Masculinités: enjeux sociaux de l'hégémonie, paru en 2014 aux éditions Amsterdam, et dirigé par Meoïn Hagège et Arthur Vuattoux, est une traduction partielle en français de l'ouvrage datant de 1995 de l'autrice et sociologue Raewyn W. Connell, Masculinities et d'articles rédigés par elle, doté d'un important appareil critique. Cet ouvrage d'études de genre a pour volonté de dresser des visages de masculinités, en passant par les théories actuelles sur les masculinités pour mieux les dépasser, et ainsi proposer un texte théorique centré sur l'expérience particulière et individuelle des différents cas à l'étude. Elle rend visible la présence d'une masculinité hégémonique qui a pour but de maintenir la prévalence du sexe masculin et la domination des hommes sur les femmes. Elle développe les schémas dominants et alternatifs, et propose une vision des différents rouages de limitation et de toute puissance qui hante la masculinité.
La critique sociologique rappelle l'intérêt de l'ouvrage original lors de sa sortie en 1995, et salue la traduction et la possibilité de lire maintenant ces études en langue française.
Auteurs principaux et directeurs d'édition Cet ouvrage a pour auteur la sociologue Raewyn Connel et a été établi sous la direction de Meoïn Hagège et Arthur Vuattoux, qui en sont les éditeurs scientifiques. Il consiste en une traduction en français — par différents traducteurs : Claire Richard, Clémence Garrot, Florian Voros, Marion Duval et Maxime Cervulle — de l'ouvrage Masculinities paru en 1995 en anglais, comportant plusieurs textes issus de revues et publications. Masculinités: Enjeux sociaux de l'hégémonie a également une post-face du sociologue français Éric Fassin.
Sociologue et professeure de sociologie à l'Université de Sydney, Raewyn Connell a notamment publié les ouvrages Masculinities (1995), The Men and the Boys (2000), Gender (2002), et Southern Theory: The Global Dynamics of Knowledge in Social Sciences (2007). En 2014, lors de la parution de l'ouvrage, Meoïn Hagège est doctorante en sociologie a l'Institut de Recherche Inter-disciplinaire sur les enjeux Sociaux (IRIS) en France ; ses travaux concernent les « trajectoires de détenus séropositifs au VIH et VHC ». Arthur Vuattoux est alors lui aussi doctorant en sociologie à l'IRIS ; son travail portant sur les « enjeux de genre dans la justice des mineur-e-s ». Par ailleurs, il milite en faveur de la lutte contre le sida. À la fin des années 2010, il est spécialisé dans les questions concernant la masculinité et maître de conférences en sociologie à l'université Paris 13. Résumé et enjeux Masculinités: enjeux sociaux de l'hégémonie comporte des éléments de théorie mis en relation avec des récits de vie ; il traite des masculinités ainsi que leurs leurs interrelations complexes. L'auteure y met en lumière une masculinité hégémonique liée à , sans toutefois la lier à l'idée de masculinisme ; elle la décrit également comme un élément perpétuellement perturbé et remis en jeu dans le vécu masculin. Elle a également la possibilité d'être modifiée et n'est pas l'unique . Son analyse passe aussi par celle d'un système plus global qui met en relation différentes autres formes de masculinité, conceptualisées également par l'auteure : celles . Ainsi,« Conell défend l’idée que la masculinité est plurielle et se structure dans des rapports de pouvoir qui normalisent, marginalisent et/ou hiérarchisent différentes formes de masculinités ». Le concept de « masculinité hégémonique » renvoie à un modèle dominant de masculinité et se réfère à une « configuration des pratiques de genre visant à assurer la perpétuation du patriarcat et la domination des hommes sur les femmes ». L'ouvrage est constitué d'une sélection de textes de Raewyn Connell, qui , selon sa quatrième de couverture.
Contenu
Construction générale L'ouvrage est une traduction en français d'une partie (quatre chapitres sur dix) du livre Masculinities (1995) de Raewyn Connell, ainsi que d'autres textes.
Selon le contenu même de Masculinités : enjeux sociaux de l'hégémonie : les quatre premiers chapitres ; vient en chapitre quatre la traduction d'un article de Raewyn Connell et Susan Kippax : « », paru dans le Journal of Sex Research (vol. 27, n°2, 1990, pages 167-198) ; puis la traduction de l'article « » (Journal of American College Health, vol. 48, n°9, 2000) de Raewyn Connell, Toni Schofield, Linley Walker, Julian F. Wood et Dianne Butland ; et la traduction de « » (Social Science and Medecine, vol 74, 2012, p. 1675-1683).
Introduction(s) de Meoïn Hagège et Arthur Vuattoux
Introduction générale La réflexion sur les masculinités, non pas en tant qu'objet mais en tant que sujet des études sur les masculinités, installe, selon Meoïn Hagège et Arthur Vuattoux, une dimension relationnelle à la question du genre. Cette conception relationnelle du genre, vient rompre avec une sociologie des « rôles sexes » (réflexion dominante fin des années 1980), qui propose elle, une vision essentialiste du masculin et du féminin.
L'introduction revient aussi sur la conception de l'autrice des questions de genre : . Cette introduction revient également sur les apports de Raewyn Connell sur le champ des études de genre et des sciences sociales, la présentant comme une intellectuelle spécifique, et revient sur son parcours : . Cette introduction de Meoïn Hagège et Arthur Vuattoux revient également sur la structure de cet ouvrage traduit de l'anglais, en envisageant la première partie comme une approche des éléments de théorie des masculinités, et une approche ethnographique dans la seconde partie, ils voient la troisième partie comme plus centrée sur les enjeux de santé selon des perspectives très diverses. Ils rappellent aussi que les citations présentes dans les introductions précédant chaque partie sont tirées d'extraits d'un entretien réalisé par Meoïn Hagège et Arthur Vuattoux avec l'autrice, à l'occasion de cette traduction.
Introduction de la partie 1 L'introduction replace les deux textes présentés dans la première partie comme étant issus de la partie plus théorique de l'ouvrage Masculinities. Arthur Vuattoux et Meoïn Hagège présentent le premier chapitre comme un texte centré sur l'importance des pratiques corporelles comme sujet de recherche sur les masculinités. Le second chapitre quant à lui propose une réflexion épistémologique sur la manière dont les masculinités peuvent être étudiées en science sociale, et installe une désignation des masculinités propre à Connell (masculinités hégémonique, surbonnées, complices, marginales). Ces deux chapitres de la première partie sont introduits par Meoïn Hagège et Arthur Vuattoux comme le cadre théorique dans lequel se place la réflexion de l'autrice.
Introduction de la partie 2 Cette introduction revient sur la forme particulière de l'étude de cas, entendu par Meoïn Hagège et Arthur Vuattoux comme un choix méthodologique fait par l'autrice. Selon eux, les études de cas . Selon les mots de Raewyn Connell, cités dans l'introduction et extraits d'un entretien fait à l'occasion de la traduction française du texte, les études de cas montrent bien que .
Introduction de la partie 3 Cette dernière introduction installe un questionnement sur l'importance de la santé et du corps dans la réflexion de Raewyn Connell sur les masculinités, et l'entrée empirique que constituent le corps et la santé dans les réflexions sur le genre et les masculinités. Selon Raewyn Connell, les travaux de sciences sociales ont tendance à désincarner le sujet, surtout lorsqu'il s'agit d'un « sujet sexuel ». Il est pour elle crucial de pencher pour une approche de la santé par les masculinités, tant sur le plan de la recherche que sur celui de la relation entre praticien et malade.
Première partie : la construction d'un savoir, Masculinities, études de genre et sciences sociales
Chapitre 1 : le corps des hommes Raewyn Connell prend comme point de départ à sa réflexion les résistances sur les transformations possibles de la masculinité : . Elle revient sur le fait qu'on ne peut penser l'idée de « vraie masculinité », de « masculinité authentique » que comme émanant du corps des hommes : . Elle liste les idées qui découlent de cette conception de la masculinité comme essence : les hommes seraient plus agressifs naturellement que les femmes, le viol résulterait d'un désir sexuel incontrôlable ou d'une pulsion interne très violente, mais aussi des idées limitantes, comme celle selon laquelle les hommes ne pourraient s'occuper des enfants, ou encore que l'homosexualité serait contre-nature, et donc réservée à une minorité déviante. Raewyn Connell reprend aussi les deux conceptions dominantes autour de la question du corps : la première conçoit le corps comme une « machine naturelle » qui produit de la différence de genre, avec par exemple, la programmation génétique, la différence hormonale ou encore le rôle des sexes dans la reproduction. La seconde approche conçoit le corps comme une surface plus ou moins neutre, sur laquelle une symbolique socialement construite serait calquée. Selon elle, ces conceptions sont erronées et on ne peut accéder à une conception pertinente de la relation entre corps des hommes et masculinités en déplaçant des concepts abstraits.
« Machine, Paysage et compromis » constitue la première des cinq sous-sections du chapitre. L'autrice y reprend la théorie de Lionel Tiger, dans son ouvrage Men in groups, où il réduit sa conception de la masculinité au « biologique », fondée sur la supposée descendance de l'humanité d'une espèce de chasseurs. D'après les théoriciens qui, comme Lionel Tiger, pensent le corps de l'homme comme vecteur d'une masculinité naturelle (issue de l'évolution de l'espèce), les gènes masculins légueraient en héritage . Pour certains de ces théoriciens « sociobiologistes », le patriarcat serait fondé sur un avantage d'agressivité hormonal, . Raewyn Connell écrit dans ce premier chapitre que les apports de la science sur la sociobiologie ces dernières années ont prouvé que l'on ne pouvait donner une description de la masculinité naturelle sans risquer de tomber dans l'erreur, ou la fiction. Elle reprend à ce propos les mots de Theodore Kemper, dans son livre Social Structure and Testosterone à la page 221 : . Elle reprend les mots de Bryan Turner, qui dans sa « sociologie du corps » propose la notion .
« Le corps inévitable », seconde section du chapitre, permet à Raewyn Connell d'envisager le sport comme un étalage permanent de corps d'hommes en mouvements, et donc dans une certaine mesure, d'envisager le sport comme l'incarnation de la masculinité. Selon elle, l'organisation institutionnelle des sports . Ainsi, elle développe le fait que ce présupposé — sur les meilleures performances sportives des hommes — servirait de lieu commun à la domination des femmes et au rejet du féministe, cela servirait de preuve à la supériorité des hommes sur les femmes, et de leur droit à les dominer. Connell soulève donc un problème qui découle de cette logique : , elle prend l'exemple d'un handicap physique. Selon Raewyn Connell, il est impossible pour l'homme d'ignorer le lien entre corps et masculinité.