Le thé au Maroc est une boisson essentielle, le pays étant le premier importateur de thé vert au monde. Il est appelé atay en arabe marocain et en berbère.
L'infusion d'herbes est populaire dans le pays longtemps avant l'arrivée du thé au Maroc. Celle-ci fait l'objet de nombreuses spéculations, la principale étant que le roi Ismaïl ben Chérif aurait reçu du thé vert de la part de la reine Anne après la libération de soixante-neuf prisonniers britanniques. Le Royaume-Uni détient le quasi-monopole du commerce du thé au Maroc au cours du dix-neuvième siècle, en particulier grâce à la rénovation du port d'Essaouira dans les années 1760. Le thé devient une boisson répandue vers le milieu du siècle. La menthe y est vite ajoutée : au goût puissant, elle permet de réduire l'amertume du thé sans en changer la couleur.
Le thé est plus sucré dans le Nord que dans le Sud du Maroc où il l'est moins et plus amer..
Histoire
Origines Les infusions d'herbes variées, et en particulier de menthe poivrée, sont très populaires dans l'ensemble du pays longtemps avant l'arrivée du thé dans le pays.
L'arrivée du thé au Maroc reste floue : il existe plusieurs théories pour l'expliquer et la dater. La première théorie veut que le thé soit apporté au Maroc dès le siècle par les Phéniciens installés au Nord du pays pendant huit siècles. Une autre hypothèse veut que les Berbères l'aient amené avec eux en arrivant de l'Oronte. Abdelahad Sebti et Omar Carlier affirment que les Britanniques vendent déjà du thé dans certains ports marocains dès le seizième siècle, avec une intensification du commerce au siècle suivantItinéraires du thé à la menthe, dans l'exposition du Crédit Communal de Bruxelles, Abdelahad Sebti (1999). Une autre encore suggère que des pirates marocains auraient capturé un bateau chargé de thé pendant la conquête militaire de l'Espagne et du Portugal, au dix-huitième siècle.
Une dernière théorie, la plus crédible, voudrait que le roi Ismaïl ben Chérif aurait reçu du thé vert de la part de la reine Anne après la libération de soixante-neuf prisonniers britanniques.. En 1789, le chirurgien anglais William Lempriere, présent à la cour de Mohammed ben Abdallah, observe le service du thé : celui-ci dure au moins deux heures, lors desquelles la boisson est servie en très petite quantité dans tes tasses de porcelaine minuscules. La boisson est extrêmement coûteuse et rare. Elle est appréciée d'abord pour ses qualités médicinales et consommée à l'aide des mêmes ustensiles qu'au Royaume-Uni.
Monopole britannique Le Royaume-Uni détient le quasi-monopole du commerce du thé au Maroc au cours du , en particulier grâce à la rénovation du port d'Essaouira dans les années 1760. Le thé devient une boisson répandue vers le milieu du siècle, en particulier en raison de la guerre de Crimée : les ports de la mer Baltique n'étant plus accessibles, les marchands britanniques se débarrassent de leur excédent de thé importé de Chine en créant des nouveaux marchés commerciaux à Tanger et Essaouira... C'est cette influence britannique qui apporte le nom du thé au Maroc, , variante du cantonais, par opposition aux noms inspirés par le nom en mandarin, variantes de .
Les commerçants Maures du Maroc partent de Guelmim et vendent le thé britannique dans le Sahel occidental et en particulier au Mali, mais également en Mauritanie et dans le reste de la région. Le thé fait ainsi son arrivée en Afrique en passant par le Maroc. En 1819, Charles Cochelet raconte que le thé vert qu'on trouve Guelmin est acheté par les Britanniques à Canton en échange d'opium et d'argent espagnol. La menthe y est vite ajoutée : au goût puissant, elle permet de réduire l'amertume du thé sans en changer la couleur. On appelle un thé à la menthe un , en référence à un proverbe maure : .
Dans un premier temps, les faqīhs jugent le thé illicite en Islam. En 1826, le faqîh Ahmed Ibn Abdelmalek Alaoui, qui exerce comme juge, refuse les témoignages de buveurs de thé, affirmant que . Le faqîh Hajj Abed El Baichouri, au début du vingtième siècle, affirme avoir entendu parler d'une , soutenant donc l'interdiction du thé. Le cheik mauritanien Ahmed Hamed Ben M’hamed Ben Mukhtar Allah ajoute que le thé conduit à . Le discours est rapidement battu en brèche, de nombreux écrivains marocains défendant la boisson au nom de la médecine et de la tempérance. Le Faqîh Idriss, fils de Slimane ben Mohammed, sert du thé à ses élèves lorsqu'il constate que leur concentration baisse. En 1925, le cheikh Mohammed Ben Al Mouayyad Ben Sidi écrit dans une fatwa qu'il en faisant référence à la consommation de thé.
Intégration à la culture marocaine Entre 1830 et 1840, le volume de thé importé chaque année par le Maroc passe de , alors que sa consommation s'étend à la classe moyenne des milieux urbains ; lors de la décennie 1880, il est consommé par l'intégralité de la société et le thé et le sucre composent un quart des importations du pays. Les prix baissent largement en parallèle, les puissances européennes généralisant la culture du thé dans leurs colonies respectives, augmentant l'offre.. L'usage naît d'une volonté d'imiter les classes les plus riches du Maroc, et non les Anglais : les ustensiles importés de Grande-Bretagne sont souvent estampillés en arabe pour cacher leur nature importée. À cette époque, deux visions s'opposent. Les voyageurs et colons européens insistent sur l'adoption rapide du thé par l'ensemble des marocains. Les sources orales locales, au contraire, soulignent que le thé se diffuse très lentement d'une classe sociale à l'autre et est vu comme une boisson très masculine dans un premier temps.
À partir de 1912, le protectorat français du Maroc se veut garant de l'artisanat local. Prosper Ricard déplore l'influence des produits européens et cherche à orienter les artisans vers la production d'objets de luxe : les dinandiers travaillent pour les notables et les touristes, mais leur marché s'essouffle. Ils se lancent donc dans une réforme du métier, cherchant à copier les modèles d'ustensiles à thé importés d'Europe, et créent une corporation des dans la région de Fès dans les années 1910, en particulier sur la de la ville. Un rituel de boisson du thé, ainsi que tout un ensemble d'ustensiles, voient alors le jour..
En 1946, un dinandier introduit le tour mécanique dans le pays après en avoir vu en Italie. Grâce au nouvel outil, l'entreprise Et Taj se met à copier les théières Wright fabriquées à Manchester. Elles sont donc désormais fabriquées à Fès, tout en gardant la forme et les décorations anglaises, mais la ciselure traditionnelle marocaine des décorations.
En 2008, le Maroc est le plus grand importateur de thé vert chinois au monde. En 2014, le Maroc est le deuxième pays le plus consommateur de thé avec une consommation par personne et par an de .
Consommation
Thé vert à la menthe
alt=Un homme porte une théière très haut et verse du thé dans des verres posés sur un plateau.|vignette|Service du thé à la menthe. Le thé utilisé pour le thé vert à la menthe, qui est le plus communément bu au Maroc, est du thé vert Gunpowder chinois. Les Marocains y ajoutent des pains de sucre et des poignées de menthe poivrée. Parfois, la menthe est accompagnée d'autres plantes, comme de l'absinthe., de la marjolaine, de la sauge ou de la verveine : ces ajouts sont plus communs l'hiver. La menthe peut ausis être entièrement remplacée par l'absinthe (dite chiba ou shiba), ou la verveine (lwiza, louiza ou louisa), et au printemps par la fleur d'oranger.. En mars, l'ajout de fleur d'oranger est répandu. On peut aussi utiliser des fruits de cactus séchés et l'ajouter au thé pour régler des désordres gastrointestinaux ou de sommeil. On n'y ajoute jamais de lait. Dans le Sud du pays, on y ajoute parfois également du safran.
Les aristocrates peuvent boire du thé à l'ambre. On enroule un morceau d'ambre dans de la laine, qu'on pose à l'ouverture de la théière. La vapeur du thé pénètre la laine et touche l'ambre. La vapeur, enfermée dans la théière, fait prendre le goût de l'ambre au thé.
Il n'existe pas de recette du thé, chaque famille utilisant ses propres temps d'infusion et quantités d'ingrédients. On remarque cependant des tendances générales en fonction de la région. La région de Fès produit un thé plus léger, tandis que les Berbères du Haut Atlas ajoutent de nombreuses herbes pour un goût plus fort. Tout au Sud du pays, le thé est infusé plus longtemps.
Le thé est infusé relativement longtemps. Pendant l'infusion, on le mélange doucement avec une cuillère. Ensuite, on le transvase entre un verre et la théière pour voir le niveau d'infusion et reconnaître quand il est prêt. Quand le goût est satisfaisant, le liquide réintègre la théière en métal et on sert le thé, en tenant la théière très haut, dans des petits verres, généralement ornés de liserés dorés. Le fait de tenir la théière aussi haut n'est pas fait que pour impressionner avec son agilité. Il sert aussi à aérer l'eau bouillie, l'aidant à refroidir et créant des petites bulles qui donnent un goût légèrement différent au thé.
Les verres sont toujours remplis seulement à moitié. Ainsi, les personnes qui boivent peuvent tenir le haut du verre sans se brûler les doigts. La décoration du verre sert à identifier à quel niveau s'arrêter.
Ustensiles
Porcelaine d'Asie de l'Est alt=Un vase en porcelaine blanche décoré de fleurs bleues et rouges.|vignette|263x263px|Vase de style Imari. À l'ère pré-moderne, les dignitaires marocains apprécient l'usage de porcelaine d'Asie de l'Est, en particulier la porcelaine d'Imari. C'est en particulier le cas au dix-huitième et dix-neuvième siècles. Ces nécessaires à thé en porcelaine sont souvent offerts aux familles riches dans le cadre de naissances et de mariages, comme dans le reste du Moyen-Orient. La porcelaine chinoise arrive d'ailleurs bien plus tôt que le thé : Ibn Battûta la mentionne déjà au treizième siècle.
Il est fort probable que l'utilisation de couverts en porcelaine au Maroc s'explique par un hadîth interdisant de manger dans des métaux précieux. La popularité de la porcelaine d'Imari au Maroc devient à terme partie intégrante des arts de l'Islam.
Ustensiles habituels
Historique alt=Théière décorée argentée sur fond de rideau rouge.|vignette|Théière métallique marocaine.|gaucheLes rapports mercantiles avec l'Europe viennent avec leur propre influence sur les ustensiles à thé. La population marocaine voit la généralisation du thé infusé et de la vaisselle qui l'accompagne : plateau, théière, verres, boîtes à sucre et à thé. Les verres et la théière sont posés sur un plateau en cuivre, en maillechort ou en argent. Ce devient un élément de décoration intérieure à part entière, commun à toutes les classes sociales mais de matériau et de forme variables. Il ne dépend pas d'une importation anglaise : il est déjà présent dans les familles depuis la protohistoire, qui voit un âge d'or de la production de cuivre en Afrique du Nord. La vaisselle métallique est elle aussi répandue bien avant l'arrivée du thé dans la région.
L'acte d'Algésiras, signé en 1906, marque l'arrivée massive d'objets européens sur le marché marocain, les producteurs européens cherchant à concurrencer la production locale. En parallèle, le marché des ustensiles à thé se développe, permettant la prise d'importance de la dinanderie au Maroc. Au début du vingtième siècle, il est de bon ton de poser la théière, en étain ou argent, sur un plateau en argent. Les bouilloires à thé et samovars en cuivre sont également répandus dans les importations d'Angleterre. L'argenterie Wright, fabriquée à Manchester, entre au Maroc sous le nom de ; les produits anglais sont souvent estampillés en arabe pour entretenir l'impression qu'ils sont fabriqués localement.alt=Une théière, un verre rempli de thé à la menthe et un plateau argenté avec des inscriptions en arabe.|vignette|Plateau, théière et verre pour le thé à la menthe marocain.