L'enceinte médiévale de Tours, aussi appelée clouaison de Jean le Bon ou mur de Jean le Bon, est une enceinte fortifiée construite entre 1354 et 1368 pour défendre la ville médiévale de Tours.
S'étirant le long de la Loire, elle réunit la « Cité » autour de la cathédrale, à l'est, et « Châteauneuf », noyau formé autour de la basilique Saint-Martin, à l'ouest. Cette construction de qualité médiocre devient rapidement obsolète. Malgré plusieurs phases de modernisation et de réaménagement au cours du , elle n'est plus en mesure de faire face à l'évolution des techniques de guerre (artillerie plus performante) ; elle est vite débordée par l'urbanisation gagnant les faubourgs. Elle disparaît progressivement, entre la fin du où une enceinte plus étendue est édifiée et le début des au cours desquelles les quartiers endommagés en 1940 sont reconstruits et remodelés. Son rôle politique est cependant essentiel puisqu'elle réalise l'unité géographique de la ville et entraîne par contrecoup son unité administrative ; un élément marquant de cette évolution est l'élection en 1492 de Jean Briçonnet, premier maire de Tours.
Elle est inscrite à l'inventaire général du patrimoine culturel en 1991 mais hormis un pan de la muraille sur le front de Loire, conservé dans un parking public en sous-sol, plus aucun vestige n'en est visible en élévation. Son tracé se révèle toutefois sur les plans modernes de la ville, grâce aux rues qui soulignent les tracés des fossés qui la bordaient, notamment à l'ouest et au sud.
Contexte géographique et historique vignette|gauche|redresse=1.2|alt=Tracés d'enceintes anciennes reportés sur le plan moderne d'une ville|OpenStreetMap Les enceintes de Tours au . Au , Tours est une cité bipolaire, l'équivalent d'une conurbation moderne. À l’ouest se trouve Châteauneuf, pôle commercial en développement et pèlerinage actif dont la partie centrale, autour du tombeau de saint Martin est défendue par la vieille enceinte du . À l’est la Cité, siège des autorités administrative et religieuse, est entièrement emprise dans les murailles de l'enceinte du Bas-Empire romain, à l'exception du petit bourg des Arcis qui a grandi sur le flanc occidental de la Cité et qui est probablement emmuré au ou au . Entre ces deux pôles, le monastère de Saint-Julien, refondé au par Téotolon après qu'il a été saccagé par les Normands, le long de la voie qui relie ces deux pôles en longeant le fleuve, voit naître autour de lui d’autres établissements religieux plus modestes.
Les habitants commencent à prendre conscience du risque présenté par la Loire, qui longe la totalité de l’agglomération, car aucune levée n’existe à cette époque.. Enfin, la période d’insécurité liée aux attaques de bandes de pillards agissant pour le compte du Prince noir impose la réalisation d’un ouvrage défensif.
Nouvelle enceinte vignette|redresse=1.2|alt=Plan ancien en couleurs d'une ville.|Vue cavalière de Tours et de la clouaison (Georg Braun et Frans Hogenberg, 1572). Les Tourangeaux décident donc l’érection d’une enceinte (la quatrième dans l'histoire tourangelle si la fortification de l'amphithéâtre est incluse) qui englobe l’ensemble des zones urbanisées et qui réalise physiquement l’union de la ville. Cette enceinte, dénommée clouaison, a également pour objectif de protéger le front de Loire des crues du fleuve. Sa construction, commencée sans doute à l'initiative des habitants de Châteauneuf en 1354 voire plus tôt, est confirmée et encouragée par lettres patentes du roi Jean II le Bon datées du à Beauvais ; entre autres mesures, ces lettres prescrivent la récupération des pierres d'anciens monuments et autorisent le prélèvement de bois dans les domaines royaux.. La face occidentale et une partie du front de Loire sont construits dès 1358-1359. L'enceinte n'est achevée qu'en 1368 après une interruption du chantier entre 1360 et 1363, faute de moyens financiers, Jean le Bon ayant alors interdit que des taxes prélevées par la ville viennent concurrencer les impôts royaux.
Sa construction bénéficie en grande partie du financement accordé par le chapitre de Saint-Martin et les riches marchands de Châteauneuf, les uns rivalisant de prodigalité avec les autres ; le chapitre métropolitain, installé dans la Cité, se montre beaucoup plus réticent dans la crainte de perdre, dans l’opération, une partie de son autorité, d’autant plus qu’il dispose toujours, avec le gallo-romain, d’une protection encore à peu près convenable. En définitive, l'enceinte possède plusieurs propriétaires : le roi de France, le chapitre martinien et le chapitre métropolitain, chacun pour une petite longueur de la clouaison, la ville pour sa plus grande partie.
Protection qui délaissant certains faubourgs vignette|gauche|redresse=1.5|alt=Tracé d'une enceinte médiévale reporté sur le plan moderne d'une ville|OpenStreetMap Enceinte médiévale de Tours. vignette|alt=Miniature ancienne représentant une armée à l'assaut de la muraille d'une ville.|Vue d'artiste de la clouaison (Jean Fouquet, Grandes Chroniques de France, ). La clouaison, d’une longueur de , prend appui à l’est sur la muraille des Arcis, extension occidentale du antique au ou , mal documentée dans les sources comme sur le terrain. Du côté nord, elle suit le bord de la Loire, dont la rive est progressivement repoussée vers le nord par petits remblais successifs, puis redescend vers le sud au niveau de la rue de la Victoire et de la place des Halles, bifurque vers l’est par la rue de Clocheville où elle intègre l’ancienne église Saint-Michel-de-la-Guerche transformée en bastion, et la rue Émile-Zola où elle réutilise des pierres de l’ancien temple gallo-romain pour rejoindre la Cité.. Sa muraille méridionale longe une série de zones marécageuses et de boires qui lui assurent une certaine protection. La ville ainsi délimitée offre une superficie de ; elle est structurée par deux voies qui la traversent d'est en ouest, Grande Rue au nord et rue de la Scellerie au sud.. Il existe toutefois un axe important traversant la ville du nord au sud, appelée route de Saint-Jacques de Compostelle parce qu'elle est fréquentée par les pèlerins, qui va du pont sur la Loire à la porte de Saint-Étienne. Cette porte, dénommée « Porte neuve » sur le plan de Georg Braun, semble présenter un intérêt stratégique majeur pour la ville puisqu'elle est ultérieurement reconstruite et fortifiée.
Par mesure d'économie, il est décidé de ne pas inclure dans la zone défendue, à l'ouest, la totalité du faubourg de Notre-Dame-la-Riche. C’est aussi pour ne pas imposer aux habitants de la Cité de trop lourdes charges, et peut-être faute d'accord avec les chanoines de la cathédrale, que les murailles du , jusqu’alors assez bien entretenues, sont réutilisées. De ce côté, en outre, les constructions ne débordent pas encore les limites des enceintes existantes.. Huit des quinze paroisses que compte Tours sont coupées en deux par la construction de cette enceinte, une partie de leur territoire dans la ville, l'autre partie en dehors.
Construction « à l'économie » Courtine et chemin de ronde vignette|gauche|redresse=1.2|alt=Dessin en couleurs représentant la coupe d'un mur fortifié et ses aménagements.|Proposition de restitution d'une coupe de la clouaison (fondations et fossés non représentés).
La conception de cette enceinte n’est pas un gage de solidité. Elle est bâtie dans l’urgence par plusieurs équipes simultanément, par pans contigus se raccordant au prix de décrochements, en partie avec des matériaux de récupération de qualité très hétérogène. ; une pierre tombale chrétienne est même retrouvée en remploi. Des pierres extraites de carrières essentiellement locales (les plus éloignées, à Saint-Aignan-sur-Cher, sont distantes de de Tours) sont identifiées, utilisées dans le parement en moyen appareil. Elle prend localement appui sur des constructions existantes (un temple antique ruiné, une église, une chapelle). Dans la partie est du front de Loire, la muraille gallo-romaine est rehaussée par une maçonnerie en moyen appareil datant probablement de la construction de la clouaison ou de l'une de ses phases de réparation.
Les fondations, là où elles ont pu être observées, semblent constituées de moellons calcaires de remploi déversés dans une tranchée, sans mortier de liaison. La courtine est composée de deux parements en moellons de calcaire réguliers liés au mortier, le noyau étant fait de moellons plus irréguliers liés au mortier ou à l'argile. La muraille est épaisse d'environ à sa base et la partie inférieure de sa face externe présente un fruit marqué. Elle est haute de (six toises) mais cette hauteur mentionnée dans les comptes de la ville prend probablement en compte les fondations, les observations donnant d'élévation au-dessus du sol selon les secteurs. Elle est crénelée à son sommet et comporte un chemin de ronde en planches établi en surplomb. Ce dernier est probablement accessible par des échelles dont l'accès est sécurisé, tant pour protéger les guetteurs d'une agression que pour les dissuader de quitter leur poste, les désertions étant en effet nombreuses.
Double fossé
L'enceinte est bordée sur tout son périmètre extérieur par un large fossé à fond plat, en eau, alimenté par la Loire, lui-même précédé d’un fossé sec moins large, moins profond et au profil en V ; cette technique du double fossé est courante à l’époque, semblant le plus efficace pour empêcher les assauts.. Dans la partie orientale de la ville, au pied de l'ancienne enceinte-gallo-romaine intégrée au nouveau dispositif défensif, le système du double fossé est mis en place comme ailleurs. Une fouille réalisée dans ce secteur montre toutefois que, au moins à cet endroit, le fossé en eau n'est pas relié à la Loire.
Côté Loire, seul le fossé en eau, peut-être discontinu, sépare l’enceinte du fleuve. Le creusement et l'entretien du fossé dans cette partie de l'enceinte se heurte à la présence de la Loire dont les crues balaient et comblent les terrassements, alors qu'à l'étiage, le niveau d'eau ne permet pas de remplir la douve. En outre, l'humidité qui dans ce secteur remonte par capillarité dans le tuffeau des murs les fragilise et ceux-ci ont tendance à s'ébouler dans le fossé lui-même. La terre de creusement des fossés sert souvent de liant à la maçonnerie des fondations ou du noyau, bien que du mortier à la chaux soit aussi utilisé. Sur le front de Loire, la base de la courtine est traversée par des conduites maçonnées localement appelées « tous » permettant l'évacuation de l'eau.
Aménagements défensifs de complément vignette|alt=Reproduction d'une aquarelle en couleurs montrant un pont sur un cours d'eau et des murailles en arrière-plan.|Le pont sur la Loire fortifié (aquarelle du ). Une zone non construite forme un glacis d’une largeur d'environ qui s’étend devant le mur, alors qu’un passage de de large contre l’intérieur de la muraille (le « tour de ville »), délimité par un muret ou une palissade, assure la libre circulation des patrouilles de garde et l'accès au chemin de ronde sur le rempart. Les et poternes et les qui jalonnent la clouaison bénéficient d’attentions particulières : les tours sont couvertes et équipées d'un hourd en bois, certaines d'entre elles comportant même des dispositifs leur permettant d’être équipées de canons. Trois accès principaux, ceux de La Riche (à l'ouest), du pont (au nord) et de la tour Feu-Hugon (à l'est), restent toujours accessibles ; les autres peuvent être murés en cas de danger. Certaines des portes sont, élément de prestige, ornées de blasons aux armes de la ville. Des herses et des ponts-levis qui permettent de franchir les fossés sont associés aux portes. Des guérites dont les gardes sont munis de clochettes afin de pouvoir sonner l'alarme sont installées sur tout le pourtour de l'enceinte dès sa construction.