L'enceinte bastionnée de Tours est le rempart construit entre 1591 et 1685 autour de la ville moderne de Tours.
Le principe de la construction de cette enceinte, qui remonte au début du sous le règne de François car la ville s'est étendue au-delà de l'enceinte médiévale, prend corps à l'époque où Henri III s'est réfugié à Tours pendant les guerres de Religion pour des raisons de sécurité. L'accord d'Henri IV une fois obtenu, le chantier démarre mais il s'étend sur près d'un siècle même si l'ouvrage final est moins ambitieux que prévu, faute de moyens. L'enceinte, à peine achevée, est éventrée en plusieurs endroits pour laisser place à des aménagements urbanistiques au , puis au (percement de voies, creusement d'un canal, construction d'une gare ferroviaire). Ces modifications favorisent l'envahissement de la ville par les eaux de la Loire lors des crues du milieu du . Très vite, donc, le rempart ne remplit plus les fonctions pour lesquelles il a été construit : protection militaire et contre les crues de la Loire. Son entretien est progressivement délaissé.
L'enceinte disparaît ensuite peu à peu, démolie ou absorbée dans de nouvelles constructions, sauf quelques rares vestiges situés principalement dans sa partie occidentale. Son empreinte dans la ville reste toutefois importante : c'est le long de son flanc sud que sont aménagés ultérieurement les boulevards Béranger et Heurteloup, à l'emplacement de mails installés sur des terrasses contre la muraille.
Le rempart bastionné de Tours est inscrit à l'inventaire général du patrimoine culturel en 1991.
Contexte géographique et historique Projets avortés Dès 1476, un peu plus d'un siècle après la construction de la clouaison de Jean le Bon, un projet d'agrandissement de la ville est évoqué. Deux ans plus tard, élabore et ouvre un vaste chantier qui consiste à gagner massivement des terrains constructibles à partir de la rive gauche de la Loire jusqu'à une île située au milieu du fleuve dont le cours serait rejeté vers le nord ; le projet se révèle irréalisable (gigantisme des travaux, conditions météorologiques souvent défavorables) et, en 1481, les travaux sont définitivement abandonnés..
Une autre proposition naît vers 1520 : sous l'impulsion de et de son surintendant des finances, le Tourangeau Jacques de Beaune, il est envisagé d’agrandir le périmètre constructible de Tours en assainissant la varenne marécageuse au sud de la clouaison de Jean le Bon et en construisant une nouvelle enceinte. La ville, malgré sa richesse de l'époque, n'a pas les moyens financiers pour mener ce projet à bien et seuls quelques travaux ont lieu aux extrémités orientale et occidentale de la ville.
Naissance difficile vignette|redresse=1.2|gauche|alt=Plan ancien en couleurs d'une ville.|Vue cavalière de Tours et de la clouaison (Georg Braun et Frans Hogenberg, 1572). Le sujet redevient d’actualité dès la fin du alors qu'Henri III s'est réfugié à Tours et que les soubresauts des guerres de Religion se font encore sentir dans la région ; Jean VI d'Aumont en présente la demande au roi.
Tours s’est développée ; la ville a débordé au-delà de la clouaison du , surtout vers l'ouest, ce qui apparaît nettement sur une vue cavalière de 1572. Une nouvelle enceinte garantissant la sécurité de la ville depuis le ruau Sainte-Anne à l’ouest jusqu’à Saint-Pierre-des-Corps à l’est devient cette fois indispensable. C'est Jacques Androuet du Cerceau qui en élabore le plan initial après qu'un premier projet a été jugé insuffisant par Gilles de Courtenvaux de Souvré, gouverneur de Touraine . Ce plan est approuvé par lettres patentes d’Henri IV ().
Toutefois, la situation économique, alors fortement dégradée car la ville est lourdement endettée., est encore moins favorable à la réalisation rapide de ce projet qu’elle ne l’était au début du siècle ; le roi promet pourtant de participer au financement à hauteur de à condition que le maire et les échevins de Tours en apportent le double sur leurs perceptions d'octrois. De plus, l’éloignement des guerres rend l’urgence moins impérieuse.
Construction étalée dans le temps redresse=1.1|vignette|alt=Dessin en noir et blanc d'une ville vue depuis les bords d'un cours d'eau avec des murailles sur la rive.|Vue du front de Loire à Tours, intégrant des éléments du rempart bastionné. En 1599, le corps de ville révise le projet et impose un plan beaucoup moins ambitieux, notamment côté ouest où le périmètre de la muraille est fortement resserré. La construction avance avec beaucoup de lenteur sous les ordres d'Androuet du Cerceau et Richard Barthélemy, un ingénieur turinois naturalisé français.. L'enceinte, dont les travaux les plus importants ne commencent qu'en 1616, n'est terminée qu’en 1685, après plusieurs interruptions du chantier comme entre 1626 et 1635 sur ordre du roi . La priorité est cependant mise sur le creusement des fossés au sud ainsi que sur les aménagements du front de Loire pour protéger la ville des crues du fleuve. La ville procède par adjudication pour attribuer la construction de l'enceinte, tronçon par tronçon, à plusieurs entrepreneurs.
La construction de l'enceinte s'accompagne du complet remaniement du système des milices de la ville. Treize compagnies de gardes sont créées en 1663 dont quatre sont spécialement affectées à la surveillance des quatre portes principales du rempart, les autres intervenant au niveau de l'ancienne enceinte ou hors-les-murs..
Enceinte dépassant de beaucoup la zone urbanisée La nouvelle enceinte, longue de (.), double la superficie de la ville ( y compris les bastions), englobant, vers le sud et l'est, de vastes étendues de jardins, en prévision d’une urbanisation future, alors que le faubourg de La Riche à l'ouest reste partiellement hors-les-murs. Comme la clouaison de Jean le Bon, elle s'étire d'ouest en est, le long de la Loire. Elle épouse au sud le tracé des boulevards Heurteloup et Béranger actuels et se raccorde à la Loire par la rue Léon-Boyer à l’ouest et par l’actuelle avenue Georges-Pompidou à l’est. La construction de l'enceinte s'accompagne, après 1788, du déplacement hors-les-murs d'un cimetière dédié aux protestants, qui occupait auparavant l'emplacement du bastion des Oiseaux ; cet ancien cimetière apparaît sur le plan de Tours d'Eugène Giraudet (1873).. Malgré la révision du projet initial qui en réduit fortement le périmètre, ce n'est qu'au que la totalité de la zone emmurée est urbanisée, avec le lotissement des derniers quartiers situés au sud-est.
Vocation défensive clairement affichée Courtine La muraille mesure de hauteur jusqu'à un cordon mouluré qui court sur toute sa longueur. Au-dessus est installé un parapet jalonné de casemates et d'embrasures, ce qui confère à l'ensemble une hauteur de près de . L’édification envisagée de plusieurs bastions sur le flanc sud de la muraille, tels qu’ils figurent sur des documents d'époque comme la carte de René Siette de 1619, est abandonnée en cours de chantier ; leur construction ne dépasse pas le stade de terrassements non maçonnés et ils sont remplacés par de simples tourelles aménagées sur la courtine, ce qui est bien visible sur un lavis peint autour des années 1680.
Une fouille réalisée en 1991 au niveau de la place du Général-Leclerc montre que le mur de soutènement de l'un des bastions défendant la porte Saint-Étienne repose sur des pieux enfoncés dans le sol ou sur un radier de poutres posées à plat. Le mur lui-même est constitué de deux parements en moyen appareil de tuffeau jaune extrait de carrières à Saint-Avertin dont l'intervalle est rempli d'un blocage à base de blocs de tuffeau, pour une largeur totale de au niveau du sol. Le parement externe présente un fruit prononcé. Depuis l'époque de la construction du bastion, le niveau du sol a été rehaussé d'environ .
Portes et fossé vignette|gauche|alt=Dessin en 3D du système de fortification d'une porte de ville.|Représentation schématique de la porte Saint-Étienne. Le rempart bastionné est percé à l’origine de quatre portes principales (Sainte-Anne ou des Oiseaux à l’ouest, Saint-Éloi à l’angle sud-ouest, Saint-Étienne au niveau de la gare et Henri de Bourbon sur la face est en bord de Loire) défendues par des bastions à orillons. L'emplacement de ces portes est déterminé en fonction de la voirie préexistante. Plusieurs autres portes et poternes s'ouvrent sur le front de Loire.
Au pied de la muraille, sur tout le pourtour de l'enceinte, excepté le front de Loire, le premier niveau de protection est constitué par un fossé sec ; la terre issue de son creusement sert, au moins localement, à rehausser le niveau du sol à l'intérieur des bastions. De la porte de Bourbon à la porte Saint-Éloi, le ruisseau de la Dolve (« douve »), encore appelé « ruisseau de ceinture » , s'intègre très rapidement au fond du fossé ; il draine en outre une partie de l’humidité de ce secteur marécageux occupé par des boires et certains égouts de la ville s'y déversent.. À partir du milieu du ce ruisseau, largement envasé, dont l'eau stagne le plus souvent et qui est source de nuisances pour les riverains, est comblé ou busé sur l'ensemble de son parcours..
Des aménagements fonctionnels au nord et d'agrément au sud Digues et appontement sur la Loire
Côté Loire, la muraille est directement baignée par le fleuve dont elle repousse encore la rive gauche d’une quinzaine de mètres vers le nord, ces gains successifs sur le fleuve étant une préoccupation constante depuis la fondation de la ville antique. Elle englobe dans le périmètre urbain la clouaison de Jean le Bon dont les vestiges sont ultérieurement arasés et noyés, sur le front de Loire, dans le remblai supporté par la nouvelle enceinte entre le pont médiéval et l’angle nord-ouest. Les poternes de la face nord font l’objet d’aménagements particuliers pour prévenir l’effet des crues. Un embarcadère est installé à l’extrémité nord de la rue Raguenau et l'enceinte est modifiée à ce niveau ; deux portions de la courtine dessinent une ouverture en retrait vers la ville, ce qui apparaît nettement sur la gravure du front de Loire réalisée en 1625 par Claes Jansz Visscher. Elles sont fondées sur des pieux de chêne plantés dans le sol et ménagent une ouverture de l'embarcadère de . La date de cet aménagement n'est toutefois pas précisément connue et tout ce secteur du front de Loire est fortement remanié lors de l'érection, en 1692, d'un arc de triomphe à la gloire de Louis XVI. Ce monument est démonté en 1755 dans la perspective du percement de la rue Nationale et de la construction du pont Wilson.
Promenade plantée d'arbres le long des remparts Des mails plantés de deux doubles rangées d’ormes sont mis en place en 1603 contre la courtine au sud, où prennent place plus tard les boulevards (Petit Mail pour le futur boulevard Heurteloup à l'est de la gare, Grand Mail pour le futur boulevard Béranger et le boulevard Heurteloup à l'ouest de la gare), qui deviennent le lieu de promenade dominicale préféré des Tourangeaux. Les plantations d'ormes sont régulièrement renouvelées. C'est ainsi qu'en 1793, les ormes du Petit Mail sont abattus au profit de la Marine nationale qui a alors d'importants besoins de bois d'œuvre..
Utilité discutable Rôle défensif très vite abandonné