La Cité du gouffre (titre original : Chasm City) est un roman de science-fiction écrit par Alastair Reynolds en 2001. C’est le deuxième roman du cycle des Inhibiteurs.
Résumé Le roman est composé de 42 chapitres, suivis d'un épilogue.
La majeure partie du roman est racontée à la première personne par un personnage qui se fait appeler Tanner Mirabel. Originaire de Sky’s Edge, dans le système de 61 Cygni A, Tanner est un mercenaire qui a loué ses services comme garde du corps au marchand d’armes Cahuella. Il débarque dans la ville de Chasm City, sur la planète Yellowstone, à la poursuite d’Argent Reivich, responsable de la mort de l’épouse de son client. Son objectif : l’exécuter.
À son arrivée sur Yellowstone, la planète technologiquement la plus avancée de l’histoire de l’humanité, il découvre avec stupeur que le système a été frappé par un virus, la pourriture fondante. Ce virus s’attaque à toutes les machines dotées d’un certain niveau de complexité. Chasm City, autrefois une forêt de gratte-ciel gigantesques capables de modifier leur forme, s’est transformée en un cauchemar de ruines difformes. La ville est désormais divisée entre les foules misérables des bas-fonds et les aristocrates décadents du Dais, qui survivent grâce à des injections d’une drogue dont les stocks semblent s’épuiser. De même, l’anneau de lumière, jadis un diaporama éclatant de dix mille habitats orbitaux, n’est plus que la Ceinture de rouille, où ne subsistent que quelques centaines de personnes, survivant grâce à des machines primitives.
Tanner Mirabel part en quête de sa proie dans cet univers de désordre et de désolation. Il découvre rapidement que les motivations de Reivich sont bien plus complexes qu’il ne l’avait imaginé. Parallèlement, Tanner est de plus en plus affecté par les effets d’un virus qui lui fait revivre, en flashback, des moments de la vie de Sky Haussmann, le fondateur à la fois admiré et détesté de son monde d’origine.
En explorant Chasm City, il commence à entrevoir l’origine de la pourriture fondante.
Analyse Thriller Le critique Nick Gevers décrit La Cité du gouffre en ces termes : .. Certains aspects du roman lui ont valu la qualification de ..
Dystopie
Le roman s’inscrit également dans la tradition des dystopies post-industrielles. Dans La Cité du gouffre, comme dans Metropolis (1927) de Fritz Lang ou La Machine à explorer le temps (1960) — ce film, inspiré du roman de H. G. Wells, a marqué l’auteur lorsqu’il était enfant —, la ville est divisée en deux mondes opposés : Le « Dais », un monde d’en-haut où vivent des aristocrates décadents ; la « Mouise », un monde d’en-bas où survit tant bien que mal une humanité misérable, voire corrompue. Ce type d’urbanisation verticale et de stratification sociale est devenu un cliché de la science-fiction, que l’on retrouve dans des œuvres comme : Coruscant, dans Star Wars ; le New York futuriste du Cinquième Élément (1997) de Luc Besson ; la Cité-puits de l’Univers de l'Incal, d'Alejandro Jodorowsky ; les romans de William Gibson, par exemple la Conurb de Neuromancien (1984), citée par un des critiques du roman de Reynolds..
Les critiques ont souligné le parti pris gothique dans la représentation du décor, un choix esthétique récurrent dans la peinture des dystopies. On retrouve cette esthétique, par exemple, dans le Los Angeles de Blade Runner (1982), auquel ressemble Chasm City : ses jets de fumée sporadiquement expulsés par les bouches d’aération, sa pluie permanente et ses foules misérables en sont des illustrations frappantes. Cette vision d’une ville futuriste, où des zeppelins croisent dans le ciel, s’inscrit dans la lignée des gravures des premiers romans de science-fiction du , qui ont façonné cette imagerie.
Sur le plan architectural, la ville mêle matériaux métalliques et formes organiques, caractéristiques de l’architecture industrielle, le tout baigné dans une atmosphère de pollution crépusculaire qui rappelle les grands centres de la Révolution industrielle. Cette ambiance, que l’on retrouve plus récemment dans les romans de China Miéville — notamment à travers la New Crobuzon de Perdido Street Station (2000) — en est l’héritière directe.
Reynold reconnaît que La Cité du gouffre est une synthèse de toutes ces dystopies urbaines inquiétantes du cinéma et de la bande dessinée. Il y intègre aussi l’influence de l’architecture industrielle de Port Talbot, au pays de Galles.
Space-opera L’histoire de Sky Haussman s’inscrit dans la tradition du space opera. Reynolds y intègre également la rencontre avec une intelligence exogène singulière dans l’espace — un thème que l’on retrouve, par exemple, dans Dans l'océan de la nuit (1977). Cependant, l’auteur inverse la situation classique : ici, ce n’est pas l’équipage héroïque du vaisseau spatial qui découvre un phénomène étrange et doit surmonter diverses épreuves pour s’échapper, mais bien l’intelligence exogène qui interagit avec l’équipage, bouleversant ainsi les attentes traditionnelles du genre.
Hard science-fiction Avec son doctorat en astronomie et son expérience d’astrophysicien auprès de l’Agence spatiale européenne, Reynolds fait partie d'une nouvelle génération d'auteurs de hard science-fiction dont les critiques saluent la façon dont Reynolds respecte la vraisemblance et les limites de la science. Reynolds affirme qu’il trouve la plupart de ses idées dans les magazines de vulgarisation scientifique accessibles à tous interview d’Alastair Reynolds, p. 2.
Avec son doctorat en astronomie et son expérience d’astrophysicien à l’Agence spatiale européenne, Alastair Reynolds incarne une nouvelle génération d’auteurs de hard science-fiction.. Les critiques saluent notamment la rigueur avec laquelle il respecte la vraisemblance scientifique et les limites des connaissances actuelles.
Reynolds lui-même explique que la plupart de ses idées puisent leur inspiration dans les magazines de vulgarisation scientifique, accessibles à tous..
Récompense La Cité du gouffre reçoit le prix du meilleur roman de science-fiction britannique en 2001..
Réception Les critiques ont relevé plusieurs faiblesses dans la construction du roman : Une rupture de rythme entre la destruction de l’ascenseur spatial et les épisodes suivants.. ; Des pistes dramatiques ouvertes puis abandonnées sans justification, laissant le récit en suspens. ; Une impression de déjà-vu, attribuable aux similitudes avec la série Le Prisonnier (notamment l’épisode The Schizoid Man) ou avec La Culture, l’univers d’Iain Banks ; Des digressions — comme les longues descriptions de la ville — qui, bien que parfois intéressantes, semblent plaquées sur l’intrigue et en ralentissent la progression..
Un reproche récurrent porte enfin sur la faiblesse des portraits psychologiques, en particulier ceux des personnages secondaires, souvent réduits à des figures « en deux dimensions » : ils apparaissent, disparaissent et réapparaissent de manière incohérente, ou jouent un rôle difficile à concilier avec la logique narrative.
Notes et références
Liens externes
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