Le chômage technologique est la perte d'emplois causée par les changements technologiques, liée notamment au développement des « nouvelles technologies », plus particulièrement à la transformation numérique. C'est un type de chômage structurel.
Les changements technologiques impliquent souvent l’introduction de machines réduisant le besoin de main-d’œuvre et l’automatisation des décisions pour améliorer l’efficacité (automation). Comme l’automobile a remplacé les chevaux, l’innovation a bouleversé l’emploi humain. Par exemple, les métiers à tisser mécanisés ont appauvri les tisserands.
Si le chômage technologique à court terme est reconnu, son impact durable reste controversé. Les optimistes estiment que l’innovation crée des effets compensateurs maintenant l’emploi, tandis que les pessimistes pensent qu’elle peut réduire durablement le nombre de travailleurs. John Maynard Keynes popularise ce débat dans les années 1930 The Economic Possibilities of our Grandchildren (1930). E McGaughey, 'Will Robots Automate Your Job Away? Full Employment, Basic Income, and Economic Democracy' (2018) SSRN, part 2(2)., bien que la question remonte à Aristote.
Jusqu’au , le pessimisme domine, mais le faible chômage limite l’inquiétude. La révolution industrielle intensifie les craintes, surtout en Grande-Bretagne, mais les économistes classiques affirment que l’innovation ne nuit pas à l’emploi. Au , le progrès technologique profite à tous, réduisant les inquiétudes. Le « sophisme luddite » dénonce l’idée d’effets négatifs durables. Malgré cela, des économistes comme David Ricardo alertent sur le chômage technologique. En Europe, l’inquiétude revient à la fin du en raison de la montée du chômage depuis les années 1970.
Les progrès de l'intelligence artificielle (IA) ont relancé les débats sur la possibilité d'un chômage de masse, voire de la fin de l'emploi. Certains estiment que le développement de l'intelligence artificielle générale et les progrès en robotique permettront d'automatiser l'ensemble des tâches intellectuelles et physiques, suggérant la nécessité d'un revenu de base pour les non travailleurs. D'autres estiment que l'humain restera nécessaire pour certaines tâches, ou complémentaire l'IA, bouleversant le marché du travail sans pour autant causer de chômage de masse. La Banque mondiale a affirmé en 2019 que si l'automatisation remplace les travailleurs, l'innovation technologique crée en fin de compte de nouvelles industries et de nouveaux emplois..
Problèmes dans les débats Effets à long terme sur l'emploi Tous les participants aux débats sur l’emploi technologique conviennent que l’innovation peut entraîner des pertes d’emploi temporaires. De même, il est indéniable que l’innovation a parfois des effets positifs sur les travailleurs. Le désaccord vise à déterminer s'il est possible que l'innovation ait un impact négatif durable sur l'emploi en général. Si le niveau de chômage persistant peut être mesuré empiriquement, les causes sont sujettes à discussion. Cependant il est difficile de déterminer l'impact de l'innovation sur l'emploi, en effet selon l' article paru dans La Correspondance économique le 11 janvier 2016 Les optimistes acceptent que le chômage à court terme puisse être causé par l’innovation, tout en affirmant qu’après un certain temps, des effets de compensation créeront toujours au moins autant d’emplois que ceux initialement détruits. Bien que constamment questionnée, cette idée fut dominante parmi les économistes traditionnels pendant la majeure partie des .. Par exemple, les économistes du travail Jacob Mincer et Stephan Danninger développèrent une étude empirique utilisant des micro-données du Panel Study of Income Dynamics et constatèrent que, même si à court terme, les progrès technologiques semblent avoir des effets peu clairs sur le chômage global, ils réduisent le chômage sur le long terme. Toutefois, s’ils tiennent compte d’un décalage de cinq ans, les preuves à l’appui d’un effet à court terme de la technologie sur l’emploi semblent également disparaître, ce qui suggère que le chômage technologique « semble être un mythe »..
Le concept de chômage structurel, un taux de chômage durable qui ne disparaît pas même au plus fort du cycle économique, est devenu populaire dans les années soixante. Pour les pessimistes, le chômage technologique est l’un des facteurs à l’origine du phénomène plus vaste du chômage structurel. Depuis les années 1980, même des économistes optimistes ont de plus en plus acceptés que le chômage structurel avait effectivement augmenté dans les économies avancées, mais ils avaient tendance à attribuer ce phénomène à la mondialisation et à la délocalisation plutôt qu’au changement technologique. D’autres prétendent que l’augmentation durable du chômage est principalement due à la réticence des gouvernements à poursuivre des politiques expansionnistes depuis la rupture avec le keynésianisme survenu dans les années 1970 et au début des années 1980... Au XXIe siècle, et particulièrement depuis 2013, les pessimistes voient de plus en plus fréquemment le chômage technologique mondial durable comme une menace croissante.On the other hand, from a more positive perspective, some have argued that technological change will alter the structure of an organization in the sense that those in management roles will increasingly become more specialized to those roles as technology that assists collaboration and workflow management allows employees to manage themselves. The typical management role will, as a result, change to allow managers to concentrate on the task of supporting employees and improving their performance thus allowing them to add more, rather than less, value..
Effets de compensation vignette| John Kay, inventeur de la Fly Shuttle AD 1753, de Ford Madox Brown, représentant l'inventeur John Kay en train de dire au revoir à sa femme tandis que des hommes l’emmènent loin de son domicile. Il échappe ainsi à une foule en colère contre son métier à tisser qui réduit le besoin de main-d'œuvre. Les effets de compensation n’étaient pas encore bien compris. Les effets de compensation sont des conséquences favorables à la main-d’œuvre, qui rééquilibre l'effet négatif des pertes d’emploi initialement causées par les nouvelles technologies. Dans les années 1820, Say décrivit plusieurs effets de compensation en réponse à la déclaration de Ricardo selon laquelle un chômage technologique à long terme pourrait se produire. Peu de temps après, Ramsey McCulloch théorisa tout un système de compensation. Cette théorie fut attaquée par Marx, affirmant qu'aucun des effets n'était garanti. Les désaccords sur l'efficacité des effets de compensation sont restés au centre des débats universitaires sur le chômage technologique..
Les effets de compensation se manifestent : par la fabrication de nouvelles machines (la main-d’œuvre nécessaire à la construction du nouvel équipement exigé par l’innovation) ; par de nouveaux investissements (les économies de coûts permises par la nouvelle technologie augmentent les bénéfices disponibles pour des nouveaux investissements) ; par les ajustements de salaire (le chômage entraînant une baisse des salaires, davantage de travailleurs sont réembauchés à un coût inférieur. Inversement, les travailleurs peuvent bénéficier d'augmentations de salaire à mesure que leur rentabilité augmente, conduisant à une augmentation des dépenses, entraînant la création de nouveaux emplois) ; par des prix plus bas (ce qui conduit à plus de demande, et donc à plus d’emplois). La baisse des prix peut également aider à compenser les baisses de salaires, car des biens meilleur marché augmenteront le pouvoir d’achat des travailleurs ; par nouveaux produits (là où l'innovation crée directement de nouveaux emplois).
L'effet de fabrication de nouvelles machines est maintenant rarement discuté par les économistes; il est souvent admis que Marx l'a réfuté avec succès. L'effet de création d'emploi par la création de nouveaux produits est à l'inverse souvent accepté, bien qu'une distinction importante soit établie entre les innovations de processus et de produitles technologies qui remplacent les emplois peuvent être classées comme mécanisation, automation, et amélioration des processus. Les deux premiers impliquent fondamentalement le transfert de tâches d'êtres humains vers des machines. La troisième implique souvent l’élimination complète des tâches. Le thème commun des trois est que les tâches sont supprimées de la population active, ce qui diminue l'emploi. En pratique, les catégories se chevauchent souvent : une amélioration de processus peut inclure une réalisation automatisée ou mécanisée. La ligne de démarcation entre mécanisation et automatisation est également subjective, car la mécanisation peut parfois impliquer suffisamment de contrôle pour être considérée comme faisant partie de l'automatisation.. Les données provenant d'Amérique latine semblent indiquer que l'innovation de produit contribue de manière significative à la croissance de l'emploi au niveau de l'entreprise, davantage que l'innovation de processus.. L'impact des autres effets a fait l’objet de débats approfondis au cours de l’histoire de l’économie moderne et n'est toujours pas résolu.. Un effet potentiellement complémentaire est l'effet multiplicateur d’emplois : selon les recherches développées par Enrico Moretti, avec chaque emploi qualifié supplémentaire créé dans les industries de haute technologie dans une ville donnée, plus de deux emplois sont créés dans le secteur de service. Ses conclusions suggèrent que la croissance technologique et la création d'emplois qui en résulte dans les industries de haute technologie pourraient avoir un effet secondaire plus important que prévu.. Cet effet multiplicateur est confirmé en Europe, les emplois locaux dans le secteur de la haute technologie pouvant créer cinq emplois supplémentaires dans le secteur de la basse technologie..
De nombreux économistes aujourd'hui pessimistes face au chômage technologique acceptent que les effets de compensation ont largement fonctionné comme les optimistes l'ont affirmé tout au long des . Pourtant, ils estiment que l'avènement de l'informatisation rend ces effets de compensation maintenant moins efficaces. Wassily Leontief donna un exemple précoce de cet argument en 1983. Il reconnut qu'après quelques perturbations, l'avancée de la mécanisation au cours de la révolution industrielle avait en fait augmenté la demande de main-d'œuvre, ainsi que les salaires, en raison des effets de l'augmentation de la productivité. Bien que les premières machines réduisaient la demande de « puissance musculaire », elles étaient peu intelligentes et avaient besoin de nombreux opérateurs pour rester productives. En revanche depuis l’introduction des ordinateurs sur le lieu de travail, le besoin de puissance musculaire mais également de capacité intellectuelle est devenu de moins en moins nécessaire. Ainsi la productivité continue d’augmenter mais la moindre demande de main-d’œuvre humaine pourrait entraîner une baisse des salaires et de l’emploi.. Cependant, cet argument n’est pas entièrement corroboré par des études empiriques plus récentes.
Sophisme Luddite