Des manifestations chiliennes en 2019 ont lieu du à en réaction à des mesures d’augmentation des prix de services publics. Bien que relativement faibles, ces augmentations déclenchent l'expression d'un profond ressentiment de la population étant données les importantes inégalités sociales que connaît le pays. Au printemps 2020, la pandémie de Covid-19 met en pause les manifestations.
Les manifestations conduisent la classe politique chilienne à s'accorder sur l'organisation le d'un référendum sur un changement de constitution ainsi que sur la convocation d'une assemblée constituante chargée de sa rédaction.
Contexte Chilien Sous le régime du général Pinochet, le Chili s'est orienté vers un système économique néolibéral, conduisant à de multiples privatisations et à une forte libéralisation de l’économie. Les faibles impôts sur les bénéfices des sociétés et taxes à l’exportation ont permis l’arrivée massive de capitaux étrangers. Le pays connaît depuis les années 1990 une croissance économique soutenue mais au prix de très fortes inégalités sociales.
Ainsi, les 1 % les plus riches de la population amassent chaque année entre un quart et un tiers des revenus, et les 10 % les plus riches en ont récupéré plus de la moitié. Le salaire médian s'élève à 550 $/mois et les pensions de retraite à 286 $/mois, ce qui est insuffisant pour faire face au prix de la vie, contraignant les classes moyennes à s'endetter continuellement. Une partie des Chiliens jugent ces inégalités d'autant plus injustifiées que les riches ont pour la plupart acquis leur fortune à travers l'héritage.
Deux systèmes de santé coexistent depuis 1981 : les instituts de santé prévisionnels (privés), auxquels 18 % des Chiliens peuvent accéder (outre leurs coûts, les mutuelles privées peuvent discriminer et refuser des patients en raison de leur âge, de leur sexe, ou parce qu'ils ont des maladies chroniques), et l'institution publique Fonasa, dont 70 % des Chiliens dépendent. Plus de ne disposent d'aucune couverture médicale.. Moins de 25 % du système d'éducation chilien est financé par l'État, les 75 % restant provenant des frais d'inscription. Il n’existe au Chili aucun établissement universitaire public gratuit.. Les études universitaires nécessitent généralement un fort niveau d’endettement. Dans un pays où le salaire minimum représente l'équivalent de moins de 300 euros, les étudiants payent entre 250 et 600 euros par mois pour suivre un cursus universitaire. En conséquence, 65 % des étudiants pauvres interrompent leurs études pour des raisons financières. Le système éducatif chilien contribue ainsi à la reproduction des inégalités.
Les partisans du système économique chilien soulignent que les reformes libérales ont permis au pays d'avoir l'une des meilleures croissances économiques parmi les pays de l’Amérique latine et a réduit la pauvreté. Les causes des contestations seraient liées au mécontentement vis-à-vis d'un service public inadapté...
L'augmentation du prix des tickets de métro est l’élément déclencheur des manifestations. Les bus, trains et notamment le métro de Santiago ont vu leurs tarifs augmenter de $30 pesos chiliens pour les billets en heure de pointe depuis le ., selon un décret du « Panel de Expertos » (l'organisme qui détermine les tarifs des transports en commun pour la province de Santiago et les communes de San Bernardo et Puente Alto)Qué es el Panel de Expertos, paneldeexpertostarifas.cl annoncé au début du même moisPanel de expertos ley n° 20.378, octobre 2019. Ce fut la deuxième modification au tarif dans l'année, après une augmentation des prix en ... Bien que ces augmentations ne dépassent pas 4%, le tarif du système de transports en commun de Santiago était déjà l'un des plus élevés de la région, ayant presque doublé de son tarif initial à 12 ans de son inauguration ($380 CLP en 2007)C. Vargas, I. Morgan et A. González, Tarifa del Transantiago suma aumento de $200 desde su inicio en 2007, latercera.com, février 2012. En moyenne, le coût mensuel par personne est de 13,8 % du salaire minimum, bien supérieur à celui d'autres villes comme Buenos Aires, Mexico ou Lima, où il ne dépasse pas 10 %Pablo Cádiz, ¿El metro más caro de sudamérica? Esto gastan los chilenos en transporte, y qué pasa en el mundo, t13.cl, 18 octobre 2019.
Étranger Les manifestations chiliennes se produisent dans un contexte plus général d’essor des manifestations d'ampleur à l'échelle internationale depuis la fin de l’année 2018.
En Amérique latine, elles ont lieu deux mois après une contestation féministe au Mexique et sensiblement en même temps que des manifestations en Équateur (en réaction à des mesures d'austérité), en Bolivie (à la suite de la réélection contestée d’Evo Morales), au Honduras (contre les liens entre le narcotrafic et le gouvernement) et qu’un mouvement de moindre ampleur en Argentine (contre la politique économique et sociale du gouvernement).. Au-delà du continent américain, des manifestations se déroulent en Catalogne, au Liban, en Irak, à Hong Kong, en Algérie, en Indonésie, alors qu'une révolution a fait chuter le régime du Soudan en . Des manifestations relativement modestes mais inattendues ont également eu lieu à Moscou et au Caire. Le mouvement des Gilets jaunes a secoué plusieurs pays fin 2018 et début 2019, principalement la France.
Bien qu’ayant des revendications différentes, ces manifestations ont en commun de démarrer sur des épiphénomènes (la hausse du prix du ticket de métro au Chili, ou du prix de l'essence en France ou en Équateur), pour aboutir à des dénonciations plus larges des inégalités socio-économiques.
Déroulement
Premières manifestations à Santiago Le mécontentement des utilisateurs est presque immédiat, particulièrement des étudiants de l’Instituto Nacional qui s’organisent dans des « evasiones masivas » (fraudes dans le métro sautant par-dessus les tourniquets) pendant 5 jours, depuis le à la station Universidad de Chile. Les autorités du métro réagissent avec des fermetures partielles et des accès contrôlés par les forces de l'ordre.
Les « evasiones masivas » ont continué au cours de la semaine suivante. Le , la ligne 5 ferma les stations de Cumming, Quinta Normal et Irarrázaval à la suite des mouvements de protestationMetro cierra varias estaciones de la Línea 5 por manifestaciones, eldinamo.cl, 14 octobre 2019. Puis, le , ce fut le tour de Santa AnaConstanza García Tironi, Las evasiones masivas no paran: estación Santa Ana registra graves disturbios, publimetro.cl, 16 octobre 2019 et Plaza de ArmasDannae Arias, Evasión masiva en Metro Plaza de Armas: pasajeros botaron la reja de acceso y difundieron el caótico registro, publimetro.cl, 16 octobre 2019. Le 17, des « evasiones » ont eu lieu sur les lignes 1, 2, 3, et 5, provoquant des confrontations plus fortes avec les forces de l'ordre et la fermeture de plusieurs stationsNueva jornada de evasión en metro por alza de pasajes obliga a empresa a cerrar estaciones, t13.cl, 17 octobre 2019.
Mouvement national et répercussions Un large mouvement de blocage du métro, ainsi que des revendications liées à la criminalité, à la corruption, à la santé ou à l'éducation ont paralysé le pays.
Le pays est déclaré en état d'urgence depuis le Le Monde, AFP, Chili : état d’urgence après de violentes manifestations dues à la hausse du prix du métro, lemonde.fr, 19 octobre 2019. L'armée est déployée dans les rues de plusieurs villes. et un couvre-feu est décrété dans 10 villes du pays, dont la capitale..
Le , lors d'une manifestation à San Pedro de la Paz (dans la province de Concepción), un homme et un enfant de 4 ans sont morts renversés par un conducteur non identifié..
vignette|Carabiniers dispersant des manifestants sur la Plaza Italia, à Santiago.
Des manifestations gigantesques ont lieu le dans les grandes villes du Chili contre les inégalités économiques et pour la démission du président Piñera : dans la seule Santiago, de , selon les autorités., à plus d'un million, selon les manifestants eux-mêmes., et environ deux millions dans tout le pays., sur une population chilienne totale de presque 18 millions d'habitants, se rassemblent en ce qui sera surnommé comme La marcha más grande de Chile (« La plus grande manifestation au Chili »). Le même jour, des manifestations ont eu lieu à Rancagua, Coquimbo, Concepción, Arica, Punta Arenas, Iquique, entre autres. Le , plus de marchent de Viña del Mar à Valparaiso..
Le , l'état d'urgence est levé et un tiers du gouvernement est remanié : sont notamment remplacés, pour tenter de satisfaire les manifestants, le ministre de l'Intérieur et celui de l'Économie et des Finances.. Malgré ces mesures, un rassemblement pacifique de plusieurs milliers de personnes se tient sur la Plaza Italia, devenue l'épicentre de la contestation, tandis que des affrontements ont lieu entre des manifestants plus violents et la police à côté du palais présidentiel de la Moneda (Santiago) et du Parlement (Valparaíso). Le , les mineurs de la mine d'Escondida, la plus importante mine de cuivre au monde, déclenchent une grève de 24 heures en soutien au mouvement..
Le , un séisme de magnitude 6 secoue le centre du Chili, provoquant une brève panique chez les manifestants.. Certains d’entre eux tentent de se diriger vers le palais présidentiel, ce qui provoque des heurts avec la police, au cours desquels une policière est blessée. Le même jour, le président Piñera s'exprime : malgré d’importantes manifestations quotidiennes et sa cote de popularité la plus basse dans les sondages depuis le retour à la démocratie en 1990, il exclut de démissionner. Il se dit toutefois ouvert aux négociations, y compris pour une éventuelle modification de la Constitution.. Il annonce également des aides financières et un assouplissement des impôts pour les touchées par des destructions, des pillages ou des incendies.
Deux lycéennes sont blessées le par des tirs de plomb de chasse commis par des policiers.. L'un d'eux est arrêté et doit être traduit en justice.
Le , les manifestations commencent à s'étendre aux quartiers aisés de Santiago. La police bloque les manifestants au niveau du quartier de Providencia, entrée du secteur financier et des zones les plus aisées de la capitale chilienne, ce qui entraîne des heurts. Un rassemblement beaucoup plus calme a également lieu sur la Plaza Italia. Une caserne de police de Renca, un quartier populaire du nord de Santiago, est attaquée par une vingtaine de personnes, ce qui blesse cinq policiers. Des routes sont aussi bloquées par des automobilistes.
vignette|Barricades sur l'avenue San Diego, à Santiago.
À Santiago, le , manifestent sur la Plaza Italia, renommée par les manifestants Plaza de la Dignidad (« Place de la Dignité »).. Ailleurs dans la capitale, le rectorat de l'université privée Pedro de Valdivia est incendié par des émeutiers cagoulés, qui vont ensuite récupérer le mobilier de l'église Parroquia de La Asunción pour construire des barricades auxquelles ils mettent le feu, au cours de heurts contre la police anti-émeutes.. Dans la nuit, des groupes de manifestants bloquent des rues dans les quartiers centraux de Providencia et de Las Condes, construisent des barricades avec des détritus et du mobilier urbain, puis les incendient en criant des slogans contre le gouvernement. Policiers et manifestants confondus, 400 personnes sont arrêtées et 100 sont blessées à Santiago. Des manifestations ont lieu dans plusieurs autres villes du Chili : elle se passent sans heurts, à l'exception de la ville de Viña del Mar, où éclatent des affrontements sur des barricades entre des manifestants et des policiers.