John Wyclif, également orthographié Wycliff, Wycliffe, ou encore Jean de Wiclef, né vers 1330 et mort en 1384Sur la vie de Wyclif, voir: Andrew Larsen, John Wyclif c. 1331-1384, in Ian Christopher Levy (ed.), A Companion to John Wyclif. Late Medieval Theologian, Leiden: Brill, 2006, ., est un théologien anglais et précurseur de la Réforme anglaise, et plus généralement de la Réforme protestante.
Biographie Origines La date et le lieu de naissance de John Wyclif sont incertains.
L'obtention en 1356 du grade de « bachelier en arts » (Bachelor of Arts), décerné par le Merton College de l'Université d'Oxford, permet de penser qu'il est né en 1335 ou 1338 au plus tard. Certains historiens font remonter sa naissance à 1320-1330, 1328 ou 1330.
Il est probablement né dans le Yorkshire. Certains veulent y voir un membre de la famille de Wycliffe, issue du village du même nom, près de Richmond dans le North Riding.
Carrière professorale et bénéfices ecclésiastiques John Wyclif, quoique titulaire de plusieurs bénéfices, réside principalement à Oxford de 1356 à 1381. C'est là qu'il étudie la théologie, avant de devenir professeur de théologie lui-même. Wyclif obtient en 1356 le grade de Bachelor of Arts au Merton College, puis celui de Master en au Balliol College.
En 1361, il est fait titulaire de la cure de Fillingham, dans le Lincolnshire. S'il y réside peut-être quelque temps, il en est surtout un bénéficier non-résident. Il devient également chanoine de Westbury-on-Trym, dans le Gloucestershire, avec la prébende d'Aust, en 1362 ; il conserve probablement cette charge jusqu'à sa mort. En 1363, il est dispensé de résidence pour un an afin d'étudier la théologie à Oxford.
En , l'archevêque Simon Islip le nomme doyen du Canterbury College à Oxford. Cet office lui est retiré deux ans plus tard par l'archevêque Simon Langham, successeur de Simon Islip, qui désire rendre le collège aux bénédictins qui en étaient chargés à l'origine. Sa cause ayant été rejetée en appel à Rome, Wyclif doit renoncer à son poste en 1370.
En 1368, il ajoute à ses autres bénéfices celui de recteur de Ludgershall, dans le Buckinghamshire. Il est cependant dispensé de résidence pour deux ans afin d'étudier la théologie à Oxford. Il conserve cette charge jusqu'à sa mort.
Il a déjà commencé à enseigner la théologie à Oxford lorsqu'il reçoit le grade de docteur en théologie, en 1371 ou 1372. Professeur de philosophie et de théologie très estimé, Wyclif conçoit et enseigne des théories révolutionnaires qui suscitent de violentes controverses et plusieurs condamnations successives. Son aura (partisans comme adversaires le considèrent alors comme le seul grand théologien de sa génération en Angleterre) et ses appuis politiques le protègent longtemps, mais cessent brutalement après la publication en 1380-1381 de son traité sur l'Eucharistie (De eucharistia), dans lequel il conteste la doctrine de la transsubstantiation.
Il se retire en 1379 ou 1381 à Lutterworth dans le Leicestershire, rectorat dont il possède la charge depuis 1374.
Dernières années Wyclif poursuit alors l'intense activité d'écriture qu'il a menée tout au long de sa carrière professorale. Il rédige notamment de nombreux écrits polémiques, trois recueils de sermons, son Trialogus et son dernier écrit, l'Opus evangelicum. Il a traduit la bible en anglais, réalisant ainsi, avec l'aide de quelques autres traducteurs, la première bible en langue vernaculaire, qui reste connue sous le nom de Bible de Wyclif et sera largement diffusée en Angleterre.
Une première attaque cérébrale, en , le laisse partiellement paralysé et incapable de parler, l'empêchant de se rendre à la convocation d'Urbain VI. Son état ne semble pas pour autant avoir interféré particulièrement sur la composition de son œuvre car il finit le Trialogus dans le courant de l'été 1383 et continue à travailler sur son Opus Evangelicum. Mais une seconde attaque le terrasse alors qu'il assiste à la messe à Lutterworth le et il meurt trois jours plus tard. N'ayant pas été excommunié, Wyclif est enterré en terre consacrée.
Théories de Wyclif vignette|Vue d'artiste de Wyclif, gravure du . En 1376, Wyclif expose la doctrine de l'« autorité fondée sur la grâce », selon laquelle toute autorité est accordée directement par la grâce de Dieu et perd sa valeur lorsque son détenteur est coupable de péché mortel. Pour lui, la véritable Église est l'Église invisible des chrétiens en état de grâce : Wyclif met en cause le principe de l'autorité de la hiérarchie dans l'Église et préconise la désignation du pape par tirage au sort. Il dénie aux prêtres en état de péché mortel la possibilité de remettre les fautes. Wyclif laisse clairement entendre que l'Église d'Angleterre est pécheresse et coupable de corruption. Il se gagne les faveurs d'une partie de la noblesse en voulant lui redistribuer les richesses de l’Église. Ainsi il est soutenu par Percy de Northumberland et Jean de Gand.
Conceptions philosophiques
Tous ses écrits purement philosophiques (environ 132) ont été composés avant 1371.
Conceptions politiques
Conceptions théologiques La théologie de Wyclif est la conséquence de sa philosophie. Wyclif remet radicalement en cause la notion d'autorité, en particulier spirituelle, et conteste par conséquent la hiérarchie ecclésiastique et les pouvoirs qui y sont associés : pouvoir temporel d'abord, mais aussi la presque totalité du pouvoir spirituel. S'ensuivent le rejet de la Tradition comme source de la Révélation, le rejet de la définition des sacrements et la condamnation de nombreuses pratiques religieuses comme la vie monastique, les œuvres de piété individuelle ou la possession de biens temporels par le clergé. La théologie de Wyclif fait de l’Église un être purement spirituel, rejetant son caractère incarné : la puissance absolue de Dieu s'exerce directement sur la terre, sans la médiation d'une institution.
Face à l'autorité de fait, l'autorité de la sainteté À l'époque de Wyclif, l'opinion commune est que le détenteur d'un pouvoir (temporel ou spirituel) a le droit et le devoir légitimes de l'exercer, du simple fait qu'il le possède. Toute l'organisation de la société, temporelle comme spirituelle, repose sur cette assertion commune.
Wyclif, reprenant les idées de Marsile de Padoue et de Richard FitzRalph, rejette cette idée et déclare que seul un homme en état de grâce peut légitimement exercer une autorité. Ce n'est plus la désignation (extérieure) du détenteur du pouvoir, mais sa sainteté (intérieure) qui fonde sa légitimité à l'exercer. Il en déduit que les évêques et le pape ne peuvent pas se réclamer de leur statut de successeurs des Apôtres ou de saint Pierre pour fonder leur droit à exercer un pouvoir de juridiction temporelle ou spirituelle. Cependant, il ne va pas jusqu'à appliquer cette conclusion au pouvoir séculier.
Face à l’Église visible des baptisés, l’Église invisible des prédestinés Grand admirateur de saint Augustin, il tire de sa distinctions des « deux cités » terrestre et céleste la conclusion que tous les hommes sont divisés en deux catégories : les prédestinés au salut et les prédestinés à la damnation. Seuls les prédestinés au salut font réellement partie de l’Église : l’Église n'est plus la congregatio fidelium (« assemblée des fidèles ») composée de tous les baptisés, mais la congregatio omnium predestinatorum (« assemblée de tous les prédestinés »).
S'il est facile de dire qui est baptisé et qui ne l'est pas, il est impossible de déterminer si un homme est predestinatus (prédestiné) ou non : l’Église visible, fondée sur un acte visible et identifiable par l'homme (le sacrement du baptême) disparaît, remplacée par une Église purement spirituelle et fondée sur un élément purement divin (la prédestination et sa connaissance par Dieu).
Cette théorie, d'abord exposée dans De civili dominio puis développée dans De ecclesia (1378/79), sous-tend tous les travaux ultérieurs de Wyclif.
Des pouvoirs spirituels conditionnels Conséquence logique des deux assertions précédentes : l’Église institutionnelle n'a qu'un lien purement accidentel avec l’Église réelle, c'est-à-dire spirituelle. Comme rien ne prouve que les membres de la hiérarchie ecclésiastique fassent partie des prédestinés, il n'est pas nécessaire de leur obéir, sauf si celui qui ordonne appartient à la véritable Église et que son ordre est conforme à la volonté de Dieu.
Le prédestiné, membre de la véritable Église, est finalement plus proche de Dieu que le Pape, assimilé à l'Antéchrist.
Le pouvoir de juridiction spirituelle de l’Église, dont dépendent le pouvoir d'absolution et le pouvoir d'excommunication, ne dépend plus du statut de celui (prêtre, évêque ou pape) qui juge, mais de l'état de celui qui est jugé. Seuls les prédestinés peuvent recevoir validement l'absolution, qui n'est plus alors un acte efficace opéré par le prêtre ex opere operato (« par le fait même de son opération ») mais une simple confirmation du jugement de Dieu ; si le pénitent ne fait pas partie des prédestinés, l'absolution est invalide et blasphématoire. De même pour l'excommunication, pouvoir de prononcer la damnation d'un fidèle et son rejet hors de l’Église : elle est invalide et blasphématoire si elle s'applique à un prédestiné, et ne fait que confirmer le jugement de Dieu dans le cas contraire.
Dieu étant la seule cause de la prédestination, l'homme ne peut plus y participer : il ne peut plus qu'espérer faire partie des élus, tout en imitant Jésus-Christ.
Le pouvoir reposant sur la sainteté, tout sacrement accompli par un homme qui n'est pas en état de grâce est invalide. La médiation du clergé est vaine, car l’Église est corrompue.
La Sainte Écriture comme seule et ultime source de la Révélation La Révélation chrétienne a d'abord été transmise oralement avant d'être mise partiellement par écrit. Pour l’Église catholique, il y a donc deux sources de la Révélation d'égale valeur : l’Écriture Sainte et la Tradition ; la Tradition contenant tout ce qui n'appartient pas à la Sainte Écriture, comme le choix et l'ordre des livres, leur interprétation, les livres liturgiques, les écrits des Pères de l’Église, etc. Afin de ne pas dévier de la Tradition dans l'interprétation de l’Écriture Sainte, la Bible n'est pas mise entre les mains des fidèles au Moyen Âge.
Wyclif, rejetant l'autorité spirituelle de l’Église institutionnelle, ne reconnaît pour seule source de la Révélation que la Sainte Écriture (De veritate sacrae Scripturae, 1378). Par conséquent, ce n'est plus l'interprétation de l’Écriture qui doit être conforme à l'enseignement des Pères, mais l'enseignement des Pères qui doit être jugé à la lumière de la Sainte Écriture. De même, le droit canon et la philosophie scolastique ne valent que s'ils sont conformes à la Sainte Écriture.
La Bible doit alors être traduite en langue vernaculaire pour que son contenu soit accessible aux fidèles.
Wyclif conserve cependant l'idée traditionnelle d'une superposition de plusieurs niveaux d'interprétation (une interprétation littérale ou historique et différents niveaux métaphoriques) dans la Sainte Écriture.
Le retour à un christianisme idéal Wyclif milite pour un retour à la pauvreté évangélique, c'est-à-dire à vivre la vie des Apôtres, à rejeter les biens de l’Église et à s'unir librement à la libre pauvreté du Christ.
Il reproche tout d'abord aux religieux d'avoir dévoyé l'idéal de leurs fondateurs, mais après 1380 il prononce un anathème général contre toutes les manières de « religion privée » qui ne figurent pas