosses appelées foramens est alignée parallèlement, servants à maintenir les branches terminales des nerfs de la mâchoire. Au niveau du maxillaire, ces foramens ont tendance à augmenter en taille plus en arrière. La partie préorbitaire est légèrement plus grande que la moitié de la longueur totale du crâne et la région frontale est élargie. La surface latérale du préfrontal est concave et possède une surface dorsale large et plate pour le contact avec le frontal et le maxillaire qui se chevauchent. La barre prémaxillaire (aussi connue sous le nom de barre internariale), la longue partie du prémaxillaire s'étendant derrière les dents de cet os, est resserré latéralement et possède une crête dorsale médiane proéminente s'étendant le long de la moitié postérieure. Les processus infrastapédiens et suprastapédiens du carré sont fusionnés, possédant une fosse stapédienne très grande et arrondie, cette dernière étant l'une des autapomorphies du taxon.

La mâchoire inférieure est mince par rapport à la taille des dents logées le long du dentaire. La marge dorsale du dentaire est légèrement convexe en vue latérale. Cette convexité n'est pas aussi prononcée que chez la plupart des espèces de Prognathodon et ressemble plutôt à celle chez Mosasaurus et P. kianda. Le coronoïde porte un grand processus postérieur orienté verticalement, ce qui donne à la marge dorsale de l'os un angle de près de . Les os articulaires forment de larges prolongements rectangulaires des mâchoires inférieures derrière les fosses glénoïdes. Cas exceptionnel chez les mosasaures, Eremiasaurus semble avoir un os hyoïde, un élément rarement retrouvé dans les fossiles des représentants de ce groupe. Cet os est légèrement élargi dans sa partie postérieure.

Eremiasaurus possède une dent dans les prémaxillaires, douze à treize dents dans les maxillaires, quinze dents dans les os dentaires et un nombre inconnues de dents dans les os ptérygoïdes. Le taxon est caractérisé de par son hétérodontie très marqué, les dents se différenciants dans de nombreux points au niveau des mâchoires de par leur forme et taille. L'unique autre mosasaure connu à se disposer d'un tel attribut est le possible tylosauriné Kaikaifilu, datant également de la fin du Maastrichtien, mais provenant de l'actuel Antarctique. Au niveau antérieur des mâchoires, les dents sont de forme droites et coniques. Vers le milieu, les dents sont en forme de lame qui sont comprimées latéralement et ont des carènes (bords tranchants) dentelées à l'avant comme à l'arrière. Au niveau postérieur des mâchoires, les dents sont asymétriques et ont un émail lisse. Les dents des ptérygoïdes deviennent quand eux de plus en plus courbés vers l'arrière. Au niveau antérieur du museau, les dents des mâchoires supérieures et inférieures s'entrent étroitement en contact les uns avec les autres, laissant par conséquent des traces interdentaires dans les os, entre les couronnes dentaires adjacentes.

Squelette postcrânien

Le nombre exact de vertèbres chez Eremiasaurus est inconnue, même le spécimen UALVP 51744, le fossile le plus complet connu, étant dépourvue de nombreuses parties des vertèbres dorsales et caudales. Mais en excluant ceci, certaines vertèbres et autres parties postcrâniens de l'animal sont bien préservée et permettent de le visualiser dans son ensemble. Les côtes semble devenirs de plus en plus petites en avançant vers l'arrière des vertèbres. Au niveau de la deuxième vertèbre dorsale, les côtes sont nombreuse et larges, tandis que certaines de la troisième sont courtes et fines. Plusieurs grandes côtes thoraciques cachent la marge dorsale de la lame scapulaire en vue latérale, masquant l'arc formé par le bord dorsal de l'omoplate.

Eremiasaurus possède plusieurs caractéristiques semblable à Plotosaurus au niveau des vertèbres caudales. Dans les caractéristiques les plus notables figurent la présence d'une déviation ventrale de la queue, un éventail des épines neurales caudales et une série inhabituellement longue de vertèbres pygales. Le grand nombre de vertèbres pygales, accompagné d'un nombre réduit de caudales intermédiaires est unique chez Eremiasaurus. La présence d'une déviation ventrale de la queue, similaire à celle de Plotosaurus, et un large éventail d'épines neurales dans la même région des vertébrale caudale suggèrent un développement similaire d'une lobe de la nageoire dorsale naissante chez Eremiasaurus, quoique moins développé. Ces changements dans les proportions, telles qu'une augmentation du nombre de vertèbres pygales, suggèrent un prédateur de poursuite à grande vitesse, convergente avec les proportions vertébrales de Plotosaurus.