Jean Marie Joseph Louis Quarré de Château-Regnault d’Aligny (1909-1991), dit Jean d'Aligny, alias « Nano », comte d'Aligny, est un résistant français qui a agi dans différents réseaux de résistance : camouflage du matériel, Corps franc Pommiès, réseau SOE section F PRUNUS. Opérant depuis son château d'Esquiré, à Fonsorbes (Haute-Garonne), il est arrêté le par la Gestapo, déporté à Buchenwald puis à Natzweiler-Struthof et libéré en au camp de Dachau. Même s'il déclare n'avoir joué qu'un rôle modeste dans la Résistance en Haute-Garonne, d'Aligny a été un appui local important d'acteurs de premier plan comme Émile Mollard, André Pommiès, Marcel Tailllandier et le S.O.E.. Les enregistrements sonores que Daniel Latapie, historien archiviste de la Résistance en Haute-Garonne, a pu obtenir de d'Aligny, en surmontant sa réserve et sa discrétion, sont un témoignage fort d'une morale en action dans la Résistance. Ils sont conservés aux Archives départementales de la Haute-Garonne. Des extraits transcrits en sont livrés dans le texte qui suit.

Origines Jean, Quarré de Château-Regnault d'Aligny, dit Jean d'Aligny, est né à Pau le et mort à Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne), dans la clinique Monié, le .

Il est issu d'une famille noble de Bourgogne, la Maison de Quarré.

Il est le fils de Déodat Quarré de Château-Regnault d'Aligny (1872-1942) décédé à Seyre en 1942, et de son épouse Marie-Thérèse, née Lafond (1883-1921). Il a eu deux frères, Louis (1903-1907) et Étienne (1914-2001), et trois sœurs, Guillemette (1905-1985), Marie-Louise (1908-2006) et Marguerite (1912-2012).

Son père, Déodat, était diplômé de l'École d'agriculture de Grignon, où il fut le condisciple et l'ami intime d'Eugène Rouart (1872-1936) qui fut son associé dans la gestion d'une importante exploitation agricole de la région d'Autun, la ferme des Plaines, propriété de la mère de Déodat. A la fin du bail non renouvelé sur la base d'un désaccord entre Déodat et sa mère, les deux hommes quitteront les Plaines en 1902 pour s'installer chacun dans son propre domaine, dans la Haute-Garonne.

Déodat d'Aligny, qui s'est marié le , à Pau, avec Marie-Thérèse Lafond, fera l'acquisition en 1902 du domaine de la Béguère à Plaisance-du-Touch, puis, en 1906, de celui, attenant, d'Esquiré à Fonsorbes. Eugène Rouart acquiert en 1902 le domaine de Bagnols-Saint Caprais à Grenade.

La mère de Jean d'Aligny, Marie-Thérèse Lafond, était la fille de Paul Lafond (1847-1918) qui fut un collectionneur, historien de l’art, aquafortiste et dessinateur lithographe, ainsi que conservateur du musée des beaux-arts de Pau et ami de Degas.

Formation et activités Jean d'Aligny a onze ans quand sa mère meurt en 1921. C'est son oncle maternel, Pierre Lafond, diplomate, qui va se charger de son éducation. Jean d'Aligny va l'accompagner dans ses différentes affectations dont en Tunisie puis en Syrie. Jean d'Aligny était très attaché à cet oncle et ceci influera sur des décisions qu'il prendra dans son activité liée à la RésistanceRené de Laportallière : communication personnelle, au château de Bonnac (Ariège), jeudi 07/11/2019 (17h-19h) . Pierre Lafond finira sa carrière comme ambassadeur de France en Iran de 1944 à 1950.

Jean d'Aligny revient en France, à l'âge de 19 ans, pour y accomplir son service militaire. Dans les années 1930, son père lui cède le domaine d’Esquiré, près de Fonsorbes, dont il assure l'exploitation agricole. La guerre de 1939-1940

Le résistant Jean d’Aligny mena son activité de résistant depuis son domaine d'Esquiré, à Fonsorbes, où il fut assisté par sa compagne, Yvonne Lagrange, surnommée « Yvon ».

Les sources d'information sont pour l'essentiel le fonds Daniel Latapie. qui rassemble des enregistrements de témoignages de résistants de la Haute-Garonne, dont ceux de Jean d'Aligny. Ce fonds est conservé aux Archives départementales de la Haute-Garonne. La transcription du fonds d'Aligny exploité ici a été réalisée par René de LaportalièreRené de Laportalière (neveu de Jean d'Aligny), château de Bonnac , Bonnac, (09100). Le camouflage du matériel militaire

Après la défaite de 1940, sous l’autorité du commandant Émile Mollard, attaché à l’état-major de l’armée à Vichy et sous la couverture du général Weygand, ministre de la guerre, fut créée une entreprise clandestine de sauvegarde, camouflage et fabrication de matériel de guerre : le service « camouflage du matériel » (CDM)... L’objectif était d’empêcher la Wehrmacht de s’emparer du matériel de guerre laissé à sa disposition par l’Armistice et de le conserver en vue de préparer « l’Armée de la Revanche ». Dans chacune des régions militaires de la zone libre fut nommé un « correspondant régional » chargé de superviser le camouflage de fusils, mitrailleuses, munitions, canons même, camionsRené de Laportalière : Le camouflage de matériel militaire par Jean d'Aligny dans son domaine d'Esquiré à Fonsorbes (31470), texte adressé pour communication personnelle, le 02/01/2020.. thumb|Garenne ou ancien Jardin potager d'Esquiré où furent dissimulées 35 tonnes de matériel militaire À Toulouse, dans les environs et dans les départements limitrophes, les prospections commencèrent ; les carrières naturelles, les grottes, les ruines, furent inspectées, clandestinement, bien entendu, mais ce genre de cachettes était limité ; il présentait d’ailleurs des risques de vol incontestable : il fallut être très circonspect dans ce domaine. Des locaux furent loués sous des noms d’emprunt. De nombreux particuliers acceptèrent, bénévolement d’abriter du matériel.

Le camouflage du matériel à Esquiré eut lieu en deux temps très distincts souvent confondus : Le camouflage dans le cadre du CDM avant l’occupation de la zone libre, dès fin 1940 « L'opération des 35 tonnes », fin 1942, début 1943, après l’occupation de la zone libre.

Marcel Taillandier, le fondateur du réseau Morhange, était un ami très proche de Jean d'Aligny. Vivant à Saint-Martin du Touch, il en était le voisin. Chef local du CDM, il mit Jean d'Aligny en relation avec de nombreux membres de ce réseau et il apporta, lui-même, du matériel à Esquiré. D'autres propriétés de la région furent sollicitées par d'Aligny pour cacher du matériel. Ce fut le cas à Seyre où des lots de pneumatiques furent camouflés chez Gaston de Capèle, beau-frère de Jean d'Aligny, qui put les retirer à temps quand il fut prévenu par Platt, un Alsacien que les Allemands avaient placé comme régisseur d'Esquiré après l'arrestation de Jean d'Aligny, qu'une perquisition allait avoir lieu chez lui. Platt est évoqué plus loin à propos de l'arrestation de d'Aligny pour montrer qu'il n'en fut pas responsable.

L'engagement dans le réseau SOE « PRUNUS » Le réseau « PRUNUS » est un réseau SOE (Special Opérations Executive), fondé en 1940 par le service secret britannique, sous l'autorité de Maurice Buckmaster, pour participer aux actions des résistance en Europe, par des sabotages, du renseignement, des parachutages d’armes et de matériel. Le réseau PRUNUS a été créé en par un jeune lieutenant anglais, Martin Perkins dont le nom véritable est Maurice Pertschuk (1921-1945), alias « Eugène », « Gérard » dans la région de Montréjeau. Il rayonne ensuite sur toute la Haute-Garonne. Présent à Toulouse, Montréjeau et Fonsorbes, le réseau mène de multiples activités : sabotages, renseignements, passages clandestins et parachutages d’armes.

Jean d'Aligny fut introduit dans le réseau PRUNUS en par un de ses amis, camarade de guerre, René Pradeau, receveur des P.T.T.. René Pradeau était chef de groupe des Éclaireurs de France dont Marcel Petit, directeur de l’École nationale vétérinaire de Toulouse, était le commissaire de district régional. C'est Marcel Petit qui recruta René Pradeau, comme lui-même était entré dans le réseau PRUNUS par l'entremise d'un chef de groupe éclaireur israélite, Lucien Fayman. Mis en alerte après une dénonciation pour la détention de matériel militaire dans ses hangars, restée sans suite car il avait été prévenu et il avait pu déplacer le matériel avant la venue des allemands, Jean d'Aligny avait émis l'idée de passer en Angleterre, mais Pertshuk l'en dissuada en lui faisant comprendre qu'il serait beaucoup plus utile en France, tout en lui promettant d'être évacué en Angleterre en cas de danger.

Les contacts de Pertschuk recoupaient en partie ceux d'un agent encore plus jeune que lui, et encore plus remarquable selon M.R.D. Foot, Tony Brooks, « Alphonse », un Anglais élevé en Suisse, le créateur du réseau SOE PIMENTO. Le personnel de Londres jugeant qu’il fallait des communications rapides à Brooks  lui envoya un radio, Marcus Bloom (1907-1944), Michel, plus connu à Londres sous le nom de Bishop. Brooks jugea rapidement que les pratiques de Bloom étaient très imprudentes et, pour cette raison, il s'en sépara. Bloom devint le radio de Pertschuk pour le réseau PRUNUS.

D'Aligny logea Bloom à Esquiré. Il mit à son service sa compétence d'opérateur radio acquise pendant la guerre et il créa tout un réseau de lieux d'émission où le travail devait être exécuté dans un temps bref pour éviter le repérage par la goniométrie allemande. Il accompagna Bloom en exerçant la fonction d'« ange gardien » nécessaire pour ce type d'opération. Mais Bloom ne parvint à prendre contact avec Londres qu'en , à cause de multiples contretemps techniques. Adolphe Rabinovitch (1918-1944) dut venir d’Annecy pour réparer son appareil en .

Jeanine Morisse, dite Niquou, était l'agent de liaison du réseau entre Pertschuk et Bloom. Dans son livre Là d'où je viens, elle a laissé le témoignage qui suit sur ce qu'était alors la vie à Esquiré : . Dans ses entretiens avec Daniel Latapie, d'Aligny ne cache pas le comportement à risques de Bloom, mais il est surtout critique vis à vis des gens de Londres qui n’étaient pas aussi attentifs qu’ils auraient dû l’être :

Mais dans l'action, ceux qu'il craint le plus, ce sont les timorés :

Pourtant, la découverte par les Allemands de la radio dans la chambre de Bloom, à Esquiré, contre toute règle de prudence élémentaire, sera une cause majeure de son arrestation et surtout du traitement particulièrement sévère qui lui fut réservé. Il n'en garda pas rigueur à Bloom comme on peut en juger dans l'entretien qu'il eut avec Maurice Buckmaster, au retour des camps, et qu'il relate ainsi :

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Il demeure que la somme des imprudences commises par Marcus Bloom (Michel) était considérable, la plus grave pour Buckmaster étant la découverte par les Allemands de la photo de Maurice Pertschuck, en uniforme de lieutenant anglais, dans les vêtements de Bloom. Ceci constituait une enfreinte majeure aux règles du SOE, puisque les effets personnels des agents étaient fouillés avant leur départ en France pour s'assurer de l'absence de tout élément permettant leur identification. Reconnus comme agents anglais et non comme résistants français, le lieutenant Bloom fut exécuté le à Mauthausen et le lieutenant Pertschuk le à Buchenwald.