La « guerre de la Chaouïa » ou « campagne de la Chaouïa » est une expédition militaire dans la région historique de la Chaouïa au Maroc menée par la France entre 1907 et 1909, en représailles à la prise de Casablanca le , et au massacre de plusieurs Européens par des milliers de guerriers chaouis accompagné des tribus avoisinantes comme les Zayanes présentes dans les premiers mois du conflit. La guerre de la Chaouïa, dans le lexique militaire de cette opération représente la région actuelle du littoral atlantique, incluant les Doukkala, les Zaers, la région de Tadla — Beni Mellal, qui dépendait de la province de Settat au début du XXe siècle.
Contexte Anarchie dans le Sultanat Au Maroc, les sont marqués par des désordres de plus en plus graves aussi bien dans le domaine intérieur que sur le plan international. L’Espagne et la France sont amenées à protéger leurs navires de commerce circulant en vue des côtes marocaines contre les attaques des pirates de Salé.
À partir de 1830, la France doit interdire l’accès de la frontière algéro-marocaine aux pillards marocains et aux partisans d’Abd el-Kader réfugiés au Maroc oriental. Les exactions de ces deux groupes sont sanctionnées en par le bombardement de Tanger et de Mogador par l’escadre du prince de Joinville, pendant que le général Bugeaud inflige une sévère défaite à l’armée marocaine sur l’oued Isly.
Le problème de la sécurité de la frontière algéro-marocaine n’en est pas, pour autant, résolu. L’insécurité persiste jusqu’au , même après la signature par la France et le Maroc de la convention de Lalla-Maghnia portant sur ce que l’on a appelé par la suite la « zone des confins algéro-marocains ».
La convention ne définit pas avec précision les territoires relevant de chacune des deux nations. Entériné par les nations européennes directement concernées par la sécurité de la navigation dans le détroit de Gibraltar et en Méditerranée occidentale, cet accord est contesté par l’Allemagne. Réputée se désintéresser des problèmes du Maroc après les déclarations du chancelier Bismarck, celle-ci n’a pas été consultée.
L’empereur Guillaume II, ne s’estimant pas lié par ces accords, multiplie les incidents diplomatiques dirigés contre la France. Le plus grave est la visite qu’il fait à Tanger en 1905 où il prononce, le , un discours par lequel il se proclame seul défenseur désintéressé du Maroc et signifie à la France, l’Espagne et l’Angleterre qu’il entend prendre part aux discussions que ces États auront entre eux à propos du Maroc. Simultanément, le Kaiser envoie à Fès un plénipotentiaire pour recommander au sultan de refuser le programme d’assainissement des finances proposé par la France en lui démontrant l’incompatibilité de celui-ci avec les conventions existantes. Le sultan repousse donc les mesures préconisées et invite les nations concernées, Allemagne comprise, à une conférence pour définir un programme acceptable de réformes à introduire dans son pays.
Du au se tient, à Algésiras, une réunion qui aboutit à la signature de l’acte dit « d’Algésiras » par lequel les cosignataires garantissent la paix et la prospérité du Maroc moyennant une refonte de son administration. Ils chargent la France d’assister le makhzen dans la définition et la mise en œuvre du plan de réformes conforme aux recommandations de la conférence. Le Makhzen ne met aucune bonne volonté à se plier aux conclusions de la conférence. Il encourage une campagne de résistance anti-française et, dans la zone des confins, algéro-marocains, il pousse au rassemblement de harka (bandes armées) devant contrecarrer les mesures de sécurité prises par la France.
Guerre de la Chaouïa
Prémices Après avoir pris Oujda, les troupes françaises du général Lyautey avaient une visée sur Casablanca, fief des tribus Chaouïa, réputées pour produire des guerriers farouches. Cinq années avant le Protectorat, la ville de Casablanca est occupée mais les combats continuent. Des dizaines de combats sont livrés à l’intérieur de la ville, à sa périphérie et, enfin, plus profondément, dans le pays Chaouïa.
En 1907, la présence dans le port de Casablanca d’agents français contrôlant les recettes douanières, avec le lancement d’intenses chantiers manifestement coloniaux mécontentant la population, atteint son paroxysmeMédia Dafina.
Le , une délégation de tribus de la Chaouïa se rend chez Moulay Lamine, oncle du Sultan Moulay Abdelaziz et gouverneur de la province, et le somme de faire démolir les constructions entamées. Une autre délégation se présente chez le pacha de la ville, Si Boubker Ben Bouzid Slaoui, réclamant avec véhémence l'arrêt des travaux du port, la destruction du chemin de fer et la suppression des contrôleurs français de la douane. Le , l'effervescence augmente en ville. Le lendemain matin, un crieur public issu des Oulad Hriz invite les populations à cesser toute relation avec les Français.
Hajj Hammou, caïd de la tribu des Oulad Hriz lance des appels au djihad et les Ouled Hriz organisent une lutte contre les Espagnols, les Français et leurs partisans. C'est le début de l'insurrection. Les populations Chaouïa envahissent les rues et l’après-midi même, des incidents violents débouchent sur la mort de neuf ouvriers étrangers de la compagnie concessionnaire des travaux du port. Les guerriers arrêtent le train, qui passe à proximité d'un cimetière, grâce à un amas de pierres amoncelées sur la voie et assassinent les ouvriers étrangers de la locomotive : quatre Français, trois Italiens et deux Espagnols.
Offensive des tribus de la Chaouïa sur Casablanca Le bombardement de Casablanca, qui eut lieu du 5 au , est une attaque navale française qui détruisit la ville marocaine de Casablanca. La France utilisa principalement des bombardements navals et incendiaires avec des cuirassés, provoquant entre et . Elle fait référence à la période suivant l'insurrection de Casablanca, lors de laquelle les tribus marocaines de la Chaouïa ont massacré plusieurs Européens et pris le contrôle de la ville pour s'opposer à la colonisation française.
Bombardement et prise de la ville (5-7 août) À la suite de l'insurrection du , des milliers de guerriers chaouis, proches, semble-t-il, du cheikh Ma El Aïnin, prennent la ville. Face à la défaillance de ses services de renseignement, la France, surprise, envoie dans l'urgence une flotte militaire, notamment celle basée en Algérie. Les consulats de France, de Suède et du Portugal étant assiégés, Saint-Aulaire, sur instruction de Paris, fait envoyer sur place plusieurs navires de guerre dont le croiseur Galilée qui se trouve à Tanger, rejoint aussitôt par le Condé, le croiseur cuirassé Amiral Aube et le Du Chayla en rade à Toulon et une dizaine de fusiliers. À l'annonce de cet événement, l'agitation en ville reprend de plus belle. Casablanca fut presque entièrement détruite après le bombardement. vignette|Casablanca fut presque entièrement détruite après le bombardement Au Galilée arrivé dès le s’ajoutent les croiseurs cuirassés "Gueydon" et "Jeanne d’Arc", le "Forbin". avec, à leurs côtés, la canonnière espagnole "Álvaro de Bazán", soit entre 13 et de guerre. Le au matin, soixante-six marins du Galilée débarquent après un échange nourri de feu qui fait cinq blessés du côté français.
Le bombardement de la ville commence, accompagné par le débarquement progressif des soldats qui n’épargnent ni civils, ni militaires marocains. Le "Galilée" et "la Gloire" bombardent la casbah, faisant de nombreuses victimes parmi les « rebelles » et la population. Le quartier populaire, dit Tnaker, situé près du port, paye le plus lourd tribut et reçoit des salves d’obus à la mélinite, alors que ses populations sont encore plongées dans leur sommeil. Les lieux saints ne sont pas épargnés, tels que la Grande Mosquée ou le sanctuaire de Sidi Kairouani. Les portes d’enceinte sont particulièrement visées afin d’éviter l’entrée des combattants chaouis. Le lendemain, le , le bombardement continue après avoir duré toute la nuit. Le Du Chayla débarqua 31 soldats, le croiseur Forbin fît débarquer 44 soldats. Et les Marocains, en dépit des pertes considérables subies dues aux incessants bombardements, continuent de lutter, semant l'inquiétude au sein des troupes françaises. L'escadre du contre-amiral Philibert qui amène les troupes du général Drude mouille en rade. Les chaloupes débarquent sur la plage de Sidi Belyout les premiers tirailleurs français et algériens. Les autochtones les accueillent avec des tirs nourris. Le , les troupes débarquées du général Drude et les fusiliers-marins du contre-amiral Philibert réussissent, après des combats acharnés, à reprendre le contrôle de la ville. Selon des observateurs avisés et des sources diplomatiques, une « révolution » paraît avoir débuté au Maroc. Certains ont peur que ce ne soit le début d'une longue guerre avec les MarocainsMédia Dafina.. Le , le ministre de la guerre chérifien avertis la France que les soldats marocains de la région pourraient faire sécession des ordres de la hiérarchie et rejoindre les insurgés chaouis. vignette|Débarquement de forces françaises sur le port de Casablanca|gauche Pendant trois jours de pluie de bombes provenant de l’escadre, puis de carnages et de pillages exercés par les légionnaires au sol, la prospère cité de avant les faits est transformée en champ de ruines où nul endroit n'est épargné, si ce n’est le quartier européen. Le nombre des victimes oscille, selon les versions, entre 600 et chez les auteurs français, à et dans les rapports allemands, tandis que des sources marocaines, appuyées par des témoignages européens attestent qu’il ne subsistait que quelques rares habitants après le carnage et le départ des survivants terrorisés. Près de . Le , le bateau de commerce Magnus ramène de Gibraltar et de Tanger les quatre cents juifs qui s'y étaient réfugiés dès le commencement de l’insurrection.
Quatre cents ans après la destruction de la ville par la flotte portugaise, ce nouveau bombardement cause la destruction de la ville mais il marque aussi le début d’une prodigieuse métamorphose pour le petit port de Dar El Beida, qui va devenir le poumon économique du royaume chérifien.
Chaouïa, terre dissidente, indépendante, révoltée contre le régime fiscal azzizien Le tertib s’inscrit dans le cadre de la réforme fiscale moderniste de 1901, décidée par Moulay Abdelaziz, visant officiellement à instaurer un nouvel impôt sur les biens qui remplacerait l'ancien système basé sur la zakat, la dîme et les taxes makhzaniennes. Connue sous le nom de tertib (organisation), cette nouvelle réforme consisterait à suivre une politique fiscale basée sur la justice et l’égalité, ne concédant à personne aucun privilège ni immunité des taxes locales, dont jouissaient auparavant grand nombre de personnes.
Dès 1901, les Chaouis se retirent de la Bay'a pour montrer leur contestation et gagnent leur indépendance. Ils rentrent en bled Siba : la région mi-plaine et mi-montagneuse de la Chaouïa connaît une forte rébellion contre le sultan, avant même l'arrivée des Français. À la tentative de leur appliquer le tertib, ils ripostent par le sac de Settat, puis de Ber-Rechid ; les actes de brigandage se multiplient et des bandes de malandrins parcourent le pays, pillant casbahs et marchés, razziant les troupeaux, vidant les silos, enlevant les caravanes, paralysant le trafic et répandant partout l'insécurité et la terreur. L'anarchie s'étend rapidement à tout le Maroc.