Achille Liénart, né le à Lille et mort le dans la même ville, communément désigné sous le titre cardinal Liénart, a été évêque de Lille pendant quarante ans. Une telle longévité est assez rare dans l'histoire de l'Église. Son soutien au syndicalisme chrétien lui valut le qualificatif de cardinal rouge qui ne recouvre pas cependant la totalité de son action, qui s'étendait à tous les milieux.
Aumônier du d'infanterie pendant la Grande guerre, curé de la paroisse Saint-Christophe de Tourcoing jusqu'en , il devient à le plus jeune évêque de France. Il est créé cardinal moins de deux ans plus tard par à un moment où celui-ci souhaite renouveler profondément l'épiscopat français. Le cardinal Liénart accorde, dans la ligne de ce pontificat, une priorité au développement de l'Action catholique, particulièrement de l'Action catholique spécialisée, moyen privilégié de l'évangélisation dans le diocèse de Lille.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Achille Liénart prône le loyalisme vis-à-vis du régime de Vichy et s'abstient de toute condamnation des persécutions contre les juifs. Il est l'un des plus ardents partisans du concile de Vatican II et l'un des plus importants parmi les évêques libéraux qui souhaitent un assouplissement de la discipline, de la liturgie et de la théologie.
Biographie Éducation et famille Achille Gustave Louis Joseph Liénart est issu d'une famille appartenant à la moyenne bourgeoisie lilloise. Il est le deuxième d'une famille de quatre enfants : Anna, Marie-Thérèse et Maurice. Son père, Achille Philippe Hyacinthe Liénart (décédé en ) est négociant en toile, et sa mère, née Louise Delesalle, élève ses enfants. Il nait rue Princesse à Lille, à deux pas de la maison d'un autre illustre lillois Charles de Gaulle, né six ans plus tard.. Leur train de vie n'est pas important et la famille est très unie. Quand il prend ses fonctions d'évêque en , il installe sa mère dans un appartement à l'évêché jusqu'à sa mort en .
En , il entre au collège jésuite Saint-Joseph, situé depuis rue de Solférino à Lille, où il obtient en son baccalauréat de philosophie. Sa vocation apparaît tôt: dès sa sortie du collège, il sait qu'il sera prêtre et entre au séminaire d'Issy-les-Moulineaux, près de Paris. Il effectue son service militaire, qui durait deux ans, en au à la citadelle de Lille.
Puis il reprend ses études ecclésiastiques au séminaire Saint-Sulpice à Paris. Comme on le destine à l'enseignement religieux supérieur, il fréquente également l'institut catholique de Paris. Ordonné prêtre le La Voix du Nord, octobre 2009 il se spécialise en Écritures saintes à l'institut biblique de Rome dont, en , il est parmi les premiers étudiants. Puis il enseigne au séminaire de Saint-Saulve.
Il est le grand-oncle de l'écrivain Élisabeth Bourgois.
Première Guerre mondiale
Au début du conflit, bien qu'ayant été réformé RD2 en , il signe un engagement le et devient l'aumônier volontaire de l' de la de réserve qui est envoyée dans les Ardennes pour soutenir les et d'armée à Dinant. Il participe, toujours avec la , à la bataille de la Meuse en et à la bataille de la Marne en .
Le , il est nommé à la division d'infanterie du d'armée avant d'être, de à , l'aumônier du , qui est un régiment du Nord. Au front, il va au secours des blessés et des mourants. Il sera blessé deux fois : à la cuisse le . et à la nuque le , et ., pendant la bataille de la Somme. À la fin du conflit, il est démobilisé en .
Il devient enseignant au grand séminaire de Lille et s'intéresse de près aux questions sociales.
Évêque de Lille En , il est nommé curé doyen de l'église Saint-Christophe de Tourcoing, il étonne encore en se déplaçant à bicyclette, et le , il devient évêque de Lille à seulement , plus jeune évêque de France dans un jeune diocèse créé en . Il va le rester quarante ans. Sa nomination par surprend, en raison de ses prises de position favorables aux ouvriers du textile face au patronat lillois.
Tout juste nommé, il se pose en médiateur lors de la grande grève d'Halluin, qui dura de à .. Il défend l'idée d'un syndicalisme chrétien indépendant.
Le cardinal Liénart, nommé en , plus jeune cardinal au monde, est l'un des six cardinaux français à participer au conclave de 1939 qui élit .
Il défend la mémoire de Roger Salengro, maire de Lille, ministre du Front populaire, après son suicide, consécutif à une campagne de calomnie d'une violence extrême :
Seconde Guerre mondiale
Le , la poche de Lille tombe : Lille est occupée. La région Nord-Pas-de-Calais est sous l'autorité de l' ou et de son gouverneur Felzman. Le , le cardinal Liénart obtient de Felzman des laissez-passer pour lui ainsi que pour ses collaborateurs afin de pouvoir se déplacer librement en zone « occupée » (le Nord-Pas-de-Calais faisant partie de la zone interdite) et de réorganiser le diocèse de Lille. Le , jour de la signature de la convention d'armistice franco-allemande dans la clairière de Rethondes, il est convoqué par Rüdiger, le pour le Nord-Pas-de-Calais. Le cardinal s'y présente accompagné de . L'entretien est courtois, le but du cardinal est avant tout de ..
Le cardinal reste silencieux lors des rafles de juifs.. Sa position ne se nuance qu'en 1943 à propos du STO.. À la suite des événements de la nuit du au lors du massacre d'Ascq, le cardinal Liénart écrit une lettre de protestation au général von Falkenhausen transmise par l'intermédiaire du général-lieutenant Bertram qui le convoque le soir-même à l'OFK. Les services secrets allemands, arrivés sur place, les funérailles des victimes du massacre le .
Le , le général De Gaulle, chef du gouvernement provisoire de la République française, vient à Lille. Il assiste à la messe célébrée en l'église Saint-Michel par le cardinal Liénart. En raison de l'attitude du cardinal pendant la guerre et la proximité gardée avec Vichy, la poignée de mains entre les deux est « glaciale »La Voix du Nord. Numéro hors série Charles De Gaulle Le géant du Nord p. 40..
Prélat de la mission de France Après la guerre, « l'évêque rouge » puis le « cardinal rouge » défend encore l'idée des prêtres-ouvriers.
En , le cardinal Liénart accède aux fonctions de prélat de la mission de France.
Il ajoute à son blason, qui comportait une représentation de Notre-Dame de la Treille (vénérée à Lille depuis le ), le symbole du pont à trois arches de Pontigny où est situé le siège de la mission de France.
Achille Liénart, fatigué, remet deux fois sa démission. l'accepte en . Le cardinal, , se retire à la paroisse Saint-André de Lille, où il meurt à l'âge de , le .
Vatican II thumb|upright=1.2|gauche|Le cardinal Liénart (à droite) avec Marcel-Marie Dubois pendant le concile Vatican II.
Lors de la première session de travail du concile Vatican II, le cardinal Liénart déclenche un coup de théâtre : alors que l'ordre du jour prévoit un passage direct au vote des textes des commissions préparatoires, il prend la parole avec le cardinal Frings pour demander un débat préalable.
Le changement de procédure proposé est immédiatement accepté par . À une immense majorité, les évêques décident alors par un vote de ne pas procéder ainsi que l'ont prévu les commissions préparatoires, mais de d'abord délibérer entre eux, par groupes nationaux et régionaux, ainsi que dans des réunions plus informelles.
Succession apostolique Achille Liénart a ordonné les évêques suivants. : Archevêque Henri-Edouard Dutoit (1931) Évêque Louis Liagre (1938) Archevêque Armand-Étienne M. Blanquet du Chayla, O.C.D. (1939) Archevêque Edmond Vansteenberghe (1939) Évêque Henri-Marie-Joseph Pinson (1943) Évêque (1946) Évêque Pierre Bonneau, C.S.Sp. (1947) Évêque Albert-Paul Droulers (1947) Archevêque Marcel-François Lefebvre, C.S.Sp. (1947) Évêque Henri-Charles Dupont (1951) Évêque Émile Élie Verhille, C.S.Sp. (1951) Cardinal Alexandre-Charles-Albert-Joseph Renard (1953) Évêque , M.Afr. (1957) Évêque Gérard-Maurice-Eugène Huyghe (1962) Évêque Jean-Baptiste-Étienne Sauvage (1962) Évêque Adrien-Edmond-Maurice Gand (1964)
Armes right|thumb|upright=0.6|Blason du cardinal LiénartLes armes du cardinal Liénart se blasonnent comme il suit : Écartelé: au premier d'azur à la Vierge de la Treille d'argent, au deuxième et troisième de gueules au pont d'argent à trois arches qui est de Pontigny, au quatrième d'azur au livre des Saints Évangiles d'argent chargé de l'alpha et l'oméga de sable. À la croix de sable chargée en cœur du Sacré Cœur d'or, rayonnant, blessé et enflammé de même, brochant sur les partitions. Accompagné de la devise Archives du Diocèse de Lille.
Hommages Distinctions (), remis par le président Georges Pompidou.. () remis par le président Charles de Gaulle. () () (), remis par Philippe Pétain. (6 citations)
(1935) Commandeur de l'Ordre militaire et hospitalier de Saint-Lazare.
Art Cardinal Liénart, statue en bronze de Jean Roulland (1986), Lille, France Statue du Christ, statue rendant hommage au passage du cardinal dans la commune, Cysoing, France Une sculpture du portail sud de la Cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille représente saint Achille sous les traits du cardinal Liénart..
Lieux École Cardinal-Liénart, Villeneuve-d'Ascq Collège Cardinal-Liénart, Tourcoing Place Cardinal Achille Liénart, Bailleul
Parcours ecclésiastique 1907 : Ordination le 1915-1919 : aumônier militaire du RI 1926-1928 : curé-doyen de l'église Saint-Christophe de Tourcoing 1928-1968 : évêque de Lille 1930 : cardinal du titre de Saint-Sixte 1954-1965 : prélat de la mission de France 1962 : membre du conseil de présidence du concile du Vatican 1973 : mort après un cardinalat de et
Publications
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Articles connexes Diocèse de Lille Église catholique en France pendant la Seconde Guerre mondiale
Liens externes
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