L'insurrection djihadiste au Burkina Faso est un conflit armé opposant à partir de 2015 le gouvernement burkinabé à des groupes salafistes djihadistes. Elle se déroule dans le cadre de la guerre du Sahel.
Les premières attaques sont commises à l'été 2015 par le groupe Ansar Dine, actif au Mali. Fin 2016, le groupe Ansarul Islam est formé au nord du Burkina Faso. Ces deux organisations se fondent par la suite dans le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), affilié à al-Qaïda, qui étend progressivement sa zone d'influence dans le nord, l'ouest et l'est du pays. L'État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), affilié à l'organisation État islamique, revendique quant à lui ses premières attaques en et établit sa zone d'action dans l'extrême nord du pays, près de la frontière avec le Niger. Pendant près de quatre ans le GSIM et l'EIGS coexistent pacifiquement, mais ils finissent par entrer en conflit ouvert au début de l'année 2020.
La montée en puissance des groupes djihadistes provoque une instabilité du pouvoir et plusieurs coups d'État. Ainsi, le président démocratiquement élu Roch Marc Christian Kaboré est arrêté et destitué en par le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui est lui-même renversé en par le capitaine Ibrahim Traoré.
Entre 2015 et 2023, l'État burkinabé bénéficie du soutien de la France, alors engagée dans l'opération Barkhane, mais celle-ci se retire à la demande de la junte, dans un contexte de fort sentiment anti-français. En 2024, la Russie intervient dans le pays en engageant l'Africa Corps, constituée de mercenaires issus de l'ex-Groupe Wagner.
De 2015 à 2024, les violences font au moins morts, avec notamment de nombreux massacres et crimes de guerre, commis tant par les forces armées burkinabées que par les groupes djihadistes.
Prélude vignette|upright=1.3|gauche|Les délégués d'Ansar Dine et du MNLA à Ouagadougou le , avec notamment : Alghabass Ag Intalla, le représentant d'Ansar Dine ; Djibrill Bassolé, le ministre des affaires étrangères du Burkina Faso ; et Bilal Ag Acherif, le secrétaire général du MNLA.
Au pouvoir depuis 1987, le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, cherche à ménager les groupes djihadistes lorsque ces derniers atteignent la région sahélienne. Le Burkina Faso, cible du terrorisme islamique ?, TV5 Monde, 14 août 2017.. Le conseiller du président burkinabé, le Mauritanien Moustapha Ould Limam Chafi, et son chef d’état-major particulier, le général Gilbert Diendéré, nouent des contacts avec certains chefs djihadistes, notamment pour négocier la libération d’otages occidentauxMorgane Le Cam et Cyril Bensimon, Pourquoi le Burkina Faso n’est plus en sécurité, Le Monde, 16 août 2017.. Fin 2012, lors de la guerre du Mali, le Burkina Faso fait office de médiateur et accueille des délégations d'Ansar Dine et du MNLA à Ouagadougou afin de négocier avec le gouvernement malienNord du Mali : ouverture d'une négociation avec Ansar Dine, AFP, 18 juin 2012.Mali : une délégation d'Ansar Dine part négocier à Ouagadougou, RFI, 3 novembre 2012.. En 2013, le pays intervient au Mali au sein de la MISMA, puis de la MINUSMA. Mais en , Blaise Compaoré est renversé par un soulèvement populaire, avec pour conséquences un affaiblissement de l'armée et de l'appareil sécuritaireMathilde Belin, Attentat à Ouagadougou : pourquoi le Burkina Faso est-il la cible du terrorisme ?, Europe 1, 14 août 2017..
Déroulement 2015-2016
vignette|gauche|Adnane Abou Walid al-Sahraoui, chef de l'État islamique dans le Grand Sahara.
En 2015, le Burkina Faso commence à son tour à être la cible d'attaques djihadistes. Le , un gendarme est mortellement blessé dans une attaque menée contre le poste de Oursi par trois hommes armés, qui selon un témoin se réclamaient de Boko HaramBurkina Faso: une brigade de gendarmerie attaquée à Oursi, RFI, 25 août 2015.Attaque dans le nord du Burkina: un gendarme décède de ses blessures, Mali Actu avec AFP, 25 août 2015.. Il s'agit de la première attaque djihadiste menée contre un poste des services de sécurité burkinabés près de la frontière avec le Niger et le MaliBurkina : une brigade de gendarmerie frontalière du Niger et du Mali attaquée, VOA avec AFP, 25 août 2015.. Mais d'autres suivent : entre et , sept postes sont attaqués au nord et à l'ouest de Burkina Faso. Ces attaques, parfois revendiquées par des groupes djihadistes, font quinze morts et plus de onze blessésLe Burkina Faso va renforcer la sécurité de ses postes de police frontaliers, RFI, 27 octobre 2016.. Ainsi le , trois gendarmes, un djihadiste et un civil sont tués lors d'un affrontement à SamorogouanBurkina Faso: une gendarmerie attaquée près de la frontière malienne, RFI, 9 octobre 2015.Mali : arrestation du numéro deux du groupe djihadiste Ansar Dine, Le Monde avec AFP, 9 mai 2016.. Le , trois policiers sont abattus à IntangomMorgane Le Cam, Le nord du Burkina Faso de nouveau frappé par une attaque contre un poste militaire, Le Monde, 18 octobre 2016... Le soir du , un petit groupe de deux ou quatre djihadistes attaquent un poste de douane à Markoye, tuant un douanier et un civil et faisant trois blessés. Deux jours plus tard, Adnane Abou Walid Al-Sahraoui revendique l'attaque, la première depuis son allégeance à l'État islamiqueMadjid Zerrouky, Un groupe lié à l’État islamique revendique une première attaque dans le Sahel, Le Monde, 5 septembre 2016..<ref>Burkina Faso: deux morts après l’attaque d’un poste de douane dans le Nord, RFI''', 3 septembre 2016.</ref>. Le , quatre militaires sont tués, ainsi que deux civils, dans une nouvelle attaque à Intangom, revendiquée également par l'État islamique.L’État islamique revendique l’attaque contre l’armée burkinabé, Alakhbar, 14 octobre 2016..
La capitale Ouagadougou est également frappée par un attentat le , lorsqu'un commando de trois hommes armés ouvre de feu sur des civils occidentaux dans un bar-restaurant et un hôtel. L'attaque fait et est revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et attribuée à la katiba Al-MourabitouneBurkina : le bilan de l’attentat s’élève à après le décès de la photographe Leïla Alaoui, Jeune Afrique avec AFP, 19 janvier 2016...
2017
vignette|gauche|Militaires burkinabés à l'entraînement aux côtés des forces spéciales américaines au camp Bila Zagré, à Kamboincé, au nord de Ouagadougou, le 28 février 2017.
Fin 2016, le nombre des attaques djihadistes augmente avec la formation d'un nouveau mouvement : Ansarul Islam, dirigé par l'imam Ibrahim Malam Dicko..Morgane Le Cam, Comment est né Ansaroul Islam, premier groupe djihadiste de l’Histoire du Burkina Faso, Le Monde, 11 avril 2017.Morgane Le Cam, Le nord du Burkina Faso démuni face aux djihadistes, Le Monde, 18 avril 2017.. Le groupe est actif dans les territoires frontaliers séparant le Mali et le Burkina Faso et particulièrement dans la province du Soum, au BurkinaUn groupe jihadiste tente de s'implanter au Burkina Faso, RFI, 10 février 2017.. Le , le groupe Ansarul Islam mène l'attaque de Nassoumbou au cours de laquelle douze soldats de l'armée burkinabée sont tués. Le , il assassine un imam de la localité de Tongomayel, ancien membre d'Ansarul Islam qui avait pris ses distances avec le groupe. Le , un enseignant est assassiné dans le village de Kourfayel, dans la province du SoumBurkina Faso: les autorités tentent de rassurer les enseignants dans le Soum, RFI, 7 mars 2017.. Le , un militaire est légèrement blessé par le tir d'une roquette à NassoumbouUn militaire blessé dans une attaque à la roquette au Burkina, VOA, 20 mars 2017.. Le , un chef d'Ansarul Islam, Harouna Dicko, est abattu à Pétéga, dans une opération des forces de sécuritéBagassi Koura, Un chef d'Ansarul Islam abattu au Burkina Faso, VOA, 23 mars 2017.. Au total, environ , en grande majorité des militaires, des gendarmes et des policiers, trouvent la mort dans une vingtaine d'attaques. Les djihadistes évitent de cibler les civils, tant qu'ils ne collaborent pas avec les autorités, pour essayer de se concilier les populations.
Entre le et le , une opération baptisée « Panga » est menée par soldats des forces armées maliennes, burkinabées et françaises, dans la forêt de Fhero, à la frontière entre le Mali et le Burkina Faso., considérée comme un sanctuaire des djihadistes d'Ansarul IslamMali: opération anti-terroriste d’envergure à la frontière avec le Burkina Faso, RFI, 6 avril 2017.. Le , un véhicule léger français saute sur un engin explosif improvisé qui blesse deux hommes, ils sont ensuite secourus par un détachement qui entreprend de fouiller la zone, mais ce dernier est pris à partie et un soldat est tuéMali: un soldat français tué près de la frontière avec le Burkina Faso, RFI, 6 avril 2017.... L'attaque est revendiquée par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmansMali : Nusrat al-Islam revendique la mort du soldat français Julien Barbé, Alakhbar, 7 avril 2017... En douze jours de fouilles, deux djihadistes sont tués, huit faits prisonniers, et entre plusieurs dizaines et 200 suspects sont arrêtés... Cependant les forces françaises repartent rapidement à l'offensive. Le 29 et , elles tuent ou capturent une vingtaine de djihadistes dans les combats de la forêt de Foulsaré. Puis dans la nuit du 30 au , l'armée française mène une nouvelle attaque dans la forêt de Serma où une vingtaine de djihadistes trouvent la mort.Mali: importante opération anti-terroriste de Barkhane dans la région de Gao, RFI, 2 juin 2017..
Le , à Pétéga, un policier à la retraite est assassiné par deux ou quatre hommes armés, dont l'un est également abattu au cours de son repliDjibo : Un policier à la retraite abattu, Burkina 24, 28 mai 2017.Au moins cinq personnes tuées dans des « attaques ciblées » dans le Nord du Burkina, VOA avec AFP, 3 juin 2017.. Dans la nuit du 2 au , au moins cinq personnes, dont un couple et leur enfant, sont assassinés dans des attaques ciblées menées dans trois localités de la province du Soum : Pogwol, Pétéga et Kourou Peul. Le , des militaires raflent 74 villageois dans la région de Djibo en les accusant de soutenir Ansarul Islam ; plusieurs d'entre-eux sont torturés, deux en meurent.. Le , des échanges de tirs ont lieu à Doumbala entre des policiers et sept ou neuf islamistes, mais sans faire de victimesBurkina Faso : des présumés jihadistes repoussés par les forces de sécurité, RFI, 13 juillet 2017..
Le chef d'Ansarul Islam, Ibrahim Malam Dicko, aurait trouvé la mort en Burkina Faso : les derniers jours d’Ibrahim Malam Dicko ?, Jeune Afrique, 12 juillet 2017.. Le groupe annonce alors avoir un nouveau chef, Jafar DickoBenjamin Roger, Burkina : incertitudes autour du sort d’Ibrahim Malam Dicko, Jeune Afrique, 28 juin 2017.. Dans la nuit du 24 au , cinq hommes d'Ansarul Islam sont assassinés dans les villages de Ndidja, Sibé et Neyba, dans la province du Soum ; les autorités burkinabè évoquent alors de possibles règlements de compte au sein du groupeMeurtres dans le Nord du Burkina: Ansarul Islam victime d'une guerre intestine?, RFI, 26 juillet 2017..
La nuit du , Ouagadougou est frappée par un nouvel attentat : deux hommes armés entrent dans un café-restaurant et assassinent avant d'être à leur tout abattus par les forces d'intervention burkinabè.