vignette|Manifestation Les manifestations libanaises de 2019-2021, appelées aussi Thaoura (en : révolution), sont une série de protestations au niveau national, en réponse à l’échec du gouvernement à trouver une solution à la crise économique qui menace le Liban depuis près d’un an. Les contestations interviennent directement après l’annonce de nouveaux impôts sur l’essence, le tabac et les appels en ligne par le biais d’applications comme WhatsApp...

Treize jours après le début du mouvement, le président du Conseil des ministres Saad Hariri annonce sa démission et celle de son gouvernement.

Contexte Inspiration directe Le mouvement a été influencé par le Hirak algérien, en cours depuis le mois de . Les manifestants ont des revendications proches, dont notamment le départ de la classe politique.

Contexte libanais Les protestations sont notamment la conséquence de la situation économique et sociale, dans un pays où 7 milliardaires possèdent 13,3 milliards de dollars, soit dix fois plus que 50 % de la population à revenu modeste. Les 1 % les plus riches, soit , possèdent 58 % de la richesse de l’ensemble de la population. La population, en particulier les classes modestes, est exposée aux pénuries d’eau potable et d’électricité, ainsi qu'au chômage et à la hausse des prix. La corruption est endémique et les infrastructures publiques en déliquescence. L'économie libanaise est aussi fragilisée par les sanctions américaines visant le Hezbollah.

La journaliste Livia Perosino relève que « le manque d’un système étatique fonctionnel fait de l’argent un moyen fondamental pour « s’acheter » de meilleures conditions de vie : payer pour un générateur plus efficace, pour un purificateur de l’air, pour une meilleure connexion internet. L’absence presque absolue d’un système de sécurité sociale fait que, si l’on est pauvre, il ne faut surtout pas tomber malade. Cependant 1,5 million de personnes, environ un tiers de la population, vit avec moins de 4$ par jour. Le chômage est estimé à 25 %, et atteint 37 % si l’on considère la population en dessous de 25 ans.»

Dans un contexte de crise économique (croissance du PIB de 0,2 % en 2019, dette publique évaluée à 150 % du PIB, taux de chômage élevé, etc), le Premier ministre annonce en des mesures d'austérité « sans précédent » : gel des recrutements dans la fonction publique, suspension des départs à la retraite anticipés, baisse des aides scolaires aux enfants des fonctionnaires, taxe mensuelle de 1,5 % sur la pension des retraités de l'armée, hausse de la TVA, etc. vignette|Beyrouth, 22 novembre 2019. L'historien Saïd Chaaya souligne que le confessionnalisme a « empêché de proposer un modèle social, économique et politique à substituer à celui existant aujourd’hui. » Il ajoute qu'au vu des événements antérieurs au , « la révolte commence théoriquement et symboliquement en avec la mort de Georges Zreik, qui s’est immolé faute de pouvoir payer la scolarité onéreuse de sa fille dans une école chrétienne. Ce geste a sonné le glas du féodalisme clérical et de ses privilèges moyenâgeux, car il disparaîtra bon gré mal gré avec le système de corruption, dont il a su profiter et qu’il a si longtemps défendu et soutenu. »

Beaucoup de Libanais ont également été choqués par l'apathie des autorités devant les incendies massifs qui se sont déclenchés au début du mois d'octobre. Les hélicoptères anti-feux de forêts n’avaient pas même décollé, étant inopérants en raison d'un défaut de maintenance..

Contestations gauche|vignette La nuit du jeudi , une centaine de militants de la société civile ont manifesté contre les impôts proposés au centre-ville de Beyrouth, bloquant des rues très importantes reliant les deux côtés de la capitale. Le ministre de l’Éducation, Akram Chehayeb, et son convoi sont passés par là. Des manifestants ont attaqué la voiture du ministre. Les gardes du corps de ce dernier ont réagi en tirant en l’air. Si cet incident ne fait aucun blessé, il augmente néanmoins la colère des manifestants. Notons que ledit ministre appartient au Parti socialiste progressiste (PSP), dont le chef, Walid Joumblatt, a annoncé sur Twitter avoir « parlé au ministre et [lui avoir] demandé de livrer les gardes du corps à la police »...

Un nombre plus grand de manifestants commencent à investir à Beyrouth la place des Martyrs, la place de l’Étoile et la rue Hamra, ainsi que d’autres villes libanaises. Une réunion du Conseil des ministres a été annoncée par le président du Conseil des ministres Saad Hariri, à la demande du président Michel Aoun, pour le lendemain (). Le ministre de l’Éducation a annoncé la fermeture des écoles et des universités pour le lendemain. Pour sa part, le ministre des Télécommunications, Mohammad Choucair, a annoncé, le à 23 heures, avoir abandonné l’idée de la « Taxe WhatsApp ». vignette|Tripoli, 2 novembre 2019. vignette|Devant la Mosquée Mohammed al-Amine à Beyrouth,20 octobre 2019. Amnesty International relève que les armes et le matériel utilisés pour réprimer provient en partie des ventes françaises. Selon l'ONG, les forces de sécurité libanaises ont parfois utilisé ces armes de manière contraire aux usages conventionnels, tirant des grenades lacrymogènes à bout portant ou encore des balles en caoutchouc à hauteur de la poitrine, blessant gravement plusieurs manifestants.

Chronologie

18 octobre

01 : 29 – Les bureaux et les résidences de responsables du Hezbollah et du mouvement Amal sont pris pour cibles par des manifestants à Nabatiyé. 02 : 07 – La Ligue des employés du secteur public a annoncé une grève « pour protester contre les réformes proposées ». 02 : 24 – Les bureaux du Courant patriotique libre (CPL) à Tripoli sont pris pour cible 03 : 16 – Des gaz lacrymogènes sont jetés sur des manifestants par les Forces de Sécurité Intérieure (FSI), afin de les garder en dehors du Grand Sérail. 07 : 52 – Des axes routiers majeurs sont fermés aux quatre coins du pays par les manifestants 10 : 55 – Les ministres des Forces libanaises (FL) ont annoncé qu’ils ne participeront pas à la réunion du Conseil des Ministres prévue pour cet après-midi. 11 : 45 – Samir Geagea, leader des FL, a appelé à la démission du président du Conseil des ministres Saad Hariri. 11 : 45 – Le Conseil des ministres est annulé. Le président du Conseil des ministres s’adressera à la Nation à 18 heures. 11 : 54 – Le PSP de Walid Joumblatt appelle à un mouvement pacifique contre le président Michel Aoun. Walid Joumblatt est pourtant lui-même perçu comme un partenaire majeur du système de corruption et comme l’un des emblèmes du régime confessionnel. 14 : 16 – Pierre Issa du Bloc National appelle à la formation d’un gouvernement réduit de salut national. 17 : 59 – L’ambassade américaine de Beyrouth appelle ses ressortissants à éviter de se rendre au Liban. 18 : 45 – Le président du Conseil des ministres s’adresse à la Nation. Il annonce avoir donné 72 heures à ses partenaires de coalition pour trouver une solution, sans quoi il choisira « une approche différente ». 20 : 09 – Des gardes du corps de l’ancien député Mishbah el Ahdab tirent sur des manifestants à Tripoli, faisant 2 morts et 4 blessés. Les manifestants en colère s’en sont alors pris à ses bureaux et ont attaqué une société de transport lui appartenant.

19 octobre 2019 11 : 23 – Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, annonce son opposition à la hausse des impôts sur les pauvres, mais confirme également s’opposer à la démission du gouvernement. 13 : 00 – Des militants du mouvement Amal auraient harcelé et tiré sur des manifestants à Tyr.

Suite Le , des dizaines de milliers de libanais manifestent partout dans le pays pour demander le départ d'une classe politique jugée corrompue.

Le , le président du Conseil des ministres Saad Hariri annonce une série de réformes et l'adoption du budget 2020. Sont prévues entre autres des mesures symboliques, d'autres sociales ou d'infrastructures. Ce plan a été en grande partie rejeté par les manifestants qui ont juré de rester dans la rue jusqu'à la démission du gouvernement actuel. Ils ont appelé à la formation d'un gouvernement technocratique composé d'un petit nombre d'experts chargés de sortir le Liban de son marasme..

Le , le président de la République libanaise Michel Aoun s'adresse au public pour la première fois depuis le début des manifestations. Dans son discours, Aoun a déclaré qu'il soutenait les réformes proposées visant à lever le secret bancaire et à supprimer l'immunité juridique des présidents, des ministres et des membres du Parlement, une législation qui pourrait ouvrir la voie à des enquêtes sur la corruption..

Le , des manifestations ont lieu à Beyrouth, à Tripoli et dans d'autres villes, où les manifestants font des sit-ins et installent des barrières pour ouvrir les routes.. L'armée libanaise décide de rouvrir les axes vitaux de ces villes par la force dans la matinée. La situation se tend à Beddaoui, près de Tripoli, où des heurts entre les manifestants et les militaires provoquent 6 blessés. Le président du Conseil des ministres Saad Hariri demande une enquête sur cet incident. À Tyr, des militants du Hezbollah et d'Amal tentent de dissuader les manifestants de sortir. La mobilisation baisse dans cette zone, tandis que ces militants attaquent des manifestants qui clament des slogans hostiles à leurs chefs. La situation se calme dans la soirée, et les manifestants construisent des barricades dans les villes où l'Armée est intervenue pour continuer à bloquer les routes.

Le , des dizaines de milliers de manifestants parviennent à se rejoindre au bord de l'autoroute qui longe la Mer Méditerranée pour former une chaîne humaine longue de 170 km du nord au sud du pays, de Tripoli à Tyr. D'autres occupent les autoroutes avec leurs voitures garées. La diaspora libanaise organise des manifestations de soutien à Paris, Londres, Amsterdam et Lille.

Le , le président du Conseil des ministres Saad Hariri annonce sa démission et celle de son gouvernement. Le lendemain, les blocages des routes sont levés. Le , après une allocution du président Aoun, les manifestants appellent à son départ.

Le , les routes sont de nouveau bloquées, au lendemain de nouvelles mobilisations.

Le , des milliers de lycéens et d'étudiants manifestent dans tout le pays pour demander une amélioration de l'enseignement public. À Tripoli et dans plusieurs villes côtières, ils bloquent les bureaux du Ministère des Télécommunications ou de la compagnie de téléphone publique Ogero, pour empêcher les fonctionnaires d'y entrer.

Le , l'ancien ministre des Finances Mohammad Safadi renonce à devenir président du Conseil des ministres..

En , face aux retards sur la formation du gouvernement d'Hassan Diab, les manifestations reprennent.. Le ont lieu des affrontements violents entre les manifestants et la police dans le quartier du Parlement. 377 personnes ont été soignées sur place ou transportées vers des hôpitaux, selon l'AFP.. De nouveaux heurts ont lieu le ..

Après avoir été interrompues par la pandémie de Covid-19 en , les manifestations reprennent en juin. Depuis l'automne 2019, la monnaie nationale a perdu 70 % de sa valeur et le taux de pauvreté approche les 50 %. Après les explosions du 4 août 2020