Israël Katzkelevitch Roukhomovsky (ou Israël Rouchomowski, ou Rouchomovsky), né le à Mazyr dans l'Empire russe et mort le en France, à Boulogne-Billancourt, est un orfèvre, ciseleur et graveur sur métal juif russe. Il est l'auteur de la célèbre tiare de Saïtapharnès.

Biographie

Origines et début de carrière

Né à Mazyr, dans l'actuelle Biélorussie au sein d'une famille juive, Israël Katzkelevitch Roukhomovsky est le fils de Katzkel Roukhomovsky et de son épouse Freida née KouchelcoArchives départementales des Hauts-de-Seine, état civil de Boulogne-Billancourt, registre des décès de 1936, acte (vue 29 sur 151)..

Alors que son père aurait préféré qu'il devienne marchand, enseignant ou rabbin, Israël Roukhomovsky rêve de « créer » et se forme auprès d'un horloger puis d'un orfèvre. Il vit tout d'abord à Kiev avant de partir s'installer à Odessa avec son épouse Marie, née Alouker (1860-1929)Archives départementales des Hauts-de-Seine, état civil de Boulogne-Billancourt, registre des décès de 1929, acte (vue 54 sur 156)., et leurs six enfantsSchiltz, .. À Kiev puis à Odessa, Roukhomovsky se lie d'amitié avec Kalman Lifschitz (père de Boris Souvarine), qui s'établira ensuite comme joaillier à ParisLe Matin, 23 mars 1903, ..

À Odessa, Roukhomovsky travaille comme ciseleur et graveur dans les ateliers d'orfèvrerie et de joaillerie de M. de Moret (ou de Morey), fabriquant principalement des matrices de lettres et d'ornements destinées à être estampées sur des boîtes métalliquesLe Temps, 15 avril 1903, ..

Roukhomovsky et la tiare de Saïtapharnès

vignette|Roukhomovsky et sa fameuse tiare (caricature par Albert Guillaume, 1903).

En 1895, le patron de Roukhomovsky lui fait réaliser une fausse tiare gréco-scythe en or, en faisant croire à l'artisan qu'il s'agit d'un cadeau destiné à un professeur d'archéologie de KharkovSchiltz, .. Cabossée pour lui donner un aspect antique, elle est acquise hâtivement par le musée du Louvre auprès d'un escroc nommé Hochmann en Vayson de Pradenne, ..

Très vite, l'authenticité de l’œuvre est mise en doute : son origine réelle et le nom de son auteur (orthographié « Rachoumowsky ») sont bientôt révélés avec exactitude par le directeur du musée d'Odessa, . Ce dernier a découvert la vérité en enquêtant sur la production de fausses statuettes antiques (une Niké et un Eros sur le centaure) par le même artiste, dans le même atelier et pour les mêmes commanditairesGil Blas, 27 juin 1897, .. Craignant probablement des poursuites, De Moret et Roukhomovsky nient dans un premier temps toute implication et adressent des démentis à la presse d'OdessaJournal des débats, 3 octobre 1897, .. Interrogé par la police russe, l'artiste est cependant obligé de reconnaître la paternité de la tiare.

En 1903, l'artiste montmartrois , dit Rodolphe Elina, prétend être l'auteur du faux tandis que l'historien de l'art Théodore Reinach persiste à défendre l'authenticité de la tiare. Ces deux affirmations sont contredites dans la presse par Lifschitz, qui en profite pour prendre la défense de son ami, celui-ci n'ayant pas su que son travail serait vendu en tant que fausse antiquité. Finalement, Roukhomovsky se rend à Paris au mois d' pour y rencontrer le savant Clermont-Ganneau, qui a été chargé par le ministère de l'Instruction publique de rédiger un rapport sur l'affaire. Lors de son séjour, financé par le consulat de France à Odessa, il démontre à Clermont-Ganneau que la tiare est bien son œuvre.

Après la tiare

vignette|Gravure du sarcophage en argent exposé au Salon des artistes français de 1903.

Fort de sa nouvelle notoriété, Roukhomovsky expose au Salon des artistes français de 1903 un petit sarcophage d'argent ciselé abritant un squelette articulé en or, œuvre à laquelle il a consacré plusieurs années de travailLe Petit Journal, 15 avril 1903, .Passée par les collections Hardoff et Steinhardt, l’œuvre a été mise aux enchères par Sotheby's sous le titre The Rouchomovsky skeleton et vendue pour dollars le 29 avril 2013.. Il obtient à cette occasion une médaille de classe dans la sous-section d'art appliquéExplication des ouvrages de peinture, sculpture, architecture..., Paris, Dupont, 1913, .. Il réalise à la même époque une petite Victoire en orGazette des beaux-arts, juillet 1903, ..

Après un passage à Odessa pour y chercher sa famille, il accomplit un projet de longue date en s'installant définitivement en France en . Bénéficiant de la protection d'Edmond de RothschildSchiltz, ., il ouvre un atelier de graveur sur métal au de la rue de Rivoli, à ParisJournal des débats, 6 septembre 1903, .Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1914, ..

vignette|Photographies des deux faces de la plaquette humoristique vendue en 1904 au profit de l'Union française pour le sauvetage de l'enfance.

En 1904, Roukhomovsky revient avec humour sur l'affaire qui l'a rendu célèbre en réalisant une plaquette de bronze, qui est vendue au profit de l'Union française pour le sauvetage de l'enfance. D'un côté, portant la date « 1896 », on y voit le squelette ricanant de Saïtapharnès, coiffé de la tiare et émergeant triomphalement de son sarcophage. Au revers, portant la date « 1903 », le même personnage est en pleurs après avoir été découronné par trois putti symbolisant la publicité, la critique et la véritéLe Monde illustré, 12 mars 1904, .

Israël Roukhomovski meurt le à son domicile du de la rue Petibon, à Boulogne-Billancourt. Il est inhumé le au cimetière parisien de Bagneux ( division)Archives de Paris, registres journaliers d'inhumation, Bagneux, 1936, (vue 27 sur 30)..

Deux de ses fils, Salomon et Jacob, sont également connus en tant qu'artistes. Comme leur père, ils étaient de fervents sionistesNotice d'une carte postale dessinée par Salomon Roukhomovsky sur le site du Musée d'Art et d'Histoire du judaïsme..

En 1997, le Musée d'Israël présente une rétrospective de l'œuvre de Roukhomovski.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Véronique Schiltz, « Le savant et l’orfèvre. À propos des archives Clermont-Ganneau à l’Institut », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, -1, janvier-, (consultable en ligne sur Persée). André Vayson de Pradenne, Les Fraudes en archéologie préhistorique, Paris, Nourry, 1932, . Liens externes

Présentation du Sarcophage sur le site de Sotheby's (consulté le ).

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